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    Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir

    Johnathan R. Razorback
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    Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir Empty Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir

    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 23 Fév - 9:49

    http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/essais_de_psychanalyse/Essai_1_au_dela/Au_dela_principe_plaisir.pdf

    "La théorie psychanalytique admet sans réserves que l'évolution des processus psychiques est régie par le principe du plaisir. Autrement dit, nous croyons, en tant que psychanalystes, qu'elle est déclenchée chaque fois par une tension désagréable ou pénible et qu'elle s'effectue de façon à aboutir à une diminution de cette tension, c'est-à-dire à la substitution d'un état agréable à un état pénible."

    "Nous dirons cependant que nous ne marchanderions pas notre gratitude à toute théorie philosophique ou psychologique qui saurait nous dire ce que signifient exactement les sensations de plaisir et de déplaisir qui exercent sur nous une action si impérative. Il s'agit là de la région la plus obscure et la plus inaccessible de la vie psychique et, comme nous ne pouvons pas nous soustraire à son appel, nous pensons que ce que nous pouvons faire de mieux, c'est de formuler à son sujet une hypothèse aussi vague et générale que possible. Aussi nous sommes-nous décidés à établir entre le plaisir et le déplaisir, d'une part, la quantité d'énergie (non liée) que comporte la vie psychique, d'autre part, certains rapports, en admettant que le déplaisir correspond
    à une augmentation, le plaisir à une diminution de cette quantité d'énergie. Ces rapports, nous ne les concevons pas sous la forme d'une simple corrélation entre l'intensité des sensations et les modifications auxquelles on les rattache, et encore moins pensons-nous (car toutes nos expériences de
    psycho-physiologie s'y opposent) à la proportionnalité directe ; il est probable que ce qui constitue le facteur décisif de la sensation, c'est le degré de diminution ou d'augmentation de la quantité d'énergie dans une fraction de temps donnée
    ."

    "Le premier obstacle auquel se heurte le principe du plaisir nous est connu depuis longtemps comme un obstacle pour ainsi dire normal et régulier. Nous
    savons notamment que notre appareil psychique cherche tout naturellement, et en vertu de sa constitution même, à se conformer au principe du plaisir, mais qu'en présence des difficultés ayant leur source dans le monde extérieur, son affirmation pure et simple, et en toutes circonstances, se révèle comme impossible, comme dangereuse même pour la conservation de l'organisme. sous l'influence de l'instinct de conservation du moi, le principe du plaisir s'efface et cède la place au principe de la réalité qui fait que, sans renoncer au but final que constitue le plaisir, nous consentons à en différer la réalisation, à ne pas profiter de certaines possibilités qui s'offrent à nous de hâter celle-ci, à supporter même, à la faveur du long détour que nous empruntons pour arriver au plaisir, un déplaisir momentané. Les impulsions sexuelles cependant, plus difficilement « éducables », continuent encore pendant longtemps à se conformer uniquement au principe du plaisir, et il arrive souvent que celui-ci, se manifestant d'une façon exclusive soit dans la vie sexuelle, soit dans le moi lui-même, finit par l'emporter totalement sur le principe de la réalité, et cela pour le plus grand dommage de l'organisme tout entier.

    Il est cependant incontestable que la substitution du principe de la réalité au principe du plaisir n'explique qu'une petite partie de nos sensations pénibles
    et seulement les sensations les moins intenses. Une autre source, non moins régulière, de sensations désagréables et pénibles est représentée par les
    conflits et les divisions qui se produisent dans la vie psychique, à l'époque où le moi accomplit son évolution vers des organisations plus élevées et plus
    cohérentes. On peut dire que presque toute l'énergie dont dispose l'appareil psychique provient des impulsions qui lui sont congénitalement inhérentes,
    mais il n'est pas donné à toutes ces impulsions d'atteindre le même degré d'évolution. Il se trouve, au cours de celle-ci, que certaines impulsions ou
    certains côtés de certaines impulsions se montrent incompatibles, quant à leurs fins et à leurs tendances, avec les autres, c'est-à-dire avec celles dont la
    réunion, la synthèse doit former la personnalité complète, achevée. À la faveur du refoulement, ces tendances se trouvent éliminées de l'ensemble, ne
    sont pas admises à participer à la synthèse, sont maintenues à des niveaux inférieurs de l'évolution psychique, se voient tout d'abord refuser toute possibilité de satisfaction. Mais elles réussissent quelquefois (et c'est le plus souvent le cas des impulsions sexuelles refoulées) à obtenir malgré tout une
    satisfaction, soit directe, soit substitutive : il arrive alors que cette éventualité qui, dans d'autres circonstances, serait une source de plaisir, devient pour l'organisme une source de déplaisirs. A la suite de l'ancien conflit qui avait abouti au refoulement, le principe du plaisir cherche à s'affirmer de nouveau par des voies détournées, pendant que certaines impulsions s'efforcent précisément à le faire triompher à leur profit, en attirant vers elles la plus grande somme de plaisir possible. Les détails du processus à la faveur duquel le refoulement transforme une possibilité de plaisir en une source de déplaisir ne sont pas encore bien compris ou ne se laissent pas encore décrire avec une clarté suffisante, mais il est certain que toute sensation de déplaisir, de nature névrotique, n'est au fond qu'un plaisir qui n'est pas éprouvé comme tel
    ."

    "L'angoisse est un état qu'on peut caractériser comme un état d'attente de danger, de préparation au danger, connu ou inconnu ; la peur suppose
    un objet déterminé en présence duquel on éprouve ce sentiment ; quant à la frayeur, elle représente un état que provoque un danger actuel, auquel on n'était pas préparé : ce qui la caractérise principalement, c'est la surprise
    ."

    "On ne peut s'empêcher d'admettre qu'il existe dans la vie psychique une tendance irrésistible à la reproduction, à la répétition, tendance qui s'affirme sans tenir compte du principe du plaisir, en se mettant au-dessus de lui. Et ceci admis, rien ne s'oppose à ce qu'on attribue à la pression exercée par cette tendance aussi bien les rêves du sujet atteint de névrose traumatique et la manie que la répétition qui se manifeste dans les jeux des enfants. Il est certain toutefois que rares sont les cas où l'action de la tendance à la répétition se manifeste toute seule, dans toute sa pureté, sans l'intervention d'autres mobiles."

    "Nous avions notamment supposé (et tiré de cette supposition certaines conclusions) que tout ce qui vit doit mourir en vertu de causes internes. Et cette supposition, nous l'avions émise en toute naïveté, parce que nous avions cru émettre plus qu'une supposition. C'est là une idée qui nous est familière, une idée qui nous est inculquée par nos poètes. Et si nous l'acceptions, c'est peut-être à titre de croyance consolatrice. Puisqu'on doit mourir et, peut-être avant de mourir soi-même, assister à la mort d'être chers, on trouve une consolation à savoir qu'on est victime, non d'un accident ou d'un hasard qu'on aurait peut-être pu éviter, mais d'une loi implacable de la nature, d'une [en grec dans le texte] à laquelle nul vivant ne peut se soustraire. Mais cette croyance à la nécessité interne de la mort n'est peut-être qu'une de ces nombreuses illusions que nous nous sommes créées pour nous rendre « supportable le fardeau de l'existence ». Cette croyance n'est certainement pas primitive, car l'idée de la « mort naturelle » est étrangère aux peuples primitifs qui attribuent la mort de chacun d'entre eux à l'influence d'un ennemi ou d'un méchant esprit."

    "Notre espoir de voir la biologie purement et simplement écarter la possibilité de l'existence d'instincts de la mort, ne s'est pas réalisé. Aussi pouvons-nous, surtout si nous y sommes encouragés par d'autres raisons, continuer à nous occuper de cette possibilité."

    "Il est une chose que nous ne pouvons nous dissimuler : c'est que, sans nous en apercevoir, nous nous sommes engages dans les havres de la philosophie schopenhauerienne, d'après laquelle la mort serait le « résultat proprement dit » et, pour autant, le but de la vie, tandis que l'instinct sexuel représenterait l'incarnation de la volonté de vivre."


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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