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    Anatol Lieven, Le nouveau nationalisme américain

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Anatol Lieven, Le nouveau nationalisme américain Empty Anatol Lieven, Le nouveau nationalisme américain

    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 20 Avr - 14:41

    « Une majorité d’Américais [croient] que leur pays consacre 20% de son budget à l’aide internationale […] quand à la vérité elle n’atteint pas 1% et qu’elle est la plus faible du monde développé. » (p.29)

    « Ce que j’ai appelé l’ « antithèse » du nationalisme [civique] américain a des racines ethno-religieuses. Par certains aspects, cette tradition relève de ce qu’on a pu nommer le « nationalisme jacksonien », du nom du président Andrew Jackson (1767-1848). […] Courants qui tendent naturellement à remonter à la surface en temps de crise ou de conflit. » (p.31)

    « Ces peurs contribuent à donner aux nationalistes américains ce côté curieusement aigri, mesquin et défensif. » (p.34)

    « Historiquement parlant, en Europe du moins, le conservatisme radical et le nationalisme ont eu tendance à provenir de classes ou de groupes réellement sur le déclin ou qui se perçoivent comme tels, par suite de changements socio-économiques. » (p.34)

    « Ceux qui partagent de telles croyances sont généralement pleins d’amerturme, sur la défensive et naturellement prêts à partir en guerre contre de nombreuses évolutions du monde contemporain. » (p.35)

    « Mentalité d’assiégé. » (p.37)

    « [Chapitre 3. L’amertume de l’Amérique profonde]
    « Le nationalisme allemand est […] né en grande partie d’un profond sentiment d’infériorité et de vulnérabilité à l’égard de la France. » (p.203)

    « Réactions de peur, d’hostilité, de revendication, d’intransigeance et d’autosatisfaction. » (p.204-205)

    « C’est la culture nationaliste, et non la seule ignorance de la population, qui permet d’expliquer comment l’administration Bush a pu détourner la colère des Américains, après le 11 Septembre 2001, vers des objectifs sans rapport avec l’attaque. » (p.205)

    « Rôle du sentiment de défaite dans la génèse du nationalisme ; celui-ci, en effet, ne résulte pas nécessairement d’une défaite de la nation en tant que telle, mais de classes, de groupes et bien sûr d’individus en son sein. La haine et la peur dirigées vers l’étranger naissent souvent des tensions vécues à l’intérieur. » (p.205)

    « Style et une rhétorique de rupture radicale avec la culture dominante et les supposées élites changeantes. » (p.207)

    « Au milieu du XIXe siècle, le mouvement nativiste des « know nothing » rêvait de revenir à l’Amérique protestante des débuts, débarrassée des catholiques irlandais et du capitalisme émergent. » (p.209)

    « Si le « nationalisme jacksonien » comporte d’autres éléments significatifs, tels que le nativisme, l’anti-élitisme, l’anti-intellectualisme et l’aversion pour le Nord-Est, une forte conscience de l’identité blanche et une violente hostilité envers les autres races en ont été au cœur depuis toujours. » (p.216)

    « Les autres éléments qui ont façonné au cours du temps la tradition populiste-nationaliste en Amérique sont l’expérience sudiste de l’esclavage, les traditions culturelles et historiques propres aux protestants écossais d’Irlande qui dominèrent la frontière sud, ainsi qu’une culture de groupe profondément influencée par le protestantisme évangélique. » (p.218)

    « Pour chaque famille ayant trouvé dans l’Ouest le bonheur et la réussite, il y en avait une autre « convenable mais chancelante, qui laissait derrière elle un siècle de fermes en faillite, de suicides de ses hommes, de tombes d’enfants semées sur la route depuis l’Ohio jusqu’à la Côte, que le malheur avait poussé en vain vers l’Ouest » [Ursula K. Le Guin, « Malheur County », dans The Compass Rose (Grafton Books, Londres, 1984). » (p.230)

    « Les Blancs du Sud forment plus d’un cinquième de la population totale des Etats-Unis ; une part sinon dominante, du moins potentiellement très puissante. S’agissant du pouvoir politique, la position du Sud (et de l’Ouest, son allié habituel) est renforcée par le système fédéral américain, qui donne aux Etats peu peuplées mais à majorité blanche traditionaliste un poids disproportionné. Depuis les années 1970, seule une poignée d’Etats du Sud ont opté pour le candidat démocrate à l’élection présidentielle. » (p.232)

    « La figure de sir Walter Scott est à cet égard fascinante. L’engouement pour ses romans historiques et ses poèmes dans le Sud d’avant la guerre a généralement été interprété -et moqué- comme participant de la tentative des planteurs de s’inventer pour eux-mêmes une aristocratie britannique et de revendiquer l’ascendance des « Cavaliers ». Pour les Écossais d’Irlande, sur la Frontière, le rôle de ces lectures était assez différent : il s’agissait de « ré-imaginer », sous une forme expurgée et convenable, leur propre tradition historique, et par là, de romanticiser leurs propres vies sur la frontière du Sud, laquelle, comme on l’a vu, reproduisait, par bien des aspects, celle de leurs sauvages ancêtres.
    Si le Sud blanc avait obtenu son indépendance, Scott y serait aujourd’hui étudié sous le même angle que les poètes et romanciers nationalistes du XIXe siècle qui ont contribué à « imaginer leur nation » en faisant de contes et de légendes authentiques mais parcellaires des mythes nationaux -ainsi Elias Lonnrot en Finlande, ou Andrejs Pumpurs en Lettonie. » (p.240)

    « Selon le rencensement de 1880 les Noirs atteignaient 41% de la population du Vieux Sud. Dans les années 1960, ce chiffre s’était réduit de plus de la moitié. » (p.244)

    « Ayant renoncé à son rêve d’indépendance, il répondait à la condescendance du Nord par une surenchère nationaliste, et en particulier en surclassant les Yankees décadents et lâches dans leur empressement à combattre pour l’Amérique. On peut voir là un retour à des modèles d’avant la Guerre civile, à une époque où les gens du Sud étaient les plus ardents défenseurs de l’expansion impériale des Etats-Unis.
    Dabs le même temps pourtant, d’autres Américains commençaient à célébrer le Sud précisément parce qu’il avait été vaincu : une sorte de symboles de l’honneur et de la tradition pour ceux qui, de toutes les façons possibles, se sentaient aliénés ou mis en échec par les valeurs dominantes de l’Amérique bourgeoise. On pourrait parler d’une tendance « Henry Adams en Harley Davidson », fortement teintée du romantisme inhérent à la « cause perdue ». » (p.250)

    « Dans la plupart des pays, le penchant à l’autoritarisme et l’importance du chef semblent inhérents à ce type de tendance nationaliste. » (p.254)

    « Tout au long de l’histoire américaine, ces tendances à l’autoritarisme ont pris, la plupart du temps, une forme qu’on pourrait qualifier de civique ; elles ont de plus été énoncées, et même conçues en termes de défense du système démocratique libéral américain, et non comme une révolte contre celui-ci. » (p.255)

    « L’idée de volonté générale, telle qu’elle est formulée par Rousseau, peut donc être vue comme une tentative d’étendre à la vie d’une nation entière le modèle, puissant et admirable, mais baignant aussi dans une atmosphère parfois étouffante et répressive, d’une petite ville culturellement homogène. » (p.256)

    [4. Les fondamentalistes et la peur]
    « Comme l’a observé Samuel Huntington : « Plus un pays est religieux, plus il tend à être nationaliste ». » (p.277)

    « Les origines du fort courant d’anti-intellectualisme [au sein du nationalisme populiste] au sein de ce mouvement doivent beaucoup à la fusion d’une hostilité de classe envers les élites instruites et des peurs culturelles et religieuses suscitées par leur supposée culture de l’athéisme. » (p.294)

    « Cet appel rhétorique aux masses contre les élites traîtresses et les intellectuels est évidemment une caractéristique des mouvements nationalistes radicaux depuis leur origine. » (p.295)

    « Dans un sondage réalisé en 1998, 56% des Américains déclaraient qu’ils ne voteraient pas pour un président athée (certes un changement par rapport à 1958, où ils étaient 82% à penser la même chose). » (p.305-306)

    « Le modèle d’une société conservatrice en bonne santé est à chercher dans le passé. » (p.309)

    « [Norman] Cohn et ses collègues semblent pourtant ne pas avoir remarqué, tandis qu’ils analysaient des cultes vieux de cinq cent ans, que des groupes millénaristes, incarnant la même tradition, étaient encore vivants dans l’Amérique d’aujourd’hui, où il existe également une très forte corrélation entre de telles croyances et la pauvreté, la résidence en milieu rural ou en petite agglomération et surtout le manque d’instruction. […] Ressentiment des classes inférieures contre les élites en général, notamment celles qui sont assimilées à une origine « étrangère », les banquiers, par exemple. » (p.317)
    -Anatol Lieven, Le nouveau nationalisme américain, Gallimard, 2005 (2004 pour la première édition états-unienne), 489 pages.

    « Nous nous vantons d’être un peuple chrétien, de placer la morale au centre de notre civilisation […]. L’Europe, complètement abrutie d’alcool, fléau plus terrible que la guerre, la famine et la peste, nous envoie ses distillateurs, ses fabricants d’ivrognes et ses ivrognes, ou même ses buveurs quotidiens, apparemment plus sobres, avec toutes leurs idées antiaméricaines sur la morale et sur le gouvernement ; ils sont absorbés par notre vie nationale, mais ils ne sont pas assimilés ; ils ne savaient pas ce qu’était la liberté quand ils sont arrivés et ils veulent, chez nous, jouir d’une liberté sans limite, permettre ce que nous abhorrons […]. Ils dominent nos sabbats, et nous imposent leurs normes morales, qui sont scandaleusement immorales ; ils gouvernent nos grandes villes […] et les étrangers, pour nous conquérir, n’auront plus qu’à finir le travail en envoyant leurs armées et leurs flottes. »
    -Alphonse Ava Hopkins.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.


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