L'Académie nouvelle

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    Michel Leymarie, La Preuve par deux. Jérôme et Jean Tharaud

    Johnathan R. Razorback
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    michel - Michel Leymarie, La Preuve par deux. Jérôme et Jean Tharaud Empty Michel Leymarie, La Preuve par deux. Jérôme et Jean Tharaud

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 3 Jan - 18:03

    https://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%A9r%C3%B4me_Tharaud

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Tharaud

    "Proches de [Péguy] au tournant du XXe siècle, ils sont au marges du monde littéraire et peinent à placer leurs nouvelles et leurs articles. Devenus les secrétaires littéraires de Barrès dont ils épousent les thèses, ils trouvent une première célébrité avec le prix Goncourt en 1906. Après la Grande Guerre et leur séjour auprès de Lyautey au Maroc, leur notoriété est établie avec le grand prix de littérature de l'Académie française en 1919. Ils accèdent à une reconnaissance sociale, une légitimité institutionnelle et une grande aisance financière. Dès lors, Jérôme a l'Académie française en ligne de mire. Dans ces années fastes, son frère et lui délaissent le genre romanesque pour se faire chroniqueurs et journalistes. Ne vivant toujours que de leur plume, ces notables des Lettres sont très sollicités par les grands journaux ou les revues prestigieuses. Naguère collaborateurs des Cahiers de la Quinzaine, de La Nouvelle Revue française ou de L'Opinion, ils écrivent désormais pleine page dans L'Écho de Paris et Le Figaro, dans Le Petit Journal et Paris-Soir ; ils passent de la conservatrice Revue des Deux Mondes à la maurrassienne Revue universelle ou à Candide." (p.7)

    "Leur cheminement permet de pénétrer dans des milieux culturels et politiques bien différents: ceux de l'École normale supérieure, de l'École libre des Sciences politiques et des Cahiers de la Quinzaine ou, quelques années plus tard, de Déroulède et de Barrès, puis le monde colonial avec Lyautey, le milieu traditionaliste des maurrassiens et celui de l'Académie française.
    Enfin, suivre le parcours des Tharaud quand ils marchent vers la notoriété ou quand ils connaissent le succès fait entrer dans le monde de la presse et de l'édition des années vingt au début des années cinquante. Les archives de revues ou de maisons d'édition sont ici très précieuses pour aborder non seulement l'histoire intellectuelle mais aussi celle, non moins importante, qu'est l'histoire matérielle et financière des deux frères. Ceux-ci désirent publier dans la
    Revue des Deux Mondes depuis la Belle Époque ; dès la fin de la guerre, ils deviennent des auteurs recherchés et sont parmi les mieux rémunérés de la revue de René Doumic, avant de la quitter pour la Revue universelle. A Paris-Soir Jean Prouvost s'attache à leur collaboration pour des reportages qui sont fort bien payés et au cours desquels ils disposent d'une grande latitude. Mais, sur une durée de plus de trente ans, les contrats conclus avec Plon ainsi que les échanges entre les auteurs et l'éditeur sont les plus éloquents. Ils font saisir le fonctionnement du système éditorial, découvrir une pratique professionnelle et mesurer concrètement une réussite. Les comptes auteurs de la maison de la rue Garancière révèlent précisément quels sont les tirages initiaux, les rééditions, les traductions et les méventes. Le premier contrat de 1919, qui prévoit des droits d'auteur de 15 à 20% est confirmé en 1929. [...] Mais à partir de 1937, ce dernier contrat est révisé. Il enregistre une audience qui, moindre depuis plusieurs années, va continûment décroître." (p.10-11)

    "Ils sont en quelque sorte des baromètres du lectorat, non homogène, pour lequel ils écrivent et qui leur assure succès et notoriété. Ils permettent de saisir l'univers mental et social, les représentations, les aspirations, les refus, les passions d'une partie de la société et de cerner une époque. De prendre aussi la mesure de tout ce qui sépare de nous leur milieu et leur temps.
    Jérôme et Jean Tharaud, jadis célèbres, sont aujourd'hui oubliés ou négligés. C'est pourquoi leur histoire est aussi celle de leur oubli, et celle des raisons de cet oubli.
    " (p.12)

    "C'est à Péguy, qui voulait en faire "les Apôtres et les Pères de la future Cité socialiste" que les frères Tharaud doivent les prénoms sous lesquels ils seront connus." (p.13)

    "En octobre 1888, Jérôme devient pensionnaire de Sainte-Barbe, un vieux collège de la Montagne-sainte-Genevièvre. Ses premières années à Paris sont mélancoliques: ce provincial est seul, sans correspondant ; faute de ressources, il ne peut retourner dans sa famille qu'aux vacances. Cette année-là, il fait la connaissance d'Édouard Herriot, le futur dirigeant radical qui est alors comme lui boursier et qu'il recevra cinquante ans plus tard sous la Coupole. Revenant sur ce temps, il écrit avoir passé une année de souffrances: "J'étais un pauvre diable d'enfant écorché vif", parti avec désespoir de la campagne pour Paris et obligé de faire effort pour s'y maintenir, bien proche du héros de La Maîtresse servante.
    Jérôme suit les cours à Louis-le-Grand jusqu'en 1894. Bon élève, il remporte des premiers prix de Français et d'Histoire-Géographie, un quatrième accessit d'Histoire et géographie au Concours général. [...] Pourvu de ses deux baccalauréats, il devient un vétéran et prépare le concours d'entrée à l'École normale. [...]
    A l'automne 1893, à Sainte-Barbe, Jérôme fait une rencontre décisive, celle de Charles Péguy, "comme lui égaré dans la zone parisienne". L'Orléanais qui vient préparer l'École entre dans sa vie "comme une vague qui par mille pointes prend possession d'une plage". Son ascendant sur ses condisciples est d'emblée patent. "Parmi nous, dans la cour rose, il était incontestablement le premier. Il était naturellement le centre de la chaîne que nous formions", écrivent les Tharaud dans
    Notre cher Péguy, ajoutant que, sous son influence, "la cour rose prit la couleur de son socialisme"." (p.15)

    "Jérôme, ajourné au concours d'entrée des Lettres de l'ENS en 1893 et 1894, est reçu 15e sur 24 le 1er août 1895, juste après Henri Lebeau et Louis Gillet, le premier étant André Tardieu, promis à une brillante carrière politique. Le médiéviste Joseph Bédier lui apprend la bonne nouvelle alors qu'il remonte avec sa mère le boulevard Saint-Michel. Péguy, admis en 1894, a été autorisé à redoubler sa seconde année en 1895-1896. Comme Jérôme fait cette année-là son service militaire, il n'entre à l'École qu'en novembre 1896 ; il retrouve alors Péguy, fait la connaissance de François Laurentier, né aussi en 1874 et catholique. En 1896, ce dernier écrit à Marc Sangnier:

    Ce Péguy est un des favoris de l'abbé Batiffol. Ils font ensemble beaucoup de choses obscures et bonnes, il est très intime avec Tharaud. Il est extrêmement pauvre et donne tout ce qu'il a." (p.16)

    "Le 7 décembre 1898, il soutient son mémoire d'études supérieures sur La tentative de restauration du pouvoir pontifical par Innocent III devant Vidal de la Blache, Monod, Bourgeois, Fabre, et se voit délivrer le diplôme par le directeur, Georges Perrot. Comme il ne donne pas satisfaction dans la section d'histoire, il est "précipité" en troisième année dans celle de frammaire, "alors, le dépotoir des incapables de bien écrire en français", dira Rolland. Mais le matin même de l'agrégation, au lieu de composer, il aurait, selon une légende, enfourché un des lions du jardin du Luxembourg. Arrêté par un policier, reconduit à la salle d'examen, il rend copie blanche au concours. "Je suis sorti fruit sec, dit-il. J'ai raté mon Agrég'", ce qui ne l'empêche pas de prodiguer à Gillet le conseil de se délivrer vite de "l'obession d'un examen aussi imbécile que l'agrégation", "cette déprimante agrégation". A son entrée à l'École, Jérôme semblait réunir les qualités physiques et morales "nécessaires pour exercer dignement les fonctions de l'enseignement". Mais il n'a pas plus envie d'enseigner que Gillet, qui veut aussi "éviter l'engourdissement de la province française, l'abrutissement sous des monceaux de fades copies". Déjà Jérôme veut courir le monde." (p.17)

    "Dans la chambre voisine de la turne Utopie de Péguy se retrouvent Jérôme Tharaud, Talagrand, -le père du futur Thierry Maulnier-, Laurentie et Gillet." (p.18)

    "Milieu culturel et milieu amical, l'École normale supérieure est aussi, avant même l'affaire Dreyfus, un milieu politisé. Péguy prépare la révolution sociale pendant ces années d'un "socialisme jeune, un socialisme nouveau, un socialisme grave, un peu enfant" qui balancent entre une des formes du christianisme social et une exploration de divers courants de la gauche. Il fonde en 1897 le centre d'études et de propagandes socialistes et sollicite ses proches. Les Tharaud affirmeront après la Grande Guerre que Jérôme fut alors "baptisé socialiste", pour aussitôt préciser son faible zèle militant." (p.19)

    "Véritable sergent recruteur, Péguy mobilise ses amis quand l'affaire Dreyfus est relancée à la fin de l'année 1897. Il les entraîne dans la campagne de protestation qui demande la révision du procès du capitaine Dreyfus. Au début de 1898, alors qu'éclate l'Affaire, les jeunes normaliens espèrent voir Jaurès prendre la tête des dreyfusards. Péguy se rend chez le tribun socialiste avec Jérôme qui, ni avant ni après la guerre, ne fera état de cette visite [...]
    Après le
    J'Accuse de Zola, L'Aurore du 16 janvier 1898 publie une des premières listes de pétitionnaires. Les noms de Lanson, Chevrillon, Zyromsky, "agrégés de l'Université, docteurs ès lettres", précèdent ceux de licenciés ès tels que Gillet, Péguy, Tharand [sic]. Tharaud l'aîné ne se borne pas à donner son nom à la pétition, il est aussi présent quand Péguy apparaît comme un chef militaire "les jours qu'il y avait à se battre". [...]
    A l'automne 1898, les Tharaud pétitionnent avec Péguy pour les terrassiers en grève. [...]
    Jérôme collabore peu au
    Mouvement socialiste, voisin de ce bastion du dreyfusisme qu'est la Librairie Bellais, fondée le 1er mai 1898 par Péguy au 17 de la rue Cujas. Il n'y donne que trois compte rendus, marginaux par rapport à la ligne de la revue. Dans l'un, il fait l'éloge de l'énergie et de la "virilité" de l'oeuvre de Nietzsche, "utile dans un temps de Wagnérisme et de Tolstoïsme". Dans un autre, il juge que "le mouvement pour la paix serait une des formes que cet effort vers la liberté et la justice commencent à prendre dans le monde moderne". Péguy disait que La Société mourante et l'anarchie de Jean Grave était le livre qui l'avait "le plus profondément remué". Jérôme lit aussi avec passion cet ouvrage ainsi que Les Temps nouveaux, qui publie dans son Supplément littéraire des extraits d'ouvrages, des lithographies, des dessins originaux. Il dévore la feuille anarchiste que rédige seul le cordonnier intellectuel et rend souvent visite à ce libertaire de la rue Mouffetard.
    Inscrire son nom au bas de la pétition de l'
    Aurore, s'opposer aux nationalistes ou s'intéresser à l'anarchisme ne font pas toutefois pour autant de Jérôme un jeune homme engagé, au point que, dans ses Souvenirs sur l'Affaire, Léon Blum dit ne pas se souvenir "si les Tharaud étaient ou non dreyfusards". C'est eux la curiosité et le désir d'écrire l'emportent sur le militantisme." (p.20-21)

    "Le 2 août 1899, la librairie Bellais, menacée de faillite, fait place à la Société Nouvelle de Librairie et d'Édition. Le conseil d'administration, composé de proches, critique le manque de rigueur gestionnaire de Péguy et le nomme délégué à l'édition. Celui-ci, qui a dissipé la dot de sa femme, refuse toute tutelle et rompt pour lancer les Cahiers de la Quinzaine. Il décide de partir "comme une colonie fidèle quitte la métropole" après avoir pris ses "dispositions -gratuites- pour paraître 19 rue des Fossés-Saint-Jacques, sans nom d'éditeur, chez Charles [i.e. Jean] Tharaud et André Poisson". Il organise là des réunions de protestation, donne ses rendez-vous, "administre" et reste souvent coucher le soir. "Sans doute ce n'est pas plus là qu'ailleurs au monde que s'élabore l'avenir, mais c'est là autant qu'ailleurs", juge alors Tharaud l'aîné, qui ne comprend pas pourquoi Péguy feraille "contre tout cet esprit de la Scola Normalis". Mais les Cahiers invendus s'entassent rue des Fossés-Saint-Jacques. Péguy doit emménager 16 rue de la Sorbonne. [...]
    De Budapest, trois mois après la création des Cahiers, Jérôme résume l'objet de la revue: "renseigner son public socialiste sur la pensée socialiste et pénétrer d'âme la vie et la pensée des socialistes" et il commente ainsi la position de son ami:

    A part Jaurès, quelle [sic] socialiste a voulu que le socialisme eût la profondeur, la douceur, l'émotivité d'une foi religieuse ? Si Benoît Malon avait de l'âme de Péguy ! Mais les autres, la foule de plats disciples de Marx et Engels ! Il faut pénétrer la pensée des hommes du sentiment de la vie. Et les articles de Péguy sont admirables de vie. Péguy est en ce moment peut-être le plus profond disciple de Tolstoï -qu'il ignore (je crois que Péguy n'a pas lu un seul livre du MAITRE). Compare les
    Cahiers au Mouvement et tu comprendras l’œuvre de Péguy. Et tu te trompes encore quand tu parles de "débâcle depuis Jeanne d'Arc, de guillotine démontée". Péguy est toujours celui que j'ai connu il y a dix ans -sincère-bon-passionné-humain. Rien ne ressemble plus à l'inspiration des Cahiers que l'inspiration de la Jeanne d'Arc. Le couteau de sa guillotine n'est pas ébréché et il n'en a pas fait une brèche. Il a l'énergie de Saint-Just. Mais il ne fera pas couper une tête, parce que l'âme bonne de notre siècle est en lui. [Jérôme Tharaud à L. Gillet, 15 mars 1900]

    Si la hardiesse de Péguy effraie Jérôme, il n'en soutient pas moins, comme son frère, une entreprise qui, avec plus de 350 abonnés payants, peut constituer "une bonne machine de guerre". En janvier 1901, Péguy se heurte au conseil d'administration de la Société nouvelle de librairie et d'édition. Les Tharaud se rangent une nouvelle fois à ses côtés [...] Avec les plus proches amis [Georges Bellais, Daniel Delafarge, Jules Isaac, Bernard Lavaud, Eddy, Marix, André Poisson], ils prennent publiquement parti le 4 avril 1901 pour Péguy, heureux de cet appui. En octobre, la revue s'installe au 8 rue de la Sorbonne. Même si 5 à 600 abonnés restent à conquérir, Jérôme croit désormais au succès des
    Cahiers. En avril 1902, Péguy donne la liste de l'équipe initiale des Cahiers dans laquelle les Tharaud figurent à la première place. [...]
    Les deux frères comptent parmi les fidèles de la boutique des Cahiers que jouxtent Pages libres de Charles Guieysse et Maurice Kahn, les Journaux pour tous de Wilbouchevitch et Jean-Pierre, animé par Robert Debré, Jacques et Raïssa Maritain. Péguy y reçoit le jeudi après-midi et, ce jour-là, la boutique ne désemplit pas. Les fidèles viennent écouter Georges Sorel, assis "sur l'unique chaise des
    Cahiers", ou communier dans l'admiration de Bergson qui donne le vendredi sa conférence au Collège de France.
    L'entreprise des
    Cahiers de la Quinzaine permet à Rolland, Suarès, Sorel, Vuillaume, Hamp, Halévy, Lavergne, Moselly, Spire, Benda, Molle de connaître une première notoriété. Il en va de même pour les Tharaud qui avaient donné à la Librairie Bellais en 1898 leur première œuvre, Le Coltineur débile. Leurs œuvres suivantes seront, jusqu'en 1907, publiées dans les Cahiers de la Quinzaine [...] Péguy peut écrire en 1909 que le milieu des Cahiers de la Quinzaine constitue "une société d'un mode incontestablement nouveau, une sorte de foyer, une société naturellement libre de toute liberté, une sorte de familles d'esprits, sans l'avoir fait exprès, justement ; nullement un groupe, comme ils disent, cette horreur ; mais littéralement ce qu'il y a jamais eu de plus beau dans le monde: une amitié et une cité." Les Tharaud lui font écho bien des années plus tard: "Ne formions-nous pas tout la plus sincère, la plus cordiale fraternité qu'on vit jamais ?"." (p.22-23)

    "Peu attiré en général par la philosophie, Jérôme lit cependant avec un intérêt croissant Nietzsche, dont Jean salue le "regard pénétrant" sur la France." (p.26)

    "Jérôme pousse dans l'hiver 1904 la porte du 100 boulevard Maillot à Neuilly et fait la connaissance du romancier, plus d'un an avant Péguy.
    Avant que ne s'instaurent des connivences politiques, ce sont donc des raisons financières qui conduisent l'aîné puis le cadet à travailler plusieurs fois par semaine avec l'auteur des
    Déracinés pour une somme fixée à 250 francs par mois. La collaboration de l'un ou de l'autre va se poursuivre jusqu'en juillet 1914." (p.36)

    "Trois ans plus tard éclate un des importants scandales politico-financiers de la Troisième République: l'affaire Rochette, du nom d'un escroc qui avait lancé des opérations financières frauduleuses et bénéficié d'interventions politiques et judiciaires. Caillaux, le ministre des Finances, est accusé d'avoir entravé le cours de la justice ; Calmette, le directeur du Figaro, qui avait engagé une campagne de presse contre lui, est tué le 16 mars 1914 par la femme de ce dernier. Le 3 avril, Barrès réclame des poursuites judiciaires contre Caillaux ; il dénonce la collusion entre milieux d'affaires et hommes politiques et participe activement à la commission d'enquête parlementaire où il s'oppose notamment à Jaurès et à Briand. Au sortir des séances, Tharaud l'aîné l'assiste dans le travail de mise en ordre des notes qui, rassemblées, constituent Dans le Cloaque." (p.40)

    "Si, somme toute, Péguy n'exerça sur les Tharaud qu'une influence minime dans le domaine littéraire et une influence peu durable dans le domaine politique, Barrès, en revanche, fut bien leur Maître." (p.41)

    "La révolution russe de 1905 étonne: "un des peuples les plus arriérés d'Europe fait, le premier, l'essai des méthodes révolutionnaires préconisées par tous les théoriciens du socialisme et de l'anarchie". [...]
    Le
    Bund et le parti sioniste opposés au gouvernement du tsar seraient pour beaucoup dans la révolution russe. Un lien entre judaïsme et révolution, qui constitue une composante récurrente de l'antisémitisme, apparaît alors sous la plume des Tharaud. Ceux-ci vont amplement reprendre ce thème: la révolution se fait "pour le plus grand bénéfice des Juifs"." (p.44)

    "La critique que dans leurs articles les Tharaud font de certains adversaires comme la célébration de figures amies ou la récurrence de certains thèmes les inscrivent clairement dans le courant nationaliste. Il faut souligner ici une de leurs spécificités: alors que les droites nationalistes sont à l'origine hostiles à la colonisation- Barrès s'y intéresse peu et Maurras voit dans les expéditions coloniales des "dérivatifs allemands"-, les deux frères lient, bien avant l'alerte de 1911, la conquête coloniale et l'opposition à l'Allemagne, à laquelle ils adjoignent une anglophobie constante." (p.47)

    "Ils sont du premier comité de rédaction de L'Indépendance, fondé en 1911 par Georges Sorel et Jean Variot et cosignent la déclaration liminaire d'une revue qui entend trouver dans la tradition un point d'appui sans être "l'instrument d'un parti politique ou d'un groupement littéraire". Mais leur collaboration effective est des plus réduites à cette revue qui unit différentes formes de nationalisme littéraire, de traditionalisme et de catholicisme auxquelles s'ajoutent les tendances monarchistes de certains." (p.48)
    -Michel Leymarie, La Preuve par deux. Jérôme et Jean Tharaud, Paris, CNRS Éditions, 2014, 399 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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