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    Jean-Louis Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années 30. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française + Initiation aux méthodes des sciences sociales + POLICE ET POLITIQUE: une approche sociologique

    Johnathan R. Razorback
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    Jean-Louis Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années 30. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française + Initiation aux méthodes des sciences sociales + POLICE ET POLITIQUE: une approche sociologique Empty Jean-Louis Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années 30. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française + Initiation aux méthodes des sciences sociales + POLICE ET POLITIQUE: une approche sociologique

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 18 Mar - 17:13

    http://classiques.uqac.ca/contemporains/loubet_del_bayle_jean_louis/non_conformistes_annes_30/non_conformistes_annes_30.html

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Loubet_del_Bayle

    "L'année 1930, située presque à égale distance de l'armistice de Rethondes et du premier coup de canon de la Seconde Guerre mondiale, fut en effet à de multiples égards un tournant entre deux époques de l'histoire de l'Occident. En deçà, c'était l'après-guerre avec ses facilités et ses espoirs ; au-delà, c'était encore la paix, mais c'était déjà une paix compromise et c'était la crise. La décennie qui s'ouvrait, si elle ne fut pas immédiatement ressentie comme un nouvel avant-guerre, le fut cependant comme un temps de bouleversement aussi bien dans le domaine des structures économiques, des institutions et des idéologies politiques que dans celui des créations de l'esprit. L'histoire politique et sociale de la France comme l'histoire des idées de la première moitié du XXe siècle butent sur cette date qui, à maints points de vue, vit se produire des changements décisifs." (p.13)

    "L'année 1930 marqua pour l'ensemble de l'économie française un sommet qu'elle ne devait réatteindre que vingt ans plus tard. Cette expansion économique, trois ans après une grave crise, nourrissait le mirage jusque-là insaisissable d'un retour à la prospérité d'avant-guerre." (p.14)

    "Le régime lui-même, déjà sorti renforcé de la guerre, n'était presque plus discuté. La droite s'était intégrée dans le jeu parlementaire et les années qui suivirent la mise à l'index de l'Action française par Pie XI virent un second « ralliement » des catholiques à la République. L'Action française elle-même, affaiblie par son conflit avec Rome et flattée par Poincaré, n'était plus une grave menace pour les institutions. La gauche se trouvait neutralisée par les divisions qu'avait engendrées l'apparition du communisme et de la Troisième Internationale. Le recrutement du parti communiste et de la C.G.T.U. restait encore limité tandis que le parti socialiste ne se livrait qu'à une opposition mouchetée. Après la disparition des Empires centraux et à part les exceptions de la Russie et de l'Italie auxquelles on préférait ne pas s'arrêter, il semblait que l'on assistât à l'apothéose de la démocratie et du parlementarisme libéral." (p.16)

    "Dans les premiers mois de 1932, il devint cependant évident que la France ne serait pas épargnée. Le commerce extérieur fut le premier atteint, victime de la dévaluation de la livre et de la plupart des monnaies européennes : entre 1929 et 1935, les exportations tombèrent de 50,1 à 15,4 millions de francs. Des récoltes pléthoriques provoquèrent, au cours de l'été 1932, l'effondrement des cours agricoles, le prix du quintal de blé baissant en deux mois de 161 à 96 francs. La production industrielle amorça à peu près au même moment une courbe descendante qui, à travers chutes et paliers, devait atteindre son niveau le plus bas en 1935. En moins de cinq ans, l'extraction du charbon baissa de 15%, la production de l'acier de 40%, » celle de l'aluminium de 50% ; dans le même temps, la production automobile passa de 254 000 à 165 000 unités. Sans atteindre des proportions aussi catastrophiques que dans d'autres pays, le chômage grandit cependant peu à peu. De 60 000 en 1931, le nombre des chômeurs passa à 260 000 en 1932, 335 000 en 1933, 465 000 en 1935." (p.18)

    "En septembre 1931, le japon avait pris l'offensive contre la Chine et occupé la Mandchourie. Une mission de la S.D.N., envoyée sur place en décembre, ne put que constater le fait accompli. La seule sanction fut un blâme voté contre le Japon qui se retira de l'organisation internationale en mars 1933. La preuve était faite de l'échec de la politique de sécurité collective sur laquelle s'appuyait la France et de l'impuissance de la S.D.N. à protéger efficacement un de ses membres en péril. Le Pacte à Quatre, signé en juin 1933, consacra le retour à la diplomatie classique et la faillite de l'organisation genevoise. Le coup de grâce lui fut porté par Hitler qui annonça, le 14 octobre 1933, que son pays ne participerait plus à ses travaux. Pratiquement la Société des Nations avait vécu." (p.20)

    "C'est aussi à partir des années 1930 qu'a commencé de s'exprimer dans toute la littérature européenne une vision de plus en plus tragique, de plus en plus désespérée de la condition de l'homme." (p.26)

    "Bergson, après plusieurs années de méditation silencieuse, fit paraître en 1932 son dernier grand livre les Deux Sources de la morale et de la religion qui élargit encore son audience." (p.26)

    "Ces années dramatiques virent aussi grandit l'importance intellectuelle des deux grands précurseurs de l'existentialisme : Sören Kierkegaard et Frédéric Nietzsche." (p.27)

    "Cette période, à maints égards cruciale, vit se produire par ailleurs une relève de génération." (p.29)

    "Tandis qu'une génération s'éteignait, une autre faisait une brutale irruption dans la vie intellectuelle et politique, celle des jeunes hommes nés dans la première décennie du siècle et dont la formation intellectuelle et psychologique s'était tout entière faite dans les années d'après-guerre. Pour ces jeunes gens, dont l'âge moyen se situait autour de vingt-cinq ans, les combats de 1914-1918 étaient déjà de l'histoire. Leur entrée sur le forum se fit d'une manière assez agressive. Alors que la génération qui l'avait précédée, celle de l'après-guerre, celle des « nouvelles équipes » radicales ou démocrates-chrétiennes, avait été une génération « réformiste », celle-ci se présenta d'emblée comme une génération « révolutionnaire ». Sans doute c'est une pente naturelle de la jeunesse que de s'affirmer en s'opposant d'une manière ou d'une autre à ses prédécesseurs. Mais, pour cette génération, « un peu raidie, un peu simplifiée », comme le dira Mounier, le refus fut bien autre chose qu'une simple pose intellectuelle. Chez ces jeunes gens, minoritaires à l'intérieur d'une société vieillie, dans laquelle ils avaient l'impression d'étouffer et de ne pas pouvoir trouver leur place, la révolte fut l'expression d'une sorte de réflexe vital." (p.30)

    "Notre propos est d'étudier sous ce nom un courant d'idées original, qui est né très précisément entre 1930 et 1933, et dont l'apparition constitue à notre sens, en dépit de son audience assez réduite à ce moment, l'événement idéologique le plus important de ces années en France. Ces recherches concerneront donc les mouvements de jeunes non conformistes des années 1930. Ceci signifie, d'une part, qu'elles laisseront de côté les mouvements de jeunes des années 1930, qui se rattachaient à une idéologie déjà existante ou à des partis classiques comme les « jeunes radicaux », les « jeunes communistes » ou les « jeunes d'Action française » de stricte orthodoxie maurassienne et, d'autre part, qu'elles ne s'intéresseront pas aux groupes de jeunes « non conformistes » nés après 1933, comme les Nouvelles Équipes, l’Homme nouveau, l’Homme réel, la Lutte des jeunes ou la Justice sociale." (pp.33-34)

    "Le nom de Jeune Droite fut donné dans les années 1930-1934 à un certain nombre de jeunes hommes et de groupes qui s'exprimèrent dans diverses revues plus ou moins éphémères telles que les Cahiers, Réaction, la Revue française, la Revue du siècle. Bien que leurs orientations aient été parfois sur certains points divergentes, ces publications présentaient cependant un trait commun qui explique la dénomination sous laquelle amis et adversaires les regroupèrent : toutes furent, à des degrés divers, influencées par l'enseignement de Maurras et de l'Action française.

    De ce fait, cette Jeune Droite apparaît à la fois comme le courant le plus caractéristique et le moins original de ces mouvements de jeunes des années 1930. Il est le plus caractéristique car il prouve la force de la poussée de renouvellement qui marqua ces années puisqu'elle réussit à faire éclater une orthodoxie aussi rigide et aussi prompte à pourchasser les « hérétiques » que celle de l'Action française. Mais il fut en même temps le courant le moins original dans la mesure où, recueillant en certains domaines l'héritage maurrassien, il gardait ainsi des attaches avec une idéologie déjà existante défendant des thèses qui ne présentaient pas une nouveauté aussi radicale que celles de l'Ordre Nouveau ou d’Esprit. Il faut souligner ici que, malgré cette dénomination commune, la Jeune Droite ne fut pas aussi cohérente qu'on voulut bien le dire. On peut en effet, dans son développement, distinguer deux branches organiquement et, dans une certaine mesure, idéologiquement distinctes. A une première branche se rattachent les publications dirigées par Jean-Pierre Maxence, les
    Cahiers qui parurent de 1928 à 1931 et la Revue française de 1930 à 1933 tandis que les revues dont Jean de Fabrègues assuma la direction, Réaction (1930-1932) et la Revue du siècle (1933-1934), peuvent être considérées comme constituant la seconde branche de cette Jeune Droite." (pp.37-38)

    "L'occasion de cette crise fut la tentative de François de la Motte, Henri Martin et Paul Guérin, trois des plus importants responsables de la Fédération d'Action française de Paris, pour transformer la Ligue en un instrument efficace pour une éventuelle conquête du pouvoir. Leurs projets se heurtèrent à l'opposition des dirigeants du mouvement, Pierre Pujo et Pierre Lecoeur. Très rapidement, Lecoeur ayant été accusé d'être un indicateur de police, le conflit prit l'allure d'un règlement de comptes personne et, au début de janvier 1930, Martin et Guérin furent expulsés à grand fracas. Cette exclusion entraîna le départ de la plupart des militants et des responsables de la Fédération de Paris qui se trouva de ce fait pratiquement démantelée.
    Ce divorce implicite entre un appareil quelque peu vieilli et bureaucratisé et des militants impatients se concrétisa en 1930 par une grave crise interne qui contribua aussi à mettre en lumière la diversité des divergences plus ou moins exprimées existant à ce moment au sein de l'Action française.
    Les effets de la crise ne se limitèrent pas là car les premières semaines de 1930 virent se produire une cascade de démissions dont les motifs furent très différents suivant les groupes et les personnalités, les considérations d'efficacité se mêlant aux scrupules religieux et aux désaccords sur les problèmes économiques et sociaux. Les départs du colonel Bernard de Vésins, président national de la Ligue d'Action française, ou de Pierre Chaboche, président de l’Union des corporations françaises, n’eurent pas, par exemple, des raisons exactement identiques à celles qui avaient provoqué la « révolte » de Martin et Guérin. De même, chez les étudiants, le groupe qui allait fonder
    Réaction ne poursuivait pas les mêmes buts que les dissidents activistes qui, avec les frères Jeanter, allaient se rassembler autour de Combat national. Ces remous illustrent bien ce que fut la situation assez confuse de l'Action française dans les années 1926-1930, situation caractérisée par un état de malaise plus ou moins latent dont les origines ne se réduisaient pas aux seuls problèmes religieux créés par la mise à l’index de 1926." (p.44)

    "On ne saurait non plus négliger l'influence, au sein de l'équipe de la Revue française, de Thierry Maulnier dont l'importance y devint de plus en plus grande. Maxence, nous l'avons vu, l'avait rencontré chez Henri Massis en novembre 1930. Agé de vingt et un ans, ce jeune normalien timide et dégingandé venait alors de faire ses premières armes de journaliste politique. En effet, au printemps de 1930, alors que les étudiants qui rédigeaient la publication royaliste l'Étudiant français avaient quitté brutalement l'Action française." (p.57)

    "Avec Thierry Maulnier devait s'exprimer dans la Revue française une tendance idéologique quelque peu différente de celle que représentaient Robert Francis et Jean-Pierre Maxence. Alors que les bases de départ de ceux-ci - surtout de Maxence - étaient des bases catholiques, très influencées par l'enseignement de Maritain, Thierry Maulnier, qui était par ailleurs agnostique, était, lui, né à la vie intellectuelle à l'ombre de l'Action française, dans le sillage de Maurras. « Maurras, a-t-il écrit, nous apportait l'exemple, exaltant à nos âges, du combat à contrecourant, de l'affirmation minoritaire, d'une intraitable énergie intellectuelle, du refus de tout compromis dans la pensée et dans l'action et aussi une méthode politique, un réalisme - les nations existent, les forces existent, la survie des sociétés humaines n’est possible qu'à un certain prix et sous certaines conditions, on ne peut vouloir ceci ou cela qu'en acceptant les conséquences. » Son maurrassisme n'était cependant pas d'une rigoureuse orthodoxie car il se composait avec d'autres influences, notamment celle de Marx et du marxisme dont il avait retenu la problématique accordant une large place aux questions économiques et sociales, et, d'autre part, celle de Nietzsche." (p.58)

    "Cette politisation des positions de l'équipe de la Revue française se manifesta de manière très nette lorsque la Revue française disparut au début de l'été 1933 pour des raisons financières. À ce moment Jean-Pierre Maxence devint le chroniqueur littéraire de Gringoire tandis que Thierry Maulnier et Robert Brasillach, tout en continuant à donner des articles à l'Action française, devinrent des collaborateurs réguliers de 1933, hebdomadaire de droite créé par la maison Plon et dont Henri Massis était le directeur. Plus significative encore fut la participation de Jean-Pierre Maxence, Thierry Maulnier et Maurice Blanchot au Rempart, publication fondée par Paul Lévy et défendant des positions violemment antiparlementaires et anticapitalistes." (p.59)

    "Dans les derniers mois de 1931, ce courant de la Jeune Droite devait retrouver une tribune autonome en joignant ses efforts à ceux d'une autre équipe de jeunes qui venait de fonder la Revue du XXe siècle et qui s'était exprimée de 1930 à 1934 dans deux revues successives : Réaction et la Revue du siècle." (p.60)

    "Réaction naquit au début de 1930 de ces innombrables et interminables discussions chères aux étudiants de toutes les époques. Ces étudiants étaient, pour la plupart, des membres de l'Association des Étudiants d'Action française de Paris qui, tout en voulant rester fidèles à ce mouvement, avaient l'ambition d'exprimer les préoccupations de jeunes gens pour lesquels l'Affaire Dreyfus n'était plus qu'un souvenir historique et qui avaient l'impression que l'Action française, dans ses organes dirigeants, restait justement prisonnière de ces souvenirs, négligeant trop ce qu'avait pu être depuis l'évolution de la société et des idées.

    Ces divergences latentes avec l'Action française se cristallisèrent autour de trois problèmes déjà évoqués plus haut: le problème littéraire, le problème social, le problème religieux. C'est ainsi que, du point de vue littéraire - à ses yeux le moins important - Réaction devait très clairement affirmer qu'elle ne demandait pas à Maurras un « art poétique » et elle devait se réclamer de « maîtres » que l’Action française n'appréciait pas toujours comme Léon Bloy, Paul Claudel, Charles Péguy, alors que simultanément elle répudiait Anatole France et manifestait quelque méfiance à l'égard de Barrès. Mais ce sont surtout les deux dernières causes qui devaient être déterminantes. D'une part, ces jeunes hommes ressentaient profondément les difficultés qu'il y avait à vouloir mener une politique chrétienne au sein d'organismes condamnés par l'Église et, d'autre part, ils avaient la ferme volonté de s'attaquer au désordre économique libéral et de se désolidariser le plus nettement possible du capitalisme.

    À la suite de ces discussions, sous l'impulsion de René Vincent et Christian Chenut, il fut décidé, à la fin de l'année 1929, de créer une revue dont la direction serait confiée à Jean de Fabrègues. Celui-ci qui, tout en achevant des études de philosophie, était secrétaire de Maurras, s'attela alors à la rédaction d'un manifeste.
    " (p.63)

    "Réaction devait reprendre à son compte nombre des thèses maurrassiennes : empirisme organisateur, traditionalisme, nationalisme, royalisme, etc." (p.65)

    "Réaction fut une petite revue d'étudiants riche surtout de l'enthousiasme et de l'inexpérience de ses rédacteurs dont le nombre était lui aussi assez limité puisque Jean de Fabrègues et René Vincent assuraient à eux seuls, sous leur nom ou sous des pseudonymes, la plus grande partie du travail de rédaction (par exemple dix-sept pages sur les trente-deux du numéro I, la moitié des soixante-quatre pages du numéro. Leurs articles exprimaient aussi, en général, les orientations les plus originales de la revue.
    Revue d'étudiants,
    Réaction eut cependant quelques collaborateurs plus âgés, à commencer par le plus célèbre d'entre eux, Georges Bernanos." (p.68)

    "Pour certains de ces jeunes écrivains, le drame de Nietzsche était particulièrement exemplaire de l'impasse à laquelle menait un individualisme vécu jusqu'au bout. « A l'aube du monde moderne, notait Jean de Fabrègues, Nietzsche nous apparaît vraiment comme l'homme solitaire (...) Et c'est le drame de notre temps, nous ne cesserons de le répéter. Nietzsche est le vivant exemple de cette phrase de notre manifeste: "Tu n'es que toi, et ce ne t'est point assez" (…) Cette solitude ne peut être supportée par un homme d'esprit élevé. Nietzsche en est mort" [Jean de Fabrègues, Réaction, n°8, février 1932, p.49]. Un collaborateur des Cahiers écrivait de son côté : « Au-delà du bien et du mal, dans l'exaltation perpétuelle de la minute présente, l'attente et l'essai de réalisation du surhomme fait un effort pour rompre les dernières racines qui retenaient l'homme à l'être ; un effort pour en poser l'existence, cause et fin d'elle-même, dans une aséité qui eût fait effectivement de l'homme l’égal de Dieu. Nous connaissons l'issue de l'entreprise : l'esprit humain voulant dépasser sa propre réalité tomba dans le non-être, la béatitude recherchée ne fut qu'une angoisse sans cesse renaissante et la liberté déifique de l'intelligence l'emprisonnement atroce d'une vision démentielle du monde. Désirer la sagesse suprême de l'être dont l'existence se suffise entièrement à soi-même et n'arriver qu'à la solitude désespérante du fou ! La corde de Zarathoustra, tendue par trop de confusions, de contradictions et d'erreurs, à la fin s'est brisée. Ce qui en reste n'a pu servir qu'à de puérils amusements. La dernière figure de cette joie qui se voulait surhumaine n'est que le désespoir et le dernier éclair de ce prétendu triomphe de l'individu n'est qu'une négation sans cesse plus extrême de l'homme" [A. Harlaire, Cahiers 1929, 1ère série, n°5, p.105-106]." (pp.270-271)

    "L'Ordre Nouveau se situait délibérément en dehors du terrain religieux et entendait rester sur le « plan humain » : « Aucune confusion non plus, déclarait-il, entre le spirituel chrétien et notre personnalisme. Le spirituel de l'Ordre Nouveau veut être humain et rien qu'humain »,[…] Pour l’Ordre Nouveau, le spirituel se confondait avec la liberté créatrice de l'homme, avec sa capacité de s'extérioriser et d'imposer sa volonté au monde. La personne étant « l'individu engagé dans un conflit créateur », le spirituel était alors défini comme le pouvoir de dénouer ce conflit par un acte libre: « le spirituel, c'est le mouvement, c'est le pouvoir de renverser, de bouleverser pour ordonner à nouveau". […] "L'esprit, comme la révolution,
    écrivaient Robert Aron et Arnaud Dandieu, s'exprime par la violence (...), c'est essentiellement la faculté qui, dressant l'homme contre l'univers, le faisant résister et survivre, attaquer et étendre son pouvoir, lui permet de rallier toutes ses forces psychologiques et physiques dans un souci de conservation et d'expansion (...) L’esprit est à la fois ce qui anime et ce qui rassemble l'homme. Mouvement, amour, violence, création, tous les actes d'expansion et de conquête sont de ses émanations directes (...) Il est le dynamisme spécifique de la personne humaine. » L'idéal de ce personnalisme à forte saveur nietzschéenne (dans son cinquième numéro,
    l’Ordre Nouveau publia d'ailleurs un texte du maître de Sils-Maria sur « l'individu-souverain ») s'incarnait dans le héros affirmant son originalité et sa liberté face au monde et au destin." (pp.361-362)

    "Mounier devait cependant assez rapidement exprimer ses réticences à l'égard des conceptions de l'Ordre Nouveau. C'est ainsi que, publiant dans sa revue un des chapitres de la Révolution nécessaire, il le fit précéder d'un « chapeau » déclarant « La personne est acte, nous en sommes d'accord, et, souvent, "explosion créatrice", mais son acte suprême est le don, comme l'acte suprême de l'intelligence est l'accueil."

    Ce désaccord fut mis particulièrement en relief par Esprit au moment de son divorce avec
    l’Ordre Nouveau, au début de 1934, reprochant à celui-ci de "drainer un nietzschéisme trop souvent scolaire" [Esprit, n°19, avril 1934, p.202]." (pp.363-364)

    "En 1935, ses livres sur Nietzsche et Racine lui valent [à Maulnier] le Grand Prix de la critique." (p.540)
    -Jean-Louis Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années 30, Une tentative de renouvellement de la pensée politique française, Paris, Editions du Seuil, 1969 (pagination numérique du site "Les classiques des sciences sociales", avec conclusion de la réédition de 2001), 574 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.


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