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    Matière Prométhéenne

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 20 Jan - 14:21

    "La nature, la valeur, la solidité du principe posé au début, et puis la pureté du dessein : c'est de cela que tout dépend."
    -Goethe.

    "Les principes ont plus d’importance que les mesures, car ils les guident. Les mesures interviennent en aval, elles ne peuvent réussir si en amont les principes ne sont pas respectés. Mais il est plus difficile a priori de se référer à une doctrine, les gens croient à la supériorité de l’empirisme – qui s’affranchit de toute vision d’ensemble."
    -Jacques Garello, Lettre ouverte aux libéraux, 2 mai 2016.

    "La réalité m'échappe, je ne sais pas ce qu'elle est."
    -Socrate, d'après l'Hippias mineur de Platon.

    "Mon défaut capital est l'ennui, le dégoût de tout, le doute perpétuel."
    -François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe.

    « Les citations sont utiles dans les périodes d'ignorance ou de croyances obscurantistes. »
    -Guy Debord, Panégyrique I.

    « Aimer autre chose que ce qui est ignoble, puant et bête ; convoiter la Beauté, la Splendeur, la Béatitude ; préférer une œuvre d’art à une saleté et le Jugement dernier de Michel-Ange à un inventaire de fin d’année ; avoir plus besoin du rassasiement de l’âme que de la plénitude des intestins ; croire enfin à la Poésie, à l’Héroïsme, à la Sainteté, voilà ce que le Bourgeois appelle « être dans les nuages ». »
    -Léon Bloy, Exégèse des Lieux Communs.

    « Celui qui néglige de punir le mal aide à sa réalisation. »
    -Léonard de Vinci, Carnets.

    « Ce n'est jamais sans créer pour l'avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu'on soustrait l'individu aux conséquences de ses propres actes. »
    -Frédéric Bastiat.

    « La poésie est la clef de la philosophie, elle est son but et sa signification. »
    -Novalis, Hymne à la Nuit.

    "Il faut savoir arracher des beautés littéraires jusque dans le sein de la mort ; mais ces beautés n’appartiendront pas à la mort."

    "Les sentiments sont la forme de raisonnement la plus incomplète qui se puisse imaginer."

    "Toute l’eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle."
    -Lautréamont, Poésie I, 1870.

    "Les grandes pensées viennent de la raison !"

    "Le cœur de l’homme est un livre que j’ai appris à estimer."

    "Il n’y a rien d’incompréhensible."

    "Un poète doit être plus utile qu’aucun citoyen de sa tribu."

    "Les poètes contemporains ont abusé de leur intelligence. Les philosophes n’ont pas abusé de la leur."

    "La tragédie est une erreur involontaire, admet la lutte, est le premier pas du bien."

    "La raison, le sentiment se conseillent, se suppléent. Quiconque ne connaît qu’un des deux, en renonçant à l’autre, se prive de la totalité des secours qui nous ont été accordés pour nous conduire."

    "Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont la philosophie de la poésie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la poésie. La poésie ne pourra pas se passer de lu philosophie."

    "On peut aimer de tout son cœur ceux en qui on reconnaît de grands défauts."
    -Lautréamont, Poésie II, 1870.

    "La civilisation repose sur la recherche et l’expression d’une valeur supérieure, contrairement à la culture qui se résume à un ensemble de coutumes et de comportements. La culture est terrestre quand la civilisation est transcendante."
    -Jacques Le Goff.

    « Les hommes deviendront plus avisés et plus éclairés; mais meilleurs, mais plus heureux, mais plus énergiques — non pas ! ou seulement par périodes. »
    -Goethe.

    « Une bonne partie de l'antifascisme d'aujourd'hui, ou du moins ce qu'on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide soit prétextuel et de mauvaise foi. En effet elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique qui ne peut plus faire peur à personne. C'est en sorte un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation. »
    -Pier Paolo Pasolini, cinéaste italien.

    « J’ai le désir, et je sens le besoin, pour vivre, d’une autre société que celle qui m’entoure. […] Je me heurte à une foule de choses inadmissibles, je dis qu’elles ne sont pas fatales et qu’elles relèvent de l’organisation de la société. […] Je n’accepte pas que mon sort soit décidé, jour après jour, par des gens dont les projets me sont hostiles ou simplement inconnus, et pour qui nous ne sommes, moi et tous les autres, que des chiffres dans un plan ou des pions sur un échiquier.[…]

    Je désire qu’autrui soit libre car ma liberté commence là où commence la liberté de l’autre. […] Ce que je veux […] c’est faire ma vie.

    Savoir que cet horizon n’est pas le seul possible ne l’empêche pas d’être le nôtre
    . »
    -Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de la société.

    « Il ne faut pas se méprendre sur le sens du titre que veut prendre l'évangile de l'avenir. " La Volonté de Puissance. Essai d'une transmutation de toutes les valeurs " - dans cette formule s'exprime un contre-mouvement, par rapport au principe et à la tâche; un mouvement qui, dans un avenir quelconque, remplacera ce nihilisme complet; mais qui en admet la nécessité, logique et psychologique; et ne peut absolument venir qu'après lui et par lui. Car pourquoi la venue du nihilisme est-elle dès lors nécessaire ? Parce que ce sont nos valeurs elles-mêmes, celles qui ont eu cours jusqu'à présent, qui, dans le nihilisme, tirent leurs dernières conséquences ; parce que le nihilisme est le dernier aboutissant logique de nos grandes valeurs et de notre idéal ; parce qu'il nous faut d'abord traverser le nihilisme, pour nous rendre compte de la vraie valeur de ces " valeurs " dans le passé... Quel que soit ce mouvement, nous aurons un jour besoin de valeurs nouvelles... »
    -Nietzsche, La Volonté de puissance.

    « Qu’est-ce qu’un héros tragique ? Un être dont les limites individuées sont comme deux fois mises en question, et par là, une figure du débordement, de l’excès, qui brouille par avance, ou plutôt désarticule la distinction que fera Aristote entre l’acte et la puissance. Le héros tragique est pris entre une puissance qui le déborde infiniment et un acte trop grand pour lui –comme tel inassumable, incommensurable avec ce qu’il peut individuellement assumer. C’est ce lien entre une puissance «démonique», surhumaine, et un acte tout aussi surhumain, même s’il est porté par des créatures humaines, qui met en question les fragiles accords qui font le tissu des institutions humaines. »
    -Bernard Aspe, L’instant d’après.

    « La transformation de la foule en peuple ; profond travail. C’est à ce travail que se sont dévoués, dans ces quarante dernières années, les hommes qu’on appelle socialistes. L’auteur de ce livre, si peu de choses qu’il soit, est un des plus anciens ; le Dernier jour d’un condamné date de 1828 et Claude Gueux de 1834. S’il réclame parmi ces philosophes sa place, c’est que c’est une place de persécution. Une certaine haine du socialisme, très-aveugle, mais très-générale, a sévi depuis quinze ou seize ans, et sévit et se déchaîne encore, dans les classes (il y a donc toujours les classes ?) influentes. Qu’on ne l’oublie pas, le socialisme, le vrai, a pour but l’élévation des masses à la dignité civique, et pour préoccupation principale, par conséquent, l’élaboration morale et intellectuelle. »
    -Victor Hugo, William Shakespeare (1864).

    « Le romantisme tant de fois mal défini, n’est à tout prendre, et c’est là sa définition réelle si l’on ne l’envisage que sous son côté militant, que le libéralisme en littérature. »
    -Victor Hugo, préface d’Hernani (1830).

    « La souffrance consécutive à l'effondrement de la civilisation gréco-romaine a créé le climat spirituel dont le christianisme est issu. »
    -Arnold Toynbee.

    « Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir. »
    -Aldous Huxley, écrivain américain.

    « Il n’est pas de force extérieure capable d’imposer la domination d’un seul sur un million d’individus qui n’admettraient pas intérieurement cette sujétion. »
    -Dimitri Merejkovski, Le Tsar et la Révolution (1907).

    « Quant à moi, je me suis efforcé d'élaborer un système de la civilisation, des républiques, des lois, de la poésie, de l'histoire, en un mot de toute l'humanité. »
    -Giambattista Vico, philosophe italien, Lettre du 14 juillet 1720.

    « Si seulement il y avait des gens mauvais quelque part en train de commettre insidieusement des actes mauvais et s'il suffisait de les isoler et de les détruire. Mais la frontière entre bien et mal traverse le cœur de chaque être humain. Et qui souhaite détruire un morceau de son propre cœur ? »
    -Alexandre Soljenitsyne.

    "It doesn't profit me to read Jeremiads against evil -the exemple of a little good a more effect."
    -William James.

    "Méfiez-vous de ceux qui vous mettent en garde contre ce qu'ils appellent les systèmes et qui vous conseillent, sous le nom de philosophie de l'instinct ou de l'intuition, l'abdication de l'intelligence."
    -Jean Jaurès, à propos d'Henri Bergson.

    « La vertu […] des païens est le développement libre et harmonieux des nobles facultés de l’homme. […] La véritable équité, qui est la conscience humaine elle-même, reconnaît plus de droits au faible, plus de devoir au fort. »
    -Louis Ménard, Lettres d’un mort. Opinions d’un païen sur la société moderne (1895).

    « Le monde fut toujours habité pas des hommes qui ont eu les mêmes passions.  »
    -Nicolas Machiavel.

    "Il est difficile de vivre."
    -Antonin Artaud, Suppôts et suppliciations.

    "Je n'ai pas dit que ce serait facile, Néo. J'ai dit que ce serait la vérité".
    -Matrix (1999).

    "Vivre est la chose la plus rare du monde. La plupart des gens existent, et c'est tout."
    -Oscar Wilde, L'âme humaine et le socialisme, 1891.

    « Tout raisonnement erroné porte en lui-même ses propres contradictions »
    -Spinoza.

    « C’est à partir des éléments dont chaque chose est composée qu’on en acquiert la meilleure connaissance. »
    -Thomas Hobbes, préface de 1643 à De Cive.

    "La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie.."
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998, 57 p.

    "La Justice est théorique. Parce que c'est un objet de contemplation. [...] On ne peut pas penser la Justice sans le sentiment de la honte. La Justice est un affect, un sentiment. C'est d'abord comme sentiment qu'on y a accès, faute de quoi...c'est pas possible de considérer la Justice théoriquement seulement. [...] Il n'y a pas de Justice sans honte. [...] On ne peut pas désirer la Justice sans avoir été violé, voire violenté, par l'injustice. C'est absolument impensable. C'est ce qui fait de nous des êtres tragiques."
    -Bernard Stiegler.

    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    "On apprend toujours quelque chose de son adversaire."
    -Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, 1988.

    « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément. »
    -Nicolas Boileau, L'Art poétique, 1674.

    "Le socialisme est le fantastique frère cadet du despotisme presque défunt, dont il veut recueillir l’héritage ; ses efforts sont donc, au sens le plus profond, réactionnaires. Car il désire une plénitude de puissance de l’État telle que le despotisme seul ne l’a jamais eue, il dépasse même tout ce que montre le passé, car il travaille à l’anéantissement formel de l’individu : c’est que celui-ci lui apparaît comme un luxe injustifiable de la nature, qui doit être par lui corrigé en un organe utile de la communauté."
    -Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, 473.

    "Le but originel de la politique : favoriser les intérêts de certains groupes humains."
    -Stig Dagerman, L'Anarchisme et Moi, revue 40-tal (Les Années 40), numéro 2, 1946. Traduit du suédois par Philippe Bouquet.

    "[La géopolitique est une]: réflexion sur l'ordonnancement de l'espace mondial, avec ses perceptions différentes selon les acteurs, et, à partir de là, la description des stratégies qu'ils y développent."
    -Stéphane Rosière (dir.), Dictionnaire de l'espace politique. Géographie politique et géopolitique, Paris, Armand Colin, 2008, p.132.

    « Il faut fonder le concept de progrès sur l’idée de catastrophe. Que les choses continuent à ‘aller ainsi’, voilà la catastrophe. Ce n’est pas ce qui va advenir, mais l’état de choses donné à chaque instant. »
    -Walter Benjamin, Zentralpark, in Charles Baudelaire, coll. « Petite Bibliothèque », Payot, Paris, 1982, p. 242.

    "L’enfer des vivants n’est pas chose à venir ; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer  que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l’enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place."
    -Italo Calvino, Les Villes invisibles, 1972.

    "L’homme est un animal métaphysique et qui voudrait que l’univers n’existât que pour lui, mais l’ignore. […] La foi n’est qu’une vanité parmi les vanités et l’art de tromper l’homme sur la nature de ce monde.
    Car la nature de ce monde est l’absolue indifférence
    ."
    -Albert Caraco, Le Bréviaire du Chaos, 1982.

    "Mais alors, dit Alice, si le monde n'a aucun sens, qui nous empêche d'en inventer un ?"
    -Lewis Caroll, Alice au pays des Merveilles.

    "Rappelez-vous tout simplement qu'entre les hommes il n'existe que deux relations: la logique ou la guerre. Demandez toujours des preuves, la preuve est la politesse élémentaire qu'on se doit. Si l'on refuse, souvenez-vous que vous êtes attaqués, et qu'on va vous faire obéir par tous les moyens."
    -Paul Valéry, Monsieur Teste.

    « En politique, on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment. »
    -Le Cardinal de Retz.

    "Ceux qui se croient des esprits forts et affranchis ont parfois la légèreté de jouer avec des choses dont la portée symbolique les dépasse. Il arrive qu'ils le paient assez cher." (p.28)

    "A pères avares, fils Mécène" (p.56)

    « La première vertu d’un souverain, c’est de savoir s’entourer d’hommes capables et probes, et de leur faire confiance. » (p.76)

    "La royauté alliée au dénuement fait sans doute plus sûrement un bandit qu'un mendiant, mais roi-bandit-mendiant ont en commun de se situer en marge du commerce ordinaire des hommes et de rien acquérir par échange ou travail." (p.91)
    -Michel Tournier, Gaspard, Melchior & Balthazar, Gallimard, coll. Folio, 1980, 277 pages.

    « L’édifice sans âme, vermoulu, s’écroule. »
    -Hegel, Cours sur l’histoire de la philosophie.

    « L'Oracle: Qu'est-ce que veulent tout les hommes de pouvoir ? Plus de pouvoir. »

    « Le Mérovingien: La causalité, pas moyen d'y échapper. Nous y sommes à jamais asservi. Notre seul espoir, notre seule paix consiste à le comprendre. »
    -Matrix Reloaded (2003).

    « C’est à la langue que s’apprécie la qualité du maintien, en quelque domaine que ce soit, et pas seulement, comme on le croit volontiers, pour qui fait profession d’écriture. »
    -Walter Benjamin, Théories du fascisme allemand. A propos de l’ouvrage collectif Guerre et Guerriers, publié sous la direction d’Ernst Jünger, 1930, in Œuvres, Tome II, Gallimard, coll. Folio essais, 2000, 459 pages, p.208.

    « A truth that's told with bad intent
    Beats all the lies you can invent
    . »
    -William Blake, Augure de l’Innocence, 1803.

    "On ne s'aperçoit pas que le bon sens, la rectitude d'esprit, l'intelligence soient en rapport avec la somme des connaissances acquises."
    -Frédéric Paulhan, Les conditions du bonheur et l'évolution humaine, Revue Philosophique de la France et de l'Etranger, 1882.

    "Ceux qui jouent avec des chats doivent s'attendre à être griffés."
    -Cervantès.

    "Seuls les persévérants seront couronnés."
    -Leibniz, Confessio philosophi – Profession de foi du philosophe, Vrin, 2004, p.93.

    "Il est certain que lorsqu'on éclaire un monde, même affreux, on le domine."
    -Germaine Tillion.

    « Salus populi suprema lex est. » -Cicéron, De Legibus, livre III, chapitre III, alinéa VIII. Repris par Machiavel (Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre III, chapitre XLI), Montaigne (Essais, Livre III, chapitre 1), Hobbes (De Cive, chapitre XIII ; Léviathan, chapitre 30), Spinoza (Traité Théologico-politique, chapitre 19), John Locke (Second Traité du gouvernement civil, épigraphe), Montesquieu (De l'Esprit des lois, XXVI, 23), Condorcet (Sur le sens du mot Révolutionnaire), et Wilhelm von Humboldt (Essai sur les limites de l’action de l’Etat, II).

    "On ne peut pas traiter le problème si on refuse de considérer ses causes."
    -Madsen Pirie, La Micropolitique. Comment faire une politique qui gagne.

    « [Tout pays] qui est sujet à la législature d’un autre pays dans lequel il n’a pas voix au chapitre, et sur lequel il n’a pas de contrôle, ne peut être dit gouverné par sa propre volonté. Un tel pays est, par conséquent, dans un état d’esclavage. »
    -Richard Price, Two Tracts on Civil Liberty, 1778.

    « Cedant arma togae, concedat laurea linguae. » (« Que les armes cèdent à la toge, les lauriers à l'éloquence ») -Cicéron, De officiis (Des devoirs), I, 22.

    "Le monde s'est divisé entre Conservateurs et Progressistes. L'affaire des Progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L'affaire des Conservateurs est d'éviter que les erreurs ne soient corrigées."
    -Gilbert Keith Chesterton.

    "Les vrais amis de la liberté ont toujours été rares, et l'on ne doit ses triomphes qu'à des minorités qui l'ont emporté en se donnant des alliés dont les objectifs différaient souvent des leurs."
    -Lord Acton, Histoire de la liberté dans l'Antiquité, Conférence prononcée devant les membres du Bridgnorth Institute, 26 février 1877.

    "So much of philosophy is just verbal masturbation."
    -Abe Lucas, in L'Homme irrationnel, de Woody Allen.

    « Plus donc nous jugeons qu’auraient été terribles les maux qui nous attendaient, plus grands sont les éloges dont nos morts doivent nous sembler dignes. »
    -Hypéride, Epitaphios, prononcée au printemps 322 en hommage au stratège athénien Léosthénès et à tous les autres Athéniens tués pendant la première année de la guerre lamiaque.

    "Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant." (Ecclésiaste 10:16).

    "Les intentions comptent peu ; ce qui [...] importe sont les effets qu’elles engendrent."
    -Gilles Labelle, dialogue avec Dalie Giroux, 31 janvier 2010.

    "Si les remparts de Syracuse tombent, Archimède est égorgé."
    -Philippe Champion, L'essence du politique, août 2016.

    "Etre libre c’est l’être souverainement, c’est-à-dire avoir définitivement dominé les forces du ressentiment, les forces qui, en chacun de nous, veulent l’asservissement, la domination. C’est tout le paradoxe et l’extrême difficulté de la liberté nietzschéenne. La liberté souveraine se veut elle-même, c’est-à-dire exclut tous ceux qui ne lui sacrifient pas le reste. La liberté est une rupture, un événement, un avènement ; bref une exception."
    -Jean Paul Dollé, « La liberté souveraine », Lignes, 2002/1 (n° 7), p. 162-169.

    « Tout se passe comme si la vérité devenait mensonge dès qu’elle sort de la bouche de votre ennemi. »
    -George Orwell, Réflexions sur la guerre d’Espagne, 1942.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Sam 13 Juil - 8:40, édité 66 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 4 Fév - 15:46

    "Je pense personnellement que l’erreur fondamentale de la « gauche radicale » est de répéter que le système « n’est pas démocratique » sans se rendre compte qu’il l’est. Qu’il défend des intérêts mesquins non pas parce qu’il serait inféodé à tel ou tel groupe social, mais parce que la plupart de nos concitoyens sont centrés sur leurs intérêts mesquins. Il y a derrière votre discours – et celui de la gauche radicale – la croyance que le Peuple est naturellement bon, et qu’un système vraiment démocratique ne pourrait produire qu’une société idéale. Ce n’est pas vrai : le Peuple est fait de gens comme vous et moi, qui aimeraient bien gagner beaucoup d’argent et ne pas payer leur impôts. Je vais être méchant : je trouve que le problème de notre système politique actuel n’est pas qu’il ne serait pas « représentatif », mais qu’il l’est trop. Si l’on veut un parlement véritablement « représentatif », pourquoi devrait-il compter moins de fraudeurs fiscaux – ou d’escrocs, de meurtriers, d’obsédés sexuels – que la moyenne de la population ? Au lieu de chasser DSK, Thévenoud ou Cahuzac, on devrait au contraire les féliciter et les maintenir à leur poste, puisqu’ils contribuent à rendre le Parlement et le gouvernement « représentatifs ». Ceux qui proposent le tirage au sort pour la sélection des élus devraient d’ailleurs se rendre compte qu’une telle procédure fabriquerait une assemblée « représentative » dans tous les sens, y compris celui-là.

    Le simple fait que DSK, Thévenoud ou Cahuzac aient été traînés dans la boue montre que les citoyens en général ne veulent pas d’un système politique « représentatif » au sens sociologique du terme. Ils veulent au contraire que leurs élus soient « meilleurs » qu’eux. Plus honnêtes, plus intelligents, plus formés, plus sérieux. En d’autres termes, ils veulent être gouvernés par « les meilleurs d’entre nous », ce qui correspond à la définition exacte d’une aristocratie.

    Cette erreur fondamentale de la « gauche radicale » la conduit toujours à sous-estimer la solidité de l’édifice social, à croire qu’il y a là dehors un « Peuple » éternellement disponible pour le changement et qui n’attend que le baiser du prince charmant pour se réveiller. Certains ont essayé de le réveiller par la violence, et cela n’a jamais marché : Action Directe, les Brigades Rouges, la RAF sont restés marginales, et le peuple ne les a pas suivies. Et c’était prévisible dès le départ : nos systèmes ne sont pas parfaits, mais ils sont « démocratiques » et, surtout, il n’y a pas d’alternative crédible qui soit meilleure
    ."
    -"Descartes".

    « Défendre la liberté d’expression n’implique pas d’endosser les expressions de ceux dont on défend la liberté. »
    -Frédéric Lordon, Charlie à tout prix ?, 13 janvier 2015 (cf: http://blog.mondediplo.net/2015-01-13-Charlie-a-tout-prix ).

    "Each faith, each ideology, tends to deviate from its original ideas, sometimes in a quite fundamental way and usually without most members being aware of what has happened. They still imagine to be loyal upholders of the traditional doctrines."
    -John Zube, Some Notes for a talk on Panarchism to Anarchists, 1986.

    « Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur. »
    -Winston Churchill.

    "Comment voulez-vous vous rebeller dans une société qui a fait du rebelle une icône ? En étant conformiste, réactionnaire, intégriste."
    -Le bloggeur "Descartes" (http://descartes.over-blog.fr/2015/05/l-affaire-sarah-k.html ).

    "On peut définir la culture comme l'ensemble des instruments par lesquels une société se pense et se montre à elle-même ; et donc choisit tous les aspects de l'emploi de sa plus-value disponible, c'est-à-dire l'organisation de tout ce qui dépasse les nécessités immédiates de sa reproduction."
    -Guy Debord, Préliminaires pour une définition de l'unité du programme révolutionnaire, 1960.

    "Il ne peut y avoir de liberté hors de l'activité."
    -Guy Debord, La Société du spectacle, Thèse 27, 1967.

    "If you're looking for the guilty, you need only look into a Mirror."
    -V for Vendetta (2005).

    "Les hommes n'étant pas dotés des mêmes capacités, s'ils sont libres, ils ne seront pas égaux, et s'ils sont égaux, c'est qu'ils ne sont pas libres."
    -Alexandre Soljenitsyne.

    "Souvenez vous que si au lieu de venir faire un discours, je venais pour être pendu, la foule serait deux fois plus nombreuse."
    -Winston Churchill, à un collaborateur qui le complimentait sur la foule qu'il attirait à ses meetings.

    "Les rapports sont très souvent étroits, alors qu'on les prétend invisibles, entre la politique intérieure et la politique extérieure des Etats."
    -Henri Guillemin, Le désastre de 1940, Conférence, 1973.

    "Si vous vous persuadez à vous-même que vous pouvez faire une chose quelconque, pourvu qu'elle soit possible, vous la ferez, si difficile qu'elle puisse être."
    -Émile Coué, La maîtrise de soi-même par l'autosuggestion consciente. De la suggestion et de ses applications, 1926.

    "Pour régner, il faut posséder une solide compréhension des effets de théâtre."
    -James Swallow, Signus Daemonicus, Black Library, 2014 (2012 pour la première édition britannique), 575 pages, p.214.

    "On doit des égards aux vivants; on ne doit aux morts que la vérité."
    -Voltaire.

    "Rien ne renforce plus l'amitié qu'un ennemi commun."
    -Frank Francfort Moore.

    "La liberté est quelque chose dont les gens n'ont pas envie. C'est ça le problème. Ils ont envie qu'on les guide."
    -Philippe Simonnot.

    "N'oubliez pas que, parfois, la meilleure des politiques est de n'en avoir aucune. [...] Inutile de donner plus de pouvoir au gouvernement."
    -Garry Kasparov (champion du monde d'échecs), "Relancer le rationnel", blog.avast.com, 27 septembre 2017.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mar 14 Mai - 16:58, édité 24 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 14 Mar - 18:15

    « L'humour a toujours été contre le pouvoir, quel que soit le régime. »
    -Coluche.

    "Le Capital ne me rapportera jamais ce que m'ont coûté les cigares que j'ai fumés en l'écrivant."
    -Karl Marx.

    "Aujourd’hui solitaires, vous qui vivez séparés,  vous serez un jour un peuple. Ceux qui se sont désignés eux-mêmes formeront un jour un peuple désigné — et c’est de ce peuple que naîtra l’existence qui dépasse l’homme."
    -Nietzsche.

    « La secte trouve sa raison d’être dans son point d’honneur, et ce point d’honneur, elle le cherche non dans ce qu’elle a de commun avec le mouvement de classe, mais dans un signe particulier qui la distingue du mouvement. »
    -Karl Marx, Lettre à J.B. Schweitzer, 13 octobre 1868.

    "L’oppression d’un peuple ou même d’un simple individu est l’oppression de tous et l’on ne peut violer la liberté d’un seul sans violer la liberté de chacun."
    -Bakounine.

    "La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes, et qu'elle n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple."
    -Décret dit "de Déclaration de paix au monde", 22 mai 1790.

    « Il n'y a pas de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont ils sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde ».
    -John Locke.

    "N’est-ce pas aussi l’idée du progrès qui circule à travers le drame magnifique de Prométhée ? [...] L’idée de progrès existait et se développait lentement au sein de la pensée païenne [...] Au moyen âge, les conditions n’étaient guère favorables au développement de l’idée de progrès. Dans l’ignorance et l’anarchie générales, le passé était mal connu, le présent mal compris ; sous le joug d’autorité qui opprimait à la fois la pensée et la conduite, nul espoir pour la raison d’étendre ses conquêtes dans l’avenir.

    [...] L’ascension du genre humain vers le mieux est toujours la conquête d’un volontaire effort et la récompense d’un mérite.

    [...] Comme nul ne sait combien de siècles l’humanité doit durer encore, nul ne peut dire si elle est jeune ou vieille.

    [...] Ceux qui s’en vont lèguent en mourant, sous forme d’exemples, d’enseignement, de chefs-d’œuvre ou de bonnes œuvres, quelque chose de l’intelligence ou de la moralité qu’ils contenaient en eux, et ceux qui viennent, recueillant cet héritage, y peuvent ajouter toujours plus de connaissances, plus de justice et de charité.

    [...] Quand une aristocratie domine depuis longtemps, elle s’endort peu à peu dans l’orgueil et la mollesse ; elle perd l’habitude de penser
    . "
    -Ludovic Carrau, La philosophie de l’histoire et la loi du progrès (1875).

    "La demoiselle est belle et son maintien viril ; elle parle peu et montre une intelligence remarquable ; en parlant elle a une voix agréable, douce et féminine. Elle se nourrit sobrement et boit peu de vin. Elle aime les beaux chevaux et les belles armes. Elle se plaît parmi les guerriers et les nobles. Elle fuit les conversations et les réunions nombreuses. Elle est souvent en larmes mais un visage joyeux lui plaît."
    -Percival, seigneur de Boulaminth, à propos de Jeanne d'Arc.

    "Dans les monastères, les synagogues et les mosquées se réfugient les faibles que l'Enfer épouvante."
    -Omar Khayyâm, écrivain et mystique persan (1048-1131).

    "Si tu veux marcher vers le futur retourne toujours à tes racines."
    -Machiavel.

    "Un Massu, un Franco, un Mussolini, un Hitler existent en permanence. Ils sont de toutes les époques. Ils trouvent ou ne trouvent pas le climat favorable pour s'épanouir. Tout dépend de ce qu'ils rencontrent devant eux."
    -Fred Zeller, peintre et homme politique français (1912-2003).

    « La dignité personnelle de l'homme, la liberté, il faudrait d'abord la réveiller dans la poitrine de ces hommes. Seul ce sentiment qui, avec les Grecs, disparaît de ce monde, et qui, avec le christianisme, s'évanouit dans l'azur vaporeux du ciel, peut à nouveau faire de la société une communauté des hommes, pour atteindre à leurs fins les plus élevées : un État démocratique.

    En revanche, les hommes qui n'ont pas le sentiment de leur humanité adhèrent à leurs maîtres, telle une race d'esclaves, un élevage de chevaux. Les maîtres par héritage sont le but de toute cette société. Ce monde leur appartient. Ils le prennent tel qu'il est, tel qu'il se sent. Eux-mêmes, ils se prennent tels qu'ils se trouvent, et ils s'installent là où leurs pieds ont poussé, sur les nuques de ces animaux politiques qui ne connaissent qu'une seule vocation : leur être « soumis et fidèlement dévoués ».
    »
    -Karl Marx.

    "Il y a des gens qui s’étonnent de ce que, en général, on favorise plus les artisans, les pauvres et les plébéiens que les citoyens honnêtes : c’est pourtant le moyen de conserver la démocratie. En effet, si les pauvres, les plébéiens et les gens de la dernière classe sont heureux, ils deviennent nombreux et fortifient l’État démocratique ; tandis que, si tout va bien pour les riches et les honnêtes gens, les démocrates leur font une opposition puissante. Or, dans tout pays, les classes élevées sont ennemies de la démocratie.

    "À Athènes, on accorde aux esclaves et aux métèques une licence incroyable : il n’est pas permis de les battre : un esclave ne se dérange pas pour vous. D’où vient cette coutume ? Je vais le dire. Si l’usage autorisait un homme libre abattre un esclave, un métèque ou un affranchi, souvent il prendrait un Athénien pour un esclave et le battrait : ici, en effet, l’habillement des citoyens n’est pas autre que celui des esclaves et des métèques, et pour l’extérieur, ils se valent. Et si l’on s’étonne de ce qu’ici l’on permet aux esclaves de vivre dans le luxe, à quelques-uns même de mener grand train, on verra que ce n’est pas sans un motif plausible. Dans une ville où la force est toute maritime, il y va de la fortune de se faire l’esclave de son esclave, pour en tirer des bénéfices, et de lui laisser la liberté. Où les esclaves sont riches, il n’est plus utile que mon esclave te craigne. À Lacédémone, mon esclave te craint ; mais si c’est ton esclave craint, il y a grand risque qu’il me donnera ce qu’il a, pour n’avoir rien à risquer. Voilà pourquoi nous avons établi l’égalité entre les esclaves et les hommes libres, entre les métèques et les citoyens. Car, puisque la ville a besoin des métèques pour le grand nombre des métiers et pour la marine, nous avons bien fait, en raison de cela, d’accorder l’égalité aux métèques."

    "Si on laisse les riches et les puissants se fortifier dans la république, avant peu là souveraineté populaire aura vécu à Athènes
    ."
    -Xénophon, Du Gouvernement des Athéniens.

    "Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays ; quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte jamais en rien."
    -François Fénelon, homme d'église et écrivain français.

    "Le plus grand dérèglement de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet."
    -Bossuet.

    « On a considérablement plus d’ennuis avec les amis de son parti qu’avec les ennemis du parti opposé ».
    -Le cardinal de Retz.

    « Nature et liberté peuvent être attribuées sans contradiction à un seul et même objet, mais considéré sous des angles différents, une fois comme phénomène, l'autre fois comme chose en soi »
    -Giordano Bruno.

    "Pas plus que l'Ecole du Droit naturel moderne, l'Ecole du Droit historique ne se caractérise par un projet politique spécifique [mais plutôt par une méthodologie refusant d'envisager le droit à l'image des sciences physiquo-mathématiques.] [...] L'exaltation qui en est le fer du lance du peuple conçu comme institution, du Volksgeist, de la conscience populaire nationale dans la genèse du Droit et du caractère organique de son développement dans le Droit coutumier, puis dans le Droit savant, frappe sans doute par son anti-étatisme [corporatiste]. Et c'est ce que ne manqueront pas de dénoncer dès 1821 les tenants de l'Ecole hégélienne, Hegel le premier.""
    -Alfred Dufour, L'individu contre le pouvoir, 1998.

    "Hegel voit dans la Société civile, l'inverse d'une société, une société à l'envers, en tant qu'elle est le lieu où l'individu se représente comme étant le but, la totalité, et la société comme le simple moyen de ses intérêts. Cela, bien avant qu'il y ait système du besoin, c'est-à-dire, bien que le mouvement de l'offre et de la demande, les fluctuations de la valeur du travail et de la marchandise n'est pas leur origine dans les individus. Il nous paraît que ce que Hegel retient dès le Système de la vie éthique de l'économie politique, c'est que le système du besoin se bloque, dans la mesure où il n'aboutit pas au bien-être général, que ses mécanismes de régulation (corporations) ne suffissent pas à éviter, d'une part, la concentration de la richesse et de l'autre, le dénuement (il est possible comme le prétend P. Chamley que Hegel ait repris cela, sans chercher à en expliquer le processus, chez le mercantiliste Stuart), et que, sans l'Etat proprement dit, la société civile sous le seul gouvernement du système du besoin, loin d'être autarcique, risquerait d'aboutir à la destruction du peuple, par la dissolution de son lien éthique."

    "[Pour Hegel] le gouvernement a des besoins universels de trois ordres: l'aide à ceux qui vivent dans une indigence permanente et universelle, le traitement de ceux qui font partie de l'état universel (les fonctionnaires), le financement des travaux publics."
    -Solange Mercier-Josa, Hegel et la société, in L'Homme et la société, n°35-36, 1975.

    "Le gouvernement est une réunion d'hommes qui fait violence au reste des hommes."
    -Léon Tolstoï.

    "Il est impossible de préserver une exigence intellectuelle sans blesser la sottise, sans la juger. L'émotion et la critique ne font pas bon ménage."
    -Harold Bernat.

    "L’honnête constatation des faits n’implique pas nécessairement de s’y soumettre. Elle est par contre indispensable à qui ne désespère pas de les changer."
    -Boris Souvarine, Les Sombres jours (cf: http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1270 ).

    « On ne peut penser aucun homme qui ne soit pas en même temps philosophe, qui ne pense pas, précisément parce que le fait de penser est le propre de l'homme en tant que tel. »
    -Antonio Gramsci, Carnets de Prison.

    « On ne commence ou, du moins, on ne devrait commencer aucune guerre sans s’être préalablement demandé quel but elle doit atteindre. […] C’est cette pensée fondamentale qui indique les directions à suivre, les moyens à employer et les efforts à produire ; elle manifeste son influence jusque dans les moindres subdivisions de l’action. »
    -Carl Clausewitz, Théorie de la grande guerre.

    "Non, tes conseils ne sont plus de saison,
    Pylade, je suis las d'écouter la raison
    ."
    -Oreste, à Pylade, in Jean Racine, Andromaque, acte III, scène 1, 1667.

    "Night hasn’t quite fallen yet on the old order, but it’s dusk—the gloaming hour."
    -Jacob Siegel, The Alt-Right’s Jewish Godfather : How Paul Gottfried—willing or reluctant—became the mentor of Richard Spencer and a philosophical lodestone for white nationalists, http://www.tabletmag.com, 29 November 2016.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 22 Déc - 12:38, édité 31 fois


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 11 Avr - 23:16

    « Envie d’être honnête. Vraiment honnête. Je lis une dissonance dans cette question. Dissonance entre le « écrivant actuellement » et le rêve de publication. Envie de conseiller à cette personne de conserver toute la force de ses rêves pour l’écriture et pour l’écriture seule. Une écriture vraie, sans complaisance, une écriture qui vient des tripes, qui offre l’univers qui s’est déployé dans sa tête et son cœur, une écriture et un univers qui doivent la combler si parfaitement que tout ce qu’il adviendra ensuite ne sera que du bonus : publication, lectorat, succès…

    Envie d’ajouter que les deux clefs sont, à mon humble avis, l’intégrité et le travail. Intégrité dans ce qu’elle peut avoir de plus impitoyable : est-ce que ces phrases alignées sur ma feuille correspondent vraiment à ce que j’ai envie/besoin d’écrire ? Je le dois à mes lecteurs et, surtout, je me le dois à moi !
    Travail sans cesse repris sur la cohérence, le fond et la forme. Jamais abouti, toujours en mouvement.

    Envie de conclure en revenant sur le mot rêve. Nos rêves n’ont de force et de valeur que si l’on se bat pour qu’ils deviennent réalité
    . »
    -Pierre Bottero.

    « Un Bon personnage de roman est changé par l’histoire. Le bon personnage doit être ambigu, on doit le soupçonner de pouvoir échouer ou de basculer dans le camp des méchants. »
    -Bernard Werber, Le souffle des dieux.

    « C’est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits au contraire ont le don de beaucoup parler, et de ne rien dire. »
    -La Rochefoucauld, Maximes et réflexions morales, 1664.

    « Ce qui arrive ne se produit pas tant parce que quelques-uns le veulent, que parce que la masse des hommes abdique toute volonté, laisse faire, laisse assembler les nœuds que seule l'épée pourra trancher ensuite, laisse promulguer les lois que seule la révolte fera ensuite abroger, laisse s'élever au pouvoir les hommes que seule une révolte pourra renverser par la suite. »
    -Antonio Gramsci, Les indifférents.

    « Ils étaient là comme dans une cage dont la porte eût été grande ouverte, sans qu'ils puissent s'en évader. Rien n'avait plus d'importance en dehors de cette cage, parce qu'il n'existait plus rien d'autre. Ils demeuraient dans cette cage, étrangers à tout ce qui n'était pas elle, sans même l'ombre d'un désir de tout ce qui était au-delà des barreaux. »
    -Raoul Vaneigem, La Révolution de la vie quotidienne (1967).

    « Que signifie vivre. — Vivre — cela signifie : repousser sans cesse quelque chose qui veut mourir. »
    -Nietzsche, Le Gai Savoir.

    « On demandait à Archidamidas combien ils étaient de Spartiates :
    - Assez, répondit-il, pour repousser les méchants.
    »
    -Plutarque, Lycurgue.

    « De tous les cultes religieux que nous montre l’histoire ce fut certainement le moins théologique, le moins sérieux, le moins divin et à cause de cela même le moins malfaisant, celui qui entrava le moins le libre développement de la société humaine. — La seule pluralité des dieux à peu près égaux en puissance était une garantie contre l’absolutisme ; persécuté par les uns, on pouvait chercher protection chez les autres, et le mal causé par un dieu trouvait sa compensation par le bien produit par un autre. Il n’y avait donc pas dans la mythologie grecque cette contradiction logiquement aussi bien que moralement monstrueuse, que le bien et le mal, la beauté et la laideur, la bonté et la méchanceté, la haine et l’amour se trouvent concentrés dans une seule et même personne, comme cela se présente fatalement dans le dieu du monothéisme. »
    -Bakounine, Le Principe de l’État.

    « Dans le trouble de ces époques quelques hommes déclassés, dégoûtés, désœuvrés mais tous riches de force native, peuvent concevoir le projet de fonder une nouvelle espèce d'aristocratie, d'autant plus difficile à rompre qu'elle sera basée sur les facultés les plus précieuses, les plus indestructibles, et sur les dons célestes que le travail et l'argent ne peuvent conférer. »
    -Baudelaire.

    « Dieux heureux, qu’adorait la jeunesse du monde,
    Que blasphème aujourd’hui la vieille humanité,
    Laissez-moi me baigner dans la source féconde
    Où la divine Hellas trouva la vérité.

    Laissez-nous boire encor, nous, vos derniers fidèles,
    Dans l’urne du symbole où s’abreuvaient les forts.
    Vos temples sont détruits, mais, ô Lois éternelles,
    Dans l’Olympe idéal renaissent les Dieux Morts
    . »
    -Louis Ménard, Histoire des grecs.

    « Smith: Pourquoi, Mr. Anderson, pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi ? Pourquoi se relever ? Pourquoi continuer à se battre ? Vous pensez vous battre pour quelque chose de plus que votre survie ? Vous pouvez me dire ce que c’est ? Est-ce que vous le savez au moins ? Est-ce la liberté, ou la vérité, peut-être la paix ? Est-ce pour l'amour ? Illusions, Mr. Anderson, hallucinations, inventions fugaces d'un minable esprit humain dans une tentative désespérée de justifier une existence, une vie absurde sans le moindre but. Des vies tout aussi artificielles que la matrice elle-même, mais je dois reconnaître que seul l'esprit humain a pu inventer une chose aussi insipide et inepte que l'amour. Vous devez forcement le voir monsieur Anderson, vous le savez maintenant! Vous ne pouvez pas gagner, à quoi bon vous battre, pourquoi, Mr. Anderson, pourquoi, pourquoi persistez-vous ?

    Neo: Parce que je l'ai choisi.
    »
    -Matrix Revolutions.

    « Respecter ton public, c’est lui donner ce que tu voudrais recevoir si tu faisais partie du public. »
    -Karim Debbache.

    « La vertu n’irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie. »
    -La Rochefoucauld, Maximes et réflexions morales, 1664.

    "Je ne viens point caresser l'opinion du moment, ni flatter la puissance dominante."
    -Robespierre.

    « Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. »
    -La Rochefoucauld, Maximes et réflexions morales, 1664.

    « Les idées s’améliorent. Le sens des mots y participe.

    Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique. Il serre de près la phrase d’un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l’idée juste.
    »
    -Lautréamont, Poésie II, 1870.

    « Nombreux sont ceux qui vivent et qui méritent la mort. Et certains qui meurent méritent la vie. Pouvez-vous la leur donner ? Alors, ne soyez pas trop prompt à dispenser la mort en jugement. »
    -Gandalf le Gris, in La communauté de l’Anneau, par J. R. R. Tolkien.

    « La mort, donnée, reçue ou acceptée, est un échec. Dans tous les cas. »
    -Pierre Bottero, Le Maître des Tempêtes.

    « Un monde doit être renversé, mais chaque larme qui aurait pu être évitée est une accusation ; et l'homme qui, se hâtant vers une tâche importante, écrase par inadvertance même un pauvre ver de terre, commet un crime. »
    -Rosa Luxemburg, Un Devoir d'honneur.

    « Ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples.

    L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le Peuple. »

    […]Voyez donc ces superflus ! Ils sont toujours malades, ils rendent leur bile et appellent cela des journaux. […]

    Voyez donc ces superflus ! Ils acquièrent des richesses et en deviennent plus pauvres. Ils veulent la puissance et avant tout le levier de la puissance, beaucoup d’argent, — ces impuissants !

    […] Ils veulent tous s’approcher du trône : c’est leur folie, — comme si le bonheur était sur le trône ! Souvent la boue est sur le trône — et souvent aussi le trône est dans la boue.

    […]Là où finit l’État, — regardez donc, mes frères ! Ne voyez-vous pas l’arc-en-ciel et le pont du Surhumain ?
    »
    -Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.

    "Ce que la vie a de meilleur, c'est qu'elle ne force personne à la subir."
    -Sénèque.

    "C'est toujours nous, les intellectuels, qui, par lâcheté, vanité et orgueil, avons fait ou faisons les pires choses. Nous qui avons un devoir particulier à l'égard de ceux qui n'ont pas pu étudier, nous sommes les traîtres de l'esprit, comme l'a dit le grand penseur français Julien Benda. C'est nous qui avons inventé et diffusé le nationalisme, comme l'a montré Benda, et nous suivons les modes idiotes. Nous voulons nous faire remarquer et parlons un langage incompréhensible mais très impressionnant, un langage docte, artificiel, que nous tenons de nos maîtres hégéliens."
    -Karl Popper, La Leçon de ce siècle.

    « Tout s’écroule. »

    « Ce qui est contraire est utile. »

    « J'ai été en quête de moi-même. »
    -Héraclite d’Ephèse.

    "Le peuple n'est pas porté à s'engager dans une rébellion pour l'éclat théâtral de la chose."
    -William Hazlitt.

    « Si l'on cède sur les mots, on finit par céder sur les choses. »
    -Sigmund Freud.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 28 Sep - 17:35, édité 24 fois


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 13 Avr - 13:08

    « 1
    Quand ceux qui luttent contre l’injustice
    Montrent leurs visages meurtris
    Grande est l’impatience de ceux
    qui vivent en sécurité.

    2
    De quoi vous plaignez-vous ? demandent-ils
    Vous avez lutté contre l’injustice !
    C’est elle qui a eu le dessus,
    Alors taisez-vous

    3
    Qui lutte doit savoir perdre !
    Qui cherche querelle s’expose au danger !
    Qui professe la violence
    N’a pas le droit d’accuser la violence !

    4
    Ah ! mes amis
    Vous qui êtes à l’abri
    Pourquoi cette hostilité ? Sommes-nous
    Vos ennemis, nous qui sommes les ennemis de l’injustice ?
    Quand ceux qui luttent contre l’injustice sont vaincus
    L’injustice passera-t-elle pour justice ?

    5
    Nos défaites, voyez-vous,
    Ne prouvent rien, sinon
    Que nous sommes trop peu nombreux
    À lutter contre l’infamie,
    Et nous attendons de ceux qui regardent
    Qu’ils éprouvent au moins quelque honte
    . »
    -Bertolt Brecht, Nos défaites ne prouvent rien.

    « Tout ce qui est grand doit savoir mourir. »
    -Max Stirner, Le faux principe de notre éducation, 1842.

    « Chacun emprunte une voie différente suivant son tempérament. »

    « La plus grande stupidité que l’esprit humain ait jamais conçu est l’idée de la délivrance par la suppression du désir. »

    « Si le monde avait eu un sens, nous en aurions eu, à l’heure qu’il est, la révélation. Comment imaginer qu’il pourrait encore se manifester dorénavant ? Mais le monde n’en a pas ; irrationnel dans son essence, il est, de surcroît, infini. Le sens ne se conçoit, en effet, que dans un monde fini, où l’on puisse arriver à quelque chose ; un monde qui ne tolère pas la régression, un monde de repères sûrs et bien définis, un monde assimilable à une histoire convergente, tel que le veut la théorie du progrès. L’infini ne mène nulle part, car tout y est provisoire et caduc. […] Vivons donc, puisque le monde est dépourvu de sens. »

    "Chaque instant doit être arraché au désespoir."
    -Léon Bloy.

    "Un Grec ne se serait pas cru libre pour avoir mis, tous les cinq ou six ans, dans une boîte, le nom d’un des députés chargés de voter l’impôt."

    "La doctrine du progrès, même sous cette forme atténuée, est en opposition avec les faits historiques, et, ce qui est plus grave, incompatible avec toute espèce de morale. […] La philosophie de l’histoire est à refaire. Il faut donner un corps aux idées qui veulent naître et créer les Dieux à venir."
    -Louis Ménard, Les questions sociales dans l’antiquité (1898).

    « Un historien, par sa position personnelle elle-même, est un travailleur intellectuel, d'abord, et ensuite, si nous considérons des traits plus particuliers, il est en même temps un homme qui écrit, un homme de lettres. Quoi de plus naturel alors qu'il prenne le travail intellectuel pour la chose principale dans l'histoire, et les œuvres littéraires, depuis les poèmes et les romans jusqu'aux traités de philosophie et de sciences, pour les faits essentiels de la culture ? Mais ce n'est pas encore assez, les travailleurs intellectuels, et ceci est assez naturel, se sont laissés aller au même orgueil qui avait dicté aux Pharaons des inscriptions élogieuses. Ils ont commencé à croire que c'étaient eux qui faisaient l'histoire. »
    -Mikhail Nikolayevich Pokrovsky, Histoire de la civilisation russe.

    "Je pense, donc je suis est un propos d'intellectuel qui sous-estime les maux de dents. Je sens, donc je suis est une vérité de portée beaucoup plus générale et qui concerne tout être vivant."
    -Milan Kundera, L'Immortalité (1990).

    "Les bons sont rares."
    -Héraclite.

    "Des diverses erreurs qui font le malheur de l'homme, la plus funeste peut-être est l'abus des mots, qui nous trompe sur les choses."
    -François-Urbain Domergue, grammairien et journaliste français, membre de l'Académie française de 1803 à 1810.

    « Les intrigants ont calomnié la liberté elle-même. Mais comment déshonorer la liberté ? Comment diffamer même ceux qui défendent publiquement sa cause ? Il n'était qu'un seul moyen d'y réussir, c'était de peindre chaque vertu sous les couleurs du vice opposé, en l'exagérant jusqu'au dernier excès. C'était d'appeler les maximes de la philosophie appliquées à l'organisation des sociétés politiques, une théorie désorganisatrice de l'ordre public ; de nommer le renversement de la tyrannie, anarchie ; le mouvement de la révolution, troubles, désordres, factions ; la réclamation énergique des droits du peuple, flagorneries séditieuses [...]. C'était, en un mot, flétrir les choses honnêtes et louables par des mots odieux et de déguiser les systèmes de l'intrigue et de l'aristocratie sous des dénominations honorables [...]. Il fallait présenter le parti du peuple lui-même comme une faction, il fallait travestir la morale de l'égalité et de la justice sociale... Avec quelle facilité, la calomnie rendit tous les défenseurs de la liberté les objets de la prévention et de la haine publique, sous les noms de factieux, de républicains, etc. Il faut maintenant passer la vérité en contrebande ».
    -Robespierre, De l'influence de la calomnie sur la révolution (28 octobre 1792).

    "Il serait insensé, et même contradictoire, de penser que ce qui n'a jamais été exécuté puisse l'être autrement que par des moyens qui n'ont pas encore été tentés."

    "Au premier coup d'œil jeté sur les livres, les laboratoires et les ateliers, les productions de l'esprit et de la main de l'homme paraissent innombrables. Mais toute cette variété se réduit à une subtilité recherchée, et à des dérivations de ce qui frappe le plus la vue, et non à de nombreux axiomes."

    "Je dis plus : tous ces moyens imaginés jusqu'ici sont bien plutôt dus au hasard et à la routine, qu'aux sciences et à la mé­thode. Car ces sciences prétendues, dont nous sommes en posses­sion, ne sont tout au plus que d'ingénieuses combinaisons de choses connues depuis longtemps, et non de nouvelles méthodes d'inven­tion ou des indications de nouveaux moyens."

    "Car, après tout, si les hommes, étant tous atteints de la même folie, extravaguaient précisément de la même manière, ils pourraient encore s'entendre assez bien."

    "Tous ces systèmes de philosophie, qui ont été succes­sivement inventés et adoptés, sont comme autant de pièces de théâtre que les divers philosophes ont mises au jour, et sont venus jouer chacun à leur tour ; pièces qui présentent à nos regards au­tant de mondes imaginaires et vraiment faits pour la scène. Nous ne parlons pas seulement ici des opinions philosophiques et des sectes qui ont régné autrefois, mais en général de toutes celles qui ont pu ou peuvent encore exister, attendu qu'il est encore assez facile de composer une infinité d'autres pièces du même genre, les erreurs les plus opposées ayant presque toujours des causes semblables. Et, ce que nous disons, il ne faut pas l'entendre seulement des systèmes pris en totalité, mais même d'une infinité de principes et d'axiomes reçus dans les sciences ; principes que la crédulité, en les adoptant sans examen et les transmettant de bouche en bouche, a accrédités."
    -Francis Bacon, Nouvel Organum.

    "Les classes sociales qui ont la possibilité de voyager adorent l’Euro. Mais je vous assure qu’à Hénin-Beaumont, l’immense majorité des gens ne trouvent pas le reste du monde « vraiment très abordable ». Je me demande pourquoi…"
    -Descartes, blogueur anciennement membre du PCF.

    "Le nationalisme n’est pas un facteur révolutionnaire, mais une méthode plus moderne de continuer l’exploitation de l’homme par l’homme. Il est l’outil qui permet de reconstruire une classe dominante qui se substitue à une classe dominante usée."
    -Maurice Joyeux, Le Monde libertaire (1962).

    « Chacun sait que Baudelaire rencontra chez Poe, toutes faites, des choses qu’il avait rêvé d’écrire. Il n’avait pu construire lui-même le pont entre l’idée et son expression. Et pourtant c’était un grand magicien que Charles Baudelaire, et un grand architecte. Il y a joie à découvrir un frère spirituel qui a travaillé pour nous, à retrouver par lui accès à une province sans route de notre esprit, et aussi à collaborer à l’œuvre même de ce génie intercesseur, en la traduisant : en projetant sur les vestiges de l’aventure poétique l’image du pont idéal déjà réalisé par le poète sur un gouffre… tout pareil à celui qu’il nous faut franchir à notre tour. »
    -André Prudhommeaux.

    "En général, en France, on abandonne trop volontiers la liberté, qui est la réalité, pour courir après l’égalité, qui est la chimère. C’est assez la manie française de lâcher le corps pour l’ombre."
    -Victor Hugo, Lettre à sa femme, 1836 (cf: http://www.contrepoints.org/2012/12/30/109639-le-corps-et-lombre ).

    "La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent."
    -Albert Einstein.

    "Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit."
    -Gibran Khalil Gibran, Le sable et l'écume, 1926.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mer 7 Nov - 14:25, édité 17 fois


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 20 Avr - 22:01

    "Moi qui ai songé à ce qu'il en serait, si ceux qui sont capables de discerner le vrai et le juste n'étaient pas si rares, tellement rares que l'on peut passer quelque vingt années à les rechercher en vain autour de soi, si ceux qui ont le pouvoir de faire advenir le vrai et le juste pouvaient ne pas être en si petit nombre, en tellement petit nombre que, par la suite, leurs ouvrages font exception dans le cours éphémère des choses terrestres. [...]

    Alors que la philosophie, depuis longtemps déjà, a de cette manière dû servir de moyen à des fins publiques d'un côté et privées de l'autre, j'ai, sans me sentir le moins du monde perturbé par ce phénomène, poursuivi sans relâche le fil de ma pensée depuis trente ans, et cela aussi pour cette unique et précise raison que j'y étais obligé et ne pouvais faire autrement, poussé par une pulsion instinctive et, cependant fortifié par la conviction que le vrai qu'un homme a pensé, le caché qu'il a mis en lumière sera tout de même compris un jour par un autre esprit pensant, qu'il parlera à ce dernier, qu'il lui procurera joie et réconfort: c'est à un tel esprit que l'on s'adresse, tout comme d'autres semblables se sont adressés à nous et sont ainsi devenus notre consolation dans le désert de cette vie
    ."
    -Schopenhauer, préface à la deuxième édition du Monde comme volonté et représentation, 1844.

    « C'est peut-être l'effet le moins aperçu d'une dégringolade française de quinze années, d'avoir produit ces dominateurs, inconnus des antérieures décadences, qui règnent sur nous sans y prétendre et sans même s'en apercevoir. C'est la surhumaine oligarchie des inconscients et le Droit Divin de la Médiocrité absolue.
    Ils ne sont, nécessairement, ni des eunuques, ni des méchants, ni des fanatiques, ni des hypocrites, ni des imbéciles affolés. Ils ne sont ni des égoïstes avec assurance, ni des lâches avec précision. Ils n'ont pas même l'énergie du scepticisme. Ils ne sont absolument rien. Mais la terre est à leurs pieds et cela leur paraît très simple
    . »
    -Léon Bloy, Le Désespéré.

    « On pensera peut-être que l'attitude assez limitée dont j'ai parlé n'a que des chances modestes contre les forces du meurtre. Mais, et je conclurai ainsi, ce n'est pas mon avis. Car il s'agit d'une prudence bien calculée, d'ailleurs provisoire, qui demande de la force et de l'obstination. Plus simplement, elle demande qu'on aime la vie plus que l'idée. Voilà peut-être ce qui la rend difficile, dans une Europe qui a désappris d'aimer la vie et fait semblant d'aimer l'avenir par-dessus tout, pour tout lui sacrifier. Mais si elle veut reprendre goût à la vie, il lui faudra remplacer les valeurs d'efficacité par les valeurs d'exemple. [...]
    Quelqu'un, dans le monde antique, nous a laissé justement l'exemple et le chemin de [notre] salut [commun]. Il savait que la vie comporte une part d'ombre et une part de lumière, que l'homme ne pouvait prétendre tout régler, qu'il fallait lui démontrer sa vanité. Il savait qu'il y a des choses qu'on ne sait pas et que si l'on prétend tout savoir, alors on finit par tout tuer. Pressentant ce que devait dire Montaigne: "C'est mettre à bien haut prix ses conjectures que d'en faire cuire un homme tout vif!" il prêchait dans les rues d'Athènes la valeur d'ignorance [illisible], afin que l'homme devienne supportable à l'homme. A la fin, naturellement, on l'a mis à mort. Socrate mort, alors commence la décadence du monde grec. Et on a tué beaucoup de Socrate en Europe depuis quelques années. C'est l'indication que seul l'esprit socratique d'indulgence envers les autres et de rigueur envers soi-même est dangereux en ce moment pour notre civilisation du meurtre
    . »
    -Albert Camus, Le Temps des meurtriers.

    « Le Moyen Age, mon enfant, c'était une immense église comme on n'en verra plus jusqu'à ce que Dieu revienne sur terre, - un lieu de prières aussi vaste que l'Occident et bâti sur dix siècles d'extase qui font penser aux Dix Commandements du Sabaoth ! C'était l'agenouillement universel dans l'adoration ou dans la terreur. Les blasphémateurs eux-mêmes et les sanguinaires étaient à genoux, parce qu'il n'y avait pas d'autre attitude en la présence du Crucifié redoutable qui devait juger tous les hommes... Au dehors, il n'y avait que les ténèbres pleines de dragons et de cérémonies infernales. On était toujours à la Mort du Christ et le soleil ne se montrait pas. Les pauvres gens des campagnes labouraient le sol en tremblant, comme s'ils avaient craint d'éveiller les trépassés avant l'heure. Les chevaliers et leurs serviteurs de guerre chevauchaient silencieusement au loin, sur les horizons, dans le crépuscule. Tout le monde pleurait en demandant grâce. Quelquefois, une rafale subite ouvrait les portes, poussant les sombres figures de l'extérieur jusqu'au fond du sanctuaire, dont tous les flambeaux s'éteignaient, et on n'entendait plus qu'un très long cri d'épouvante répercuté dans les deux mondes angéliques, en attendant que le Vicaire du Rédempteur eût élevé ses terribles Mains conjuratrices. Les mille ans du Moyen Age ont été la durée du grand deuil chrétien, de votre patronne sainte Clotilde à Christophe Colomb, qui emporta l'enthousiasme de la charité dans son cercueil, - car il n'y a que les Saints ou les antagonistes des saints capables de délimiter l'histoire. »
    -Léon Bloy, La femme pauvre.

    "S'il est au monde une misère sans remède, c'est le serrement de cœur qui vient de l'incommunicable."
    -Thomas de Quincey, poète anglais.

    "J'ai moins l'amour des exploités, patients à tous les brancards, que le mépris et le dégoût de l'élite des esclaves : les maîtres — harnacheurs sournois, bons apôtres, honnêtes gens, maîtres fourbes."

    "Je ne ferai pas semblant de songer à l'affranchissement, à l'émancipation d'une classe plus spécialement que d'une autre, perverties qu'elles sont toutes par le manque de simplicité, le goût nègre des verroteries, du clinquant et des cinémas tombés dans le roman-feuilleton. Rien de très beau à espérer. Etant donné ce que sont les hommes, tous les hommes que nous connaissons — nous compris, il ne sied pas d'anticiper au-delà du bouleversement, vengeur des mensonges d'un monde. Il s'annonce. La seule certitude c'est de Vivre et sans attendre. Vivons donc : action, parole ou silence. Question d'heure, cas individuels."
    -Zo d'Axa.

    "Je le vois trop: on ne gagne pas de reconnaissance à se battre avec l'ennemi obstinément, sans trêve: la part est la même pour qui reste chez lui et pour qui guerroie de toute son âme ; même estime attend le lâche et le brave ! Que me revient-il à la fin d'avoir tant pâti en mon cœur, à jouer chaque jour ma vie au combat ?"
    -Homère, Iliade, chant IX.

    "Directement et naturellement, nous le répétons, l’altruisme n’existe pas."
    -Manuel Devaldès, Réflexions sur l’individualisme (1936).

    « La sincérité d’un intellectuel aujourd’hui, singulièrement d’un philosophe, peut se mesurer à la façon dont il se situe par rapport à Nietzsche et à Marx. Celui qui ne reconnaît pas que sans le travail de ces deux auteurs, il n’aurait pu mener à bien une grande partie de son travail se dupe lui-même et dupe les autres. Le monde intellectuel dans lequel nous vivons a été en grande partie formé par Marx et Nietzsche. »
    -Max Weber, sociologue allemand.

    "L'histoire de l'Église est l'histoire des cruautés et de l'horreur."
    -Léon Tolstoï.

    "L'homme n'est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête."

    "C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité."
    -Blaise Pascal.

    « Certains sans doute sont totalement fermés à l'expérience mystique. (…) Mais on rencontre également des gens pour lesquels la musique est un bruit. (…) Personne ne tirera de là un argument contre la musique
    -Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932).

    Cette remarque s'adresse peut-être à Sigmund Freud répliquant à Romain Rolland: "La mystique m'est aussi fermée que la musique."

    "Par ailleurs, nous condamnons toutes les religions en cela qu’elles sont génératrices d’illusions nous permettant d’accepter notre sordide condition de dominés et qu’elles mentent ou déraisonnent sur à peu près tout. Mais nous condamnons également toute stigmatisation d’une religion en particulier. Les adeptes du complot sioniste ou du péril islamiste sont de pauvres têtes mystifiées qui confondent la critique radicale avec la haine et le dédain. Ils ne sont capables de produire que de la boue."
    -Jean-François Brient et Victor León Fuentes.

    "La domination du grand nombre par le petit nombre, nous l'appelons tyrannie : la domination du petit nombre par le grand nombre est tyrannie aussi."
    -Herbert Spencer, Le Droit d'ignorer l'État.

    « Mais la majorité elle-même n’est pas toute-puissante. Au-dessus d’elle, dans le monde moral, se trouvent l’humanité, la justice et la raison ; dans le monde politique, les droits acquis. La majorité reconnaît ces deux barrières, et s’il lui arrive de les franchir, c’est qu’elle a des passions, comme chaque homme, et que, semblable à eux, elle peut faire le mal en discernant le bien. [...] Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. »
    -Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique.

    "Le problème des aristocraties est que le peuple les tolère aussi longtemps qu’elles font correctement le boulot. Quand un seigneur vous protège des pillards, construit un château ou vous pouvez vous abriter lorsqu’une armée ennemie se présente, rend la justice conformément aux coutumes acceptées, vous êtes prêt à lui payer les impôts et lui rendre les honneurs. Mais s’il se révèle incapable, il ne faut pas grande chose pour que se lèvent les fourches. Pour les aristocraties héréditaires, c’était un vrai problème puisque la compétence ne s’hérite pas. Pour palier à ce problème, on a eu recours à l’éducation : les aristocraties ont toujours veillé à donner à leurs rejetons la meilleure formation disponible pour leur permettre de faire leur boulot d’aristocrate correctement. Et quand l’aristocratie a négligé ses devoirs pour aller parader à Versailles, ils ont perdu – littéralement – leurs têtes.

    L’Empire puis la République ont résolu le problème en substituant à l’aristocratie héréditaire l’aristocratie du mérite. Bien entendu, les « fils de » partaient avec un avantage, un capital intellectuel. Mais en dernière instance, on entrait à Polytechnique ou l’on devenait instituteur par concours. La méritocratie a été l’aristocratie de la République. Une aristocratie qui avait conscience de ses devoirs envers la République qui l’avait faite et le peuple qui en était le souverain. Et si le peuple a été disposé à lui confier le soin de gouverner pendant de longues années, c’est que ces devoirs étaient bien remplis. Et cela a marché jusqu’à ce que dans les années 1960 les classes moyennes prennent peur d’un recrutement au mérite qui mettrait ses enfants en concurrence avec les enfants des autres, et casse le système. On a donc transformé le recrutement par concours et au mérite en recrutement par copinage et sur dossier. Et cela a produit une aristocratie de « fils de » qui ont fini pour oublier quels sont ses devoirs. Or, le peuple ne tolère les aristocraties que s’il elles font leur boulot… et une guillotine, une !
    "
    -"Descartes" (source: http://descartes.over-blog.fr/2014/05/pourquoi-il-faut-ecouter-jean-louis-bourlanges.html ).

    « Demandez à tout bon Français qui lit tous les jours son journal dans son estaminet ce qu’il entend par progrès, il répondra que c’est la vapeur, l’électricité et l’éclairage au gaz, miracles inconnus aux Romains, et que ces découvertes témoignent pleinement de notre supériorité sur les anciens; tant il s’est fait de ténèbres dans ce malheureux cerveau et tant les choses de l’ordre matériel et de l’ordre spirituel s’y sont si bizarrement confondues ! Le pauvre homme est tellement américanisé par ses philosophes zoocrates et industriels qu’il a perdu la notion des différences qui caractérisent les phénomènes du monde physique et du monde moral, du naturel et du surnaturel. »

    « Je m’ennuie en France, surtout parce que tout le monde y ressemble à Voltaire. Emerson a oublié Voltaire dans ses Représentants de l’humanité. Il aurait pu faire un joli chapitre intitulé : Voltaire, ou l’anti-poète, le roi des badauds, le prince des superficiels, l’anti-artiste, le prédicateur des concierges, le père Gigogne des rédacteurs du Siècle. »

    « Tout cela me rappelle l’odieux proverbe paternel : make money, my son, honestly, if you can, BUT MAKE MONEY. Quelle odeur de magasin ! comme disait J. de Maistre, à propos de Locke. »
    -Baudelaire.

    "Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres est qu'ils veulent leur bien."
    -Vauvenargues.

    "Le mérite produit une inégalité juste."
    -Nicolas Restif de la Bretonne.

    "Ma mission est de tuer le temps et la sienne est de me tuer à son tour.
    On est à l'aise entre assassins
    ."
    -Cioran.

    "La perversion de la cité commence par la fraude des mots."
    -Platon.  

    "[Dans toutes guerres], il y a toujours un agresseur et un opprimé, un qui a tort et un qui a raison, un qui devrait ne pas attaquer et un qui a le devoir de se défendre." (p.106)

    "Les mouvements intellectuels et sociaux oscillent comme des outres vides [...] l'homme ne se relève d'une chute que pour en faire une opposée." (p.158)
    -Georges Guy-Grand, La philosophie syndicaliste, Paris, Bernard Grasset Éditeur, 1911, 239 pages.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Jeu 4 Oct - 11:24, édité 24 fois


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 24 Mai - 19:40

    « Mais le plus merveilleux était qu'il y eût là, debout sur le dos rond de la planète, entre ce linge aimanté et ces étoiles, une conscience d'homme dans laquelle cette pluie pût se réfléchir comme dans un miroir. Sur une assise de minéraux un songe est un miracle. Et je me souviens d'un songe...

    Echoué ainsi une autre fois dans une région de sable épais, j'attendais l'aube. Les collines d'or offraient à la lune leur versant lumineux, et des versants d'ombre montaient jusqu'aux lignes de partage de la lumière. Sur ce chantier désert d'ombre et de lune, régnait une paix de travail suspendu, et aussi un silence de piège, au coeur duquel je m'endormis.

    [...] Et je méditais sur ma condition, perdu dans le désert et menacé, nu entre le sable et les étoiles, éloigné des pôles de ma vie par trop de silence. Car je savais que j’userais, à les rejoindre, des jours, des semaines, des mois, si nul avion ne me retrouvait, si les Maures, demain, ne me massacraient pas. Ici, je ne possédais plus rien au monde. Je n’étais rien qu’un mortel égaré entre du sable et des étoiles, conscient de la seule douceur de respirer...

    Et cependant, je me découvris plein de songes
    ."
    -Antoine de Saint-Exupéry, Terre des Hommes.

    « J’interdis aux marchands de vanter trop leurs marchandises. Car ils se font vite pédagogues et t’enseignent comme but ce qui n’est par essence qu’un moyen, et te trompant ainsi sur la route à suivre les voilà bientôt qui te dégradent, car si leur musique est vulgaire ils te fabriquent pour te la vendre une âme vulgaire. Or, s’il est bon que les objets soient fondés pour servir les hommes, il serait monstrueux que les hommes fussent fondés pour servir de poubelles aux objets. »
    -Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle.

    "O prisonniers, comprenez-moi ! Je vous délivre de votre science, de vos formules, de vos lois, de cette esclavage de l’esprit, de ce déterminisme plus dur que la fatalité. Je suis le défaut dans l’armure. Je suis la lucarne dans la prison. Je suis l’erreur dans le calcul : je suis la vie."

    "Je suis le seul qui puisse rendre l’homme à lui même ... car je suis celui qui s’est émerveillé de l’homme
    ."
    -Antoine de Saint-Exupéry, Le Courrier du Sud.

    « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaitre à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »
    -Jonathan Swift.


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 26 Mai - 17:53

    "Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui."
    -Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.

    « Les hommes sont naturellement ennemis. »

    « Chaque citoyen ou sujet a d’autant moins de droit que l’État tout entier a plus de puissance que lui. »

    « Les passions naturelles des hommes sont les mêmes partout. »

    « [Machiavel] a toujours été pour la liberté et a donné sur les moyens de la défendre des conseils très-salutaires. »

    « Ceux qui sont obligés par la loi de prêter serment seront plus en garde contre le parjure. »

    « Quant aux villes qui ne sont en état ni de subsister par elles-mêmes, ni d’inspirer aux autres de la crainte, elles ne s’appartiennent pas véritablement, elles sont sous la loi des autres. »
    -Spinoza, Traité politique.

    "C’est encore beau de donner sa vie pour un être humain, et de conserver ainsi l’espérance que tous les hommes ne sont pas méchants."
    -Lautréamont, Les Chants de Maldoror.

    « La méchanceté la plus horrible est d’opprimer les faibles, ceux qui ne peuvent pas se défendre. Prendre le pain d’un enfant ou d’un vieillard, par exemple, et combien d’autres iniquités du même genre dont la seule pensée crève le cœur, c’est tout cela qui doit être strictement, rigoureusement, éternellement reproché aux riches. »
    -Léon Bloy, Le Sang du pauvre.

    "Ce qui fait la démocratie, c'est la capacité à assumer les différences et les oppositions, alors que la pensée totalitaire cherche au contraire à les effacer pour fondre la société dans un moule consensuel."
    -"Descartes".

    "En tant qu'activité directement réellement vécue, la véritable philosophie ne saurait être réduite à ces assemblages que sont le plus souvent les "travaux" érudits des universitaires et qui, abusivement dénommés "essais", devraient bien plutôt porter le titre de Commentaires sur la base de citations qui se répondent sans fin, se bornant à ces "jeux d'ombre" dont parle Husserl: ainsi se perpétue plus ou moins savemment le genre désuet de la disseration scolaire."

    "La science est indéfiniment cumulative, la philosophie ne l'est absolument pas."

    "On a peur de quelque chose, mais on s'angoisse devant soi."

    "Toutes les philosophies du "soupçon" ont mis en évidence, chacune dans son domaine, divers mode d'aliénation de l'homme. Qu'il s'agisse de la critique freudienne des idéaux illusoires du sur-moi et de ses sublimations, de la dénonciation nietzschéenne des arrières-mondes naïfs ou de la mise en accusation par Marx des "superstructures" idéologiques dissimulant l'asservissement de l'homme à la "marchandise" et aux conditions "objectives" de sa production, toutes ces philosophies de la démystification ont fait descendre de leur empyrée et ramené au réalisme des choses-mêmes bien des boursouflures de bons sentiments ou de contraintes déguisées en morales. C'est leur côté positif. Il n'en demeure pas moins que ces mêmes philosophies n'ont détruit des idoles que pour en instituer d'autres non moins aliénantes. Notre époque abonde ainsi en "mots gelés" ou en "langues de bois" dont Marx et Freud notamment, par le caractère totalitaire de leurs interprétations, sont de grands pourvoyeurs. Contestez le dogme psychanalytique devant l'un de ses prêtres, et vous êtes aussitôt accusé d'entretenir un "complexe" d'agressivité. Bien que démenti, quand à son universalité, par toute l'ethnologie, l'Œdipe, devenu un nom commun, n'en reste pas moins, dans son omnipotence, un mot à tout faire et à tout expliquer. Marx, de son côté, a crée le mythe d'une "Révolution" résolvant d'un coup tous les problèmes humains [...] Nietzsche enfin a fourni des alibis élitistes à des dictateurs sans esprit et, inversement, transformé nombre de ses épigones en pseudo-surhommes "sublimant" par l'héroïsme verbal une sensualité pauvre et des instincts émoussés."

    "Ceux qui parlent d'une façon absolument non structurante de "tripartition" des fonctions sociales ont constamment tendance à passer sous silence [...] le "peuple"."

    "Le marxisme théorique [...] s'est si grandement trompé sur le sens de la "synthèse" hégélienne en croyant possible, après la Révolution communiste, une société sans classes, c'est-à-dire sans contradictions."
    -Raymond Abellio, Manifeste de la Nouvelle Gnose.

    « Mais comment la langue allemande, même dans la prose d’un Lessing, pourrait-elle imiter l’allure d’un Machiavel qui dans son Prince nous fait respirer l’air sec et subtil de Florence et ne peut s’empêcher d’exposer les questions les plus graves à une impétueuse allure d’allegrissimo, non peut-être sans un malin plaisir à oser ce contraste : des pensées longues, lourdes, dangereuses, sur un rythme de galop de la plus insolente bonne humeur. »
    -Nietzsche, Par-delà Bien et Mal.

    "Dans les premières années post-récession, du nouveau millénaire (2002-2007), le 1% supérieur [de la population américaine] a accaparé plus de 65% de l'accroissement du revenu national. [...] Le 1% supérieur a accaparé 93% du supplément de revenu crée dans le pays en 2010, par rapport à 2009."

    "L'Europe a ses propres problèmes, essentiellement parce que certains pays ont constitué une union monétaire sans prendre les dispositions politiques et institutionnelles nécessaires pour qu'elle fonctionne, et qu'ils vont payer cher cette omission."

    "Dans l'Amérique d'aujourd'hui nous voyons l'État et le marché coopérer pour aggraver les différences de revenu et de fortune."

    "En matière de recherche de rente, les pays riches en ressources naturelles sont tristement célèbres. Il est infiniment plus facile de s'enrichir en obtenant un accès aux ressources à des conditions favorables qu'en produisant de la richesse."

    "Une autre forme de recherche de rente consiste à faire exactement l'inverse: vendre à l'État des produits au-dessus du prix du marché (dans des marchés publics sans appels d'offres). Les compagnies pharmaceutiques et les prestataires de l'armée y excellent. Les subventions de l'État, ouvertes (comme dans l'agriculture) ou cachées (les entraves au commerce qui réduisent la concurrence, les subventions dissimulées dans le système fiscal), sont d'autres moyens d'extorquer des rentes à la population."

    "Pour mieux sentir la nature de [...] l'inégalité en Amérique, regardons un peu qui est en haut de l'échelle de la fortune. Fort peu d'inventeurs qui ont révolutionné la technologie, ou de savants qui ont changé notre compréhension des lois de la nature. Pensons à Alan Turing: nous devons à son génie les mathématiques qui sous-tendent l'informatique moderne. Ou à Einstein. Ou aux inventeurs du laser (parmi lesquels Charles Townes a joué un rôle crucial). Ou à John Bardeen, Walter Brattain et William Shockley, les inventeurs des transistors. Ou à Waston et Crick, qui ont débusqué les mystères de l'ADN, sur lesquels repose une si large part de la médecine moderne. Aucun d'eux, qui ont tant apporté à notre bien-être, ne comptent parmi les mieux récompensés par notre système économique.

    Nombre des individus qui se trouvent au sommet de la répartition des fortunes sont plutôt, sous une forme ou sous une autre, des génies des affaires. Certains vont peut-être dire, par exemple, que Steve Jobs, ou les innovateurs des moteurs de recherche ou des réseaux sociaux, ont été des génies, à leur façon. Jobs était, avant sa mort, 110e sur la liste Forbes des milliardaires les plus riches du monde, et Mark Zuckerberg 52e. Mais beaucoup de ces "génies" ont bâti leurs empires économiques sur les épaules de géants, comme Tim Berners-Lee, l'inventeur de la Toile, qui n'ont jamais figuré sur la liste Forbes. Berners-Lee aurait pu devenir milliardaire, mais il n'a pas voulu -il a mis son idée gratuitement à la disposition de tous, ce qui a considérablement accéléré le développement d'Internet.

    Si on examine de plus près les succès des plus hauts placés dans la répartition de la fortune, on aperçoit la nature d'une part assez importante de leur génie: concevoir de meilleurs moyens d'exploiter le pouvoir de marché et d'autres imperfections du marché -et, dans bien des cas, trouver de meilleures façons de faire travailler la politique en leur faveur et non dans l'intérêt général de la société
    ."

    "Le moyen le plus simple d'avoir un monopole durable est de s'en faire offrir un par l'État. Du XVIIe au XIXe siècle, les Britanniques ont octroyés à la Compagnie des Indes orientales le monopole du commerce avec l'Inde."

    "Un changement passé inaperçu dans un texte de loi peut rapporter des milliards de dollars. On l'a vu quand l'État a décidé en 2003 d'ajouter à Medicare une prestation bien nécessaire: le remboursement des médicaments. L'article de cette loi qui interdit à l'État de négocier le prix des médicaments constitue de fait un cadeau d'une cinquantaine de milliards de dollars par an, ou plus encore, aux compagnies pharmaceutiques."

    "Dans leur écrasante majorité, les fonds publics qui subventionnent l'agriculture ne vont pas, comme beaucoup l'imaginent, aux agriculteurs pauvres, ni même aux exploitations familiales. La conception de ce programme révèle son véritable objectif: nous prendre de l'argent à tous pour le redistribuer aux riches et aux fermes de l'agro-industrie."

    "Le taux d'imposition moyen en 2007 sur les 400 ménages les plus riches n'a été que de 16.6%, loin au-dessous des 20.4% que paient les contribuables en général."

    "Si l'inégalité résultait essentiellement d'une différence d'efforts, il serait difficile de condamner ceux qui en font et il paraîtrait injuste et inefficace de ne pas les récompenser."

    "Les prix des médicaments sont tellement supérieurs à leurs coûts de production qu'ils permettent aux compagnies pharmaceutiques de consacrer des sommes considérables à persuader médecins et patients de les utiliser, à tel point qu'elles dépensent maintenant davantage en marketing qu'en recherche. Imaginons combien notre économie pourrait être compétitive -et combien d'emplois on pourrait créer- si tout cet argent était investi dans de vraies recherches et des investissements réels pour accroître la productivité du pays."

    "En augmentant substantiellement le déficit budgétaire et la dette publique, les réductions d'impôts pour riches ont eu un autre effet: mettre l'État sous pression pour qu'il réduise son soutien aux investissements dans l'éducation, la technologie et les infrastructures."

    "Deux fois, au cours des années 1990, Luiz Inacio Lula da Silva a été sur le point d'être élu président du Brésil, et deux fois Wall Street a fait objection, en exerçant une sorte de droit de veto. Wall Street a fait savoir que, s'il était élu, il y aurait retrait des capitaux, hausse considérable des taux d'intérêts que le Brésil devrait payer, mise en quarantaine du pays par les investisseurs, donc effondrement de la croissance brésilienne. La troisième fois, en 2002, les Brésiliens ont dit, de fait, qu'ils ne se laisseraient pas dicter leur décision par les financiers internationaux. Et le président Lula a fait un excellent président: il a maintenu la stabilité économique, stimulé la croissance et combattu l'extrême inégalité régnant dans son pays. Il a été l'un des rares présidents dans le monde à jouir encore au bout de huit ans du soutien populaire qu'il avait au départ."

    "Le FMI a reconnu qu'il y a des cas où le contrôle des capitaux est souhaitable. [...] Mais des forces puissantes ont fait contrepoids, notamment la Banque centrale européenne."

    "Demandez à une personne privé d'emploi depuis quatre ans ce qu'elle préfère -une cinquième année de chômage ou une légère augmentation de l'inflation qui la ferait passer, disons, de 1% à 2%. Elle n'hésitera pas une seconde."
    -Joseph Stiglitz, Le prix de l'inégalité (2012).

    "La justice n'entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d'autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder."
    -Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse.

    « Il fut un temps où l'Italie
    ne fut que la Grande Grèce
    . »
    -Ovide, Fastes, IV


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 8 Juin - 13:41

    Le lendemain du 29 avril 1912, lorsque Jules-Joseph Bonnot est abattu comme une bête dans sa tanière, Bloy écrit un texte qui ne peut évidemment être publié. On peut croire qu’il ne cherche même pas une audience. Il le confiera seulement au sixième volume de son journal, Le Pèlerin de l’Absolu, qui ne paraîtra que deux ans plus tard. Le voici :

    "L’événement qui remplit toutes les feuilles et toutes les cervelles, c’est la capture et la mort de l’anarchiste Bonnot, chef d’une bande qui terrifiait Paris et la province depuis des semaines : vols, cambriolages, assassinats. En remontant jusqu’à Ravachol, je peux dire que je n’ai rien vu de plus ignoble, de plus totalement immonde en fait de panique et d’effervescence bourgeoise.
    Le misérable s’était réfugié dans une bicoque, à Choisy-le-Roi. Une multitude armée a fait le siège de cette forteresse défendue par un seul homme qui s’est battu jusqu’à la fin, quoique blessé, et qu’on n’a pu réduire qu’avec une bombe de dynamite posée par un héros (!) qui a opéré en se couvrant d’une charrette à foin et cuirassé de matelas.
    Les journaux ne parlent que d’héroïsme. Tout le monde a été héroïque, excepté Bonnot. La population entière, au mépris des lois ou règlements de police, avait pris les armes et tiraillait en s’abritant. Quand on a pu arriver jusqu’à lui, Bonnot agonisant se défendait encore et il a fallu l’achever.
    Glorieuse victoire de dix mille contre un. Le pays est dans l’allégresse et plusieurs salauds seront décorés.
    Heureusement Dieu ne juge pas comme les hommes. Les bourgeois infâmes et tremblant pour leurs tripes qui ont pris part à la chasse, en amateurs, étaient pour la plupart, j’aime à le croire, de ces honorables propriétaires qui vivent et s’engraissent de l’abstinence ou de la famine des pauvres, chacun d’eux ayant à rendre compte, quand il crèvera, du désespoir ou de la mort d’un grand nombre d’indigents. Protégés par toutes les lois, leur infamie est sans aucun risque. Sans Dieu, comme Bonnot, ils ont l’hypocrisie et l’argent qui manquèrent à ce malheureux. J’avoue que toute ma sympathie est acquise au désespéré donnant sa vie pour leur faire peur et je pense que Dieu les jugera plus durement.
    Cette brillante affaire avait nécessairement excité la curiosité la plus généreuse. Ayant duré plusieurs heures, des autos sans nombre avaient eu le temps d’arriver de Paris, amenant de nobles spectateurs impatients de voir et de savourer l’extermination d’un pauvre diable. Le comble de l’infamie a été la présence, dans les autos, d’une autre armée de photographes accourus, comme il convient, pour donner aux journaux tous les aspects désirables de la bataille
    ."
    -Léon Bloy.

    Source: http://www.juanasensio.com/archive/2008/11/28/la-mort-de-jules-bonnot-par-leon-bloy.html

    "Il ne voit dans le monde que lui et Dieu -et Dieu le gêne."
    -Rémy de Gourmont, à propos de Lautréamont.

    "A-t-il fallu qu'il adorât la Beauté, ce poète englouti dans les ténèbres, pour l'insulter avec tant de soin, pour s'ingénier, comme il le fait, tout le long de son livre, à en dénaturer les formules !"
    -Léon Bloy, à propos de Lautréamont.

    "L'histoire de la littérature ne consiste pas seulement dans l'histoire des formes, mais dans l'histoire des idées formulées et agissantes."

    "L'Empire n'avait pas de littérature, et [...] Napoléon ne voulait pas que la littérature eût un empire."

    "Voici la génération de beaucoup la plus puissante, la plus chargée de vie et d'œuvres qu'il y ait dans les quinze générations littéraires des cinq siècles, la plus douée de forces créatrices et de génie."
    -Albert Thibaudet, à propos de la génération de 1820.

    "De 1830 à 1840, la production de la poésie lyrique et épique dépasse, par sa qualité et son importance, en ces dix seules années, celle de la littérature française dans les deux siècles et demi qui les ont précédées."

    "Le romantisme aussi est un parti du mouvement. L'art classique, dans le théâtre et la poésie [...] conserve, reproduit, ne crée plus ou crée au compte-gouttes et avec mauvaise conscience. Il occupe des positions hérités. Il est défendeur."

    "[Le romantisme] a mis Shakespeare au-dessus de tout. [...] Le romantisme a mis du mouvement dans le monde de l'esprit, au moment même où la découverte des nouveaux moyens de transport mettaient les signes du mouvement dans notre monde matériel."

    "Le romantisme a modifié profondément les rapports entre l'auteur et le lecteur. On demande aujourd'hui à un livre bien plus qu'on ne lui demandait à l'époque classique, à savoir une communication directe du lecteur avec la personne de l'auteur. [...] On ne trouvait rien de tel dans la littérature classique, avant Rousseau."

    "Ce climat propre de sa vie intérieure, ce monologue qui fait la condition de son génie, Hugo l'a peint dans un morceau extraordinaire, qui tient presque dans son œuvre, comme formule de son secret, la place de la Nuit de décembre chez Musset et celle de la Vigne et la Maison dans Lamartine, l'une et l'autre expériences réelles, comme on sait, et non fictions. C'est la Tempête sous un crâne des Misérables. [....] Musset et Lamartine rendent leur solitude par un dialogue entre eux et leur âme de poète, Hugo l'expose en un monologue."

    "Proust sera [le romancier] le plus balzacien après Balzac."

    "A partir de cette époque [1830], chaque génération d'adultes aura sa littérature pour enfants et pour adolescents, qui marquera sur la génération suivante."

    "Un Sainte-Beuve ne peut naître que dans un pays de littérature sociale, où non seulement la littérature est l'expression de la société, mais où elle forme une société spirituelle autonome, qui a sa perpétuité et ses lois."

    "La poésie de Baudelaire se distingue de la poésie romantique en ce qu'elle n'est pas une effusion, mais une critique du cœur humain. Aujourd'hui encore, aujourd'hui surtout, nous opposons Hugo et Baudelaire comme deux nature de la poésie [...] C'est le génie et l'intelligence, c'est l'effusion et la critique qui s'affrontent."

    "Flaubert ne pensa pas, ne paraît jamais avoir pensé, que l'héritier [de Balzac] pût être lui. Quand lui-même mourut trente ans après, le doute n'était plus permis."

    "Les désirs sont souvent ce qu'une vie a eu de meilleur."

    "A vingt-huit ans, [Zola] décide de faire pour son temps, celui du Second Empire, ce que Balzac avait fait pour le sien: une œuvre cyclique, avec retour des mêmes personnages, qui concernerait tous les étages de la société, comédie humaine de la génération."

    "Une vieille théorie d'esthétique, qu'exposa Schiller, fait de l'art la forme supérieure du jeu. Et cela ne veut pas du tout dire que l'art, ni les jeux des enfants, ne soient sérieux."
    -Albert Thibaudet, Histoire de la littérature française.

    "Je suis un si grand mélange de bon et de mauvais qu'il serait difficile de me définir. Il n'y a que deux sentiments auxquels je sois fidèle: mon grand amour de la liberté et ma haine de l'hypocrisie. Or ni l'un ni l'autre ne m'attirent des amis."
    -Lord Byron.

    "Le monde est en vérité empli de périls, et il y a en lui maints lieux sombres ; mais il y en a encore beaucoup de beaux, et quoique dans tous les pays l'amour se mêle maintenant d'affliction, il n'en devient peut-être que plus grand."
    -Tolkien, La communauté de l'Anneau.

    "France, ô mon beau pays! j'ai de plus d'un outrage
    Offensé ton céleste, harmonieux langage
    ."
    -Alfred de Musset, Les Secrètes pensées de Rafael.

    "C’était dans une rue obscure et tortueuse
    De cet immense égout qu’on appelle Paris :
    Autour de moi criait cette foule railleuse
    Qui des infortunés n’entend jamais les cris
    ."

    "Comprends-tu que dix ans ce lien nous enlace,
    Qu’il ne fasse dix ans qu’un seul être de deux,
    Puis tout à coup se brise, et, perdu dans l’espace,
    Nous laisse épouvantés d’avoir cru vivre heureux ?
    Ô poète ! il est dur que la nature humaine,
    Qui marche à pas comptés vers une fin certaine,
    Doive encor s’y traîner en portant une croix,
    Et qu’il faille ici-bas mourir plus d’une fois
    ."
    -Alfred de Musset, Lettre à M. de Lamartine.

    « Obliger un homme à payer des impôts pour la propagation d'idées qu'il désapprouve et abhorre est scandaleux et tyrannique. »
    -Thomas Jefferson.

    « Il y a aussi à débusquer les pièges des rêves qui se veulent au-delà, ou en deçà, de l’institutionnel et de l’histoire. C’est qu’ils se révèlent vite désirs de présence directe, en connexion avec le fondamental ou l’originaire, avec une énergie vitale ou cosmique. »
    -Pierre Gisel, Qu’est-ce qu’une religion ?, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 2007, 128 pages, p.77.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 22 Avr - 19:00, édité 7 fois


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 11 Juin - 14:59

    "Un petit esprit ne comprend pas ce qu’un grand esprit embrasse."

    "À chaque être, sa formule de développement propre."

    "Chacun se figure l’idéal à sa manière."

    "Il en est des hommes comme des choses ; tout dépend de l’usage qu’on en fait."

    "Le grand souffle indéterminé de la nature s’appelle vent. Par lui-même le vent n’a pas de son. Mais, quand il les émeut, tous les êtres deviennent pour lui comme un jeu d’anches. Les monts, les bois, les rochers, les arbres, toutes les aspérités, toutes les anfractuosités, résonnent comme autant de bouches, doucement quand le vent est doux, fortement quand le vent est fort. Ce sont des mugissements, des grondements, des sifflements, des commandements, des plaintes, des éclats, des cris, des pleurs. L’appel répond à l’appel. C’est un ensemble, une harmonie."

    "Distinguer, c’est science."

    "Complaisance et ressentiment, peine et joie, projets et regrets ; passion et raison, indolence et fermeté, action et paresse, tous les contrastes, autant de sons sortis d’un même instrument, autant de champignons nés d’une même humidité, modalités fugaces de l’être universel."

    "L’erreur moderne a noyé la vérité antique."

    "Pour soutenir la vérité, je me trouve presque seul."

    "Il n’y a que des aspects divers, lesquels dépendent du point de vue. De mon point de vue, je vois ainsi ; d’un autre point de vue, je verrais autrement."

    "Comme un sentier est formé par les pas multipliés des passants, [...] les choses finissent par être qualifiées d’après ce que beaucoup en ont dit."

    "La prospérité et la ruine, les états successifs, ne sont que des phases ; tout est un. Mais ceci, les grands esprits seuls sont aptes à le comprendre."

    "Les trois artistes, Tchao wenn, Cheu-k’oang, Hoei tzeu, aimaient leur musique, puisque c’était leur musique, qu’ils trouvaient différente de celle des autres, et supérieure, bien entendu. Eh bien, ils ne purent jamais définir en quoi consistaient cette différence et cette supériorité ; ils ne purent jamais enseigner à leurs propres fils à jouer comme eux. Car le subjectif ne se définit ni ne s’enseigne."

    "Savoir s’arrêter là où l’intelligence et la parole font défaut, voilà la sagesse."

    "Les uns recherchent telle chose, les autres telle autre."

    "Cette question des sentiments et des goûts, étant toute subjective, est principiellement insoluble. Il n’y a qu’à la laisser. Jamais les hommes ne s’entendront sur ce chapitre."

    "Certains, tirés par le réveil d’un rêve gai, se désolent ; d’autres, délivrés par le réveil d’un rêve triste, se réjouissent. Les uns et les autres, tandis qu’ils rêvaient, ont cru à la réalité de leur rêve. Après le réveil, ils se sont dit, ce n’était qu’un vain rêve."

    "Un jour la pénombre demanda à l’ombre : pourquoi vous mouvez vous dans tel sens ? ... Je ne me meus pas, dit l’ombre. Je suis projetée par un corps quelconque, lequel me produit et m’oriente, d’après les lois de l’opacité et du mouvement. ... Ainsi en est il de tous les actes."

    "Jadis, raconte Tchoang-tzeu, une nuit, je fus un papillon, voltigeant content de son sort. Puis je m’éveillai, étant Tchoang-tcheou. Qui suis-je, en réalité ? Un papillon qui rêve qu’il est Tchoang-tcheou, ou Tchoang-tcheou qui s’imagine qu’il fut papillon ? Dans mon cas, y a-t-il deux individus réels ? Y a-t-il eu transformation réelle d’un individu en un autre ?"

    "L’énergie vitale est limitée. L’esprit est insatiable. Mettre un instrument limité à la discrétion d’un maître insatiable, c’est toujours périlleux, c’est souvent funeste. Le maître usera l’instrument. L’effort intellectuel prolongé, exagéré, épuisera la vie."

    "Rien de plus dangereux, que de parler avec insistance de justice et de charité à un homme violent, qui se complaît dans le mal."

    "Un homme dont les yeux sont crevés ne peut rien apprendre des couleurs."

    "Pourquoi prétendre ficeler les hommes et les attacher les uns aux autres, par des liens factices de bonté et d’équité, par les rites et la musique, cordes colle et vernis des philosophes politiciens ?"

    "Les chevaux ont naturellement des sabots capables de fouler la neige, et un poil impénétrable à la bise. Ils broutent l’herbe, boivent de l’eau, courent et sautent. Voilà leur véritable nature. Ils n’ont que faire de palais et de dortoirs."

    "Préoccupés de critiquer les opinions des autres, ils ferment les yeux sur leurs propres erreurs."

    "Le cœur de l’homme est ainsi fait que toute oppression l’abat, que toute excitation le soulève."

    "Le grand souci des politiciens vulgaires, c’est de s’attacher les hommes ; ils se froissent quand quelqu’un ne veut pas faire cause commune avec eux. Qu’ils aiment ceux qui sont de leur avis, et détestent ceux qui leur sont contraires, cela vient de ce qu’ils ne cherchent, en définitive, que leur propre élévation. Quand ils ont atteint l’objet de leur ambition, sont-ils vraiment supérieurs au vulgaire ? sont-ils utiles au pays ? Imposer au peuple ce qu’il leur plaît d’appeler leur expérience, n’est-ce pas pire que de l’abandonner à lui-même ?"

    "Tang premier ministre de Chang ayant demandé à Tchoang-tzeu ce que c’était que la bonté. ... C’est, lui dit celui-ci, la vertu des tigres et des loups."

    "La grenouille qui vit au fond d’un puits n’a pas l’idée de ce que peut être la mer ; elle ne connaît que son trou."

    "Selon les temps et les circonstances, le résultat des mêmes actions n’est pas le même."

    "Vouloir le bien sans le mal, la raison sans le tort, l’ordre sans le désordre, c’est montrer qu’on ne comprend rien aux lois de l’univers ; c’est rêver un ciel sans terre."

    "Il ne faut pas juger autrui d’après soi. [...] La nature des êtres étant diverse, leurs goûts ne sont pas les mêmes. Même entre hommes, il y a des différences, ce qui plaît aux uns ne plaisant pas aux autres.."

    "Celui dont le corps et l’esprit vital sont intacts et dispos est uni à la nature."

    "Rester indifférent aux faveurs des hommes est difficile."

    "Il n’y a pas de commencement qui ne soit suivi d’une fin."

    "La plus lamentable des morts, c’est la mort du cœur [...] elle est bien pire que la mort du corps. L’homme dont le cœur vit agit sur les cœurs qui vivent, à la manière du soleil qui vivifie le monde."

    "A l’âge de quatre-vingts ans, l’homme qui forgeait les épées pour le compte du ministre de la guerre, n’avait encore rien perdu de sa dextérité[4]. Le ministre lui dit : Vous êtes habile ; dites-moi votre secret. — Il consiste uniquement en ce que j’ai fait toujours le même travail, répondit le forgeron. A vingt ans, le goût de forger des épées me vint. Je n’eus plus d’yeux que pour cet objet-là. Je ne m’appliquai plus qu’à cela. A force de forger des épées, je finis par les forger sans y penser."

    "Saurez-vous toujours distinguer le favorable du funeste ?"

    "Toute guerre épuise le peuple, l’ennemi, et celui qui la fait, par les anxiétés qu’elle lui cause."

    "Dire de l’univers « quelqu’un l’a fait » ou « il est devenu de rien », ce sont là non des propositions démontrables, mais des suppositions gratuites. Pour moi, quand je regarde en arrière vers l’origine, je la vois se perdre dans un lointain infini ; quand je regarde en avant vers l’avenir, je n’entrevois aucun terme."

    "Certains ont parlé toute leur vie sans rien dire."

    "La vie est affaire d’évolution."

    "Ceux qui ont volé peu, sont enfermés dans les prisons. Ceux qui ont volé beaucoup, sont assis sur les trônes."

    "Mépriser les préjugés vulgaires, éviter tout luxe, n’offenser personne, maintenir la paix pour le bonheur du peuple, ne pas posséder plus qu’il ne faut, se tenir l’esprit et le cœur libres, tout cela, les anciens le firent et le dirent. Song-hing et Yinn-wenn firent de ces maximes le fondement d’un école nouvelle, dont les disciples se coiffent d’un bonnet de forme spéciale, pour se faire reconnaître. Ils traitèrent avec aménité tous les hommes quels qu’ils fussent, estimant que le support mutuel est le plus noble de tous les actes moraux. Cette conduite aurait pour effet, pensèrent-ils, de gagner tous les hommes et d’en faire des frères, ce qui fut leur but principal. Ils acceptaient tous les outrages. Ils cherchaient à apaiser toutes les disputes. Ils maudissaient toute violence, surtout l’usage des armes. Apôtres du pacifisme, ils allaient le prêchant partout, reprenant les grands et endoctrinant les petits. Rebutés, ils ne se décourageaient pas. Éconduits, ils revenaient à la charge, et finissaient, à force d’importunités, par obtenir qu’on les écoutât. — Dans tout cela, il y eut du bon sans doute, mais aussi de l’erreur. Ces hommes généreux s’oublièrent trop eux-mêmes, pour l’amour du prochain."

    -Tchoang-tzeu, philosophe chinois du IVème siècle avant J.C, extrait du Zhuang Zi, traduit en 1913 par Léon Wieger.

    "La Volonté consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose ou ne la faire pas, c'est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir, ou plutôt en ce que pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l'entendement nous propose, nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous y contraigne".
    -Descartes, Méditations Métaphysiques (IV).

    "Robespierre venait justement se poser sous un aspect nouveau, "en guillotinant l'anarchie". C'est ainsi qu'il appelait les premiers socialistes, Jacques Roux, etc. Au cœur de Paris même, dans les noires et profondes rues ouvrières (des Arcis, Saint-Martin), fermentait le socialisme, une révolution sous la Révolution. Robespierre s'alarma, frappa et se perdit. [...] Extraordinaire méprise. Dans ses douze volumes, Louis Blanc prend Robespierre pour un apôtre et un symbole du socialisme, qu'il frappait et qui le tua."
    -Jules Michelet, Histoire de la Révolution française.

    "Après les noires années du moyen âge, années d’abominable barbarie, qui avaient amené l’anéantissement presque total des richesses intellectuelles héritées de l’antiquité, avilissant les esprits par la recrudescence des plus ineptes superstitions, par l’atrocité des mœurs et la tyrannie sanglante du fanatisme religieux, notre pléiade française, au XVIe siècle de l’ère moderne, tente avec éclat un renouvellement de formes poétiques. Elle s’inquiète des chefs-d’œuvre anciens, les étudie et les imite ; elle invente des rythmes charmants ; mais sa langue n’est pas faite, le temps d’accomplir sa tâche lui manque, et il arrive que les esprits, avides d’une discipline commune, s’imposent bientôt d’étroites règles, souvent arbitraires, qu’ils tiennent à honneur de ne plus enfreindre. L’époque organique de notre littérature s’ouvre alors, très remarquable assurément par l’ordre et la clarté, mais réfractaire en beaucoup de points à l’indépendance légitime de l’intelligence comme aux formes nouvelles qui sont l’expression nécessaire des conceptions originales. Il semble que tout a été pensé et dit, et qu’il ne reste aux poètes futurs qu’à répéter incessamment le même ensemble d’idées et de sentiments dans une langue de plus en plus affaiblie, banale et décolorée. Enfin, Messieurs, à cette léthargie lyrique de deux siècles succède un retour irrésistible vers les sources de toute vraie poésie, vers le sentiment de la nature oubliée, dédaignée ou incomprise, vers la parfaite concordance de l’expression et de la pensée qui n’est elle-même qu’une parole intérieure, et la renaissance intellectuelle éclate et rend la vie à l’art suprême. C’est pourquoi la rénovation enthousiaste, dont Victor Hugo a été, sinon le seul initiateur, du moins le plus puissant et le plus fécond, était inévitable et due à bien des causes diverses."

    "Il a su transmuter la substance de tout en substance poétique, ce qui est la condition expresse et première de l’art, l’unique moyen d’échapper au didactisme rimé, cette négation absolue de toute poésie ; il a forgé, soixante années durant, des vers d’or sur une enclume d’airain ; sa vie entière a été un chant multiple et sonore où toutes les passions, toutes les tendresses, toutes les sensations, toutes les colères généreuses qui ont agité, ému, traversé l’âme humaine dans le cours de ce siècle, ont trouvé une expression souveraine. Il est de la race, désormais éteinte sans doute, des génies universels, de ceux qui n’ont point de mesure, parce qu’ils voient tout plus grand que nature ; de ceux qui, se dégageant de haute lutte et par bonds des entraves communes, embrassent de jour en jour une plus large sphère par le débordement de leurs qualités natives et de leurs défauts non moins extraordinaires ; de ceux qui cessent parfois d’être aisément compréhensibles, parce que l’envolée de leur imagination les emporte jusqu’à l’inconnaissable, et qu’ils sont possédés par elle plus qu’ils ne la possèdent et ne la dirigent ; parce que leur âme contient une part de toutes les âmes."

    "Toute vraie et haute poésie contient en effet une philosophie, quelle qu’elle soit, aspiration, espérance, foi, certitude, ou renoncement réfléchi et définitif au sentiment de notre identité survivant à l’existence terrestre. Mais ce renoncement ne pouvait être admis par Victor Hugo qui, lui aussi, comme il a été dit du grand orateur de la Constituante, était si fortement en possession de la vie."
    -Leconte de Lisle, extrait du Discours de réception à l’Académie française, 31 mars 1887.

    "Toute noblesse a disparu. Les Scythes ont conquis le monde. Il n'y a plus de république d'hommes libres."
    -Ernest Renan, Prière sur l'Acropole.

    "Car le plus sûr indice de la ruine d'un pays, c'est le mépris pour le culte des dieux."
    -Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live.

    "Si quelqu'un me reprend que mes vers eschauffez
    Ne sont rien que de meurtre et de sang estoffez,
    Qu'on n'y lit que fureur, que massacre, que rage,
    Qu'horreur, malheur, poison, trahison et carnage,
    Je lui respons: Ami, ces mots que tu reprens,
    Sont les vocables d'art de ce que j'entreprens
    ."
    -Agrippa d'Aubigné.

    "La vie, c’est un dé qu’on lance : on ne peut pas revenir en arrière. Il y a des gens qui ne vivent pas leur existence présente : ils mettent tout leur zèle à se préparer, pour ainsi dire, à vivre une autre vie qui n’est pas de ce monde ; en attendant, le temps file…"
    -Antiphon, orateur athénien.

    "Approximately 40,000 men from all over the world fought in the International Brigades. About one-third were killed, and many were permanently injured. Unfortunately, political repression of those who expressed criticism of Stalinism was a reality of daily life in the brigades. Jason Gurney, in Crusade in Spain [Faber & Faber, Ltd., London, 1974], who discusses the International Brigades from the point of view of the British volunteers, notes that André Marty, chief political commissar of the International Brigades, and a member of the Central Committee of the French Communist Party, admitted to having ordered the execution of 500 men belonging to the brigades for little or no reason except their political views. Gurney discusses some of the many decisions which were made by the brigade leaders for political reasons, with little regard for the disasters these caused.

    Cecil Eby, in Between the Bullet and the Lie: American volunteers in the Spanish Civil War [Holt Reinhart & Winston, New York, 1969], discusses the desertions from the International Brigades which occurred from their inception and throughout their entire existence. The brigades were far from well trained, and were often not well equipped. Nevertheless, they had an authoritarian military officer structure, including political commissars for each battalion, and, despite populist rhetoric, discipline was often enforced harshly. Many volunteers felt this to be both inappropriate and wrong treatment for people who had freely chosen to come to fight. The political commissars were also often resented by volunteers from the Western countries, such as the U.S., Britain and France, who didn't want indoctrination, but information and discussion. Desertions and poor morale were due primarily to volunteers' growing distrust of the brigades' political and military hierarchy and resentment of the arbitrary (and, some felt, incompetent) behavior of the officers
    ."
    -Diego Abad de Santillán, Why We Lost the War: A Contribution to the History of the Spanish Tragedy (source: http://flag.blackened.net/revolt/spain/gravediggers.html ).


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 15 Juin - 20:00

    "Les nations n’ont de grands hommes que malgré elles, — comme les familles. Elles font tous leurs efforts pour n’en pas avoir. Et ainsi, le grand homme a besoin, pour exister, de posséder une force d’attaque plus grande que la force de résistance développée par des millions d’individus."

    "J’ai trouvé la définition du Beau, de mon Beau.

    C’est quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l’on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l’objet par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c’est une tête qui fait rêver à la fois, — mais d’une manière confuse, — de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, — soit une idée contraire, c’est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associés avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau.

    Une belle tête d’homme n’a pas besoin de comporter, aux yeux d’un homme bien entendu, — excepté, peut-être, aux yeux d’une femme, — cette idée de volupté, qui, dans un visage de femme, est une provocation d’autant plus attirante que le visage est généralement plus mélancolique. Mais cette tête contiendra aussi quelque chose d’ardent et de triste, — des besoins spirituels, — des ambitions ténébreusement refoulées, — l’idée d’une puissance grondante et sans emploi, — quelquefois l’idée d’une insensibilité vengeresse (car le type idéal du dandy n’est pas à négliger dans ce sujet); quelquefois aussi, — et c’est l’un des caractères de beauté les plus intéressants — le mystère, et enfin (pour que j’aie le courage d’avouer jusqu’à quel point je me sens moderne en esthétique), le malheur. Je ne prétends pas que la Joie ne puisse pas s’associer avec la Beauté, mais je dis que la Joie est un des ornements les plus vulgaires, tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l’illustre compagne, à ce point que je ne conçois guère (mon cerveau serait-il un miroir ensorcelé?) un type de Beauté où il n’y ait du Malheur. Appuyé sur — d’autres diraient: obsédé par—ces idées, on conçoit qu’il me serait difficile de en pas conclure que le plus parfait type de Beauté virile est Satan, — à la manière de Milton
    ."

    "Il y a des moments de l’existence où le temps et l’étendue sont plus profonds, et le sentiment de l’existence immensément augmenté."

    "Quand j’aurai inspiré le dégoût et l’horreur universels, j’aurai conquis la solitude."

    "Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire."

    "Suggestions. — Pourquoi les démocrates n’aiment pas les chats, il est facile de le deviner. Le chat est beau; il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté, etc."

    "Quoi de plus absurde que le Progrès, puisque l’homme, comme cela est prouvé par le fait journalier, est toujours semblable et égal à l’homme, c’est-à-dire toujours à l’état sauvage ! Qu’est-ce que les périls de la forêt et de la prairie auprès des chocs et des conflits quotidiens de la civilisation ?"

    "Ému au contact de ces voluptés qui ressemblaient à des souvenirs, attendri par la pensée d’un passé mal rempli, de tant de fautes, de tant de querelles, de tant de choses à se cacher réciproquement, il se mit à pleurer; et ses larmes chaudes coulèrent, dans les ténèbres, sur l’épaule nue de sa chère et toujours attirante maîtresse. Elle tressaillit, elle se sentit, elle aussi, attendrie et remuée. Les ténèbres rassuraient sa vanité et son dandysme de femme froide. Ces deux êtres déchus, mais souffrant encore de leur reste de noblesse, s’enlacèrent spontanément, confondant, dans la pluie de leurs larmes et de leurs baisers, les tristesses de leur passé avec leurs espérances bien incertaines d’avenir. Il est présumable que jamais, pour eux, la volupté ne fut si douce que dans cette nuit de mélancolie et de charité ; — volupté saturée de douleur et de remords.

    A travers la noirceur de la nuit, il avait regardé derrière lui dans les années profondes, puis il s’était jeté dans les bras de sa coupable amie, pour y retrouver le pardon qu’il lui accordait
    ."

    "L’imagination humaine peut concevoir, sans trop de peine, des républiques ou autres États communautaires, dignes de quelque gloire, s’ils sont dirigés par des hommes sacrés, par de certains aristocrates. Mais ce n’est pas particulièrement par des institutions politiques que se manifestera la ruine universelle, ou le progrès universel; car peu m’importe le nom. Ce sera par l’avilissement des cœurs. Ai-je besoin de dire que le peu qui restera de politique se débattra péniblement dans les étreintes de l’animalité générale, et que les gouvernants seront forcés, pour se maintenir et pour créer un fantôme d’ordre, de recourir â des moyens qui feraient frissonner notre humanité actuelle, pourtant si endurcie ?"
    -Charles Baudelaire, Fusées.


    "A chaque minute nous sommes écrasés par l'idée et la sensation du temps. Et il n'y a que deux moyens pour échapper à ce cauchemar, - pour l'oublier : le Plaisir et le Travail. [...] Plus nous nous servons d'un de ces moyens, plus l'autre nous inspire de répugnance."

    "De Maistre et Edgar Poe m'ont appris à raisonner."
    -Charles Baudelaire, Hygiène.

    « Les autels écroulés sont habités de démons. »

    « Le soleil ne connaît ni montée, ni déclin. »

    « Les déesses ne livrent que leurs statues. »

    « L’Éros de la brève rencontre n’est pas moindre. Il est autre. »

    « La mort est l’amputation totale. »

    « Le destin de celui qui ne songe qu’à une chose : se mettre à couvert, c’est d’être survolé. »

    « Même en matière de pouvoir, il arrive que certains restent trop longtemps puceaux. »

    « Au siècle des scrutins, la renommée est une manière particulière de faire affaire. »

    « Le sang des spadassins à gages, le sang des tribuns renversés, n’appellent pas de sacrifices expiatoires. »

    « Les philosophes de l’inconscient attrapent l’obscurité avec des lanternes. »

    « L’esclavage prend de graves proportions, lorsqu’on lui accorde de ressembler à la liberté. »

    « Pour un auteur, il n’y a pas de mauvaises fréquentations. »

    « Il est des illusions d’une sorte telle, que l’homme ne saurait vivre sans elles ; lui crier la vérité, ce serait le précipiter comme un somnambule dans le vide. »

    « La pitié du bourreau consiste à frapper d’un coup sûr. »

    « Face à de multiples adversaires, le mieux est de procéder comme à la chasse aux perdrix, où ce n’est pas la volée qui compte, mais la pièce. »

    « Le nihilisme s’achève sur un état où l’on commence à douter du doute, et à croire à la croyance, et où l’impuissance se maquille de couleurs cruelles. »

    « Il importe de connaître le point jusqu’où l’on a le droit de reculer. »

    « Rares sont ceux qui méritent qu’on les contredise. »

    « Vivre signifie se confirmer dans sa forme. En ce sens, la mort est l’action dernière. »

    « En présence de la mort, le haut rang de l’homme s’affirme, dans l’ironie socratique et l’éloquence césarienne, mais aussi dans le silence de la sentinelle qui tombe dans un poste sacrifié. »

    « Mûri dans les tempêtes. »
    -Ernst Jünger, Aphorismes.

    "De la vertu, de la religion, des préjugés : voilà tous les monstres que j'ai à combattre. Si je ne prends pas la citadelle d'assaut, je n'en serais jamais le maître."
    -Le Marquis de Sade, Justine ou les malheurs de la vertu.

    "Le langage politique [...] est conçu pour que le mensonge paraisse véridique et l'assassinat respectable et pour donner une apparence de solidité à ce qui n'est que du vent. On ne peut pas changer tout cela en un instant, mais on peut au moins changer ses propres habitudes et de temps en temps on peut même, si on se moque assez fort, envoyer quelques expressions usées et inutiles [...] dans la poubelle, à laquelle il appartient."
    -George Orwell, La Politique et la Langue (1946).

    "Struggle, after all, is at the heart of poetry. The struggle of metaphor against the merely real, thought against the world, meaning against the void."
    -Robert Kendall, Introduction to A Life Set for Two (source: http://www.eastgate.com/hypertext/kendall/Mirrors.html ).

    « Quand la vieillesse s'abattit sur le monde et que l'émerveillement disparut de l'esprit des hommes, quand les cités grises érigèrent dans les cieux enfumés de hautes tours sinistres et laides, à l'ombre desquelles il n'était plus possible de rêver au soleil ou aux prairies fleuries du printemps, quand la science dépouilla la terre de son manteau de beauté et que les poètes cessèrent de chanter autre chose que des fantômes déformés par leurs regards brouillés et tournés seulement vers l'intérieur, quand, donc, toutes ces choses furent arrivées, et que les désirs enfantins s'effacèrent à tout jamais des mémoires, il se trouva un homme pour effectuer un voyage hors de cette existence et partir dans l'espace, à la recherche de nos anciens rêves."
    -Howard Phillips Lovecraft.

    « Il y en a aussi qui deviennent trop vieux pour leurs vérités et leurs victoires. […] tous ceux qui cherchent la gloire doivent au bon moment prendre congé de l’honneur, et exercer l’art difficile de s’en aller à temps. »
    -Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.

    "La tyrannie d'un prince ne met pas un État plus près de sa ruine que l'indifférence pour le bien commun n'y met une république."
    -Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734).

    « Il faut permettre aux hommes de faire de grandes fautes contre eux-mêmes, pour éviter un plus grand mal : la servitude. »
    -Vauvenargues, Réflexions et maximes.

    « Le champ du possible est bien plus vaste que les hommes qui vivent dans chaque société ne se l'imaginent. »
    -Alexis de Tocqueville, Souvenirs.

    "Que Céline ne croit ni à la démocratie libérale capitaliste, ni à la possibilité d'un socialisme véritablement démocratique, tel passage sur les élections ou sur les bienfaits de l'instruction aurait pu en avertir déjà les premiers lecteurs de Voyage au bout de la nuit, s'il n'avaient été si frappés par la dénonciation de la guerre, de la colonisation et du travail industriel. L'image qu'il se fait de la plupart des hommes interdits à Céline ce genre d'espoirs. Mais on ne le voit pas pour autant, à la différence de presque tout ceux qui à cette époque partent des mêmes prémisses, se jeter du côté de la force et de la dictature. S'il coïncide avec le fascisme, c'est par l'obsession du problème racial. Pour le reste, ni culte du chef, ni rêve de surhomme, ni goût ni aptitude pour l'obéissance ou l'admiration passive, ni exaltation de valeurs guerrières, ni mythe de l'Allemagne (qu'on pense seulement, dans D'un château l'autre, aux personnages d'Abetz, d'Alphonse de Chateaubriand et de von Raumnitz). Ce double rejet conduit, d'une manière prévisible, à une revendication d'anarchisme, souvent réitérée dans les romans, mais qu'il ne peut guère soutenir. Comment se dire anarchiste quand on se défie à ce point des hommes ? Céline étant ce qu'il est, né à cette époque, dans cette classe sociale, ayant passé son enfance entre de tels parents et dans de telles circonstances, il n'y a pas à s'étonner de le voir valoriser l'ordre, les disciplines, la tradition. Mais cet ordre n'est jamais, en fin de compte, plus que la nostalgie d'un passé."

    "Ce qui achève de révéler dans l'image que Céline se fait des hommes un élément idéologique, c'est qu'elle est celle d'une nature. Ni histoire ni formes d'organisation socio-économique n'ont à y voir. Ce qui est affirmé de l'homme l'est pour tous et pour toujours, sans distinction d'époques ni de classes. Céline, avec ses jugements plus définitifs les uns que les autres, n'est pas de ceux qui espèrent, qui laissent espérer, que cet homme puisse un jour changer [...] Dans l'expérience de chacun, même de ceux qui sont le plus déterminés à agir pour que les hommes deviennent maîtres de leur vie, il peut y avoir des moments qui font écho à ces diatribes."
    -Henri Godard.

    "Parce qu'il faut bien choisir entre le suicide et le chant."
    -Hugo Claus, réponse au questionnaire d'Aragon "Pourquoi écrivez-vous ?" (source: http://www.senscritique.com/liste/Pourquoi_ecrivez_vous/138996)

    "J'écris pour gagner ma vie."
    -Céline, réponse au même questionnaire.


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 22 Juin - 10:08

    "J’ai vu que pour bien faire avec plaisir il falloit que j’agisse librement, sans contrainte, & que pour m’ôter toute la douceur d’une bonne œuvre il suffisoit qu’elle devînt un devoir pour moi."

    "Je ne les hais point, parce que je ne saurois haïr ; mais je ne puis me défendre du mépris qu’ils méritent ni m’abstenir de le leur témoigner."

    "Il est des sortes d’adversités qui élèvent & renforcent l’âme, mais il en est qui l’abattent & la tuent."

    "C’est la force & la liberté qui font les excellents hommes. La faiblesse & l’esclavage n’ont jamais fait que des méchants."

    "Voyant les hommes tels qu’ils sont & lisant aisément au fond de leurs cœurs, j’en aurois peu trouvé d’assez aimables pour mériter toutes mes affections, peu d’assez odieux pour mériter toute ma haine, & que leur méchanceté même m’eût disposé à les plaindre par la connaissance certaine du mal qu’ils se font à eux-mêmes en voulant en faire à autrui."

    "Je ne cherche pas à justifier le parti que je prends de suivre cette fantaisie, je la trouve très-raisonnable, persuadé que dans la position où je suis, me livrer aux amusemens qui me flattent est une grande sagesse, & même une grande vertu : c’est le moyen de ne laisser germer dans mon cœur aucun levain de vengeance ou de haine, & pour trouver encore dans ma destinée du goût à quelque amusement, il faut assurément avoir un naturel bien épuré de toutes passions irascibles. C’est me venger de mes persécuteurs à ma manière, je ne saurois les punir plus cruellement que d’être heureux malgré eux."

    "Vivifiée par la nature & revêtue de sa robe de noces au milieu du cours des eaux & du chant des oiseaux, la terre offre à l’homme dans l’harmonie des trois règnes un spectacle plein de vie, d’intérêt & de charmes, le seul spectacle au monde dont ses yeux & son cœur ne se lassent jamais."

    "Je ne cherche point à m’instruire : il est trop tard. D’ailleurs je n’ai jamais vu que tant de science contribuât au bonheur de la vie."

    "J’aime encore mieux être moi dans toute ma misere que d’être aucun de ces gens-là dans toute leur prospérité."

    "Quand je vis qu’à mon égard la raison étoit bannie de toutes les têtes & l’équité de tous les cœurs ; quand je vis une génération frénétique se livrer tout entiere à l’aveugle fureur de ses guides contre un infortuné qui jamais ne fit, ne voulut, ne rendit de mal à personne, quand après avoir vainement cherché un homme il fallut éteindre enfin ma lanterne & m’écrier : Il n’y en a plus ; alors je commençai à me voir seul sur la terre."

    "Dans tous les maux qui nous arrivent, nous regardons plus à l’intention qu’à l’effet. Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser davantage mais ne nous navre pas tant qu’une pierre lancée à dessein par une main malveillante."

    "De quelque façon que les hommes veuillent me voir, ils ne sauroient changer mon être, & malgré leur puissance & malgré toutes leurs sourdes intrigues, je continuerai, quoi qu’ils fassent, d’être en dépit d’eux ce que je suis."

    "Tout est sur la terre dans un flux continuel qui ne permet à rien d’y prendre une forme constante. Tout change autour de nous. Nous changeons nous-mêmes, & nul ne peut s’assurer qu’il aimera demain ce qu’il aime aujourd’hui."

    "Dans l’extrême misere on se trouve riche de peu. Un gueux qui trouve un écu en est plus affecté que ne le seroit un riche en trouvant une bourse d’or."

    "Je sentois avec satisfaction la différence qu’il y a des goûts sains & des plaisirs naturels à ceux que fait naître l’opulence, & qui ne sont guère que des plaisirs de moquerie & des goûts exclusifs engendrés par le mépris."
    -Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 7 Sep - 14:44, édité 2 fois


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 22 Juin - 22:16

    « On doit toujours confier un dépôt à ceux qui sont le moins avides de se l’approprier. »

    « Les troubles sont le plus souvent excités par ceux qui possèdent : la crainte de perdre fait naître dans les cœurs les mêmes passions que le désir d’acquérir ; et il est dans la nature de l’homme de ne se croire tranquille possesseur que lorsqu’il ajoute encore aux biens dont il jouit déjà. Il faut considérer, en outre, que plus ils possèdent, plus leur force s’accroît, et plus il leur est facile de remuer l’État. »

    « C’est, pour ainsi dire, une règle générale, que presque jamais une république ou un royaume n’ont été bien organisés dès le principe. »

    « On doit regarder comme un bien que chacun puisse proposer tout ce qu’il regarde comme utile au bien public, et qu’il est bon également qu’il soit permis de dire librement son avis sur ce que l’on propose, afin que le peuple, éclairé par cette discussion, puisse adopter le parti qu’il regarde comme le meilleur. »

    « Épaminondas et Pélopidas, après avoir affranchi Thèbes, leur patrie, et l’avoir soustraite au joug que les Spartiates faisaient peser sur elle, virent qu’ils se trouvaient au milieu d’une ville façonnée à l’esclavage, et d’un peuple plongé dans la mollesse. Éclairés par leur propre courage, ils ne doutèrent pas de pouvoir former leurs concitoyens au métier des armes, d’entrer avec eux en campagne pour s’opposer aux progrès des Spartiates, et de parvenir à les vaincre. Les historiens rapportent en effet que ces deux illustres capitaines prouvèrent en peu de temps que ce n’était pas seulement à Lacédémone qu’on trouvait des guerriers, mais dans tous les lieux où il naît des hommes. »

    « L’esclavage est une chose tellement funeste. »

    « Les États bien organisés établissent des peines et des récompenses pour les citoyens, et ne font jamais des unes une compensation pour les autres. »

    « Les peuples sont plus âpres dans leurs vengeances, lorsqu’ils ont recouvré leur liberté, que quand ils ne l’ont jamais perdue. »

    « Toutes les personnes actuellement vivantes savent avec quelle prudence et quel courage Gonzalve de Cordoue a conquis de nos jours le royaume de Naples en combattant contre les Français pour le roi Ferdinand d’Aragon. Quelle récompense a-t-il obtenue de sa victoire ? A peine est-il maître de Naples, que Ferdinand arrive d’Aragon, lui ôte d’abord le commandement de ses hommes d’armes, ensuite des places fortes, et finit par l’emmener à sa suite en Espagne, où il le laisse mourir peu de temps après dans l’oubli. »

    « La nature a créé les hommes avec la soif de tout embrasser et l’impuissance de tout atteindre ; et le désir d’avoir l’emportant sans cesse sur la faculté d’acquérir, il en résulte un dégoût secret de ce qu’ils possèdent, auquel se joint le mécontentement d’eux-mêmes. De là naissent les changements qu’éprouve leur fortune. Les uns, en effet, désirant acquérir davantage, les autres craignant de perdre ce qu’ils ont acquis, on en vient à la rupture, puis à la guerre, qui enfante à son tour la destruction d’un empire pour servir à l’élévation d’un autre. »

    « L’ambition des grands est telle, que si dans un État on ne s’efforce, par tous les moyens et par toutes les voies, de l’écraser sans pitié, elle l’entraîne bientôt dans sa chute. »

    « Quiconque étudie les événements contemporains et ceux qui se sont passés dans l’antiquité, s’aperçoit sans peine que les mêmes désirs et les mêmes passions ont régné et règnent encore sous tous les gouvernements et chez tous les peuples. Il est donc facile pour celui qui approfondit les événements du passé de prévoir ceux que l’avenir réserve à chaque État, d’y appliquer les remèdes dont usaient les anciens, ou, s’il n’en existe pas qui aient été employés, d’en imaginer de nouveaux d’après la similitude des événements. Mais comme on néglige ces observations, ou que celui qui lit ne sait point les faire, ou que s’il les fait, elles restent inconnues à ceux qui gouvernent, il en résulte que les mêmes désordres se renouvellent dans tous les temps. »

    « Combien les hommes peuvent aisément se corrompre. »

    « Les armées qui ne portent pas à celui pour lequel elles combattent une affection capable de lui donner un partisan dans chaque soldat, n’ont point assez de courage pour résister à un ennemi qui montrerait la moindre valeur. »

    « Renouveler chaque jour les offenses envers le peuple ne peut qu’offrir les plus grands dangers à celui qui gouverne. »

    « Les hommes que la prudence dirige savent se faire un mérite de toutes leurs actions, même de celles auxquelles la nécessité les contraint. »

    « Souvent le peuple désire sa ruine, trompé par la fausse apparence ; et rien n’est plus facile que de l’entraîner par de vastes espérances et des promesses éblouissantes. »

    « Pour éclaircir ce que j’entends par le mot de gentilhomme, je dirai que l’on appelle ainsi ceux qui vivent, dans l’oisiveté, des produits de leurs biens ; qui coulent leurs jours dans l’abondance, sans nul souci pour vivre, ni d’agriculture, ni d’aucun autre travail. Ces hommes sont dangereux dans toutes les républiques et dans tous les États ; mais on doit redouter par-dessus tout ceux qui, outre les avantages que je viens de détailler, commandent à des châteaux et ont des vassaux qui leur obéissent. »

    « Les grands changements qui arrivent dans une cité ou dans une province sont toujours précédés de signes qui les annoncent ou d’hommes qui les prédisent. »

    « Un peuple qui commande, sous l’empire d’une bonne constitution, sera aussi stable, aussi prudent, aussi reconnaissant qu’un prince ; que dis-je ? il le sera plus encore que le prince le plus estimé pour sa sagesse. […] Et l’on verra combien la vertu et la gloire des peuples l’emportent sur celles des princes. »

    « C’est l’intérêt qui brise les nœuds de toutes les alliances. »

    « C’est par crainte ou par envie que les hommes se livrent à la haine. »

    « Les choses de ce monde sont toujours en mouvement. »

    « On sent aisément d’où naît chez les peuples l’amour de la liberté, parce que l’expérience nous prouve que les cités n’ont accru leur puissance et leurs richesses que pendant qu’elles ont vécu libres. […] Il est évident que l’intérêt commun n’est respecté que dans les républiques : tout ce qui peut tourner à l’avantage de tous s’exécute sans obstacle ; et s’il arrivait qu’une mesure pût être nuisible à tel ou tel particulier, ceux qu’elle favorise sont en si grand nombre, qu’on parviendra toujours à la faire prévaloir, quels que soient les obstacles que pourraient opposer le petit nombre de ceux qu’elle peut blesser. »

    « Cette morale nouvelle [le christianisme] a rendu les hommes plus faibles, et a livré le monde aux scélérats audacieux. Ils ont senti qu’ils pouvaient sans crainte exercer leur tyrannie, en voyant l’universalité des hommes disposés, dans l’espoir du paradis, à souffrir tous leurs outrages plutôt qu’à s’en venger. »

    « Ces peuples, comme nous l’avons dit ci-dessus, n’abandonnaient leur patrie que chassés par la nécessité ; et la nécessité naît ou de la famine, ou de la guerre, ou des persécutions qu’on éprouve dans son propre pays, et qui contraignent à chercher de nouvelles contrées. »

    « Parmi les merveilles que Crésus, roi de Lydie, fit voir à Solon l’Athénien, était un trésor incalculable : ce prince lui ayant demandé ce qu’il pensait de sa puissance, Solon lui répondit que ce n’était point par cet amas d’or qu’il pouvait en juger, parce qu’on ne faisait pas la guerre avec de l’or, mais avec du fer ; qu’il pouvait survenir un ennemi qui aurait plus de fer que lui et qui lui ravirait ses trésors. […] Aussi, quel que soit le cri de l’opinion générale, je soutiendrai que ce n’est pas l’argent qui est le nerf de la guerre, mais une bonne armée ; car, si l’or ne suffit pas pour trouver de bons soldats, les bons soldats ont bientôt trouvé de l’or. […] En vain Périclès avait déterminé les Athéniens à faire la guerre avec tout le Péloponnèse, en les assurant que leur industrie et leur richesses devaient les rendre certains du succès : quoique en effet les Athéniens, dans le cours de cette guerre, eussent quelquefois triomphé, ils finirent cependant par succomber ; la sagesse de Sparte et le courage de ses soldats l’emportèrent sur l’industrie et les trésors d’Athènes. »

    « Le cœur une fois attaqué, la mort est inévitable. »

    « C’est une vérité constante que l’existence de toutes les choses de ce monde a un terme. »

    « On ne doit jamais laisser le mal suivre son cours. »

    « Il est bien plus aisé d’être chéri des bons que des méchants. »

    « Les hommes sont lents à se décider lorsqu’ils croient avoir le temps pour eux. »

    « Il est naturel que ceux qui ont souffert cherchent à se venger, et ce désir de vengeance fait couler le sang et cause la mort des citoyens. »

    « Il est nécessaire de changer avec les temps, si l’on veut toujours avoir la fortune propice. […] Deux raisons s’opposent à ce que nous puissions ainsi changer : l’une est que nous ne pouvons vaincre les penchants auxquels la nature nous entraîne ; l’autre, que quand une manière d’agir a souvent réussi à un homme, il est impossible de lui persuader qu’il sera également heureux en suivant une marche opposée. De là naît que la fortune d’un homme varie, parce que la fortune change les temps, et que lui ne change point de conduite. »

    « Quand il existe une erreur à laquelle tous les hommes, ou du moins la plus grande partie, se laissent prendre, je ne crois pas que ce soit un mal de la leur démontrer souvent. »

    « Tout prince attaqué par de nombreux ennemis triomphera de leurs efforts, toutes les fois qu’il saura employer avec prudence les moyens de semer la désunion parmi eux. »

    « Aux peuples habitués à la servitude, il est indifférent de changer de maître ; souvent même ils le désirent. »

    « Il arrive souvent que les commencements de la tyrannie se cachent sous une action vertueuse. »

    « Le plus sûr indice qu’on puisse avoir du caractère d’un homme est de connaître les personnes qu’il fréquente. »

    « Lorsqu’on voit son ennemi commettre une erreur manifeste, on doit soupçonner qu’elle cache quelque piège. »
    -Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live.

    "Machiavel regarde le combat politique comme un jeu d'échecs."
    -Ernst Cassirer, Le Mythe de l'État.

    « Si la matière agit, se meut, par des combinaisons qui nous sont inconnues, si le mouvement est inhérent à la matière, si elle seule enfin peut, en raison de son énergie, créer, produire, conserver, maintenir, balancer dans les plaines immenses de l’espace tous les globes dont la vue nous surprend et dont la marche uniforme, invariable, nous remplit de respect et d’admiration, que sera le besoin de chercher alors un agent étranger à tout cela, puisque cette faculté active se trouve essentiellement dans la nature elle-même, qui n’est autre chose que la matière en action ? Votre chimère déifique éclaircira-t-elle quelque chose ? Je défie qu’on puisse me le prouver. A supposer que je me trompe sur les facultés internes de la matière, je n’ai du moins devant moi qu’une difficulté. Que faites-vous en m’offrant votre Dieu ? Vous m’en donnez une de plus. Et comment voulez-vous que j’admette, pour cause que je ne comprends pas, quelque chose que je comprends encore moins ? »
    -Donatien Alphonse François de Sade, La Philosophie dans le boudoir, 1795.

    « Dans un groupe axé sur la passion du jeu, les corvées et les besognes ennuyeuses trouveront à se répartir par exemple, à la suite d'une erreur ou d'une défaite ludique. »
    -Raoul Vaneigem, La Révolution de la vie quotidienne (1967).

    « Quel prince, quel ami, chef des guerriers nombreux,
    Tombé comme un héros dans les combats poudreux,
    A clos le noir destin de ses jours vénérables
    Et sur le dernier lit de palmiers et d’érables,
    Parmi les tourbillons de fumée et de feu,
    Sans vie et triomphant sous le ciel vaste et bleu,
    Livre au vent étranger les cendres de sa gloire ?
    »
    -André de Guerne, La Mort de Kalanos, in Les Siècles Morts (1890-97).

    "La démocratie advient quand les pauvres sont vainqueurs de leurs adversaires."
    -Platon, La République, VIII.

    "On admet qu’est démocratique le fait que les magistratures soient attribuées par tirage au sort, oligarchiques le fait qu’elles soient pourvues par l’élection."
    -Aristote, Politique, Livre IV.

    « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie».
    -Montesquieu.

    "Ce rapide parcours à travers les différents aspects sociaux et politiques du tirage au sort conduit à trois conclusions. L’extension de son emploi, en synchronie et en diachronie, apparaît institutionnellement liée à la croyance en l’intervention des dieux pour orienter le sort. Ses usages dans la définition des charges militaires et civiques ne peuvent être compris sans examen attentif de la base de départ du tirage au sort : destiné à sélectionner ou à répartir entre des égaux, il s’adapte à différentes régimes d’égalité, depuis les aristocraties jusqu’aux fratries, réelles ou symboliques, et aux démocraties. Concernant la démocratie, dans sa version de la Grèce antique, ce n’est que progressivement, au fur et à mesure de l’élargissement de cette base, que le tirage au sort lui a été identifié, d’une façon le plus souvent très critique, notamment dans la perspective des philosophes qui contestaient la nature égalitaire de la base de départ, ne reconnaissaient plus, ou ne reconnaissaient plus guère le rôle des dieux en la matière, et réservaient l’activité politique à la possession d’un savoir et d’un savoir-être."
    -Paul Demont, Tirage au sort et démocratie en Grèce ancienne (source: http://www.laviedesidees.fr/Tirage-au-sort-et-democratie-en.html ).

    "Même des ennemis peuvent se respecter."

    "Et tout est tellement plus beau parce nous sommes condamnés."
    -Troie, de Wolfgang Petersen (2004).


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 24 Juin - 6:40

    "Le seul fait que deux groupes se combattent ne prouve pas nécessairement qu'ils diffèrent dans leurs philosophies et leurs principes premiers. Il y a toujours eu des guerres entre des peuples adhérant aux mêmes croyances et philosophies."
    -Ludwig von Mises.

    "Les monstres, ces êtres aux passions anormales, brisent le calme et troublent les âmes. Ils provoquent de l’horreur. Même si parfois ils suscitent de la curiosité, et parfois même de la sympathie, leur existence est solitaire. Personne n’aime rester longtemps à côté d’un monstre, contre qui un jour ou l’autre la chasse sera ouverte. C’est pourquoi ils ne sont pas « vraiment dangereux ». Les êtres communs, au contraire, ces hommes et ces femmes qui ne font qu’exécuter les ordres, qui ne font que leur devoir, qui n’ont pas de passions intérieures, que des pressions extérieures – eux sont bel et bien dangereux. Ils sont dangereux parce qu’ils ont derrière eux une société entière.

    Quand un monstre est assoiffé de sang, comme Jack l’éventreur, il assassine cinq ou six personnes. Un fonctionnaire n’est jamais assoiffé de sang. Et donc, comme par exemple un général, il massacre des centaines de milliers de personnes sans émotion. Le premier plonge les mains dans le sang qu’il a versé et reste halluciné, le second appuie sur un bouton et va tranquillement dormir
    ."
    -Ne les appelez pas monstres (2013).

    "Le suicide est probablement le seul compromis que tu peux faire avec ce monde pour être vraiment débarrassé de tout compromis ultérieur. Vivre par contre, est une entreprise plus ou moins turbulente dans laquelle on se voit accablé de compromis. Ceux qui ne perdent pas le sommeil du fait de leur propre asservissement ou de celui des autres, ne les considèrent pas comme tels. Ils n’aperçoivent pas de compromis dans l’histoire du pouvoir, mais plutôt des opportunités, pas d’enfermement menaçant, mais plutôt un possible épanouissement. Le cadre figé à l’intérieur duquel ils se meuvent ne leur semble rien d’autre qu’une évidence, une loi naturelle. Perte de temps que de la remettre en question. Par contre, ceux qui font leur propre chemin dans la réalité, mais cherchent en même temps des moyens pour attaquer et transformer celle-ci font des compromis, quelles que soient leurs réticences. Mais tant qu’ils luttent, ils les font avec les yeux ouverts, consciemment. Le contraire signifierait leur mort. Leur hostilité barbare au compromis ne provient pas de la conviction que, dans le meilleur des mondes, ils ne feraient plus jamais de compromis, mais de la conscience que la plupart et le plus grave des compromis ne servent rien d’autre que le monde tel qu’on le connaît. Son oppression, ses systèmes, ses principes, valeurs et normes."
    -Survivre (2012).

    Source: http://www.non-fides.fr/?Ne-les-appelez-pas-monstres
    http://www.non-fides.fr/?Survivre

    « Chacun de nous peut personnifier en elle son idéal. Êtes-vous catholique ? C'est une martyre et une sainte que l'Église vient de mettre sur les autels. Êtes-vous royaliste ? C'est l'héroïne qui a fait consacrer le fils de saint Louis par le sacrement gallican de Reims... Pour les républicains c'est l'enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies... Enfin les socialistes ne peuvent oublier qu'elle disait :"J'ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des malheureux."

    Ainsi tous les partis peuvent se réclamer de Jeanne d'Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer
    . »
    -Maurice Barrès.

    "L’histoire de nos colonies, surtout dans l’Extrême-Orient, n’est que douleur, férocité sans mesure et indicible turpitude. [...] C’est l’image stricte de l’Enfer, autant qu’il est possible d’imaginer cet Empire du Désespoir."
    -Léon Bloy, Jésus-Christ aux colonies, in L'Assiette au Beurre, le 9 mai 1903.

    "La masse des Français ignore ce qui se passe aux colonies, on veut l’ignorer. Les plaintes des opprimés, soigneusement étouffées par la grande presse, ne parviennent que rarement et péniblement jusqu’à eux. Une conspiration formidable du silence règne en matière coloniale. Mais il ne faut pas se dissimuler malheureusement que, même informés des faits les plus graves, les Français, fussent-ils de gauche, voire d’extrême gauche, ne s’émeuvent guère de ces faits, sinon de façon passagère, et surtout se refusent à agir en ce domaine. Les questions coloniales intéressent fort peu l’opinion, sauf sous l’angle du pittoresque ou du bizarre : négresses à plateaux, chasses au tigre ou danses cambodgiennes. Toute une littérature coloniale fleurit d’ailleurs, dans laquelle les grands problèmes ne sont jamais abordés, et elle séduit ses lecteurs par un exotisme de pacotille, qui masque la tragique réalité.

    L’empire français s’est constitué sans que, pour ainsi dire, la nation y prenne garde. Presque toujours, la question coloniale ne s’est posée qu’en fonction de la politique intérieure comme au temps de l’intervention en Indochine, de « Ferry-Tonkin », ou de l’aventure marocaine. C’est une minorité de militaires, de diplomates, d’industriels, de commerçants et de financiers, qui a poursuivi la conquête coloniale. La France n’a pas approuvé : elle a laissé faire. Seuls, des échecs militaires, comme Lang-Son, des échecs diplomatiques comme Fachoda, ou des incidents graves comme ceux de 1905 ou de 1911 au Maroc, ont pu, un moment, secouer son apathie, parce que le problème devenait international. Apathie dans laquelle elle est aussitôt retombée.

    Et, aujourd’hui, sourde à l’immense plainte, aux pathétiques appels qui montent de tous les points de l’empire colonial, la France laisse les colonies livrées à l’arbitraire de l’administration, et à l’exploitation des hommes d’affaires, qui les considèrent comme une chasse gardée. Cette ignorance et cette indifférence sont criminelles. Des millions d’hommes demeurent ainsi placés sous le joug de la force, livrés à une exploitation sans frein. Des régions entières sont parfois réduites à la famine, et des millions d’hommes sont sous-alimentés. Des milliers de misérables sont emprisonnés pour non-paiement d’impôts écrasants ; des milliers d’autres meurent lentement dans les bagnes de la France démocratique. Le drapeau français couvre cela, et les Français ne protestent pas
    !"
    -Comité de Vigilance des intellectuels antifascistes, "Ignorance et indifférence de l'opinion", in La France en face du problème colonial, 1936.


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 26 Juin - 13:58

    "La bataille aux cent têtes, la bataille aux mille noms, la bataille qui dure des jours, des mois, des années, toujours la même bataille tournait, l’haleine fiévreuse, dans le cirque européen.
    Buffle aux bosses de feu, elle se vautrait dans le pré des plaines. Forêts dans les cornes, pavots dans le poil hirsute, boue, nuages et mort dans son grand œil étonné.
    Dans les fleuves elle semblait se noyer. Se ficher en terre sous les fjords. S’asphyxier dans les marécages.
    La bataille en titubant gagna la haute montagne. Les mortiers éructèrent. Des glaciers se fendirent. Des gorges s’ouvrirent à leur hurlement. Les sommets, aiguilles de verre, volèrent en éclats.
    Par-dessus le col de minuit, elle franchit le porche du sud. Roula vers la vallée dans les bois de myrtes et les vignes. Du cœur des fuyards elle pressait un vin pétillant et âcre. Elle flairait la chair rose.
    Son sabot dur brilla jusqu’au rivage, où l’océan l’attirait. Une citadelle fumante émergea.
    Dreadnoughts et croiseurs se balancèrent, une caravane de chevaux de Troie bascula.
    Imprévus, des serpents-torpilles fusèrent à travers les vagues. Des navires soudain gémirent et sombrèrent comme des éclairs dans la forêt des coraux.
    Chaque heure mouraient mille hommes de plus.
    Partout un jeune soldat ensevelissait ses blessures dans la terre, comme s’il avait honte de mourir d’une mort si laide.
    Partout un jeune matelot, un cri rouge dans la bouche, embrassait le monde en agonie et s’enfonçait avec lui dans la mort.
    Chaque heure éteignait le soleil mille fois et se refroidissait dans les cœurs noirs.
    Cependant, très loin, au pays, les sœurs et les fiancées tressaillaient dans leur sommeil et entendaient le corbeau de la mort rôder à leur chevet.

    [...]
    Comme un mur gris autour de l’Europe
    Courait la longue bataille.
    La bataille éternelle, la bataille pourrie,
    Qui n’était jamais la dernière.
    Monotonie du combat. Tranchées sépulcres. Sommeil de la faim.
    Au dehors les ponts faits de cadavres.
    Au dedans les rues pavées de cadavres.
    Les fossés des murs cimentés de cadavres.

    Pendant des mois l’horizon regarda, vitreux, mystérieux comme l’œil d’un mort.
    Pendant des années, les lointains sonnèrent un seul glas.
    Les jours se rassemblaient comme des ossuaires.

    Vous qui veniez des villes électriques, grouillantes dans la nuit mouillée, grouillantes dans le froid dur.

    La sentinelle échangeait douze nuits de sommeil contre une cigarette.
    Des armées entières jouaient l’éternité contre dix mètres de désert.
    Jurons gras crachés dans les immondices.
    Caveaux moisis. Arrachés à l’ennemi, des trophées de fer blanc.
    Aucun de vous ne voyait-il le regard de l’ennemi?
    Aucun de vous ne croyait donc plus à la mémoire de la terre?

    Mes semblables!
    "
    -Yvan Goll, Fragments du Requiem pour les morts de l’Europe.


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 26 Juin - 14:12

    "La guerre tant redoutée, mais à laquelle personne presque n’osait croire, montra tout d’un coup son visage hideux.

    Les derniers jours de juillet étaient sinistres. À chaque heure parvenaient des informations peu rassurantes, en dépit de leur ton optimiste. Les clameurs des vendeurs d’éditions spéciales des journaux faisaient rebondir l’inquiétude accumulée. L’homme de la rue passait calme en apparence, mais rongé d’anxiété. Il pensait à son travail, à sa femme, à ses enfants qu’il lui faudrait peut-être quitter subitement. L’atmosphère des bars et des bistrots était plus surchauffée encore et des discussions avinées et sans fin tumultuaient autour du mastroquet en bras de chemise et enchanté des événements qui lui valaient une augmentation sensible de ses bénéfices. Tous ceux qui avaient dans les mains une industrie de guerre ou en rapport avec les fournitures de l’armée ne se sentaient pas de joie.

    Le tumulte augmenta encore lorsque parut le décret de mobilisation générale affiché simultanément partout. Ce n’était pas encore la guerre, mais cette fois on la sentait inévitable. Et déjà les stratèges en chambre assignaient scientifiquement à la guerre une durée de quelques mois. La gare de l’Est, qui happait les soldats mobilisés, était devenue une véritable centrale d’émotion. Les saccades que l’on entendait autour de la tour Eiffel, engendrées par le poste de T.S.F., redoublaient et se faisaient plus nerveuses.

    Et le soir du 31 juillet, sur les dix heures, on entendit tout d’un coup une sinistre et rauque clameur unanime: Édition spéciale! Assassinat de Jean Jaurès! Je n’oublierai jamais le retentissement de cette clameur en moi, la marée montante de cette rumeur dans Belleville! Chaque fois que s’élevait la vague, toute ma poitrine bondissait, tout mon cœur battait et je sentais partout un fourmillement d’aiguilles. La déclaration de guerre, postérieure de quelques heures, suscita en moi une émotion d’intensité incomparablement moins forte que l’assassinat de Jean Jaurès.

    Je n’avais pas pour Jean Jaurès le culte des militants socialistes, Jaurès avait imprimé au Parti Socialiste et à l’Internationale une direction opportuniste. Mais ce bourgeois socialisant était peut-être le seul homme véritablement honnête et le seul député français de valeur, possédant une connaissance profonde de l’histoire contemporaine et capable de tirer par avance les conséquences d’une fait politique, social ou diplomatique. La voix de Jaurès était celle de la fraternité, de la justice; au marxisme dont il n’était pas un adhérent résolu, exclusif, mais où il puisait le meilleur et le plus solide de son argumentation, il ajoutait quelque chose de cet idéal un peu vague et humanitaire de 1848. Mais Jaurès voyait bouger les tentacules de l’impérialisme. Sans s’inquiéter de l’exaspération produite chez les représentants de l’état-major, de la finance et de la diplomatie qui le faisaient souiller chaque jour, il dénonçait les menées impérialistes, les louches tractations, les traités secrets, les alliances contre nature et dirigées contre la paix des peuples. Jaurès était le champion de la liberté, de la fraternité, de la réalisation des principes des Droits de l’Homme plus qu’un révolutionnaire. « Il faut apprendre à cette jeune démocratie le goût de la liberté, – a-t-il écrit quelque part, – elle a la passion de l’égalité, elle n’a pas, au même degré, la notion de la liberté, qui est beaucoup plus difficile et beaucoup plus longue à acquérir. Il faut donner aux enfants du peuple, par un exercice suffisamment élevé de la faculté de penser, le sentiment de la valeur de l’homme et par conséquent du prix de la liberté, sans lequel l’homme n’est pas. » L’idéal de Jaurès était très apparenté à celui de Romain Rolland. L’un et l’autre, le premier sur le plan littéraire, le second sur le plan politique, ont défendu des idées sensiblement les mêmes.

    Devant un parti opportuniste, désemparé, prêt à la trahison, le gouvernement fit preuve d’une grande adresse. Il enleva le corps de Jaurès. Sur les murs de Paris il fit afficher une proclamation officielle dans laquelle était déplorée la mort du grand tribun auquel il fit faire à ses frais des funérailles officielles. Ceux qui, chaque jour, avaient dénoncé l’agent de l’Allemagne, affirmant non pas une, mais deux fois, que c’est le devoir de tout gouvernement soucieux de ses responsabilités de flanquer dix balles dans la peau de Jaurès, le jour de la mobilisation, célébrèrent le grand Français! Ironie de l’histoire: l’avenue d’Allemagne devint avenue Jean Jaurès !
    "
    -Henri Guilbeaux, L’assassinat de Jean Jaurès, Du Kremlin au Cherche-Midi, Paris, Gallimard, 1933, pages 11-13.


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 26 Juin - 14:51

    Pierre Brizon est élu député socialiste de l’Allier en 1910. Ce professeur est libre-penseur, pacifiste et internationaliste.
    Réélu en 1914, il se signale par sa défense des métayers. En 1914 pourtant, comme l’ensemble des élus de la SFIO, il rejoint l’Union sacrée. Sa position sur la guerre évolue au cours du conflit. En 1916, il participe à la Conférence de Kiental de l’Internationale socialiste. Le 24 juin 1916, avec les députés Jean-Pierre Raffins-Dugens et Alexandre Blanc, il refuse pour la première fois en France le vote des crédits de guerre.
    Battu en 1919, il ne prend pas part au congrès de Tours qui voit la naissance du Parti communiste français. Il y adhère un temps, mais en est exclu en octobre 1922. Il rejoint alors l’Union fédérative socialiste. Il meurt en 1923.
    Ce qui suit est le compte-rendu de la séance du 24 juin 1916.

    "M. Le Président. – La parole est à M. Brizon.
    M. Brizon. -Messieurs, après deux ans d’une guerre qui dévaste l’Europe, la ruine, la saigne, la menace d’épuisement, les gouvernements des pays belligérants demandent encore des milliards et encore des hommes, pour prolonger cette guerre d’extermination.
    Au moment d’un vote si grave, notre pensée se tourne vers la paix dans la liberté, vers ceux qui y travaillent avec la conscience d’accomplir le plus beau devoir qui soit au monde, vers les courageux socialistes de la minorité allemande… (Applaudissements sur divers bancs à l’extrême gauche. Mouvements divers.)
    M. Mayeras. -Vive Liebknecht! (Exclamations et bruit).
    M. Emile Faure. -Vous ne pouvez pas dire que la minorité allemande a eu ce courage.
    M. Alexandre Blanc. -Moins ils sont nombreux, plus ils ont de courage. (Bruit.)
    M. Brizon. -… qui sont l’espoir du monde dans le combat contre le fléau le plus terrible qui se soit jamais abattu sur les hommes.
    Ils luttent contre la guerre.
    Ils luttent contre l’Empire.
    Ils luttent pour la paix immédiate et sans annexion.
    Et voici ce qu’ils disent: « Dans cette guerre monstrueuse entre deux coalitions formidables, dans cette guerre désormais immobilisée, malgré le flux et le reflux des batailles, il n’y a et il n’y aura ni vainqueurs ni vaincus. Ou plutôt tous seront saignés, ruinés, épuisés.
    « Avec la jeunesse dans la tombe, les meilleures générations sacrifiées, la civilisation en partie détruite, la fortune perdue, la désolation partout, une victoire serait-elle une victoire?
    « Et s’il y avait, par malheur, des vainqueurs exaspérés et des vaincus irrités, la guerre recommencerait pour la vengeance, pour la revanche.
    « Car la guerre n’a jamais tué la guerre.
    « Il n’y a qu’un seul moyen d’empêcher les guerres futures: c’est la victoire du socialisme, en Allemagne et dans les autres pays sur les classes, les gouvernements et les hommes de proie. »
    Les socialistes allemands ajoutent:
    « Les gouvernements européens avec leur diplomatie secrète et leurs appétits de conquêtes, ont déchaîné la guerre. Ils la prolongent pour se sauver.
    « Les peuples veulent la paix. Ce sont eux, ce sont les paysans, ce sont les meilleurs ouvriers de la civilisation qui tombent en masses, victimes d’une guerre qui n’est pas la leur, puisqu’elle n’a pas pour but d’écraser la féodalité internationale qui les exploite. »
    Et ces héroïques socialistes de la minorité allemande concluent:
    « Les nations, leur territoire et leur liberté sont sauvés par l’héroïsme invincible de leurs soldats.
    « La prolongation de la guerre n’est plus, depuis longtemps déjà, qu’une barbarie militairement inutile.
    « Il faut arrêter la guerre. Assez de morts! Assez de ruines! Assez de souffrances!
    « Il faut obliger notre gouvernement à déclarer ses conditions précises de paix. Il faut lui imposer la paix immédiate sans annexion. Si nous faisons cela, nous savons qu’il y aura dans les autres pays des socialistes et des hommes de bonne volonté pour exercer la même pression contre la guerre, pour la paix, pour la liberté des peuples.
    « Pleurons les morts, crient-ils, et sauvons les vivants. Sauvons les travailleurs pour le socialisme. Sauvons les milliards pour relever les ruines, panser les blessures et faire des réformes sociales. Sauvons tout ce qui peut encore être sauvé: le monde en a besoin pour renaître à l’espérance. »
    À ces hommes-là, messieurs, mes amis Alexandre Blanc, Raffin-Duggens et moi, avec la certitude que notre geste ne tombera pas dans le vide, avec la conviction d’agir en bons Français comme en bons socialistes, nous tendons nos mains fraternelles du haut de la tribune française.
    MM. Alexandre Blanc et Raffin Dugens. -Très bien!
    M. Brizon. -Eux et nous, nous sommes fidèles aux antiques décisions des congrès socialistes internationalistes, d’après lesquels, si la guerre éclate malgré tout, c’est le devoir des classes ouvrières de s’entremettre pour la faire cesser promptement.
    Pour aider ces hommes dans leur rude combat contre la guerre, pour la paix sans annexion, pour un armistice immédiat (Bruit.) nous déclarons que leurs paroles citées sont aussi les nôtres. Nous protestons contre le discours de Nancy. (Interruptions et bruit.)
    M. le Président. -Je vous rappelle formellement à l’ordre et je vous invite à ne pas continuer sur ce ton. (Très bien! très bien!)
    M. le Ministre des Finances. -Vous n’en avez pas le droit…
    M. Mayéras. -Le discours de Nancy est anticonstitutionnel! (Bruit.)
    M. Alexandre Blanc. -Nous le prenons ce droit.
    M. le Ministre des Finances. -Vous n’avez pas le droit… (Bruit sur les bancs du Parti socialiste.)
    Au centre. -Retournez donc en Suisse!
    M. Le Président. -Je ne laisserai pas mettre ici en cause la personne de M. le Président de la République.
    J’ai peut-être mal entendu une autre phrase, car M. Brizon parlait bas…
    M. Raffin-Dugens. -Personne n’est nommé.
    M. le Président. -Laissez-moi faire mon devoir. (Très bien! Très bien!)
    Voulez-vous, monsieur Brizon, relire votre dernière phrase?
    M. Victor Dalbiez. -Ne parlez pas de Nancy, parlez de l’acte inconstitutionnel de Nancy. (Bruit.)
    M. le Président. -Je ne peux pas vous permettre de parler ainsi.
    M. Raffin Dugens. -Personne n’est nommé.
    M. Mayéras. -Mais tout le monde a compris qu’il s’agissait du mauvais président.
    M. le Président. -Si vous avez parlé, je crois, d’armistice immédiat, c’est l’opinion des socialistes allemands, je ne dis rien: si c’est la vôtre, je ne puis laisser passer cette parole sans protester.
    M. Brizon. -C’est la nôtre aussi. (Exclamations et bruit.)
    M. le Président. -Alors je proteste énergiquement. (Très bien! très bien!) Aucun Français ne pourrait accepter un armistice immédiat, ni une paix qui seraient devant les violations répétées du droit, une détestable abdication. (Vifs applaudissements.)
    M. Alexandre Blanc. -Nous reconnaissons que notre déclaration aura plus de succès dans les tranchées qu’ici. (Bruits.)
    M. Brizon. – « Nous refusons de voir tomber nos soldats pour donner Constantinople à la Russie… » (Vives protestations et bruit.)
    M. le Président. -Ce langage est intolérable, il blessera tous les coeurs français. (Vifs applaudissements.) Vous ne devriez pas parler ainsi pendant que le sang coule là-bas. (Vifs applaudissements.)
    M. Brizon. – « Nous regrettons le mauvais emploi des milliards perdus pour le peuple et nous votons contre les crédits de guerre, pour la paix, pour la France, pour le socialisme. » (Exclamations prolongées. -Bruit.)
    MM. Alexandre Blanc et Raffin-Dugens. -Très bien! très bien!
    M. Duclaux-Monteil. – Je constate que, dans la Chambre française, il n’y a que trois socialistes pour approuver de pareilles paroles! (Applaudissements.)
    M. ALexandre Blanc. -Il y a beaucoup de soldats qui pensent comme nous! (Bruit.)"


    _________________
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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 26 Juin - 15:59

    « La culture de l'esprit est morte, complètement extirpée. La hâte, la baisse de la vie religieuse, les luttes nationales ; la science fragmentaire et dissolvante, le règne méprisable du plaisir et de l'argent dans les classes cultivées, leur absence de vie affective et de grandeur. Les intellectuels eux-mêmes participent à cette tendance et je m'en aperçois avec une clarté croissante. Ils s'appauvrissent de jour en jour en pensée et en tendresse. Tout est au service de la barbarie qui vient, l'art comme la science. Où porter les yeux ? Le grand raz de marée de la barbarie est à nos portes. »
    -Nietzsche en 1873.

    « Socrate, il me faut l'avouer, m'est si proche que je suis constamment en lutte avec lui. »
    -Nietzsche en 1875.

    "Je ne pourrais pas tolérer de manquer à ma parole ou de tuer ; je languirais plus ou moins longtemps, puis j'en mourrais, tel serait mon sort."
    -Nietzsche (1881-1882).

    « Il y a une fausse appréciation de la gaîté, contre laquelle on ne peut rien ; mais celui qui l'adopte n'a finalement qu'à s'en contenter. Nous qui nous sommes réfugiés dans le bonheur, nous qui avons besoin, en quelque sorte, du midi et d'une folle surabondance de soleil, nous qui nous asseyons sur le bord de la route pour voir passer la vie, pareille à un cortège de masques, à un spectacle qui fait perdre le sens ; nous qui exigeons cela justement du bonheur, qu'il nous fasse perdre le sens ; ne semble-t-il pas que nous ayons conscience d'une chose que nous redoutons ? Il y a quelque chose en nous qui se brise aisément. Craindrions-nous les mains puériles et destructives ? Est-ce pour éviter le hasard que nous nous réfugions dans la vie ? Dans son éclat, dans sa fausseté, sans sa superficialité, dans son mensonge chatoyant ? Si nous semblons gais, est-ce parce que nous sommes immensément tristes ? Nous sommes graves, nous connaissons l'abîme – est-ce pour cela que nous nous défendons contre tout ce qui est grave ? Nous sourions en nous-mêmes des gens aux goûts mélancoliques chez lesquels nous devinons un manque de profondeur ; hélas ! Nous les envions tout en nous raillant d'eux – car nous ne sommes pas assez heureux pour pouvoir nous permettre leur délicate tristesse. Il nous faut fuir jusqu'à l'ombre de la tristesse : notre enfer et nos ténèbres sont toujours trop proches de nous. Nous savons une chose que nous redoutons, avec laquelle nous ne voulons pas demeurer en tête-à-tête ; nous avons une croyance dont le poids nous fait trembler, dont le chuchotement nous fait pâlir, – ceux qui n'y croient pas nous semblent heureux. Nous nous détournons des spectacles tristes, nous bouchons nos oreilles aux plaintes de ce qui souffre ; la pitié nous briserait si nous ne savions nous endurcir. Reste vaillamment à nos côtés, insouciance railleuse ! Nous ne prendrons plus rien à cœur, nous choisirons le masque pour divinité suprême et pour rédempteur. »

    « Quiconque tire argument de la souffrance contre la vie, je le juge superficiel : ainsi nos pessimistes. De même quiconque voit une fin dans le bien-être. »
    -Nietzsche (1885-1886).

    "Il est des esprits libres et insolents qui voudraient cacher et nier qu’ils sont des cœurs brisés, fiers et incurablement blessés."
    -Nietzsche en 1886.

    « Une volonté tendue à travers les siècles, une sélection d'états et de valeurs qui permettent de disposer de la suite des siècles à venir – tout cela est éminemment antimoderne
    -Nietzsche (1887-1888).

    « C'est le courage qui marque la différence entre Platon et Thucydide : Platon est un lâche – par conséquent il se réfugie dans l'idéal – Thucydide se maîtrise, par conséquent il maîtrise aussi les choses. »

    « Le goût aristocratique fixe des limites à la connaissance aussi. Il y a bien des choses qu'il veut, une fois pour toutes, ne pas savoir. »
    -Nietzsche en 1888.

    Source: http://nietzsche-contre-lui-meme.over-blog.fr/categorie-11327729.html

    « Tu sauras que j’aime l’ombre comme j’aime la lumière. Pour qu’il y ait beauté du visage, clarté de la parole, bonté et fermeté du caractère, l’ombre est nécessaire autant que la lumière. Ce ne sont pas des adversaires : elles se tiennent plutôt amicalement par la main, et quand la lumière disparaît, l’ombre s’échappe à sa suite. »
    -Friedrich Nietzsche, Le Voyageur et son Ombre.

    "C’est « conformément à la nature » que vous voulez vivre ! O nobles stoïciens, quelle duperie est la vôtre ! Imaginez une organisation telle que la nature, prodigue sans mesure, indifférente sans mesure, sans intentions et sans égards, sans pitié et sans justice, à la fois féconde, et aride, et incertaine, imaginez l’indifférence elle-même érigée en puissance, — comment pourriez-vous vivre conformément à cette indifférence ? Vivre, n’est-ce pas précisément l’aspiration à être différent de la nature ?"
    -Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, I, 9.

    "La mère de la débauche n'est pas la joie mais l'absence de joie."
    -Nietzsche.

    "La loi est-elle l'expression de la volonté générale lorsque le plus grand nombre de ceux pour qui elle est faite ne peuvent concourir, en aucune manière, à sa formation ? Non. .. Que serait votre constitution ? Une véritable aristocratie. .. Et quelle aristocratie ! la plus insupportable, celle des riches !"
    -Robespierre, Discours d'avril 1791.

    "En politique [...] la communauté des haines fait presque toujours le fond des amitiés."
    -Tocqueville, Souvenirs.

    « Ce n’est pas sans y avoir mûrement réfléchi que je me suis déterminé à écrire ce livre que je publie en ce moment. Je ne me dissimule point ce qu’il y a de fâcheux dans ma position : elle ne doit m’attirer les sympathies vives de personne. Les uns trouveront qu’au fond je n’aime point la démocratie et que je suis sévère envers elle, les autres penseront que je favorise imprudemment son développement. Ce qu’il y aurait de plus heureux pour moi c’est qu’on ne lût pas le livre, et c’est un bonheur qui m’arrivera peut-être. »
    -Tocqueville, Lettre à Kergolay, janvier 1831.

    « C'est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. »
    -Montesquieu, De l'Esprit des lois.

    "Je ne suis pas consolant, moi, je suis vrai."
    -Le Marquis de Sade.

    "En termes strictement politiques, le libéralisme diffère principalement de l’anarchisme en ce que le premier considère l’État comme un mal nécessaire, tandis que le second dit que c’est un mal non nécessaire, c’est-à-dire une institution politique de laquelle on peut se passer pour vivre en société. En d’autres termes, l’anarchisme ne préconise pas un minimum d’Etat, mais va plus loin et propose l’élimination de tout État.

    En principe, la précédente formulation paraît indiscutable. Mais examinons la question plus avant : est-ce que la liberté anarchiste est comparable à la liberté du libéralisme politique ? Est-ce que la liberté de l’anarchisme part des mêmes hypothèses que le libéralisme et de là à conclure que l’anarchisme est un libéralisme radicalisé ? Pour répondre à ces questions, il semble profitable de recourir aux mots de Mikhail Bakounine. Bakounine considère que les doctrinaires libéraux ont été les premiers à exalter la liberté individuelle et à affirmer que le développement de la civilisation consiste à réduire de plus en plus les attributs et les droits de l’État. Toutefois, l’anarchiste russe fait valoir que, dans la pratique, les doctrinaires libéraux, de par leurs intérêts de classe, finissent par être plus absolutistes que les monarques. D’autre part, en théorie, les libéraux s’en retournent au culte de l’État parce qu’ils présupposent que la liberté individuelle est antérieure à toute société et que, par l’intermédiaire d’un acte volontaire, il faut recourir à un contrat pour fonder une entité transcendante qui régit les libertés et les droits des citoyens. Du point de vue des objectifs du présent document, cette dernière critique est la plus pertinente. Bakounine insiste dans ses écrits sur le fait que le problème du libéralisme est qu’il part d’une liberté individuelle antérieure à la société et, par conséquent, suppose que l’homme “est complet par lui-même, qu’il est un être entier et absolu” avant sa connexion avec d’autres êtres humains. Pour Bakounine, il n’y a rien de plus absurde, puisque l’être humain ne peut pas être complet, ne peut pas se réaliser comme tel à l’extérieur de la société : « L’homme ne devient homme et n’arrive tant à la conscience qu’à la réalisation de son humanité que dans la société et seulement par l’action collective de la société tout entière »

    Ici, Bakounine confirme qu’il n’y a pas de liberté abstraite, mais que celle-ci n’est concevable qu’avec la liberté des autres. Le libéralisme part d’une liberté absolue à l’état naturel et ensuite renonce à elle avec la création de l’État. Cela ne signifie pas qu’avec l’État il n’y a pas la liberté, mais la liberté originelle est réduite à une liberté négative, une liberté limitée par la protection des plaisirs privés. Bakounine a souligné que le libéralisme se contredit lui-même à partir de ses propres hypothèses. Partir d’une liberté individuelle asociale le conduit, par le biais du contrat, à l’aliénation de cette liberté par un tiers, ici par l’Etat. Cependant, avec cette critique du libéralisme Bakounine ne vise pas la défense d’une liberté naturelle absolue. L’anarchiste russe ne dit pas dire que le problème du libéralisme est l’aliénation de la liberté asociale, mais que cette liberté est inexistante. En d’autres termes, le critique de Bakounine pointe la racine de la question, c’est-à-dire l’hypothèse libérale d’une liberté individuelle antérieure aux liens sociaux. Face à cela Bakounine fait valoir que la liberté anarchiste n’est possible « grâce au travail et au pouvoir collectif de la société » et que l’être humain « ne réalise sa liberté individuelle ou bien sa personnalité qu’en se complétant de tous les individus qui l’entourent »

    La discussion menée jusque là nous permet de conclure, alors, que la liberté de l’anarchisme — défendue ici par Bakounine — n’est pas la même liberté individuelle que celle du libéralisme, tout simplement parce que les deux se fondent sur des hypothèses différentes. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent des auteurs tels que Rocker et Chomsky, l’anarchisme ne radicalise pas les arguments libéraux, mais prend un autre point de départ et parvient ainsi à des conclusions différentes. L’anarchisme, même héritier de la philosophie des Lumières, et même défendant la liberté individuelle, se sépare dans une large mesure du libéralisme politique et offre une autre alternative."

    "Avec le “moment machiavélien” Miguel Abensour fait référence à l’accent que les humanistes italiens mirent dans les concepts de “vie active” et de la “vie civique”, dans les débuts de la modernité occidentale ; accent qui certainement révèle une redécouverte de la dimension politique originaire de la condition humaine. Si, comme nous l’avons vu précédemment, le libéralisme politique classique dépolitise les êtres humains, le “moment machiavélien”, au contraire, les re-politise par l’intermédiaire de la revendication du bios politikos grec. L’être humain se reconnaît comme tel dans la mesure où il consacre sa vie aux choses politiques et participe au domaine de la sphère publique. Le domaine public — dans le sens arendtien de ce qu’ils voient et entendent d’autres personnes — inaugure un monde de relations humaines où, grâce à la présence des autres, nous nous révélons et nous nous manifestons comme des êtres singuliers et irremplaçables. Ainsi, la sphère publique que réhabilite le “moment machiavélien” permet que nos intérêts en tant qu’individus ne restent pas confinés à la sphère du privé, mais qu’ils s’expriment politiquement et soient confrontés dans un monde commun et partagé.

    Sous ce paradigme de la vie active et civique on aperçoit que l’être humain affirme son être par le biais de l’action politique. Cette action se manifeste au moyen de la prise de décision en commun et, en général, par la discussion et l’échange dialogique de points de vue. En bref, l’action politique réaffirmée par le “moment machiavélien” est inconcevable sans la parole, sans la nature linguistique des êtres humains
    ."
    -L’anarchisme, entre libéralisme et “moment machiavélien”. Texte publié par : Colectivo Contracultura - CILEP - Red Libertaria Popular Mateo Kramer (Bogotá)
    Traduction : Courant Alternatif (OCL), 2009. Source:  http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article636

    « Les étiquettes politiques - royaliste, communiste, populiste, fasciste, socialiste - ne sont pas pertinentes. Le genre humain se divise politiquement entre ceux qui veulent contrôler la vie des autres, et ceux qui n'éprouvent pas ce besoin. »
    -Robert Heinlein.

    "Tocqueville se réjouit de l'avènement de la démocratie, tout en éprouvant une certaine mélancolie à voir les charmes de l'aristocratie s'évanouir à jamais. Si la penchant pour la démocratie l'emporte, Tocqueville exprime également certains regrets et réserves."

    "Réfléchir sur l'élite, c'est partir d'une constatation empirique: l'existence d'une minorité gouvernante et d'une majorité gouvernée."

    "Avec l'entrée dans la démocratie libérale, le pouvoir n'appartient plus de droit à personne."
    -Olivia Leboyer, Élite et Libéralisme.

    "La première fonction d'un intellectuel est d'être libre et critique."
    -Michel Wieviorka, Les intellectuels ne sont pas responsables des échecs du pouvoir socialiste (cf: http://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/opinion/2015-03-23/les-intellectuels-ne-sont-pas-responsables-des-echecs-du-pouvoir-socialiste.html ).


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Ven 20 Nov - 14:00, édité 18 fois


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 30 Juin - 17:22

    "Les détenteurs du pouvoir vivent dans cette idée terrifiante que non seulement quelques isolés, mais des masses entières pourraient s'évader de la crainte: ce serait leur chute certaine. C'est là aussi la vraie raison de leur rage devant toute doctrine de transcendance. Le danger suprême est caché là: que l'homme perde la peur. Il est des régions sur terre où le seul mot de métaphysique est traqué comme hérésie."
    -Ernst Jünger, Passage de la ligne.

    "Il faut se tenir là où la destruction ne se conçoit pas comme point final, mais comme préliminaire."
    -Ernst Jünger, Le Travailleur.

    "S'il l'homme était heureux, il le serait d'autant plus qu'il serait moins diverti."
    -Pascal.

    "Dans le sable j’ai vu se perdre goutte à goutte
    Tout le sang généreux de mes illusions,
    Le ver du scepticisme, au début de la roule,
    A rongé ma jeunesse aux sombres visions
    ."
    -Étienne Eggis, Voyages aux pays du cœur (1853).

    "Lui. L’avenir est le royaume des chimères ; où est votre dernier château de cartes, que je souffle dessus ?

    Moi. Ce sera une forteresse contre laquelle s’useront les vieilles griffes du mal : on la nommera le Temple de la justice et de la liberté. Nous ne la bâtirons pas dans les nuages ; nous n’imiterons pas nos pères, qui reléguaient au ciel leurs espérances : c’est la terre qui nous est confiée, nous construirons sur ses bases solides. Nous ne pourrons achever notre œuvre, mais nos fils y travailleront après nous. Notre pensée vivra en eux ; et, s’il y a une autre immortalité plus active, peut-être nous sera-t-elle donnée par surcroît, car le paradis de nos rêves n’est pas une oisive béatitude ; comme les héros scandinaves, nous ne voulons renaître que pour l’éternité du combat. Que notre sang serve d’engrais à la moisson future : il faut que la guerre se poursuive tant qu’il y aura des tyrans et des esclaves, et bienheureux ceux qui pourront briser les dernières chaînes et brûler le dernier trône !"
    -Louis Ménard, Le Diable au café, in Rêveries d'un païen mystique (1878).

    "Celui qui posséderait la vérité entière s'endormirait dans l'inertie de l'intelligence, car il n'aurait plus rien à chercher."

    "La démocratie se produit rarement dans l'histoire et seulement [...] dans les époques de haute civilisation."

    "La Polythéisme, dont le principe est la pluralité des causes, a pour expression sociale la République."

    "Les chrétiens ont emprunté aux Grecs la Chute des Titans pour en faire la chute des Anges."

    "La religion répond à une aspiration de l'âme."

    "La beauté [...] n'a pas besoin de preuves."

    "L'humanité rejeta cette religion d'artistes, qui ne voulait pas séparer le beau du juste. [...] Elle mourut le sourire aux lèvres, sans protester contre l'ingratitude des hommes, enveloppée dans le calme de son orgueil et de sa beauté."

    "Les causes vaincues trouvent rarement des défenseurs."
    -Louis Ménard, Catéchisme religieux des libres penseurs (1875).

    "Je cherche la vérité et la prend partout où je la trouve."
    -Louis Ménard, Le Banquet d'Alexandrie, in Rêveries d'un païen mystique (1878).

    "Je sens que partout où on rencontre un homme de bien, en quelque lieu qu'il soit assis, il faut lui tendre la main, et le serrer contre son cœur."
    -Robespierre.

    « Les français sont par nature friands du bien d’autrui, et à la fois fort prodigues tant du leur que de celui des autres. »
    -Machiavel, Rapport sur les choses de la France.


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 30 Juin - 20:09

    "Finalement, j'ai cru comprendre pourquoi l'homme est le mieux loti des êtres animés, digne par conséquent de toute admiration, et quelle est en fin de compte cette noble condition qui lui est échue dans l'ordre de l'univers, où non seulement les bêtes pourraient l'envier, mais les astres [...]

    En fin de compte, le parfait ouvrier décida qu'à celui qui ne pouvait rien recevoir en propre serait commun tout ce qui avait été donné de particulier à chaque être isolément. Il prit donc l'homme, cette œuvre indistinctement imagée, et l'ayant placé au milieu du monde, il lui adressa la parole en ces termes : Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons tu les souhaites, les obtiennes et les conserves par toi-même. La nature enferme les autres créatures en des lois établies par moi-même. Mais toi, que ne limite aucune contrainte, c’est par ton propre arbitre, aux mains duquel je t’ai confié, que tu te définis toi-même. Je t’ai placé au milieu du monde, afin que tu puisses mieux contempler autour de toi ce que le monde contient. Je ne t’ai fait ni céleste, ni terrestre, ni mortel, ni immortel, afin qu’en charge et disposition de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines
    .


    [...] Mahomet aimait à répéter qu'à s'éloigner de la loi divine, on tombe dans la bestialité. Et il avait raison.

    [...] Qui donc s'abstiendra d'admirer l'homme ?
    [...]  Il nous appartient, puisque notre condition native nous permet d'être ce que nous voulons, de veiller par-dessus tout à ce qu'on ne nous accuse pas d'avoir ignoré notre haute charge, pour devenir semblables aux bêtes de somme et aux animaux privés de raison.

    [...] Mais comment faire porter son jugement ou son amour sur ce qu'on ne connaît pas ?

    [...] Ne pas nous contenter de nos propres auteurs.

    [...] La nature, selon Héraclite, est née de la guerre: raison pour laquelle Homère l'appelle «combat». Aussi ne peut-elle, par elle-même, nous apporter le vrai repos, ni une paix solide: cette charge-là et ce privilège reviennent à sa maîtresse, je veux dire à la très sainte théologie. Celle-ci montrera la voie qui mène à celle-là et lui servira de guide, s'écriant de loin à notre approche: «Venez à moi, vous qui avez peiné; venez et je vous rendrai des forces; venez à moi et je vous donnerai la paix que ne peuvent vous donner le monde ni la nature».

    [...] Nous jouirons de la paix désirée: paix très sainte, union indivisible, amitié unanime, grâce à quoi tous les esprits non seulement concordent en une seule intelligence au-dessus de toute intelligence, mais finissent même par aboutir, d'une certaine manière ineffable, au plus profond de l'un. Telle est cette amitié dont les pythagoriciens disent qu'elle est le but de toute la philosophie. [...] Cette paix, souhaitons-la à nos amis, à notre siècle, souhaitons-la à toute maison où nous entrons.

    [...] Qui ne souhaiterait, reléguant toutes choses humaines au second rang, méprisant les biens de la fortune, tenant le corps pour négligeable, devenir le commensal des Dieux dès son séjour sur terre et, gorgé du nectar de l'éternité, recevoir, quoique mortel, le don de l'immortalité ?

    [...] Le fameux medèn ágan, autrement dit «rien de trop», prescrit justement la norme et la règle de toutes les vertus par le calcul du juste milieu, dont traite la morale.

    [...] Il est vrai que de nos jours - c'est un malheur de l'époque -, toute cette activité philosophique conduit au mépris et aux outrages, plutôt qu'aux honneurs et à la gloire. Ainsi est-on persuadé, et cette conviction aussi funeste que monstrueuse a envahi presque tous les esprits, que l'activité philosophique devrait être réduite à rien ou réservée à un petit nombre. Comme si le fait d'avoir devant les yeux et sous la main, grâce à une connaissance approfondie, les causes des choses, les voies de la nature, la raison de l'univers, les desseins de Dieu, les mystères des cieux et de la terre ne devait servir absolument à rien, sinon à faire la chasse aux faveurs et à se ménager quelque bénéfice. Pis encore, hélas, on en est désormais venu à n'estimer sages que les mercenaires de la sagesse, au point que la chaste Pallas, qui par une grâce des dieux avait élu domicile chez les hommes, on la voit bannie, huée, sifflée; il n'y a personne pour l'aimer et pour lui témoigner de l'intérêt, à moins qu'elle ne se prostitue en quelque sorte et qu'ayant perçu le chétif salaire de sa virginité déflorée, elle ne verse dans la cassette d'un amant cet argent mal acquis. Tout cela, ce n'est pas sans une douleur et une indignation extrêmes que je l'impute, non pas aux princes de notre temps, mais aux philosophes qui croient et déclarent qu'il ne faut pas philosopher, sous prétexte que les philosophes n'ont à attendre aucun salaire, aucune récompense - comme s'ils ne prouvaient pas eux-mêmes, par ces seuls propos, qu'ils ne sont pas philosophes. Toute leur vie étant suspendue au profit et à l'ambition, ce n'est pas pour elle-même qu'ils s'attachent à connaître la vérité.
    Je m'accorderai, sans rougir de faire sur ce point mon propre éloge, que je n'ai jamais philosophé à d'autre fin que de philosopher, et que de mes études, de mes réflexions, je n'ai attendu et recherché d'autre salaire ou d'autre fruit que la culture de mon esprit et la connaissance de la vérité, objet de mes plus ardents désirs. Je l'ai aimée passionnément, cette vérité, au point d'abandonner tout souci des affaires tant privées que publiques pour avoir le loisir de me consacrer entièrement à la contemplation; ni les critiques des envieux, ni les injures des ennemis de la sagesse n'ont pu à ce jour et ne pourront à l'avenir m'en détourner. C'est la philosophie, précisément, qui m'a appris à dépendre de ma conscience plutôt que des jugements du dehors, et à toujours me soucier moins des mauvaises opinions sur mon compte que de la nécessité de ne rien dire ou faire de mal moi-même.


    [...] Le combat intellectuel [...] a ceci de particulier que la défaite même est profitable. [...] De là résultent à bon droit, même pour les plus faibles, la possibilité et le devoir non seulement de ne pas refuser de se battre, mais bien de le souhaiter. Car celui qui succombe reçoit du vainqueur un bienfait, loin de subir un dommage, puisque grâce à lui il s'en retourne plus riche, c'est-à-dire plus savant, et mieux préparé aux futurs combats. Tel est l'espoir qui m'animait, faible soldat, quand je n'ai pas craint le moins du monde de livrer une si rude bataille aux plus braves et aux plus énergiques de tous. Quant à savoir si j'ai agi ou non à la légère, on en pourra mieux juger, en tout état de cause, par l'issue du combat que par le nombre de nos années.

    [...] J'ai eu pour principe de me répandre entre tous les maîtres de philosophie, d'éplucher toutes leurs pages, de connaître toutes leurs écoles. [...] Et c'est assurément le fait d'un esprit étroit que de s'enfermer dans une seule école, Portique ou Académie. Impossible de bien choisir parmi toutes les doctrines la sienne propre, si l'on ne s'est au préalable familiarisé avec toutes.

    [...] On pourra résoudre n'importe quel problème d'ordre naturel ou théologique, suivant une méthode philosophique bien différente de celle qui nous est enseignée oralement dans les écoles et qui est en honneur parmi les docteurs de notre temps.

    [...] Sculptés devant les temples des Egyptiens, les sphinx rappelaient qu'il faut, par le noeud des énigmes, mettre les enseignements mystiques hors d'atteinte de la multitude profane. «Je dois m'exprimer par énigmes,» dit Platon dans une lettre à Denys (à propos des substances suprêmes), «de crainte que d'autres ne comprennent ce que je t'écris, au cas où cette lettre tomberait entre des mains étrangères»
    ."
    -Jean Pic de la Mirandole, Discours sur la dignité de l’homme, 1486.

    "L’Occupation aurait pu être l’apogée de Céline, il aurait pu avoir des postes officiels, toucher des salaires considérables... On a même songé à lui pour diriger le Commissariat aux Questions juives, finalement confié à Darquier de Pellepoix. Mais c’était, fondamentalement, un anarchiste, hostile à toute forme d’organisation. Ses idées partaient dans tous les sens, il n’y a rien de construit dans sa pensée politique. S’il n’aime pas les Juifs, c’est parce qu’ils ont refusé, selon lui, d’adapter «Voyage au bout de la nuit» au cinéma... Quand on se prénomme Ben, pour lui, on est juif. D’ailleurs sur les trois personnes qu’il a dénoncées sous l’Occupation, aucune ne l’était... Céline fonctionnait comme ça: une tête ne lui plaisait pas, il dénonçait. Même dans «Bagatelles», rien ne tient debout. C’est un tissu d’élucubrations. Quand on le compare aux écrits antisémites de l’époque, ça n’a rien à voir. C’est de l’antisémitisme à la petite semaine. Le problème, c’est qu’il l’a mis en livre, qu’il l’a hurlé. Le grand scandale, c’est qu’il a mis son talent littéraire au service d’une cause qui ne le méritait pas, alors que l’antisémitisme était l’affaire de petits auteurs ratés et de scribouillards de bas étage."
    -Céline vu par David Alliot (source: http://novusordoseclorum.discutforum.com/t5470p15-livres-de-louis-ferdinand-celine ).


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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 30 Juin - 22:21

    "C'était au tout début, quand les dieux eurent institué Miogaror et construit la valhöll, qu'un artisan-forgeron se présente et leur propose de leur construire en trois semestres une citadelle tellement solide et tellement solide que les géants des montagnes et les géants des frimas ne pourraient l'investir, même s'ils venaient à pénétrer dans Mioragor. Il demande pour salaire à obtenir Freyja pour femme et en outre il voulait le soleil et la lune. Alors les Ases se réunirent et se concertèrent. Ils passèrent marché avec l'artisan-forgeron. Celui-ci obtiendrait ce qu'il demandait s'il parvenait à construire la citadelle en un hiver. Et le premier jour de l'été, s'il se trouvait encore quelque chose d'inachevé à la citadelle, il serait privé de son salaire; en outre, il ne devrait recevoir l'aide d'aucun homme lors de ce travail. Lorsqu'ils lui dirent ces conditions, il leur demande de lui permettre de se faire aider par son cheval qui s'appelait Svaoilfari ("celui qui entreprend un voyage périlleux"). C'est Loki qui donna ce conseil et on lui laissa en prendre la responsabilité.
    Il (le géant) commença la construction de la citadelle le premier jour de l'hiver et la nuit, il transportait des blocs de rochers sur son cheval. Cela sembla merveille aux Ases que le cheval pût transporter de si gros blocs de rochers et qu'il accomplît deux fois plus de prouesses que son maître. Or, lors de leur marché, il y avait eu force témoins et de nombreux serments, car le géant n'était pas rassuré de se trouver sans sauf-conduit chez les Ases au cas où Torr reviendrait. Il était en effet parti sur la route de l'est occire des géants. L'hiver s'écoulait et la construction avançait de façon impressionnante; elle était si haute et si solide qu'on ne pouvait l'attaquer. Et lorsqu'il ne reste plus que trois jours avant l'été, on en était déjà à la porte. Alors les dieux s'assirent sur leurs sièges et débattirent la question, se demandant l'un l'autre qui avait conseillé de marier Freyja dans le monde des géants, de détériorer l'air et le ciel en en enlevant le soleil et la lune pour les donner aux géants. Ils furent tous d'accord pour dirent que c'était sans doute celui d'entre eux qui faisait le plus de mal qui avait donné ce conseil, à savoir, Loki Laufeyjarson, et ils dirent qu'il méritait mâle mort s'il ne trouvait pas une solution pour priver l'artisan-forgeron de son salaire et ils attaquèrent Loki. Celui-ci prit peur et fit des serments, jurant qu'il s'arrangerait pour que l'artisan-forgeron fût privé de son salaire, quoi qu'il lui en coûtât.
    Et le soir même, lorsque l'artisan-forgeron s'en alla chercher des blocs de rochers avec le cheval Svaoilfari, une jument sortit au galop d'une forêt et se dirigea vers l'étalon en poussant des hennissement de rut. Et lorsque l'étalon se rendit compte de quel genre de cheval il s'agissait, il devint fou, rompit les attaches et se mit à galoper vers la jument qui disparut dans la forêt. L'artisan-forgeron les poursuivit, voulant s'emparer du cheval, mais les chevaux galopèrent toute la nuit et l'ouvrage demeura au point-mort cette nuit là. Et le lendemain, le travail ne fut pas accompli comme il l'avait été auparavant. Lorsque l'artisan-forgeron vit qu'il ne pourrait sans doute pas terminer l'ouvrage, il entra dans une ire de géant. Et lorsque les Ases eurent la certitude qu'ils se trouvaient en présence d'un géant des montagnes, ils ne respectèrent plus leurs serments, firent appel à Torr, lequel arriva immédiatement et à l'instant suivant, le marteau Mjöllnir vola à travers les airs. Il versa alors (au géant) le salaire de la construction et ce n'était ni le soleil, ni la lune. Il lui refusa plutôt d'aller habiter le monde des géants et, du premier coup, lui fracassa le crâne, l'expédiant en bas dans le Nifheimr (monde des brumes).
    C'est Loki qui était allé galoper avec Svaoilfari et peu après il mit bas un poulain qui était gris et avait huit jambes. C'était le meilleur cheval qui soit chez les dieux et chez les hommes
    ."
    -La construction du château d'Asgarör relatée par le Gylfaginning (source: http://books.google.fr/books?id=SPImnmy3utkC&printsec=frontcover&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false ).



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mar 30 Juil - 11:44, édité 2 fois


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    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 1 Juil - 17:58

    "Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs."

    "Je n'avais pas encore appris qu'il existe deux humanités très différentes, celle des riches et celle des pauvres. Il m'a fallu, comme à tant d'autres, vingt années et la guerre, pour apprendre à me tenir dans ma catégorie, à demander le prix des choses et des êtres avant d'y toucher, et surtout avant d'y tenir."

    "Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou la passion homicide des mêmes en la guerre venue."

    "Certains soldats bien doués, à ce que j'avais entendu conter, éprouvaient quand il se mêlaient aux combats, une sorte de griserie et même une vive volupté. Dès que pour ma part j'essayais d'imaginer une volupté de cet ordre bien spécial, je m'en rendais malade pendant huit jours au moins. Je me sentais si incapable de tuer quelqu'un, qu'il valait décidément mieux que j'y renonce et que j'en finisse tout de suite. Non que l'expérience m'eût manquer, on avait même tout fait pour me donner le goût, mais le don me faisait défaut."

    "Et le dimanche pour se sentir libres, au surplus, ils jouaient à voter."

    "On n'a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà."

    "La vérité, c'est une agonie qui n'en fini pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi."

    "Il faut se dépêcher de s'en gaver de rêves pour traverser la vie qui vous attend dehors, sorti du cinéma, durer quelques jours de plus à travers cette atrocité des choses et des hommes."

    "Toujours j'avais redouté d'être à peu près vide, de n'avoir en somme aucune raison sérieuse pour exister. A présent j'étais devant les faits bien assuré de mon néant individuel."

    "Philosopher n'était qu'une autre façon d'avoir peur et ne porte guère qu'aux lâches simulacres."

    "Je ne pus m'empêcher de devenir un habitué de cet endroit. Toute ma paye y passait. Il me fallait, le soir venu, les promiscuités érotiques de splendides accueillantes pour me refaire une âme. Le cinéma ne me suffirait plus, antidote bénin, sans effet réel contre l'atrocité matérielle de l'usine."

    "Dans la fatigue et la solitude le divin ça sort des hommes."

    "Je n'en finissais pas de quitter tout le monde."

    "Les êtres vont d'une comédie vers une autre."

    "Pas grand chose suffit à vous faire plaisir quand on est devenu bien résigné."

    "C'est quelque chose de toujours vrai un corps, c'est pour cela que c'est presque toujours triste et dégoûtant à regarder."

    "A-t-on jamais vu personne descendre en enfer pour remplacer un autre ? Jamais. On l'y voit l'y faire descendre."

    "Une rente c'est comme la misère, ça dure toute la vie."

    "Quand on a pas d'argent à offrir aux pauvres, il vaut mieux se taire."

    "Ils racontaient sur mon compte des horreurs à n'en plus finir et des mensonges à s'en faire sauter l'imagination."
    -Céline, Voyage au bout de la nuit.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Lun 14 Juil - 17:37, édité 17 fois


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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 2 Juil - 17:16

    "I'm sorry, but I don't want to be an emperor. That's not my business. I don't want to rule or conquer anyone. I should like to help everyone, if possible, Jew, gentile, black man, white. We all want to help one another. Human beings are like that. We want to live by each other's happiness — not by each other's misery. We don't want to hate and despise one another.
    In this world there is room for everyone. And the good earth is rich and can provide for everyone. The way of life can be free and beautiful, but we have lost the way. Greed has poisoned men's souls, has barricaded the world with hate, has goose-stepped us into misery and bloodshed. We have developed speed, but we have shut ourselves in. Machinery that gives abundance has left us in want. Our knowledge has made us cynical. Our cleverness, hard and unkind. We think too much and feel too little. More than machinery we need humanity. More than cleverness we need kindness and gentleness. Without these qualities, life will be violent and all will be lost.
    The aeroplane and the radio have brought us closer together. The very nature of these inventions cries out for the goodness in men, cries out for universal brotherhood, for the unity of us all. Even now my voice is reaching millions throughout the world — millions of despairing men, women and little children — victims of a system that makes men torture and imprison innocent people. To those who can hear me, I say — do not despair. The misery that is now upon us is but the passing of greed — the bitterness of men who fear the way of human progress. The hate of men will pass, and dictators die, and the power they took from the people will return to the people and so long as men die, liberty will never perish.
    Soldiers! Don't give yourselves to brutes — men who despise you — enslave you — who regiment your lives — tell you what to do — what to think or what to feel! Who drill you, diet you, treat you like cattle, use you as cannon fodder. Don't give yourselves to these unnatural men — machine men with machine minds and machine hearts! You are not machines! You are not cattle! You are men! You have the love of humanity in your hearts. You don't hate! Only the unloved hate — the unloved and the unnatural!
    Soldiers! Don't fight for slavery! Fight for liberty! In the 17th Chapter of St. Luke it is written: "the Kingdom of God is within man" — not one man nor a group of men, but in all men! In you! You, the people have the power — the power to create machines. The power to create happiness! You, the people, have the power to make this life free and beautiful, to make this life a wonderful adventure.
    Then, in the name of democracy, let us use that power! Let us all unite! Let us fight for a new world, a decent world that will give men a chance to work, that will give youth the future and old age a security. By the promise of these things, brutes have risen to power, but they lie! They do not fulfill their promise; they never will. Dictators free themselves, but they enslave the people! Now, let us fight to fulfill that promise! Let us fight to free the world, to do away with national barriers, to do away with greed, with hate and intolerance. Let us fight for a world of reason, a world where science and progress will lead to all men's happiness.
    Soldiers! In the name of democracy, let us all unite!
    "
    -The Great Dictator, Closing speech of the Jewish barber (1940).


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    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 2 Juil - 17:35

    "La Révolution, en vendant les biens d'Église et d'émigrés, a crée une nouvelle classe de propriétaires: elle a cru les intéresser à la liberté. Point du tout. Elle les a intéressés à ce que les émigrés et les Bourbons ne revinssent pas. Voilà tout. Et pour cela les bénéficiaires n'ont rien imaginé de mieux que de se donner un maître, Napoléon."
    -Proudhon.

    "L'Égalité politique et la Constitution n'ont pas d'ennemis plus à craindre que l'excessive inégalité des fortunes."
    -Jean-Baptiste Louvet de Couvray, girondin.

    "La propriété [...] est antérieure à l'État [...] elle est couverte par lui, non fondée par lui."

    "La France impériale raisonnait relativement aux peuples comme les chefs révolutionnaires avaient raisonné en gouvernement intérieur. Les chefs révolutionnaires se savaient rudes, durs, despotiques et cruels: mais ils s'absolvaient et se justifiaient eux-mêmes par la sainteté du but qu'ils poursuivaient et par cette considération que le bonheur commun du peuple français était au bout d'une période de violences et d'actes tyranniques. La France impériale se savait oppressive et violente à l'endroit des peuples européens; mais elle se justifiait elle-même en envisageant l'Europe à jamais pacifiée et heureuse, et heureuse sinon dans la liberté, du moins dans l'égalité sous l'hégémonie de la France."

    "Marx ne dit point "Je fais le socialisme, parce qu'il est une chose juste" [...] il dit "Le socialisme se fait parce qu'il est dans l'enchaînement des faits historiques qu'il se fasse.". [...] L'homme subit l'histoire. [...] Les hommes aiment les causes gagnées ou toutes proches de l'être. [...] Au contraindre de ce Guillaume d'Orange qui n'avait besoin ni d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer, les hommes aiment à n'entreprendre que ce qui est presque achevé et à faire réussir ce qui est en plein succès. Le coup de maître de Karl Marx a donc été de présenter le collectivisme comme une évolution historique arrivée presque à son terme. "

    "Tout parti perd en force ce qu'il gagne en étendue et ne gagne en étendue qu'en perdant en force. Les chrétiens n'ont plus été tout à fait de vrais chrétiens dès qu'ils ont été plus de douze. A se compter deux millions en Allemagne ou en France, les socialistes vrais ou se jugeant tels se sentent noyés dans un océan de pseudo-socialistes, de prétendus socialistes, de soi-disant socialistes, ou de socialistes supposés, dont l'incertitude et l'indécision et la tiédeur font perde au parti tout entier sa netteté et sa force et son sens même."
    -Émile Faquet, Le socialisme en 1907.


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 3 Juil - 9:31

    "La société humaine contient naturellement mille principes et mille éléments contraires et incompatibles: et quant à faire cesser ces discordes, l'intelligence et la puissance de l'homme n'y sont jamais parvenues depuis le jour où naquit notre race illustre; et de nos temps, aucune loi ne le pourra, ni aucun journal, si sages et si influents qu'ils puissent être."
    -Giacomo Leopardi, poète italien (cf: http://fr.wikisource.org/wiki/Po%C3%A9sies_et_%C5%92uvres_morales_(Leopardi) ).

    "J'affirme que le monde n'est que l'association des coquins contre les gens bien, des plus vils contre les plus nobles.""
    -Giacomo Leopardi, Pensées (source: http://books.google.fr/books?id=9q4O-nYLhNsC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false ).

    « Les histoires de robots sont d’autant plus sombres que le robot s’apparente davantage à une machine et peuvent s’éclairer d’autant plus qu’il se rapproche de l’humain. Le robot est une machine que son apparence sauve. A endosser la livrée humaine, il finit par absorber ls valeurs humaines, quelles qu’elles soient. La machine, elle, n’en a cure. Sa seule valeur est la logique et la logique terrifie les hommes modernes, non parce qu’elle serait destructrice en elle-même, mais parce qu’elle tend à abolir les différences de point de vue, la relativité des vies et des expériences. La généralisation de la logique, c’est la mort, et l’empire des machines préfigure bien l’enfer. »
    -Gérald Klein, préface à Histoires de machines, Librairie générale française, coll. Le Livre de Poche, 1974, 415 pages, p.16.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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