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    Agnès Maillot, L’IRA et le conflit nord-irlandais

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Agnès Maillot, L’IRA et le conflit nord-irlandais Empty Agnès Maillot, L’IRA et le conflit nord-irlandais

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 25 Déc - 16:37


    « Le fait que l’IRA existe encore pose de nombreuses questions. Les élus du Sinn Féin siégeant au gouvernement en Irlande du Nord, si son alliée paramilitaire est encore opérationnelle, cela bouscule les règles démocratiques auxquelles le parti prétend adhérer. » (p.11)
    « L’information fit l’effet d’une piqûre de rappel sur l’état des lieux du processus de paix en Irlande du Nord, dix-sept ans après la signature de l’accord de 1998. Elle posait également des questions essentielles sur le poids que continue encore à avoir une organisation paramilitaire qui a mené pendant trente ans un conflit armé dont les plaies sont loin d’être refermées. […]
    L’IRA est responsable de plus de la moitié des 3532 morts du conflit nord-irlandais. Elle a tué des civils, des membres de l’armée ou de la police, des catholiques, des protestants. Elle a été pendant des années considérée comme un groupe terroriste. Son but ultime, le départ des Britanniques et la réunification de l’Irlande, justifiait à ses yeux le combat militaire. Elle puisait dans l’histoire pour asseoir la légitimité de sa cause et de son moyen d’action, la lutte armée. L’IRA se disait l’héritière de celle qui avait mené la guerre d’indépendance, entre 1919 et 1921, contre l’Empire britannique. » (p.12)
    « Le territoire irlandais fut amputé de la partie Nord-Est de l’île qui restait sous l’égide de la Couronne. Certains membres de l’IRA jurèrent alors de ne pas déposer les armes tant que l’Irlande ne serait pas réunifiée et que la République ne serait pas déclarée. C’est au nom de cette cause que, de façon sporadique, elle entreprit des campagnes armées durant les cinquante années suivant la division de l’Irlande, en 1920. Et c’est pour cela qu’elle livra une guerre aux Britanniques pendant presque trente ans en Irlande du Nord, de 1969 à 1997.
    Pour qu’une telle armée ait pu survivre à la répression politique et militaire qui s’est abattue sur elle, particulièrement tout au long du conflit nord-irlandais, il lui a fallu bénéficier d’un soutien important. De multiples raisons poussèrent des milliers de personnes, principalement en Irlande du Nord, à soutenir une poignée de jeunes idéalistes selon certains, de terroristes, voire de psychopathes selon d’autres, dans leur combat souvent sanglant. Sans aucun doute, les conditions de vie dans les ghettos nationalistes -où le chômage, l’insécurité et la division sociale étaient pendant des décennies le lot de la plupart des habitants- étaient l’une des principales sources du phénomène incarné par l’IRA, produit d’un environnement en crise perpétuelle, tant économique que politique et sociale.
    Le départ de l’IRA de la scène politique en 2005 permit à la société irlandaise de revenir sur ce qu’avait véritablement représenté cette armée de l’ombre qui a ponctué l’histoire du XXe siècle d’événements tragiques, tant par leur violence que par leur dimension émotionnelle puissante. Des hommes et des femmes ont tué, torturé et violenté leurs contemporains, qu’ils soient Irlandais, Britanniques ou autres. Ils ont assassiné des indicateurs, fait disparaître des civils, fait exploser des bombes en pleine ville, et leur violence s’est souvent retournée contre eux. Ils ont toutefois aussi protégé ceux qui se sentaient abandonnés par les autorités, ceux qui ne savaient à qui s’en remettre lorsqu’ils se sentaient en insécurité. Ils sont morts aux mains de leurs nombreux ennemis, tombant sous les balles des soldats britanniques et des forces de police d’Irlande du Nord, exécutés par les gouvernements tant irlandais que britanniques, périssant suite à des grèves de la faim dans les prisons de l’ensemble de l’île.
    Qui étaient donc ces hommes et ces femmes suffisamment épris de leur cause pour braver les interdits d’une Église catholique pourtant si puissante dans leur culture ? Pour oublier leur humanité lors d’opérations froidement calculées qui ne pouvaient qu’entraîner la mort de ceux qui croisaient leur chemin, pour se résigner à vivre en marge de la société ? Pour prendre des risques tout en sachant que l’issue pouvait être la mort ou la prison ? Étaient-ils tous uniquement mus par un désir de liberté, par une volonté de rendre justice à leur pays qu’ils estimaient avoir été violé par des siècles de colonisation et de domination britannique et, par la suite, unioniste ? Comment se situer dans ce débat complexe et décider s’ils étaient des combattants de la liberté, ou bien de simples terroristes aveuglés par leur cause ?
    L’IRA, qui a traversé le siècle et s’est installé dans un conflit de trois décennies, n’est pourtant pas une seule et même organisation. Si ses objectifs sont restés inchangés, son profil, ses orientations politiques, sa base démographique, ses opérations se sont modifiées. Elle a traversé de nombreuses scissions. Elle était largement inadaptée aux conditions socio-politiques du pays jusqu’à la fin des années 1960, mais a montré une résilience certaine qui lui a permis de renaître en 1969, tenant tête à l’armée britannique en modifiant ses stratégies, ses structures et son personnel au fil des ans, et amenant les autorités à admettre à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de victoire militaire. » (pp.13-14)
    « Lorsqu’elle refit son apparition de manière durable en Irlande du Nord, en 1970, les conditions d’un long conflit étaient posées. L’IRA sut profiter d’une situation insurrectionnelles pour s’installer dans une logique de guerre. Car l’Irlande du Nord des années 1970 était volatile, en proie à des divisions sous-jacentes depuis la création de l’Etat qui étaient restées contenues par un régime unioniste hégémonique jusqu’à la campagne des droits civils amorcée en 1967. La descente progressive de ce mouvement pacifiste vers la violence fut en grande partie due à la réponse policière brutale de l’Etat nord-irlandais et à l’attentisme britannique. Lorsque le gouvernement de Londres intervint, en août 1969, ce fut pour envoyer les troupes militaires afin de s’interposer entre les deux communautés, les nationalistes d’un côté, et les loyalistes largement soutenus par la police de l’autre.
    L’engrenage fut rapide. Les soldats britanniques, dont l’une des missions était de protéger les quartiers nationalistes, furent bientôt perçus comme des agents de répression et la population leur tourna le dos pour s’adresser à l’IRA. C’est donc une organisation de défense qui se constitua en 1970, à la suite d’une scission qui vit la création de deux armées parallèles, l’IRA officielle (Official Irish Republican Army -OIRA) et l’IRA provisoire (Provisionnal Irish Republican Army -PIRA). C’est cette dernière qui prit l’offensive en 1970 en tuant le premier soldat britannique depuis la guerre d’indépendance. Elle recrutait à l’époque principalement parmi les jeunes des quartiers défavorisés, ceux qui étaient les plus exposés à la violence quotidienne. Les deux premières années de la décennie furent chaotiques et virent les mesures de répression se multiplier, les actions des paramilitaires de tout bord s’intensifier, pour aboutir à la chute du Parlement nord-irlandais de Stormont qui régnait en maître sur la province depuis cinquante ans. En mars 1972, suite au Bloody Sunday (« Dimanche sanglant »), l’administration directe de Londres (Direct Rule) changea les données de la situation. Après deux tentatives de dialogue avec l’IRA, toutes deux se soldant par des échecs, les Britanniques combattirent l’organisation armée de manière bien plus efficace. Ils en infiltrèrent tous les niveaux et parvinrent à se tailler la part du lion dans la guerre de renseignement que se livraient les forces de sécurité et l’IRA. Ils durcirent le ton, usant d’une rhétorique visant à dénuer la violence de toute dimension politique et tentant de convaincre la population de la nature purement criminelle des activités des républicains. Cette stratégie échoua pourtant, comme le montra l’épisode des grèves de la faim de 1981. Le principal objectif de Thatcher dans les années 1980 consistait également à écraser l’IRA, mais elle s’attaqua au parti qui lui était associé, le Sinn Féin, tentant de l’isoler du monde politique pour éviter qu’il ne s’y implante durablement. Si elle parvint en partie à ses fins avec les paramilitaies, usant de mesures légales parfois douteuses, elle échoua dans ses tentatives d’enrayer l’ascension du Sinn Féin. A la fin des années 1980, le ton changea chez les Britanniques, qui se disaient désormais prêts au dialogue, déclarant que leur présence en Irlande du Nord n’était pas motivée par leurs propres intérêts et cherchant à engager des pourpalers à tous les niveaux.
    L’IRA s’est, elle aussi, adaptée à une situation en évolution permanente. A partir de 1976, alors que la trève
    (pp.15-17)
    -Agnès Maillot, L’IRA et le conflit nord-irlandais, Presses universitaires de Caen, 2018, 344 pages.

    Membre de l’ERIBIA (Équipe de recherche interdisciplinaire sur la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Amérique du Nord),


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).


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