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    Pierre Barbéris, Chateaubriand et le préromantisme

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Pierre Barbéris, Chateaubriand et le préromantisme Empty Pierre Barbéris, Chateaubriand et le préromantisme

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 16 Mai - 17:38

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Barbéris

    https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1968_num_75_3_2484

    "Le romantisme est né dès le XVIIIe siècle de ce que l'homme désancré de tout absolu par les révolutions en cours, s'est trouvé démesurément libre, mais d'une liberté incapable de rejoindre aucune foi, et d'une liberté à qui ne s'offrait guère pour carrière que la satisfaction de besoins et d'ambitions égoïstes, ceci dans le cadre de ce que Rousseau appelait la société civile et que nous appellerions aujourd'hui la société marchande: une société dans laquelle les valeurs d'échange l'emportent sur les valeurs d'usage. Par conséquent, élans et retombées, ce couple-clé du romantisme ne relève pas seulement de particularités psychologiques ou biographiques, mais bien aussi et surtout d'une situation historique. L'Homme moderne va d'une soif intense et démesurée de vivre à la douloureuse prise de conscience des difficultés à vivre. Ce degré zéro du romantisme se trouve déjà dans toute une première littérature romantique, où les passions, le sentiment, que ne retient plus la morale traditionnelle, envahissent tout l'être, le dilatent aux dimensions du monde, puis se replient, amers, creusent, engendrent le doute, développent le goût pour la solitude. Il fallait, d'abord, cette totale remise de l'Homme à lui-même par les révolutions bourgeoises, la découverte d'immenses possibilités, pour que s'affirment les exigences et s'ouvrent les portes de l'imaginaire. Il fallait, ensuite, la découverte de nouvelles limites, au sein d'un monde cependant renouvelé, révolutionné, la prise de conscience d'aliénations neuves, pour naisse le dégoût des choses. […] Avant même que la révolution et ses conséquences ne viennent expliciter les composantes historiques du mal du siècle, toute une littérature avait exprimé cet état d'esprit, qui, bien plus que le procès d'individus hypersensisbles ou désaxés, instruit le procès d'une société à son aurore. La nature, que chacun sent en soi et dont chacun éprouve la nostalgie ne saurait se reconnaître en cette société qui se compose et qui s'installe. […] Chateaubriand vient en partie de là ; dès avant 1789, il a l'idée qu'existe, que peut exister, une nature dont il voudrait écrire l'épopée, une nature, non pas rugueuse, rompue, brisée par l'égoïsme social, mais une nature libre et libératrice, alors que la société est fondamentalement aliénée. Critique simplement passéiste ? Il est des époques où l'idée de retour est la seule qu'on puisse opposer à un présent de moins en moins acceptable mais qui a pour lui le seul avenir historique possible." (pp.547-548)

    "Carrières brisées, propriétés vendues, raisons de vivre rendues vaines, l'avenir à jamais paralysé: des milliers d'hommes dépouillés désormais, sans "maximes d'action", vivaient d'une vie diminuée. René n'est pas seulement un jeune homme que tourmentent ses désirs ; René est un jeune aristocrate dont la Révolution a fait un proscrit. Etranger parmi les siens, il est aussi devenu comme étranger vis à vis de soi-même. Quelles autres images pourraient affluer en lui que celles de la mousse séchée, du puit tari, de la feuille emportée par le vent ? Ces longues bruyères sur lesquelles il s'égare, c'est l'océan sans bornes, indéterminé, la vie qui ne sait, qui ne peut se prendre à rien. La vie échappe à René, parce qu'elle échappe à sa classe, errante, impuissante, dispersée." (p.550)

    "Senancour qui était hostile, lui aussi à la Révolution, parce qu'elle l'avait ruiné et tenu à l'écart, Senancour a vu clair, lui aussi, dans cette société nouvelle qui avait exilé les aristocrates, mais qui exilait aussi les pauvres et qui prétendait avoir donné le dernier mot de tout." (p.554)
    -Pierre Barbéris, "Chateaubriand et le préromantisme", Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, Année 1968, 75-3, pp. 547-558.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).


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