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    Stéphane Boiron, « L'action française et les juristes catholiques »

    Johnathan R. Razorback
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    Stéphane Boiron, « L'action française et les juristes catholiques » Empty Stéphane Boiron, « L'action française et les juristes catholiques »

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 23 Sep - 14:59

    https://www.cairn.info/revue-francaise-d-histoire-des-idees-politiques1-2008-2-page-337.htm

    "Selon Jacques Nanteuil, un ami de ses années étudiantes, L'Enquête sur la Monarchie (1900) fut sans doute pour Marie de Roux la révélation qui orienta ses choix politiques. En janvier 1901, il faisait paraître dans le Poitiers universitaire, sous le titre « Un latin, Monsieur Charles Maurras », un article dans lequel il ne craignait pas d'affirmer avoir trouvé « dans cet humaniste positiviste, dans ce Latin passionné et subtil, un maître à penser » . Le 8 août 1901, Charles Maurras répondait à ce jeune admirateur, de huit ans son cadet, lui exprimant son désir de faire de l'Action française « une sorte de tiers-ordre politique ou, si vous aimez les images militaires, un bataillon de fer ». Dès lors, la vie de Marie de Roux épousa le sort de l'Action française. En 1902, il fondait à Poitiers, avec quatre étudiants royalistes, dont l'avocat Paul Robain, lui aussi appelé, nous l'avons vu, à devenir un des cadres du nationalisme intégral, le premier groupe d'études d'Action française . Un journal dirigé par le marquis de Roux, Poitiers-Étudiant, servit en quelque sorte d'organe à ce cercle, essentiellement implanté dans la faculté de droit. Le 23 avril 1903, le jeune homme soutenait sa thèse de droit : « Des effets de l'insolvabilité civile en droit romain et en droit français », avant d'épouser, le surlendemain, la fille du bâtonnier Pierre-Jean de Dieu Besson. À la fin de cette même année, la première section d'Action française de province était fondée à Poitiers .

    Profondément religieux, Marie de Roux fut conforté dans son engagement par le soutien d'un moine, Dom Besse, qui fut un des relais les plus efficaces de l'Action française dans le monde catholique. [...]
    Élu, le 21 janvier 1922, bâtonnier du barreau de Poitiers, Marie de Roux n'eut jamais une carrière d'avocat de tout premier plan, consacrant une grande partie de son activité professionnelle à défendre l'Action française, tout en menant diverses activités de conférencier et d'érudit.
    "

    "Il est frappant de relever l'appui que ne manqua pas de trouver l'Action française au sein du barreau de Paris lorsqu'il s'agit pour elle d'organiser sa défense. Nombreux furent les avocats qui acceptèrent de placer leur talent au service de la Ligue. Il est vrai que beaucoup avaient pu frayer au cours de leurs études avec un mouvement dont on connaît la forte implantation dans les facultés de droit. Max Vitry, Félix Colmet-Daâge et Xavier Vallat furent ainsi amenés à placer leurs convictions politiques et religieuses au service du mouvement de Maurras."

    "En collaboration avec le P. de Tonquédec, Me de Roux avait d'ailleurs fait paraître à la fin de l'année 1927, sous le titre Charles Maurras et le Nationalisme de l'Action française, une réfutation des erreurs attribuées à l'école du nationalisme intégral. Après la mise à l'Index de l'ouvrage, le 13 janvier 1928, le marquis de Roux demeura toutefois fidèle à l'Action française ."

    "Né en 1840, Georges de Pascal (1917) était entré, vingt ans plus tard, chez les dominicains. Après avoir assumé différentes responsabilités au sein de son ordre, notamment comme professeur de théologie au couvent de Carpentras, il avait été nommé, en 1880, prieur de celui de Saint-Maximin. Il s'y était illustré par une résistance farouche aux arrêts d'expulsion, mais, désavoué par ses supérieurs, il avait fait le choix de rentrer dans le siècle. Il avait alors développé une importante réflexion sociale comme rédacteur à L'Association catholique , mais aussi à la chaire d'économie politique de la faculté catholique de Lille. Après avoir publié, en 1891, sous le titre L'Église et la question sociale, un commentaire de Rerum novarum, il avait été choisi en 1904 par Henri Lorin et Marius Gonin pour prononcer le cours inaugural de la première Semaine sociale tenue à Lyon. Deux ans plus tard, il se voyait confier la chaire de politique chrétienne, dite du Syllabus, créée à l'Institut d'Action française. En 1908, il assurait le cours d'économie sociale, occupant désormais la chaire dédiée à La Tour du Pin dont il avait été l'ami intime. Pendant plusieurs années, il y poursuivit un commentaire de l'encyclique Rerum novarum, signant également jusqu'à la fin de sa vie des articles et des chroniques dans le quotidien royaliste. Mais il ne fut pas le seul ecclésiastique à avoir, durant ces années, confisqué l'essentiel du discours visant à défendre un ordre social chrétien. Il faut aussi citer le nom du bénédictin Jean-Martial Besse.

    Né en 1861, Jean Besse (1920) était entré à vingt ans au noviciat de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes. Envoyé en 1885 à Saint-Martin de Ligugé, puis ordonné prêtre l'année suivante, il fut chargé, en 1893, de préparer la restauration de Saint-Wandrille dont il fut le premier supérieur. Exilé la même année à Silos, il devait rentrer définitivement à Ligugé en 1897, avant d'en être chassé par les expulsions de 1901 qui le conduisirent, avec sa communauté, à Chevetogne où il demeura jusqu'à sa mort. En fidèle disciple de saint Benoît, il laissa une œuvre immense de liturgiste et d'historien des institutions monastiques, mais il fut aussi un « théoricien politique et social formé à la forte école du marquis de La Tour du Pin ». Ceci explique qu'il ait été sans doute « l'ecclésiastique le plus proche de l'Action française » dont il fut « l'ambassadeur itinérant » . Ce fut aussi, aux dires de Jean de Fabrègues, « l'un des hommes qui firent le plus pour l'implantation de l'Action française dans le monde catholique ». Ami de Maurras, il signa d'ailleurs, à compter de 1910, sous le pseudonyme de Jehan, la chronique religieuse de
    L'Action française. Il s'était surtout vu confier, l'année précédente, la chaire de politique du Syllabus où il put, pendant plusieurs années, développer sa vision d'une monarchie chrétienne.

    Dénonçant les erreurs des tenants du catholicisme libéral qui « ont contribué au succès de la Révolution » , il préconisait de s'en tenir au Syllabus, « programme très autorisé de politique chrétienne » , affirmant les « nécessités de l'union du trône et de l'autel », « forme française de l'union sincère de l'Église et de l'État »
    ."

    "Les lecteurs de L'Action française s'étaient essentiellement nourris des analyses de Georges Valois. À compter de mars 1919, assisté de Firmin Bacconnier, d'un jeune industriel du Nord, Jacques Arthuys, et du syndicaliste catholique spécialiste des problèmes agraires, Georges Coquelle-Viance, celui-ci consacra tous les lundis, puis tous les dimanches, une page aux questions économiques et sociales. Dans ce cadre, il lança, en mars 1920, la Confédération de l'intelligence et de la production française (CIPF) devenue, en 1924, l'Union des corporations françaises (UCF) qu'il présida, assisté de Bernard de Vesins comme vice-président. On peut d'ailleurs dire que, durant ces années, le rôle d'économiste officiel du mouvement royaliste fut tenu par Georges Valois qui eut alors pour « véritable inspirateur » « celui que l'Action française reconnaissait comme un maître pour les questions sociales : le marquis de La Tour du Pin ». Jusqu'au 11 octobre 1925, celui-ci s'attacha donc à défendre une organisation de l'économie fondée sur une base corporative, visant à dépasser la lutte des classes.

    Ce fut ensuite sa démission motivée par sa décision de faire de son journal
    Le Nouveau Siècle un quotidien, puis sa rupture avec l'Action française qui mit en lumière les profondes divergences qui l'opposaient fondamentalement à Maurras et Daudet."

    "Le 25 avril 1926, le cardinal Andrieu avait fait paraître, dans le bulletin religieux de l'archidiocèse de Bordeaux, la fameuse lettre qui permit d'enclencher le processus de condamnation de l'Action française. De manière assez discutable , le prélat y condamnait les erreurs des dirigeants de l'Action française qui avaient osé s'occuper, pour les renier, de Dieu, du Verbe de Dieu et de l'Église. Quelle idée avaient-ils de cette dernière ? « Ils repoussent tous les dogmes qu'elle enseigne. Elle enseigne l'existence de Dieu et ils la nient, car ils sont athées. Elle enseigne la divinité de Jésus-Christ, et ils la nient, car ils sont antichrétiens. Elle enseigne qu'elle a été fondée elle-même par le Christ, Dieu et Homme, et ils nient son institution divine, car ils sont anticatholiques, malgré les éloges parfois très éloquents qu'ils décernent à l'Église, dans un but qui n'est peut-être pas tout à fait désintéressé ».

    Au lendemain de la parution de cet article, les dirigeants catholiques de l'Action française, dont le marquis de Roux, Paul Robain et Georges Calzant, s'attachèrent à montrer que leur doctrine ne contenait « ni athéisme, ni antichristianisme, ni amoralisme, mais au contraire [...] la plus grande déférence envers l'Église, ses dogmes, sa hiérarchie ». À juste titre, il pouvait objecter au cardinal Andrieu : « Que votre Éminence veuille bien jeter les yeux sur la page sociale que nous publions chaque dimanche et qui est rédigée, à peu près exclusivement, par des catholiques. Elle y verra si nous pensons à « rétablir l'esclavage » ou à diviser l'humanité en deux castes, l'une souveraine, l'autre opprimée. Il est vraiment inouï, poursuivaient-ils, que la doctrine de La Tour du Pin, l'ami d'Albert de Mun, celle qui a donné jadis l'essor à l’œuvre des Cercles catholiques, puisse être qualifiée de païenne ».
    "

    "Monarchiste et fervent catholique, Raphaël Alibert fut « plus qu'un juriste soucieux de réforme de l'État », « un idéologue » qui partageait « la vision politique de l'Action française ». Après avoir siégé au Conseil d'État, il avait entrepris, à partir de 1923, une carrière assez inégale dans les affaires, avant d'être appelé, en mai 1940, comme chef du cabinet civil du Maréchal Pétain. Le 16 juin 1940, il était nommé sous-secrétaire d'État de la présidence du Conseil, puis, le 12 juillet suivant, secrétaire d'État à la Justice. Rédacteur des Actes constitutionnels de 1940, il fut aussi l'instigateur de la loi du 22 juillet 1940, qui visait à réviser les naturalisations opérées depuis le 10 août 1927, ainsi que de la loi du 13 août 1940 interdisant les sociétés secrètes. Cet autoritaire, proche du déséquilibre mental, fut surtout à l'origine du premier statut antisémite de Vichy. Après avoir édicté, par une loi du 27 août 1940, que les menées antisémites n'étaient plus prohibées, un nouveau texte du 3 octobre 1940 posait un certain nombre d'exclusions dans la fonction publique. Aggravant la définition posée, quelques jours plus tôt, par les Allemands, cette loi regardait comme juive « la personne issue de trois grands-parents de race juive » ainsi que celle qui, n'ayant que deux grands-parents juifs, avait un conjoint également juif . Dès les premières semaines du régime, Alibert était donc parvenu « à concrétiser juridiquement une politique raciste qui était, avant tout, destinée à la communauté juive française »."
    -Stéphane Boiron, « L'action française et les juristes catholiques », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques, 2008/2 (N° 28), p. 337-367.



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.


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