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    Julian Mischi, Les territoires ruraux, des espaces ouvriers en mutation

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Ven 16 Oct - 9:50

    https://metropolitiques.eu/Les-territoires-ruraux-des-espaces.html

    "En dépit de la réduction régulière de ses effectifs depuis les années 1970, le groupe ouvrier représente encore plus de 20 % de la population active en France. Un homme actif sur trois est ouvrier. Le déclin symbolique du groupe ouvrier, lui, est prononcé : selon une vulgate tenace, on serait désormais passé à une société post-industrielle où les usines et les ateliers constitueraient des vestiges du passé. Cet effacement symbolique du groupe ouvrier, malgré son poids statistique, s’explique probablement par la distance sociale des producteurs de représentations dominantes à l’égard des milieux populaires. Cette distance sociale se double d’une distance spatiale : loin des centres-villes embourgeoisés, les ouvriers vivent surtout dans les cités d’habitat collectif des banlieues, les zones pavillonnaires du périurbain, ainsi que dans les espaces ruraux plus reculés. Leur part est ainsi particulièrement importante dans les villages et les bourgs industriels, qui parsèment les campagnes françaises et constituent des espaces populaires où les classes dominantes sont peu nombreuses. Avec les employés, ils forment l’ensemble des classes populaires."

    "En 2008, les agriculteurs ne représentent plus que 6 % des actifs des territoires ruraux alors que les ouvriers en représentent 32 %. Les ouvriers sont aussi proportionnellement plus nombreux dans les espaces ruraux que dans les grandes aires urbaines où leur part n’est plus que de 22 % de la population active. La baisse du nombre d’ouvriers est un processus général en France qui est moindre dans les bassins ruraux, avec même pour certains d’entre eux le maintien, voire la progression, des effectifs d’ouvriers qualifiés des activités artisanales, de transport et de manutention."

    "Alors que les grandes villes accumulent les emplois appartenant aux fonctions intellectuelles, de gestion et de décision, les activités de fabrication industrielles se localisent désormais surtout dans les espaces ruraux ou périurbains (Puymbroeck et Reynard 2010). Toutefois, les cadres de ces usines résident rarement sur place. Aussi la forte présence ouvrière dans les campagnes résulte-t-elle également de processus de ségrégation spatiale : tandis que les classes dominantes ont les ressources pour habiter et vivre au sein des agglomérations, les ouvriers en sont souvent exclus du fait des mécanismes de sélection sociale liés à la hausse du marché immobilier et foncier."

    "Outre les activités industrielles liées au raffinage, au nucléaire et à la métallurgie, des secteurs économiques en expansion, tels la maroquinerie (Louis Vuitton), la production de médicaments (Sanofi), les entrepôts de distribution (Amazon) ou encore l’agroalimentaire (Danone) déploient essentiellement leurs usines dans les territoires ruraux et périurbains. Par rapport à leurs homologues urbains, les ouvriers ruraux travaillent souvent dans de petites unités de production et leur niveau de qualification est en général plus faible. S’ils sont plus souvent propriétaires de leur logement, ils n’échappent pas aux processus généraux de déstabilisation de la condition ouvrière (Renahy 2005).

    Le taux d’activité féminin est plus bas dans les espaces ruraux. On sait que les employés, qui sont très majoritairement des femmes, constituent l’autre composante des classes populaires (formant un peu plus de la moitié de leurs effectifs)
    ."

    "Par rapport aux hommes, les jeunes femmes appartenant aux classes populaires rurales peuvent connaître un isolement important à la fois dans l’espace professionnel (travaillant seules ou au sein de collectifs de travail réduits), sur les scènes de sociabilité locale (les cafés, le football, la chasse ou la pêche sont des univers très masculins), mais aussi dans le couple."

    "Dans la période récente, le déclin du paternalisme issu de la bourgeoisie économique de type « ancien », la montée d’une technocratie intercommunale portée par une petite bourgeoisie culturelle et l’arrivée de nouveaux résidents transforment profondément les formes de la domination sociale des classes populaires en milieu rural. Dans le cas des grandes firmes implantées dans les campagnes, la direction de l’entreprise est désormais extérieure à l’espace local. En outre, les cadres et dirigeants d’entreprise cultivent de plus en plus leur entre-soi bourgeois dans des espaces réservés, souvent en ville. Ils s’inscrivent de moins en moins dans la vie politique et associative des petites localités populaires."
    -Julian Mischi, « Les territoires ruraux, des espaces ouvriers en mutation », Métropolitiques, 16 septembre 2013. URL : https://metropolitiques.eu/Les-territoires-ruraux-des-espaces.html




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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.


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