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    Marie Scot, Élie Halévy. Un regard français inédit sur le New Deal de Franklin D. Roosevelt

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Marie Scot, Élie Halévy. Un regard français inédit  sur le New Deal de Franklin D. Roosevelt  Empty Marie Scot, Élie Halévy. Un regard français inédit sur le New Deal de Franklin D. Roosevelt

    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 6 Mai - 22:56

    http://histoire-politique.fr/documents/31/autresArticles/pdf/HP31_Varia_1_MarieScot_def.pdf

    "En 1934 et en 1936, Élie Halévy entreprend d’inclure une leçon sur « la question sociale aux États-Unis et l’expérience Roosevelt » dans son cours sur le « Socialisme en Europe au XIXe siècle » qu’il professe à l’École libre des sciences politiques depuis 1902. Non reproduite dans le manuscrit publié chez Gallimard en 1948 par les amis et les élèves d’Élie Halévy sous le titre Histoire du socialisme européen." (p.1)

    "Bien que membre d’une École libre des sciences politiques adepte d’une histoire du temps présent aux limites du journalisme, Élie Halévy s’appuie avant tout sur des sources pour disserter de l’expérience Roosevelt – à l’inverse, par exemple, de son collègue André Siegfried qui a fait du voyage et de l’observation directe l’alpha et l’omega de son dispositif d’enquête. Halévy recourt néanmoins à une gamme de sources de nature très variée, allant de la documentation primaire (textes législatifs, rapports, littérature grise) à la presse généraliste (Times et Manchester Guardian Weekly), des mémoires des protagonistes (discours, interviews, biographies des New Dealers) aux reportages et essais des visiteurs étrangers (de Tessan, Maurois), de la chronique factuelle (L’année politique) à la presse spécialisée (numéro spécial des Cahiers des droits de l’homme, articles de The Round Table. The Commonwealth Journal of International Affairs et du The Political Quarterly) et à la littérature scientifique existante."(p.3)

    "Élie Halévy recommande également à ses étudiants l’histoire du socialisme aux ÉtatsUnis (1903) écrite par l’avocat et militant juif new-yorkais, Morris Hillquit, introducteur du marxisme aux États-Unis, membre fondateur du parti socialiste américain, en même temps que l’un de ses premiers historiens." (p.3)

    "Le Manchester Guardian et The Political Quarterly, utilisés de manière plus systématique, sont deux titres marqués à gauche, proches du Labour et des milieux réformateurs libéraux. The Political Quartely a ainsi été fondé en 1930 par deux professeurs de Public Administration de la London School of Economics and Political Science (LSE), Kingsley Martin et William Robson, et publie les articles de deux autres de ses membres, le libéral William Beveridge et le travailliste Harold Laski, en plus de ceux de John Maynard Keynes." (p.4)

    "À Londres, Élie fréquente principalement la LSE, institution fondée par la société Fabienne, et entretient des liens d’amitiés avec son directeur Sidney Webb et son épouse, Béatrice, ainsi qu’avec deux autres membres fondateurs, Bernard Shaw et Graham Wallas, professeur de science politique ; il est également reçu à Cambridge par Bertrand Russell et sa première épouse Alys. Il partage avec ces intellectuels anglais un même intérêt pour les jeunes sciences sociales (sociologie empirique, science politique et public administration, relations internationales) et, à défaut des mêmes engagements politiques, un même intérêt pour la réforme sociale et les doctrines socialistes." (note 15 p.4)

    "Robert Marjolin, jeune chercheur que le directeur de l’École normale supérieure (ENS), Célestin Bouglé, a envoyé un an à Yale en 1932-1933 grâce à une Rockefeller Fellowship pour y réaliser une étude sur le syndicalisme américain25 et qui s’impose comme l’un des meilleurs spécialistes français du New Deal." (p.5)

    "Il n’en va pas de même de ceux, très critiques envers le New Deal, de Siegfried qu’il mentionne par obligation dans la bibliographie de l’ELSP mais dont il ne fait aucun usage dans son « pré-cours»." (p.6)

    "L’absence de mention aux travaux d’André Philip sur le syndicalisme américain30 et à l’ouvrage de Georges Boris, La révolution Roosevelt31 paru en 1934 – qui s’imposent pourtant comme des lectures de référence, notamment dans les milieux socialistes – est plus difficile à interpréter." (p.6)

    "Élie Halévy participe aux travaux du CDS où se noue une sociabilité intellectuelle intergénérationnelle entre les « vieux » philosophes Bouglé et Halévy et les « jeunes » spécialistes des nouvelles sciences sociales – sociologie, économie, relations internationales, science et sociologie politique – que sont Raymond Aron, Robert Marjolin, Jean Stoetzel, Georges Friedmann et Étienne Mantoux. Élie Halévy propose ainsi un article sur le libéralisme anglais confronté à la crise économique et au repli protectionniste, dans le premier volume des Inventaires : la crise sociale et les idéologies nationales, publié en 1936 par le CDS, où figurent également les textes de Bouglé sur l’individualisme français, de Aron sur l’Allemagne et l’anti-prolétarisme hitlérien, de Bernard sur l’Italie et le corporatisme, de Friedmann sur la Russie « nouvelle », de Marjolin sur le New Deal, d’Étienne Dennery sur le Japon et l’Occident. C’est également au CDS qu’il fréquente Marjolin, jeune historien philosophe reconverti en « économiste », qui intègre l’Institut scientifique de recherches économiques et sociales (ISRES) fondé par Charles Rist et également financé par la Rockefeller, dont il devient la cheville ouvrière à partir de 193435. Le jeune homme, qui est l’un des « premiers économistes français que l’on puisse qualifier de keynésien », est également l’un des expert-économistes de la SFIO : il fait partie, avant de s’en éloigner, du groupe de la Révolution constructive, et se voit confier la rubrique hebdomadaire consacrée aux questions économiques nationales et internationales dans les colonnes du Populaire." (p.7)

    "Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’intérêt pour l’effervescence intellectuelle des années 1930 et pour les travaux des théoriciens américains et français de la technocratie de l’entre-deux-guerres est relancé, après-guerre, dans un Sciences Po refondé, devenu chantre du keynésianisme mais toujours en quête de légitimité, par Jean Meynaud, secrétaire général de la Fondation nationale des sciences politiques et de l’Association française et internationale de science politique (1947-1954), économiste et politiste spécialiste des lobbies et de la technocratie, par Jean Touchard, son successeur à la tête de ces mêmes institutions45, ou encore par Raymond Aron, élève (sans avoir été son étudiant) et ami d’Élie Halévy, qui dirigera les premières thèses sur le sujet et fera traduire et publier chez Gallimard les textes de Thornstein Veblen en 1970."

    "Le professeur invite ses étudiants à adopter une démarche généalogique qui fait remonter les sources du New Deal à la fin du XIXe siècle et au renouveau du progressisme américain nourri de philosophie pragmatique, qui intègre les présidences Roosevelt (Th.) et Wilson, qui s’attarde sur l’étape cruciale de la Grande Guerre, matrice du Warfare State, des expériences d’économie dirigée et d’intervention de l’État [feuillets 2-3], et qui intègre dans la même lignée la présidence libérale d’Herbert Hoover, sur laquelle Élie Halévy jette un regard contre-intuitif en en faisant une étape annonciatrice du New Deal [feuillets 4-5]. Dans ce récit, le programme de la Tennessee Valley Authority n’est que l’ultime étape du processus de construction en 1917 du Wilson Dam alimentant en énergie des usines chimiques de guerre [feuillet 8], et que le dénouement de l’âpre bataille politique et économique autour du contrôle de la production électrique et, plus généralement, du rôle de l’État dans le développement économique et social ; la National Recovery Administration n’est que l’ultime avatar du War Industries Board instauré en 1917. De même, les grands travaux rooseveltiens s’inscrivent dans la continuité de l’Emergency Relief and Construction Act de Hoover, tout comme sa politique bancaire qui ranime les Reconstruction Finance Corporation et Home Loan Bank instaurées par Hoover, elles-mêmes inspirées des précédents de la Grande Guerre.  Le choix narratif de la mise en généalogie et de la longue durée permet ainsi à Halévy d’éviter les pièges du présentisme et de nuancer la « nouveauté » et la « rupture » que constituerait l’expérience Roosevelt." (p.10)

    "Élie Halévy est loin de proposer une « histoire globale » du New Deal, comme il l’a tenté (et réalisé) pour le socialisme au tournant du siècle." (note 55 p.12)

    "Parce qu’il se déclare incompétent et n’a pas lu le Treatise on Money publié en 1930 ni la General Theory of Employment, Interest and Money parue en 1936, il reste tributaire de l’interprétation française de la pensée de Keynes. Ainsi assimile-t-il ce dernier – suivant en cela les économistes libéraux français – à la première école libérale, comme en témoigne cette généalogie précise – « Adam Smith et Ricardo, Richard Cobden, Norman Angell et Maynard Keynes, loin d’être socialistes, sont des doctrinaires libéraux, des adversaires conscients du socialisme » – et son insistance à faire des théories keynésiennes un « mercantilisme » et de Keynes un champion de l’échange et de l’ouverture des marchés. Il s’étonne dès lors que le Labour Party reprenne à bon compte les théories de Keynes, tout en soulignant l’influence plus naturelle de ce dernier sur le programme économique du parti libéral de Lloyd George. S’alignant sur les plus orthodoxes des économistes français, Élie Halévy peut conclure, en extrapolant à la situation américaine, que, si le rooseveltisme est d’inspiration keynésienne, c’est un libéralisme…" (p.19)

    "Si Thornstein Veblen et Howard Scott ont élaboré une théorie critique du libéralisme économique et de sa version capitaliste américaine, et s’ils ont analysé, « après Sismondi et Marx », le « déséquilibre entre production et consommation », force est de constater, selon Halévy, qu’ils en « concluent autrement » en « s’élevant contre les financiers » et les rentiers qui doivent être écartés de la direction des affaires, et surtout en « essayant de soulever les techniciens de tous ordres » qui doivent les remplacer. Bref, en ressuscitant la théorie saint-simonienne des abeilles et des frelons. L’idéologie technocratique, même si elle ébranle au même titre que le marxisme le paradigme libéral, n’en serait donc pas un ; Halévy peut a maxima la rapprocher d’un socialisme à tendance saint-simonienne." (p.20)
    -Marie Scot, « Élie Halévy. Un regard français inédit sur le New Deal de Franklin D. Roosevelt », Histoire@Politique, n° 31, janvier-avril 2017.




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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).


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