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    Jean-Jacques Becker, Les Français dans la Grande Guerre

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Jean-Jacques Becker, Les Français dans la Grande Guerre Empty Jean-Jacques Becker, Les Français dans la Grande Guerre

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 1 Mar - 16:20

    « Nous avons essayé de montrer dans un autre ouvrage qu’une des clefs du comportements des Français au cours de l’été 1914 fut la conviction à peu près générale que la guerre serait une aventure, cruelle peut-être, mais de faible durée, que cet épisode guerrier, après une longue période de paix, ne serait qu’une courte parenthèse dans l’écoulement normal des jours.
    Les Français avaient été surpris, et beaucoup moins enthousiastes qu’il n’a été trop souvent dit, quand l’ordre de mobilisation les avaient atteints le 1er août 1914, après une crise internationale aussi brève que subite. Dans l’ensemble les mobilisés étaient pourtant partis avec fermeté, convaincus que le gouvernement français n’était pour rien dans le déclenchement du conflit et qu’il était nécessairement de résister à une agression injustifiée. » (p.9)
    « [Tout cause confondue pour les morts des combattants], on arrive au total de :
    -1 327 000 pour la France.
    -751 000 pour le Royaume-Uni ;
    -2 037 000 pour l’Allemagne. » (p.12)
    « Moins de 40 millions d’habitants en France (1911), près de 65 millions en Allemagne (1911), chaque mort français avait plus de conséquences que chaque mort allemand. » (p.12)
    « Comment faire que le pays « tienne » sur le plan psychologique, que son moral résiste à une épreuve d’une durée déjà imprévue ? » (p.17)
    « Dans la presque totalité des cas, la vie agricole n’a pas eu à souffrir. Ici « le travail » a été réalisé grâce aux femmes et aux enfants. » (p.20)
    « Un second élément favorisa le retour à la sérénité : la distribution d’allocations.
    Une loi du 5 août 1914 avait accordé une allocation de 1.25 F par jour, plus une majoration de 0.50 F par enfant au-dessous de 16 ans, à chaque famille nécessiteuse dont le soutien était mobilisé. » (p.22)
    « 17 731 femmes étaient employées dans les usines métallurgiques avant la guerre, elles étaient 104 641 en juillet 1916, 132 012 en janvier 1918, soit une augmentation de 75%. En vérité ces chiffres sont très en dessous de la réalité car ils ne concernent que les « établissements civils » ; si on ajoute les établissements « militaires », les femmes sont 300 000 dans les fabrications de guerre en 1917, près de 425 000 en septembre 1918. » (pp.26-27)
    « A Sauveterre, des maisons d’Avignon donnent du travail pour la confection d’effets militaires, mais à Sauve, la production industrielle (bonneterie de laine et de coton, boissellerie, chaussures) est réduite ; à Saint-Jean-du-Gard, les filiatures sont presque toutes fermées : à Notre-Dame-de-Rouvière, une seule filature sur deux est rouverte le 1er octobre ; à Lasalle certaines filatures sont fermées, d’autres ont réduit leur production ; à Massilargues, le chômage des filatures d’Anduze et de Tornac permet le recrutement de nombreuses vendangeuses ; à Andruze où quatre filature, une papeterie, une chappellerie employaient 400 ouvriers (surtout des ouvrières), la fermeture des entreprises provoque de la misère dans les milieux ouvriers. Les filatures ne rouvrirent leurs portes qu’en mars 1915. » (p.29)
    « Ouvriers âgés et retraités ensuite : « nos vieux ouvriers ont fourni un important contingent », dit le rapport de l’assemblée générale de la Compagnie des mines et fonderies d’Alais. » (p.30)
    « A la fin de 1915, c’est 500 000 ouvriers mobilisés qui ont été renvoyés dans les usines : à ce moment d’ailleurs le commandement de l’armée estime qu’un effort supplémentaire réduirait trop les effectifs combattants. » (p.31)
    « Avec la distribution des allocations […] avec l’appel à la main-d’œuvre féminine lors de la reprise du travail industriel en octobre puis avec le retour d’une partie des ouvriers mobilisés, dans l’ensemble la situation matérielle des masses ouvrières fut suffisamment tolérable pour qu’un mouvement de protestation contre la poursuite de la guerre ne puisse prendre appui sur la misère. » (p.31)
    « Que ce soit dans l’Humanité, organe du parti socialiste, ou dans l’Echo de Paris, organe de la droite militariste et catholique, on trouve les mêmes récits sur le faible moral des soldats allemands, sur les pertes élevées, leur cruauté, la médiocrité de leur armement, sur la qualité des combattants français. » (p.40-41)
    « De son côté, un historien, Louis Debidour, écrivait dans une lettre à sa famille le 26 novembre 1914 :
    « Quelque chose qui nous est intolérable à tous, c’est la littérature que font les publicistes à propos des tranchées, les ingéniosités des troupiers, le ton d’enthousiasme, la gaieté factice attribuée à la troupe, les descriptions d’un pittoresque voulu des arrangements des tranchées, etc. Tout cela c’est pure littérature. Les troupes sont calmes, résolues, résignées, sans plus, surtout par le froid et par le mauvais temps qui les plongent dans une misère terrible. Je trouve que c’est déjà très bien. L’idée que ces civils font tranquillement de la copie avec leur labeur, qu’ils donnent au public une impression tout à fait fausse de cette guerre rude et triste, qu’on trouve matière à jolies phrases, à attendrissements factices dans ces travaux boueux, faits sous les balles et les obus, fruits de fatigues, de périls, et de misère endurées en silence, cette idée nous porte à tous sur les nerfs. Barrès a bien mauvaise presse parmi nous, et quant à mon ancien ami Franc-Nohain (Maurice Legrand) qui a juste mon âge et ne connaît que de vue le fusil et la pioche, il me dégoûte au suprême degré. »
    Ce jugement est d’autant plus intéressant que son auteur était plutôt de sentiments nationalistes. » (p.44)
    « C’est […] au début de 1915 seulement que les groupes de l’Action française […] se réorganisèrent. » (p.63)
    « Jusqu’en 1917, à peu près jusqu’au deuxième semestre, la formule une guerre longue signifiait seulement une prolongation de quelques mois, chaque fois le terme envisagé ne reculait que l’automne au printemps, de l’hivers à l’été. La rupture se produisit en 1917, où une guerre longue commença à prendre le sens de guerre sans fin prévisible, au point de ne plus déceler pendant l’été 1918 l’approche pour très bientôt du dénouement. » (p.105)
    « Ainsi, du bellicisme nationaliste et cocardier au pacifisme internationaliste, de Barrès à Rolland, l’éventail des comportements des écrivains français durant la guerre fut large. Cependant, le défaitisme n’est pas ou peu représenté. » (p.162)
    « L’Echo de Paris où écrit Barrès, avec ses 500 000 exemplaires, est le plus important des journaux politiques. L’Action française voit son tirage augmenter. Le roman de René Benjamin, Gaspard, apparu à la vitrine des libraires en novembre 1915, obtient le prix Goncourt et est tiré à 150 000 exemplaires. » (p.164)
    « Pour Bergerac et pour Bourges, centres pacifistes assez entreprenants […] les ouvriers politiquement actifs [en 1918] ne dépassaient probablement pas 1 à 2% du total. » (p.280)
    « Le dimanche 10 novembre 1918, la foule est nombreuse dans les rues, d’autant plus qu’il fait beau. […]
    Il fallut encore attendre un jour avant que la grande nouvelle ne fût publiée. Ce fut alors dans Paris un déchaînement : « Tous les visages sont ivres de joie », conte le rapport en date du 12 novembre. » (p.299)
    « Tout en proclament son adhésion à l’Union sacrée, chaque catégorie idéologique -socialiste, radicaux, catholiques, nationalistes, etc.- conserva son point de vue sur la nature de la guerre et sur le pourquoi on la faisait. Les Français n’étaient vraiment unis que sur une chose : la France avait été agressée et il lui fallait donc se défendre. » (p.302)
    -Jean-Jacques Becker, Les Français dans la Grande Guerre, Paris, Robert Laffont, 1980, 317 pages.




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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.


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