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    John L. Mackie, Ethics. Inventing right and wrong

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    John L. Mackie, Ethics. Inventing right and wrong Empty John L. Mackie, Ethics. Inventing right and wrong

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 17 Juin - 16:15

    retraduire à partir de Métaéthique p.141

    "There are no objective values. [...]
    The claim that values are not objective, are not part of the fabric of the world, is meant to include not only moral goodness, which might be most naturally equated with moral value, but also other things that could be more loosely called moral values or disvalues -rightness and wrongness, duty, obligation, an action's being rotten and contemptible, and so on. It also includes non-moral values, notably aesthetic ones, beauty and various kinds of artistic merit.
    " (p.15)

    "Il n'y a pas de valeurs objectives.
    La thèse selon laquelle les valeurs ne sont pas objectives, qu'elles ne font pas partie de la trame du monde, est censée s'appliquer non seulement à la bonté morale, que l'on pourrait tout naturellement identifier à la valeur morale, mais également à d'autres choses qu'on pourrait appeler de façon un peu plus vague des valeurs et des non-valeurs morales -le bon et le mauvais, le devoir, l'obligation, le fait qu'une action soit méchante et méprisable, etc. On pourrait aussi y inclure des valeurs non-morales, en particulier les valeurs esthétiques, comme la beauté et toutes sortes de mérite artistique.
    " (p.141-142)

    "The main tradition of European moral philosophy includes the contrary claim, that there are objective value of just the sort i have denied. I have have referred already to Plato, Kant, and Sidgwick. Kant in particular holds that the categorical imperative is not only categorical and imperative but objectively so: though a rational being gives the moral law to himself, the law that he thus makes is determinate and necessary. Aristotle begins Nicomachean Ethics by saying that the good is that at which all things aim, and that ethics is part of a science which he calls "politics", whose goal is not knowledge but practice ; yet he does not doubt that there can be knowledge of what is the good for man, nor, once he has identified this as well-being or happiness, eudaimonia, that it can be known, rationally determined, in what happiness consists ; and it is plain that he thinks that this happiness is intrinsically desirable, not good simply because it is desired." (p.30-31)

    "La tradition principale de la philosophie morale européenne fait l'affirmation contraire, celle selon laquelle il existe des valeurs objectives du genre que je viens justement de rejeter. J'ai déjà fait référence à Platon, Kant et Sidgwick. Kant, en particulier, soutient que l'impératif catégorique et non seulement catégorique et impératif, mais qu'il l'est objectivement : bien qu'un être rationnel se donne la loi morale, la loi qu'il se construit ainsi est déterminée et nécessaire. Aristote commence son Éthique à Nicomaque en disant que le bien est ce vers quoi tendent toutes les choses, et que l'éthique est une part de la science qu'il appelle "politique", dont le but n'est pas la connaissance mais la pratique ; toutefois il ne doute pas qu'il puisse y avoir une connaissance de ce qui est bon pour l'homme, et, après avoir identifié ce qui est bon comme étant le bien-être ou le bonheur, eudaïmonia, il ne doute pas non plus que l'on puisse connaître et déterminer de manière rationnelle ce en quoi consiste le bonheur." (p.148)

    "The denial of objective values can carry with an extreme emotional reaction, a feeling that nothing matters at all, that life has lost its purpose. Of course this does not follow ; the lack of objective values is not a good reason for abandoning subjective concern or for ceasing to want anything." (p.34)

    "Ordinary moral judgements include a claim to objectivity." (p.35)

    "The denial of objective values will have to be put foward not as the result of an analytic approach, but as an "error theory", a theory that althought most people in making moral judgements implicitly claim, among other things, to be pointing to something objectively prescriptive, these claims are all false. It is this that makes the name "moral scepticism" appropriate. [...]
    But since this is an error theory, since it goes against assumptions ingrained in our thought and built into some of the ways in which language is used, since it conflicts with what is sometimes called common sense, it needs very solid support. [...] Traditionally it has been supported by arguments of two main kinds, which i shall call the argument from relativity and the argument from queerness, but these can, as i shall show, be supplemented in several ways
    ." (p.35)

    "Les jugements moraux ordinaires comportent une prétention à l'objectivité […] Toute analyse de la signification des termes moraux qui négligerait cette revendication d'une prescriptivité objective et intrinsèque serait de ce point de vue incomplète ; et cela est vrai de toute analyse non-cognitiviste ou naturaliste, et de toute combinaison des deux.
    Si l'éthique du second ordre [méta-éthique] était confinée à une analyse linguistique et conceptuelle, elle devrait alors conclure que les valeurs morales sont au moins objectives. Qu'il en soit ainsi fait partie de ce que nos énoncés moraux ordinaires signifient: les concepts moraux traditionnels de l'homme ordinaire aussi bien que ceux de la majorité des philosophes occidentaux sont des concepts de valeur objective. Mais c'est précisément pour cette raison que l'analyse linguistique et conceptuelle ne suffit pas. La revendication d'objectivité, bien qu'incrustée dans notre langage et notre pensée, ne se valide pas d'elle-même. Elle peut et elle devrait être mise en question. Cependant, le rejet des valeurs objectives devra être mis en avant, non pas en tant que résultat d'une approche analytique, mais comme une "théorie de l'erreur", une théorie selon laquelle bien que la plupart des gens en faisant des jugements moraux prétendent implicitement, entre autres, se référer à quelque chose d'objectivement prescriptif, ces revendications sont fausses. C'est cela même qui rend le nom de "scepticisme moral" approprié.
    Puisqu'il s'agit là d'une théorie de l'erreur, allant à l'encontre des présuppositions qui se sont incrustées dans notre pensée et qui s'intègrent à certains usages de notre langage, puisqu'elle s'oppose à ce qu'on appelle parfois le sens commun, elle aura besoin d'un fondement très solide. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut accepter à la légère ou avec désinvolture, pour ensuite faire comme si de rien n'était. Si nous sommes censés adopter ce point de vue, nous devons présenter des arguments explicites en sa faveur. Traditionnellement, il est soutenu par deux genres d'argument principaux, que j'appellerai l'argument de la relativité et l'argument de la bizarrerie, mais ces derniers peuvent être complétés de plusieurs manières, comme je vais le montrer.
    " (p.154-155)

    "The argument from relativity has some force simply because the actuel variations in the moral codes are more readily explained by the hypothesis that they reflect ways of life than by the hypothesis that they express perceptions, most of them seriously inadequate and badly distorted, of objective values." (p.37)

    "L'argument de la relativité tire sa force simplement du fait qu'il est plus facile d'expliquer les variations réelles des codes moraux par l'hypothèse selon laquelle elles reflètent des modes de vie, que par celle selon laquelle elles expriment la perception de valeurs objectives, où cette perception serait dans la plupart des cas franchement défectueuse et fâcheusement déformée." (p.156)

    "Even more important, however, and certainly more generraly applicable, is the argument from queerness. This has two parts, one metaphysical, the other epistemological. If there were objective valus, then they would be entities or qualities or relations of a very strange sort, utterly different from anything else in the universe. Correspondingly, if we were aware of them, it would have to be by some special facultry of moral perception or intuition, utterly different from our ordinary ways of knowing everything else." (p.38)

    "L'argument le plus important et sans aucun doute le plus généralement applicable, est celui de la bizarrerie. Il a deux parties, l'une métaphysique, l'autre épistémologique. S'il y avait des valeurs objectives, il y aurait alors des entités, qualités ou relations d'un genre très étrange, complètement différentes de tout ce que l'on trouve dans l'univers. Par conséquence, si nous en étions conscients, ce serait grâce à une faculté spéciale de perception ou d'intuition morale, entièrement différente de nos manières ordinaires de connaître tout le reste. C'est ce que Moore reconnaissait en parlant de qualités non naturelles, ainsi que les intuitionnistes en discourant sur une "faculté d'intuition morale". L'intuitionnisme a été longtemps méprisé, et il est en effet facile de repérer ses faiblesses. Pourtant, ce que l'on ne souligne pas assez, et qui est bien plus important, est que toutes les conceptions objectivistes des valeurs sont au bout du compte condamnées à adopter la thèse centre de l'intuitionnisme. Celui-ci ne fait que rendre évident, avec tous ses désagréments, ce que d'autres formes d'objectivisme camouflent. Bien évidemment, si l'on suggère que pour porter des jugements moraux ou résoudre les problèmes moraux, il suffit de rester assis et d'avoir une intuition éthique, cette suggestion est une parodie de la véritable pensée morale. Néanmoins, quelle que soit la complexité, le véritable processus exigera (s'il est censé présenter des conclusions normativement prescriptives) un apport spécifique de ce genre, soit en tant que prémisses, soit dans la forme du raisonnement, ou les deux. Lorsque l'on pose la question maladroite de savoir comment nous pouvons être conscients de la prescriptivité normative, de la vérité de ces prémisses spécifiquement éthiques ou de la puissance de ce raisonnement spécifiquement éthique, aucune description ordinaire de la perception sensible, de l'introspection ordinaire, de l'élaboration et de la confirmation des hypothèses, de l'inférence, de la construction logique, de l'analyse conceptuelle ou d'une quelconque combinaison de ces éléments, ne pourra fournir de réponse satisfaisante. "Un genre particulier d'intuition" est une réponse boiteuse, mais c'est aussi la seule à laquelle l'objectiviste lucide est forcé de recourir." (pp.158-159)

    "What is the connection between the natural fact that an action is a piece of deliberate cruelty -say, causing pain just for fun- and the moral fact that it is wrong ? It cannot be an entailment, a logical or semantic necessity. Yet it is not merely that the two features occur together. The wrongness must somehow be "consequential" or "supervenient" ; it is wrong because it is a piece of deliberate cruelty. But just what in the world is signified by this "because" ? And how do we know the relation that it signifies, if this is something more than such actions being socially condemned, and condemned by us too, perhaps through our having absorbed attitudes from our social environment ? It is not even sufficient to postulate a facultry which "sees" the wrongness: something must be postulated which can see at once the natural features that constitute the cruelty, and the wrongness, and the mysterious consequential link between the two. Alternatively, the intuition required might be the perception that wrongness is a higher order property belonging to certain natural properties ; but what is this belonging of properties to other properties, and how can we discern it ? How much simpler and more comprehensible the situation would be if we could replace the moral quality with some sort of subjective response which could be causally related to the detection of the natural features on which the supposed quality is sais to be consequential." (p.41)

    "Une autre manière de faire ressortir cette bizarrerie consiste à se demander, à propos de tout ce qui est censé posséder une qualité morale objective, comment cette dernière est liée à ses caractéristiques naturelles. Quelle est la connexion entre le fait naturel qu'une action soit un cas de cruauté délibérée -disons, faire souffrir autrui juste pour s'amuser -et le fait moral qu'elle soit moralement mauvaise ? Cela ne peut être une implication, une nécessité logique ou sémantique. Pourtant, il ne s'agit pas non plus d'une simple occurrence simultanée de ces deux caractéristiques. L'immoralité de l'action doit en quelque sorte "être consécutive" ou "survenir" ; elle est mauvaise parce que c'est un cas de cruauté délibérée. Mais, dans le monde, que signifie ce "parce que" ? Et comment pouvons-nous connaître la relation qu'il signifie, si le fait que la société condamne de telles actions (nous y compris, peut-être parce que nous sommes imprégnés des attitudes de notre environnement social) n'est pas ce dont il est question ici ? Il n'est même pas suffisant de postuler l'existence d'une faculté qui "perçoit" l'immoralité : il nous faut postuler l'existence de quelque chose qui doit voir instantanément les caractéristiques naturelles qui constituent la cruauté, ainsi que l'immoralité et le lien consécutif mystérieux entre les deux. Éventuellement, l'intuition requise pourrait être la perception que l'immoralité est une propriété d'ordre supérieur, appartenant à son tour à certaines propriétés naturelles ; mais en quoi consiste cette appartenance de propriétés à d'autres propriétés, et comment pouvons-nous la discerner ? Comme cette situation serait plus simple et plus compréhensible si nous pouvions remplacer la qualité morale par une sorte de réponse subjective, qui pourrait être causalement liée à la détection des caractéristiques naturelles, et dont cette prétendue qualité morale serait censée découler." (pp.161-162)

    "As Hobbes says, "whatsoever is the objet of any man's Appetite or Desire, that is it, which he for his part calleth Good" ; and certainly both the adjective "good" and the noun "goods" are used in non-moral contexts of things because they are such as to satisfy desires." (p.43)

    "Comme le dit Hobbes, "tout ce qui est l'objet de l'appétit ou du désir d'un homme, c'est-à-dire, ce qu'il appelle pour sa part le Bien" ; et il est certain que l'adjectif "bien" et le substantif "biens" sont tous deux utilisés pour désigner des choses dans des contextes non moraux, parce qu'ils sont de nature à satisfaire des désirs"." (p.43)

    "If it is claimed that something is objectively the right or proper goal of human life, then this is tantamount to the assertion of something that is objectively categorically imperative, and comes fairly within the scope of our previous arguments." (p.47)

    "Si l'on prétend que quelque chose est objectivement le but juste ou adéquat de la vie humaine, alors cela équivaut à l'affirmation qu'il existe quelque chose qui est objectivement catégoriquement impératif, et s'inscrit assez bien dans le cadre de nos arguments précédents." (p.47)
    -John L. Mackie, Ethics. Inventing right and wrong, Penguin Books, 1990 (1977 pour la première édition anglaise), 249 pages.

    Le "than" (p.37) est totalement hors de propos car il n'y a aucune contradiction à ce que la relativité des valeurs exprime à la fois une variété des modes de vie et des perceptions plus ou moins erronés de la vie bonne. Il mélange explication et légitimation. Ce n'est pas son argument principal mais le fait même d'y recourir est assez navrant.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Dim 15 Mar - 17:53, édité 9 fois


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    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

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    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 14 Mar - 23:47

    [Chap. 2: The Meaning of "Good"]

    "G. E. Moore thought that there were just three possibilities that "good" (in its ethical sense) "denotes" something simple and indefinable (that is, that it stands for some simple property or characteristic that things or actions may have) ; that it denotes something complex ; and that it means nothing at all, and there is no such subject as ethics. Rejecting the second and third possibilities, he settled for the first, and argued that this simple indefinable something must be a non-natural quality. Some of his successors agreed with him in rejecting the second possibility but were sceptical also about the first, and escaped the third by pointing out that a word can mean something without standing for any property. They concluded that "good" in ethics has a primarily non-descriptive, non-cognitive, meaning, though its meaning is perhaps also partly and secondarily descriptive, but variably descriptive, pointing to different features in different contexts. But others have suggested that Moore did not consider a wide enough range of ways in which "good" may "denote something complex", and that even its primary ethical meaning may be descriptive after all." (p.50)

    "G. E. Moore pensait qu'il n'y avait que trois possibilités pour que le "bien" (dans son sens éthique) "dénote" quelque chose: qu'il dénote quelque chose de simple et d'indéfinissable (c'est-à-dire qu'il représente une propriété ou une caractéristique simple que les choses ou les actions peuvent avoir) ; qu'il dénote quelque chose de complexe ; ou qu'il ne signifie rien du tout, et il n'existe pas de sujet tel que l'éthique. Rejetant les deuxième et troisième possibilités, il s'est rallié à la première, et a fait valoir que ce quelque chose de simple et d'indéfinissable doit être une propriété non naturelle. Certains de ses successeurs ont été d'accord avec lui pour rejeter la deuxième possibilité, mais ils étaient également sceptiques quant à la première, et ont échappé à la troisième en faisant remarquer qu'un mot peut signifier quelque chose sans pour autant représenter une quelconque propriété. Ils ont conclu que le mot "bon" en éthique a un sens essentiellement non descriptif, non cognitif, bien que sa signification soit peut-être aussi partiellement et secondairement descriptive, mais variablement descriptive, indiquant des caractéristiques différentes dans des contextes différents. Mais d'autres ont suggéré que Moore n'a pas considéré un éventail assez large de façons dont le "bien" peut "dénoter quelque chose de complexe", et que même sa signification éthique primaire peut être descriptive après tout." (p.50)

    "
    p.54
    -John L. Mackie, Ethics. Inventing right and wrong, Penguin Books, 1990 (1977 pour la première édition anglaise), 249 pages.



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