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    Christian Chelebourg, La quadrature du conte. La féerie en France au temps du romantisme (1800-1848)

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Christian Chelebourg, La quadrature du conte. La féerie en France au temps du romantisme (1800-1848) Empty Christian Chelebourg, La quadrature du conte. La féerie en France au temps du romantisme (1800-1848)

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 16 Mai - 22:57

    https://www.cairn.info/revue-romantisme-2015-4-page-35.htm

    "Le destin des fées et des génies est très étroitement lié à l’origine du romantisme. L’ignorer, c’est prendre le risque de passer à côté de questionnements qui ont participé à la structuration du champ des Lettres pendant le demi-siècle qui a mené du Consulat à la Révolution de 1848 et vu l’éclosion, en France, d’une déclinaison originale du vaste mouvement esthétique qui parcourait l’Europe. Ce sont précisément les conditions de ce qu’on pourrait appeler « l’exception française » qui se trouvent concernées par le rapport des écrivains à la féerie. C’est en grande partie sur ce terrain que le pays de Boileau et de Voltaire, comme de Robespierre et de Napoléon, se distingue de ses voisins. La manière dont les romantiques ont sorti la féerie de l’impasse esthétique et poétique dans laquelle elle se trouvait au début du siècle, la manière dont ils ont géré les difficultés insolubles auxquelles elle les confrontait, jusqu’à lui permettre de renaître de ses cendres, mérite d'être exposée."

    "Les quarante et un tomes du Cabinet des fées, composés par le Chevalier Charles-Joseph de Mayer entre 1785 et 1789, sont parfaitement révélateurs de la conception du conte qui prévalait, dans les dernières années du règne de Louis XVI, à l’heure où les nations alentours recherchaient dans le merveilleux leurs traditions populaires. Outre que la compilation est purement littéraire, puisqu’elle ne reprend que des textes édités, elle mêle aux œuvres des principaux auteurs français de larges extraits des Mille et Une Nuits de Galland aussi bien que d’autres récits orientaux réels ou factices comme les prétendus contes tartares de Thomas-Simon Gueullette. Elle relève donc de la culture savante, lettrée, sans se soucier de transmission orale ni d’origine rurale, et envisage le patrimoine féerique en dehors de toute préoccupation patriotique."

    "La période révolutionnaire est marquée par la codification progressive d’un sous-genre original, bientôt dénommé Féerie, qui se spécialise dans les fables amoureuses à grand spectacle, mêlant le chant, voire le ballet, à la comédie. Le surnaturel y contribue au plaisir des yeux par le biais des décors et des machines, comme à l’extravagance d’intrigues affranchies des contraintes de la vraisemblance. C’est là d’ailleurs, bien avant l’apparition du drame romantique, que s’amorce, sur le plan de la dramaturgie, la rupture avec les unités classiques."

    "L’émergence d’un marché pour la jeunesse débarrassé des raideurs édificatrices d’antan, favorise un meilleur épanouissement du merveilleux. Les circonstances y sont favorables et, désormais, la France est en phase avec ses voisins. En 1836, F.C. Gérard donne une première traduction de contes choisis des frères Grimm, qui viennent enrichir le patrimoine folklorique ; Xavier Marmier présente Hans Christian Andersen dès 1837 dans La Revue de Paris et deux ans plus tard dans son Histoire de la littérature en Danemark et en Suède. S’il n’évoque alors que le romancier et le poète, ignorant tout des Eventyr Fortalte för Barn (littéralement : Aventures racontées aux enfants dont la parution avait commencé en 1835, il saisit bien la mélancolie de l’auteur – « sa muse ne sait pas rire » – et ce qu’il en dit a tout pour donner aux romantiques l’envie de le découvrir : « Sa vraie nature est de se laisser aller aux émotions du cœur et de les dépeindre avec naïveté ; sa vraie nature est de s’associer aux scènes champêtres qu’il observe. » En 1843, un séjour parisien donne au conteur l’occasion de côtoyer Hugo, Vigny, Lamartine, tout le gratin des Lettres. Il est connu de toute l’Europe intellectuelle, même s’il faudra attendre 1848 pour que sortent dans la presse française quelques traductions de ses contes dont David Soldi, en 1856, donnera une sélection chez Hachette."
    -Christian Chelebourg, « La quadrature du conte. La féerie en France au temps du romantisme (1800-1848) », Romantisme, 2015/4 (n° 170), p. 35-48. DOI : 10.3917/rom.170.0035. URL : https://www.cairn.info/revue-romantisme-2015-4-page-35.htm




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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.


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