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    François Broche, Dictionnaire de la Collaboration. Collaborations, compromissions, contradictions

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    François Broche, Dictionnaire de la Collaboration. Collaborations, compromissions, contradictions Empty François Broche, Dictionnaire de la Collaboration. Collaborations, compromissions, contradictions

    Message par Johnathan R. Razorback le Jeu 12 Mar - 11:18

    « A Paris, la Collaboration d’Etat ne cessera d’être critiquée, brocardée, combattue par les hommes et par les mouvements pour lesquels l’avenir de la France s’inscrivait dans une Europe à direction strictement allemande. » (p.Cool

    « la collaboration avec l’occupant, « mode d’accession obligatoire au gouvernement, pari géopolitique, choix de société » [Michèle Cointet, Nouvelle Histoire de Vichy, Fayard, 2013, p.13]. » (p.Cool

    « Pas plus que la Révolution française, la Collaboration ne fut un bloc. » (p.11)

    « Par nature, elle reposait sur une série d’ambiguïtés, de faux-semblants, d’arrière-pensées. » (p.11)

    « Elle est également pratiquée par toutes sortes de Français étrangers à l’extrême droite traditionnelle et au fascisme d’avant-guerre. » (p.14)

    « [Outre la motivation pacifiste ou anticommuniste] De nombreux syndicalistes, déçus par l’échec du Front populaire et séduits par les expériences corporatistes étrangères, basculeront dans une collaboration sans nuances. » (p.14)

    « Les attentistes enfin, par leur refus de s’engager, par leur passivité, constituent des soutiens objectifs du régime. » (p.15)

    « En réclamant avec insistance dans Je suis partout « le poteau » pour Georges Mandel, il a une part de responsabilité dans l’exécution de l’ancien ministre de l’Intérieur. » (p.172)

    « Cocteau, Jean (1889-1963). […]
    Poète, dramaturge, romancier, figure du Tout-Paris littéraire et artistique depuis les années 1910, il connaît au début de la Seconde Guerre mondiale deux grands succès au théâtre, avec Les Monstres sacrés et surtout Le Bel Indifférent, créé par Edith Piaf (1940). De tempérament pacifiste, il ressent une certaine attirance pour Adolf Hitler : « Chez Hitler, c’est le poète qui échappait à ces âmes de pions », écrit-il en parlant des dirigeants français de l’avant-guerre. « Il est fasciné par l’idée du chef-artiste, politique tout puissant en même temps que mécène et protecteur des arts, à la fois Napoléon et poète » (Ph. Burrin). Il fréquente les salons de la Collaboration, l’ambassade d’Allemagne, l’Institut allemand, et se laisse aller à écrire dans son Journal à propos de Hitler : « Il serait funeste d’empêcher un esprit pareil d’aller au bout de sa tâche, de l’étrangler en route » (2 juillet 1942). Cela ne l’empêche nullement d’être la cible de la presse collaborationniste parisienne, qui, lui faisant grief d’une homosexualité affichée, voit en lui un « Jocrisse dégénéré » (Lucien Rebatet), tente de faire interdire les représentations de La Machine à écrire et obtient la suspension des Parents terribles à la suite de chahuts organisés par le critique Alain Laubreaux (1941).
    Ces manifestations ne dissuadent pas Cocteau de collaborer à La Gerbe, de faire partie du comité d’honneur de l’exposition Arno Breker à l’Orangerie, d’adresser au sculpteur préféré de Hitler un admiratif « Salut à Breker » (Comoedia, 23 mai 1942), enfin, à la Libération, de signer la pétition en faveur de Robert Brasillach. Fréquentant à la fois des collaborateurs et des résistants, des nazis et des Juifs, il entend bien conserver en toutes circonstances son entière liberté. […] Aucune charge n’est finalement retenue contre lui par les diverses instances de l’épuration intellectuelle. » (p.251)

    « [Lucien Combelle] devient le directeur après le départ de Jean Fontenoy (février 1942). Lié à Céline et Pierre Drieu la Rochelle, il collabore à La Nouvelle Revue française, exalte […] l’Allemagne nazie. » (p.266)

    « Collaborationnisme.
    Attitude, opinion, engagement, fondés sur le désir de voir l’Allemagne nazie gagner la guerre contre les Alliés et instaurer un « Ordre nouveau » en Europe, et sur la volonté de l’aider à remplir ce programme.

    Le terme est forgé par Marcel Déat, qui l’utilise pour la première fois dans L’œuvre (4 novembre 1940). Au-delà des différences de motivations et des querelles personnelles, qui les amèneront parfois à s’opposer les uns aux autres, les collaborationnistes demeurent jusqu’au bout unis par leur allégeance à l’occupant. […]
    On distingue trois principaux groupes de collaborationnistes. Un premier est formé de germanophiles pro-nazis par haine ancienne de la République et de la démocratie plus ou moins « enjuivée » (Alphonse de Châteaubriand, Fernand de Brinon, Robert Brasillach, Pierre Drieu la Rochelle) […]
    Ces trois groupes sont amenés à prendre leurs distances, sinon à rompre, avec le régime de Vichy, jugé trop ambigu, trop « mou » -même si le respect formel pour le maréchal Pétain n’est pas remis en cause. » (p.263)

    « Dominique Venner développe une vision idéologique l’incitant à minimiser la singularité et l’horreur du nazisme et à justifier systématiquement l’action des partisans français de l’occupant. » (p.485)

    « Turlais, Jean (1922-1945). […]
    Responsable des lycéens bonapartistes, il rêve de « mettre l’Allemagne hors d’état de nuire » (lettre à François Sidos, 7 juin 1940). Après la défaite, il songe d’abord à s’engager dans les Forces françaises libres, puis se ravise, estimant qu’une entente est possible avec l’occupant dans le cadre d’un « fascisme européen ». Tandis qu’il prépare l’agrégation d’histoire, il collabore aux Cahiers français, organe des centres de jeunesse de Vichy auquel participent plusieurs « non-conformistes des années 30 », où il publie une « Introduction à l’histoire de la littérature fasciste » (juin 1943). […]
    Lié à Antoine Blondin (qui lui dédiera son recueil, Ma vie entre les lignes, 1982), à Roland Laudenbach (qui en fera le héros de son roman La Mauvaise Carte, publié sous le pseudonyme de Michel Braspart, 1951), à François Sentein, collaborateur de la revue Idées, il est l’auteur de deux recueils de poèmes, publiées après sa mort : Savoir par cœur et Poèmes de guerre (1946). Il s’engage dans la Milice après le débarquement allié en Normandie […] Refusant de partir pour l’Allemagne, il s’engage dans la 1ère armée française après la libération de Paris. Il est tué en Alsace quelques jours avant la fin de la guerre (4 avril 1945). » (pp.850-851)

    « « Vichysto-résistants » […]
    Pouvait-on résister à l’ombre du maréchal Pétain ? Dans le cadre de l’armistice imposé par le vainqueur ? En ménageant le Maréchal, sinon le régime de Vichy ? Sans remettre en cause la Révolution nationale ? L’historiographie récente tend à répondre par l’affirmative à toutes ces questions en abolissant la frontière longtemps imperméable entre le rejet total de l’armistice et de l’occupation, qui animait les premiers résistants, et la préparation de la revanche, forme de résistance sourde, secrète, déterminée, à l’occupant, qui se développe au sein de l’armée d’armistice et dans certains milieux vichyssois. Elle a, dans ce but, forgé le concept de « vichysto-résisants » : […]
    Dans sa thèse récente, Johanna Barasz définit les « vichysto-résistants » comme « des hommes qui, engagés dans la résistance active, ont été des soutiens effectifs de l’Etat français, approuvant, au-delà de la personne du maréchal Pétain, le régime, son idéologie ainsi que les politiques mises en œuvre, et dont l’expérience vichyste marque, d’un point de vue idéologique, organisationnel, stratégique et/ou relationnel, les formes de leur résistance ». Insistant sur les passerelles et les basculements dans le cadre de la lutte contre l’occupant, l’historienne identifie les caractères particuliers de la résistance des « vichysto-résistants », ses spécificités idéologico-politiques, stratégiques et organisationnelles, et rappelle qu’en dépit de leur refus de se rallier au général de Gaulle et de la volonté de ce dernier de rejeter en bloc le régime de Vichy et ses partisans, les vichysto-résistants ont fini par s’inscrire dans la Résistance en voie d’unification.
    » (pp.876-878)
    -François Broche, Dictionnaire de la Collaboration. Collaborations, compromissions, contradictions, Paris, Éditions Bellin, 2014, 925 pages.

    « La reconnaissance de l’ambivalence des situations et de l’ambiguïté des comportements ne dispense pas de porter un jugement et même des condamnations, mais le jugement ne saurait pas devancer la connaissance. » -René Rémond, « La complexité de Vichy », Le Monde, 5 octobre 1994.



    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).


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