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    Romantisme - Revue du dix-neuvième siècle

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Romantisme - Revue du dix-neuvième siècle Empty Romantisme - Revue du dix-neuvième siècle

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 2 Jan - 21:09

    https://www.cairn.info/revue-romantisme.htm

    "Certes, Madame Bovary met en question les idéaux du romantisme, mais Stendhal, Balzac et Sainte-Beuve – pour ne citer qu’eux – avaient instruit des procès littéraires analogues en plein milieu de l’effervescence «romantique». Au reste, sur le plan du contenu – et sans parler de l’art du récit –, Flaubert n’a fait que reprendre, dans son roman de 1857, des choses déjà dites avant lui par Balzac. La contestation des modèles idéalistes n’était pas moins forte en 1830 qu’en 1860. Et elle ne s’est d’ailleurs pas éteinte à la fin du siècle: ainsi, reprenant un canevas balzacien, L’Œuvre de Zola dénonce les errements d’un artiste hanté par les préoccupations de l’Absolu.

    En fait, le XIXe siècle montre, tout au long de son déroulement, une tension, un conflit permanents entre partisans et adversaires de l’idéalisme, et ne se laisse pas appréhender comme une succession de moments pendant lesquels chacune de ces tendances aurait, à tour de rôle, régné seule. La publication de
    Madame Bovary n’a pas empêché Vigny ou Hugo de continuer à produire, ni Leconte de Lisle de rendre témoignage de la continuité de l’inspiration idéaliste en France."

    "ll est clair pourtant qu’à l’époque, une même préoccupation de l’Absolu fédère les acteurs rangés sous la bannière du symbolisme et que tous les textes à valeur de manifeste poétique contiennent des professions de foi idéalistes. Ces programmes esthétiques clament chez leurs auteurs la volonté de faire apparaître, au-delà des apparences matérielles, une Vérité plus haute, qui découvre l’Idée «immarcescible», pour reprendre une épithète qu’affectionnaient les écrivains du temps. À l’instar des toiles de Gustave Moreau, l’œuvre littéraire se doit d’évoquer un monde mystérieux et surnaturel, invisible ici-bas aux yeux profanes."

    "[Pour Jean Moréas]: L’écrivain doit se mettre en quête de signes qui manifestent la divinité; à l’artiste incombe de remonter de l’apparence, de ce qui s’écoule, jusqu’à la part céleste et immuable des choses, – la poésie symboliste ambitionnant, en tant qu’essai de restitution de l’infini dans le fini, de se faire la traduction «humaine» de l’Absolu."

    "En 1891, Jean Thorel souligne les liens unissant les écrivains français contemporains – au premier rang desquels il place Villiers de l’Isle-Adam, récemment disparu, ainsi que Mallarmé – et leurs ancêtres, les romantiques allemands : aux yeux de Jean Thorel, tous ces auteurs partagent une même conception du symbole, un système philosophique idéaliste hérité de Fichte et l’ambition d’exprimer la part invisible du monde."

    "L’idéalisme fin-de-siècle doit sa spécificité à ce constat: les poètes se sont en vain préoccupés de l’histoire. Ainsi, chez les symbolistes, demeure l’ambition romantique de s’approprier le point de vue totalisant du regard de Dieu, ou de l’Absolu, mais la fin-de-siècle ne voit plus le poète revenir parmi les hommes. L’art et l’écrivain ne se donnent plus à connaître que résolument et radicalement coupés du monde.

    On entend Villiers, Joséphin Péladan et Stanislas de Guaïta clamer leur dégoût pour la société humaine, Mallarmé se déclarer incompétent pour toute autre chose que l’Absolu puis assurer que le bonheur d’ici-bas est ignoble et que le réel est vil. Les artistes font état de l’horreur qu’inspirent l’amour, les relations sociales, la vie quotidienne… Des Esseintes, le héros de
    À rebours, va jusqu’à délaisser les tableaux et les livres dont les sujets appartiennent au monde moderne. Mallarmé, encore, apparaît comme la figure, admirée par tous, du poète qui a réussi le mieux à s’émanciper des pénibles réalités du siècle."

    "Les écrivains affirment hautement leur dédain pour le progrès, pour l’éducation du peuple, pour la philosophie de l’histoire et plus généralement pour toute mission didactique que l’on voudrait assigner à la littérature. À la fin du siècle, le poète n’est plus – comme il l’était chez Hugo – l’éclaireur de l’humanité sur la route du progrès et de la liberté. Chez les symbolistes, il n’y a plus d’autres révolutions qui vaillent que celles qui concernent le vers ou la prosodie. La poésie étant célébrée comme la bombe suprême, les seules activités politiques qui ne sont pas indignes de l’art et qui trouvent grâce aux yeux des idéalistes fin-de-siècle ressortissent au nihilisme: discours prônant l’anarchie ou actes terroristes. Autant dire que les poètes ont choisi – pour ce qui regarde la conduite de la polis – de se taire. La société, à leurs yeux, ne mérite que d’être dynamitée."

    "L’incompréhension du public est souhaitée: elle apparaît comme un gage accordé par l’Absolu. Ainsi que le propose René Ghil dans le Traité du verbe (1886), on voudrait même rendre la poésie semblable à la musique, – art qui, libéré de l’illusion référentielle et des réalités phénoménales, a été de tous temps, mais plus particulièrement à l’époque symboliste, considéré comme le plus apte à atteindre l’univers des Idées et à les exprimer."

    "Mais Narcisse est aussi stérile. Et le dédain affiché pour la société est tel, chez les idéalistes fin-de-siècle, que beaucoup de ceux-ci répugnent même à aller au-delà de la conception d’une œuvre d’art: on pense, mais on ne produit pas, puisqu’il faudrait alors faire des concessions envers le monde quotidien et accepter que l’Idée sublime se trouvât comme souillée au contact de la réalité. Des Esseintes se dit écrivain, mais en fait n’écrit pas; il se contente d’absorber les œuvres des autres et, pour lui-même, de nourrir des idées d’ouvrages. Beaucoup de ces artistes se reconnaîtront dans la figure d’Hamlet, l’intellectuel pur, reclus dans sa chambre-sanctuaire, garrotté par sa cérébralité et répugnant à toute forme d’action.
    L’idéaliste fin-de-siècle entend donc n’avoir à connaître que lui-même; son esprit constitue à ses yeux la seule instance qui vaille, tout le reste n’étant selon lui – et par rapport à cette essentielle réalité – qu’illusion voire hallucination.
    "

    "Pour justifier le bien-fondé de ces doctrines, les idéalistes fin-de-siècle se réclament de l’œuvre du philosophe allemand Arthur Schopenhauer, qu’ils se sont choisi pour parrain. Le traité majeur de Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et comme Représentation (Die Welt als Wille und Vorstellung) avait été publié en 1819 déjà, mais il ne recueillit presque aucun écho avant les révolutions européennes de 1848. C’est seulement après celles-ci que Wagner attira l’attention sur ce philosophe qui semblait avoir annoncé l’échec inéluctable de toute entreprise politique.

    La philosophie pessimiste de Schopenhauer proclamait l’impossibilité du bonheur terrestre et, partant, l’inutilité des révolutions ainsi que la vanité des efforts de tout gouvernement ou de toute institution qui voudrait améliorer le sort des individus. La misère et le mécontentement sont ontologiques et entraînés par le fait même d’exister. Le penseur allemand réfutait des notions comme le progrès, le destin collectif d’un peuple ou le devenir historique. Selon lui, l’histoire ne donnerait à percevoir que la cacophonie confuse et assourdissante produite par l’infinité des consciences individuelles.
    "

    "De cette idéale forteresse de l’Art étaient évidemment bannies les femmes, assimilées à des goules ou des vampires, coupables de vouloir ramener l’homme dans les misères du vouloir-vivre. Les écrivains et les peintres s’autorisent également de Schopenhauer pour professer comme un dogme l’horreur du moderne (englué dans la Volonté) et pour diriger tous leurs efforts cognitifs vers le passé, censé conserver plus purement les lois de l’universelle répétition. Les idéalistes fin-de-siècle étudient le monde «à rebours» – cette formule définit aussi un programme intellectuel – et se plongent dans l’Antiquité, dans les mythes anciens, dans les fables et légendes du Moyen Âge, etc."
    -Michel Brix, « L'idéalisme fin-de-siècle », Romantisme, 2004/2 (n° 124), p. 141-154. DOI : 10.3917/rom.124.0141. URL : https://www.cairn.info/revue-romantisme-2004-2-page-141.htm



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).


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