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    Geneviève Fraisse & Michelle Perrot, Histoire des femmes en Occident, tome 4 "Le XIXe siècle" + Histoire des femmes en Occident, tome 5 "Le XXe siècle"

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 19 Oct - 12:27

    "L'image d'un XIXe siècle sombre et triste, austère et contraignant pour les femmes, est une représentation spontanée. Certes, ce siècle a repensé la vie des femmes comme le déroulement d'une histoire personnelle soumise à une codification collective précise, socialement élaborée. On aurait tort de croire cependant que cette époque est seulement le temps d'une longue domination, d'une absolue soumission des femmes. Car ce siècle signe la naissance du féminisme, mot emblématique qui désigne aussi bien des changements structurels importants (travail salarié, autonomie de l'individu civil, droit à l'instruction) que l'apparition collective des femmes sur la scène politique. Ainsi faudrait-il dire plutôt que ce siècle est le moment historique où la vie des femmes change, plus exactement où la perspective de la vie des femmes change: temps de la modernité où est rendue possible une position de sujet, individu à part entière et actrice politique, future citoyenne. Malgré l'extrême codification de la vie quotidienne féminine, le champ des possibles s'agrandit et l'aventure n'est pas loin.
    Le XIXe siècle s'ouvre et se ferme sur deux événements, une révolution, une guerre: les historiens le parcourent de 1789 à 1914, sans qu'on puisse dire pour autant que ces événements produisent l'essentiel du sens de cette époque. Pour ce qui est des femmes cependant, on remarquera qu'une révolution comme une guerre peut les appeler à la tâche tout en sachant ensuite plus ou moins vite les congédier
    ." (pp.11-12)

    "Le féminisme qu'on aperçoit en filigrane dans la pratique révolutionnaire de 1789 surgit après 1830." (p.13)

    "Ce sont les philosophes allemands qui donnent le ton tout au long du siècle." (p.17)
    -Geneviève Fraisse & Michelle Perrot, "Ordres et libertés", in Geneviève Fraisse & Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome 4 "Le XIXe siècle", Perrin, 2002 (1991 pour la première édition), 765 pages, pp.11-18.

    "La travailleuse acquiert au cours du XIXe siècle un relief extraordinaire. Certes, elle existait longtemps avant l'avènement du capitalisme industriel, gagnant sa vie comme fileuse, couturière, ouvrière dans l'orfèvrerie, la brasserie, la métallurgie, comme boutonnière, dentellière, bonne d'enfants, fille de laiterie ou femme de chambre dans les villes et les campagnes d'Europe et d'Amérique. Mais, au XIXe siècle, elle est observée, décrite, étudiée, avec une attention sans précédent." (p.479)

    "Les questions qu'elle suscitait étaient toujours les mêmes: une femme doit-elle travailler pour de l'argent ? Quelle est l'influence du travail salarié sur le corps d'une femme et sur sa capacité à remplir son rôle de mère de famille ? Quelle sorte de travail est convenable pour une femme ? Tout le monde n'était pas d'accord avec le législateur français Jules Simon qui déclarait en 1860 qu' "une femme qui se met à travailler n'est plus une femme", mais la plupart de ceux qui prenaient part au débat sur le travail des femmes organisaient leur argumentation autour d'une prétendue opposition entre foyer et travail, maternité et salariat, féminité et productivité." (p.480)

    "Certaines femmes travaillaient déjà régulièrement hors de chez elles dans la période qui précède l'industrialisation. Mariées ou célibataires, elles vendaient des marchandises sur les marchés, gagnaient de l'argent grâce à de petits commerces ou au colportage, se louaient pour des emplois temporaires, comme bonnes d'enfants ou blanchisseuses, faisaient de la poterie, de la soie, de la dentelle, des vêtements, des objets en métal, de la quincaillerie, du tissage ou de l'impression de tissus dans les ateliers. Si le travail et les soins des enfants n'étaient pas compatibles, les mères envoyaient leurs bébés chez des nourrices ou des gardiennes plutôt que d'abandonner leur emploi. A la recherche d'un salaire, les femmes s'engagèrent dans de nombreux métiers et se déplacèrent aussi d'un emploi à un autre. Maurice Garden remarque dans son livre sur Lyon que l' "ampleur du travail féminin est un des traits marquants de la société lyonnaise au XVIIIe siècle..."." (p.483)

    "Dans la plupart des pays occidentaux en cours d'industrialisation, le service domestique constituait le secteur d'emploi le plus important pour les femmes. En Angleterre, premier nation industrielle, 40% des travailleuses étaient domestiques en 1851, alors que 22% seulement se trouvaient employées dans les usines textiles ; en France, les chiffres correspondants, en 1866, étaient de 22% pour les emplois de domestiques et de 10% dans le textile ; en Prusse, en 1882, les domestiques étaient 18% de l'ensemble des travailleuses, et les ouvrières d'usine 12% environ. Mais, que l'on considère les domestiques ou les ouvrières d'usine, il s'agissait de filles du même âge. [...] A Roubaix, dans l'industrie textile, 82% des employées avaient moins de trente ans ; à Stockport, en Angleterre, l'âge moyen des tisserandes était de 1841 de vingt ans, et de vingt-quatre ans en 1861." (pp.484-485)

    "S'il y eut des problèmes liés à ces changements -une discipline horaire nouvelle, des machines bruyantes, un salaire dépendant du marché et des cycles économiques, des employeurs mus par le désir de profit, ils ne venaient cependant pas du fait que les femmes avaient quitté leur foyer et leur cadre familial. (En fait, le travail en usine permit souvent à des filles qui auraient dû habiter chez leur patron de vivre au contraire avec leur famille.)." (p.485)

    "Les femmes travaillaient davantage dans des secteurs "traditionnels" de l'économie que dans des fabriques industrielles. Dans la petite manufacture, le commerce et le service, les femmes mariées ou célibataires suivaient l'exemple du passé: elles travaillaient sur les marchés, dans les boutiques ou chez elles, vendaient des produits alimentaires, transportaient des marchandises, faisaient du blanchissage, tenaient des pensions de famille, fabriquaient des allumettes ou des boîtes d'allumettes, des boîtes en carton, des fleurs artificielles, des bijoux et des pièces de vêtements. Les lieux de travail étaient variés, même pour une seule femme." (pp.485-486)

    "Dans les années 1830-1840, en France et en Angleterre, avec le développement de l'industrie de la confection, les ouvrières trouvèrent un peu partout du travail (à faire chez elles ou en atelier). Bien que la production de vêtement ait commencé à se développer en usine (dans les années 1850 en Angleterre, les années 1880 en France), le travail à la tâche (sweated labor) restait le plus répandu." (p.486)

    "Les emplois "en col blanc" ont conservé certains traits marquants du travail des femmes. Ces emplois sont apparus vers la fin du XIXe siècle dans le secteur commercial et le service public. [...] Ces emplois s'adressaient au même genre de femmes que celles qui avaient constitué la main-d'œuvre féminine typique: des filles jeunes et célibataires. Les bureaux du gouvernement, les compagnies d'affaires et d'assurance embauchèrent des secrétaires, des dactylos et des commises, les bureaux de poste s'adressèrent aux femmes pour la vente des timbres, les compagnies du téléphone et du télégraphe employèrent des opératrices, les boutiques et les grands magasins recrutèrent des vendeuses, les hôpitaux, nouvellement organisés, embauchèrent des équipes d'infirmières, et les écoles subventionnées par l'Etat des enseignantes. [...]
    Il y eut donc un déplacement massif, tout au long du XIXe siècle, des activités domestiques (citadines ou rurales, ménagères, artisanales et agricoles) vers les emplois "en col blanc". [...] En France, en 1906, les femmes occupaient plus de 40% des emplois en col blanc
    ." (pp.487-488)

    "On ne peut donc pas soutenir la thèse que l'industrialisation provoqua une séparation entre foyer et travail, forçant les femmes à choisir entre travail domestique et travail salarié. On ne peut pas davantage démontrer que cette séparation a posé aux femmes des problèmes en les maintenant dans des emplois marginaux et peu rémunérés." (p.489)

    "Les syndicats refusaient souvent l'adhésion de femmes, ou bien demandaient qu'on leur accorde, avant qu'ils acceptent les acceptent, un salaire égal à celui des hommes. [...] Les femmes étaient associés à l'idée d'un travail bon marché, mais tous les travaux de cette sorte n'étaient pas jugés bons pour elles. Si on pensait qu'elles pouvaient exercer un métier dans la chaussure, le tabac, l'alimentation et le cuir, on les trouvait rarement dans les mines, le bâtiment, la construction mécanique ou la construction navale, même quand le besoin de main-d'oeuvre dite "non qualifiée" se faisait sentir. [...] Le sexe devint [...] un critère de recrutement de plus en plus important. Les travailleuses étaient embauchées pour des "travaux de femmes", adaptés d'une manière ou d'une autre à leurs compétences physiques et à leur niveau propre de productivité. Ce discours provoqua une division sexuelle de la main-d'œuvre sur le marché du travail, rassemblant les femmes dans certains emplois, les plaçant toujours au bas d'une hiérarchie professionnelle, et établissant leurs salaires à des taux insuffisants pour leur subsistance." (p.490)

    "Même lorsque la mécanisation augmentait leur productivité, comme dans l'industrie de la bonneterie à Leicester (Angleterre) durant les années 1870, les salaires des femmes restaient au niveau très bas (par rapport à ceux des hommes) qu'ils avaient dans le travail familial." (p.494)

    "Dans le service français du télégraphe, durant les années 1880, hommes et femmes travaillaient dans des pièces séparées, et sur des postes différents, sans doute pour limiter les contacts entre des personnes de sexes différents, et l'immoralité qui auraient pu s'ensuivre. De plus, les locaux, nettement différenciés, soulignaient l'inégalité de statut entre travailleurs et travailleuses, différence reflétée dans les barèmes appliqués aux salaires pour chacun des groupes." (p.499)

    "Dans d'autres régions, elles formaient des organisations syndicales nationales féminines, et recrutaient des travailleuses dans les métiers les plus divers. (La British Women's Trade Union League, créée en 1889, par exemple, fonda la Fédération nationale des travailleuses en 1906 et, à l'aube de la Première Guerre mondiale, en 1914, comptait environ 20 000 membres)." (p.502)

    "Au XIXe siècle, la revendication d'un salaire familial occupa une place de plus en plus centrale dans la politique des syndicats. Ce salaire ne fut, bien sûr, jamais tout à fait effectif, et les femmes mariées continuèrent à chercher du travail, mais la femme au foyer commença à représenter l'idéal de respectabilité des classes laborieuses." (p.504)

    "En Angleterre, d'après Jane Lewis, le recensement de 1881 fut le premier à exclure les occupations ménagères des femmes des catégories de travail. "Dès que les femmes qui travaillaient à la maison ont été classés comme "sans emploi", le taux d'activité des femmes fut réduit de moitié". Auparavant, femmes et hommes de plus de vingt ans avaient des niveaux d'activité économique équivalents. Après 1881, vie domestique et productivité furent présentées comme antithétiques. Cette reclassification (qui eut lieu également dans d'autres pays, à des dates différentes) ne reflétait pas tant les changements dans les conditions d'emploi qu'une interprétation sociale de la différence entre les sexes. Les femmes à la maison n'étaient pas des travailleuses, ou n'étaient pas supposées l'être ; en fait, quelquefois, même si elles gagnaient de l'argent chez elles à des travaux de couture ou autres, les agents du recensement ne considéraient pas cette activité comme du vrai travail, puisqu'elle n'était exercée ni à plein temps, ni hors de la maison. Le résultat fut que la plus grande partie du travail rémunéré exercé par les femmes n'apparut pas dans les statistiques gouvernementales ; invisible, il ne pouvait pas être l'objet d'attention ni d'amélioration." (pp.510-511)
    -Joan W. Scott, "La Travailleuse", in Geneviève Fraisse & Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome 4 "Le XIXe siècle", Perrin, 2002 (1991 pour la première édition), 765 pages, pp.479-511 pages.

    "Il y eut alors comme un "âge d'or" du féminisme occidental qui participe au développement de la démocratie et de l'individualisme."
    -Geneviève Fraisse & Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome 4 "Le XIXe siècle", 2002 (1991 pour la première édition), 765 pages, p.536.

    "Théorie des "sphères" dont Ruskin se fait l'interprète (Of Queen's Gardens, 1864)." (p.539)

    "La philanthropie a constitué pour les femmes une expérience non négligeable qui a modifié leur perception du monde, leur sens d'elles-mêmes et, jusqu'à un certain point, leur insertion publique. [...] London Bible Women and Nurses Mission de Ellen R. White en 1859 ou la Charity Organization Society d'Octavia Hill en 1869. [...] Octavia Hill, femme d'affaires avisée et membre de très nombreux comités, conçoit la philanthropie comme une science destinée à promouvoir la responsabilité individuelle ; son livre, Our Common Land (1877), empreint d'idéologie libérale, exprime une foi optimiste dans l'initiative privée qu'elle préfère à l'intervention de l'Etat." (p.541)

    "Des féministes, des syndicalistes, telles Gabrielles Duchêne et Jeanne Bouvier, créèrent un Office du travail à domicile, fortement documenté, et furent à l'origine de la loi du 10 juillet 1915 instituant pour la première fois contrôle du travail à domicile et minimum de salaire: deux mesures qui inaugurent un droit social nouveau." (p.543)

    "[A la fin du siècle] La gestion du social passe aux mains des politiques et des professionnels: médecins, juristes, psychologues, prompts à faire des femmes des auxiliaires cantonnées dans les emplois subalternes: infirmières, assistances sociales. Un autre type de lutte, pour la formation professionnelle et la reconnaissance de diplômes garants d'un statut, commence." (p.547)

    "En France, entre 1870 et 1890, elles représentent 4% des grévistes alors qu'elles forment 30% de la main-d'œuvre." (p.550)

    "En Grande-Bretagne, où la sociabilité féminine était peut-être plus développée et le suffragisme spécialement éclatant, la situation était différente. Les tisseuses en coton du Lancashire, fortement syndiquées, sont en même temps des suffragistes militantes. [...] Elles mènent dans les années 1893-1900 une ardente campagne de pétitions et réunissent près de 30 000 signatures d'ouvrières que leurs déléguées portent au Parlement." (p.554)

    "La loi du 30 avril 1793 renvoie dans leurs foyers les femmes aventurées aux armées et leur interdit désormais toute prestation militaire ; il en subsistera quelques-unes, dissimulées. Mais l'opprobre désormais s'attache à celles qui s'enrôlent. En 1848, la raillerie salace poursuit les Allemandes, et surtout les Vésuviennes de Paris, ces femmes du peuple armées, qui avaient l'audace de revendiquer une "Constitution politique des femmes", le port du costume masculin et l'accès à tous les emplois publics, "civils, religieux, militaires"." (p.570)

    "L'image de la femme soldat, compatible avec une vision aristocratique et religieuse, était devenue insupportable à ce siècle bourgeois, pour lequel la violence des femmes -criminelles, guerrières ou terroristes- est un scandale." (p.571)
    -Michelle Perrot, "Sortir", in Geneviève Fraisse & Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome 4 "Le XIXe siècle", Perrin, 2002 (1991 pour la première édition), 765 pages, pp.539-574.






    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mar 20 Oct - 17:10, édité 2 fois


    _________________
    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

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    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 20 Oct - 17:09


    "
    (p.13)
    -Françoise Thébaud (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome 5 "Le XXe siècle", Perrin, 2002 (1992 pour la première édition), 765 pages.

    "Question des événements qui font sens pour les femmes et bousculent la chronologie, masculine, de l'histoire générale." (p.65)

    "Il ne s'agit plus, impasse théorique qui peut conduire à des contresens historiques, de les étudier [les femmes] isolément, comme dans un vacuum, bien plutôt de proposer une approche sexuée du siècle, d'introduire dans l'histoire globale la dimension du rapport entre les sexes, le "gender" des Américaines qu'on peut traduire par le français "genre", l'italien "genere", l'allemand "Geschlecht". Avec la conviction que ce rapport entre les sexes n'est pas un fait de nature mais une relation sociale construite et sans remodelée, à la fois effet et moteur de la dynamique sociale. Et donc une catégorie d'analyse utile, au même titre que les rapports, familiers aux historiens, entre les classes, les races, voire les nations ou les générations: productrice de savoirs, comme tout regard neuf sur le passé ; susceptible d'ouvrir des chemins à une réécriture de l'histoire qui en compte, jusque dans leurs interactions, l'ensemble des relations humaines." (pp.66-67)

    "Technologique, le XXe siècle apporte aux hommes comme aux femmes une santé meilleure et une longévité accrue (pensons à la victoire sur la mort des enfants), de plus hauts niveaux d'éducation et de nouveaux modes de vie marqués par l'urbanisation et la multiplication de biens et de services. Globalement peut-être, malgré les méfaits et les inégalités des sociétés de consommation, une vie meilleure, moins vouée au travail et à la peine. Pour les femmes, cela se traduit d'abord par une transformation du travail ménager et du régime de la maternité, qui diminue le temps nécessaire à ces activités de reproduction et leur permet une plus grande participation à la vie sociale. Mais, pour celles qui furent longtemps prises dans le filet de la communauté naturelle qu'est la famille et tenues en dehors de la dynamique des droits individuels déclenchée par la Révolution française, la modernité est plus encore la conquête d'une position de sujet, individu à part entière et citoyenne, la conquête d'une autonomie économique, juridique et symbolique par rapport aux pères et aux maris." (p.70-71)

    "La coupure classique de 1945 qui ouvre en Occident une ère durable de démocratie et de croissance économique n'est pas opératoire, malgré la généralisation du suffrage féminin. Pour la deuxième fois, les démobilisations sonnent comme des heures de vérité, renvoyant les femmes, au nom de leur civisme et de leur différence, à la sphère privée centrée sur l'enfant et proclamée clef des reconstructions nationales." (p.71)
    -Françoise Thébaud, Introduction in Histoire des femmes en Occident, tome 5 "Le XXe siècle", Perrin, 2002 (1992 pour la première édition), 765 pages.

    "L'idée que la Grande Guerre a bouleversé les rapports de sexe et émancipé les femmes bien plus que des années ou même des siècles de combats antérieurs est très répandue pendant et au lendemain du conflit. C'est un lieu commun de la littérature et du discours politique, que la rupture soit saluée ou dénoncée, mesurée avec rigueur ou amplifiée jusqu'aux fantasmes." (p.85)

    "Les féministes partent en vacances après la grande manifestation suffragiste du 5 juillet [1914] en l'honneur de Condorcet, apothéose d'un mouvement qui connaît dans sa diversité un véritable âge d'or, et espère obtenir après d'autres acquis l'égalité politique." (p.89)

    "Outre-Manche aussi, la place de la femme a changé sous la poussée d'un mouvement féministe plus radical qui conteste l'idéologie victorienne des sphères séparées et de la double morale sexuelle. Dans les années de trouble qui précèdent la guerre, la question féminine vient en tête de la discussion publique, devant le problème irlandais ou l'agitation sociale. Née en 1903 dans le Lancashire, la Women's Social and Political Union (WSPU) qui, adoptant la stratégie et le type de propagande des socialistes, a réussi à faire du vote une question majeure en Angleterre et ailleurs, s'est effritée sous l'effet conjugué du cycle violence-répression et de l'autoritarisme des Pankhursts. L'été 1914, Christabel est réfugiée en France pour échapper à la prison, mais la fédération suffragiste de Mrs Fawcett, la National Union of Women's Suffrage Societies (NUWSS), qui a le soutien de nombreux libéraux et travaillistes, montre la force de ses 480 sociétés et 53 000 membres en un immense défilé dans les rues de Londres. 1914 aurait pu être l'année des femmes, c'est l'année de la guerre qui remet chaque sexe à sa place." (p.89)

    "La mobilisation de la main-d'oeuvre est partout lente et tardive. Elle nécessite de voir la guerre autrement et de vaincre de multiples réticences envers le travail féminin, après avoir constaté l'insuffisance et l'inadéquation d'autres réserves de main-d'oeuvre." (p.93)

    "En France, pays de forte activité féminine avant 1914 (7.7 millions de femmes au travail dont 3.5 de paysannes) [...] le monde du travail n'est pas submergé par le travail féminin. [...] Le personnel de l'industrie et du commerce retrouve son niveau d'avant-guerre en 1916 et le dépasse de 20% seulement fin 1917, apogée de l'emploi féminin. Il forme alors 40% de la main-d'œuvre contre 32% avant la guerre." (p.94)

    "Les années dix, et particulièrement celles de guerre, sont les grandes années du syndicalisme britannique, qui multiplie ses effectifs et trouve au gouvernement des interlocuteurs favorables à la concertation et à la réforme sociale. [...] Dans la plupart des branches professionnelles, des accords négociés (dilution agreements), parfois difficilement, toujours sans la participation des unions féminines, définissent les tâches qui peuvent être effectuées temporairement par des ouvrières, s'engagent à leur renvoi à la fin de la guerre et accordent des garanties de statu quo ou des améliorations à la main-d'oeuvre existante." (p.97)

    "La plupart des travailleuses à domicile ou en petit atelier, montrent, entre juillet 1914 (il est vrai période de fort chômage) et novembre 1918, une croissance de 50% des effectifs féminins (de 3.3 à 4.9 millions) et une très forte féminisation de la main-d'oeuvre, qui passe de 24 à 38%. [...] Particulièrement nets dans certains secteurs, quasiment les mêmes qu'en France: l'industrie des munitions, où la main-d'oeuvre féminine atteint un million en 1918, concentrée parfois dans d'immenses arsenaux comme Gretna ou Woolwich, et à plus petite échelle les transports, le service civil ou la banque." (pp.97-98)

    "Les féministes françaises veulent faire de cette expérience un tremplin vers l'égalité professionnelle, du moins vers l'ouverture de métiers et la qualification des travailleuses. Elles revendiquent une formation professionnelle, ouvrent ou promeuvent des écoles, préparent l'avenir par un vaste travail d'enquête et d'information sur l'éducation des filles et les carrières féminines. [...]
    Une femme qui travaille, c'est un homme de plus envoyé au front [...] Les familles populaires des milieux politisés de Turin s'acharnent contre les ouvrières de Fiat.
    " (p.102)

    "Il est vrai que la guerre constitue pour les femmes une expérience sans précédent de liberté et de responsabilité. [...] Couvertes d'éloges et accueillies à bras ouverts dans les écoles de garçons, les institutrices voient leur situation s'améliorer et la profession se féminiser, au grand dam des instituteurs qui craignent d'être évincés [...] Partout, les filles pénètrent dans les bastions de la haute éducation comme la Sorbonne ou Oxford." (p.105)

    "La hantise de la mort bouleverse le rapport à l'autre, rend l'amour plus avide et plus dérisoire à la fois, dénoue les longs rituels de fiançailles et contribue peut-être [...] à "l'avènement du couple moderne centré sur une exigence de réalisation individuelle et non plus patrimoniale."." (p.108)

    "Nouveauté essentielle: vivre seule, sortir seule, assumer seule des responsabilités familiales, toutes choses qui paraissaient auparavant impossibles et dangereuses." (p.108)

    "Dans les campagnes françaises et italiennes où la guerre est si pesante, les paysannes remplacent à la fois les hommes mobilisés et les bêtes réquisitionnées. [...] La division sexuelle des tâches et des responsabilités vole en éclats [...] au prix d'un surmenage quotidien qui touche tous les âges." (p.112)

    "Les fameuses lois [françaises] de 1920 et 1923 qui répriment toute propagande anticonceptionnelle et correctionnalisent l'avortement." (p.118)

    "[Parmi les mobilisés] la France [perd] 1.3 million d'hommes, soit 10% de sa population active masculine et plus de 3% de sa population totale, l'Allemagne près de 3% avec 1.8 million d'hommes, l'Italie et le Royaume-Uni environ 750 000 soldats chacun." (p.119)

    "Les puissances centrales, considérablement gênées par le blocus, échouent, faute de contrôle efficace sur la politique alimentaire comme sur l'ensemble des affaires économiques, à mettre sur pied un système qui nourrisse à la fois l'arrière et l'armée. Elles font payer à leur population civile un lourd tribut qu'Ute Daniel évalue pour l'Allemagne à 700 000 morts par malnutrition. [...] Dès 1916, [les femmes de milieux populaires] sont à l'origine d'émeutes de la faim qui transforment les villes allemandes en théâtre de la guerre civile." (p.123)

    "Allemagne où les droits politiques sont octroyés aux femmes le 30 novembre 1918 par décret du Conseil des représentants du peuple, alors que se creuse le fossé entre SPD et les spartakistes qui ne veulent pas d'une Constituante. [...]
    En Grande-Bretagne aussi, malgré la conversion spectaculaire du Premier ministre Asquith, la guerre n'agit qu'indirectement par son effet sur la situation politique générale ; elle met notamment à l'ordre du jour une réforme du droit de vote, très antidémocratique jusque-là et fondé, outre le sexe, sur la résidence et la propriété. Mais l'essentiel réside dans la position défensive des suffragistes qui acceptent, contrairement à leurs engagements d'avant guerre, les termes de la loi inégalitaire du 6 février 1918: l'universalisation du suffrage masculin, l'instauration d'un suffrage féminin à partir de trente ans. Demi-victoire ou semi-échec qui exclut du vote 5 des 12 millions de femmes adultes, pour "compenser" au sein du corps électoral l'hécatombe des hommes et le déséquilibre traditionnel des sexes. En France, trente ans est aussi la limite d'âge choisie par la Commission du suffrage universel pour présenter à la Chambre, en mai 1919, après moultes tergiversations, le projet Dussaussoy d'électorat et d'élégibilité municipaux. D'autres propositions, comme le suffrage familial ou le suffrage des morts par veuve ou mère interposée [promu par Barrès], trop contraires aux traditions juridiques françaises, n'ont pu être retenues.
    " (p.133)

    "Les Allemandes envoient 37 femmes députés à la Constituante de Weimar, mais aucune des 15 candidates anglaises n'est élue à la Chambres des communes (élection de décembre 1918)." (p.135)

    "[Après guerre] L'effondrement des métiers de la couture et de l'industrie à domicile s'accompagne, comme l'ont montré des recherches récentes, d'un accroissement du poids des femmes dans la grande industrie moderne (métallurgie légère et industrie électrique), dans le sillage du taylorisme." (p.138)

    "Création en 1919 d'un baccalauréat féminin qui permet l'accès à l'université, alignement en 1924 des enseignements secondaires masculin et féminin." (p.139)

    "Caractère profondément conservateur de la guerre en matière de rapports entre les sexes." (pp.143-144)
    -Françoise Thébaud, "La Grande Guerre. Le triomphe de la division sexuelle.", in Françoise Thébaud (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome 5 "Le XXe siècle", Perrin, 2002 (1992 pour la première édition), 765 pages.

    "L'antiféminisme tenait une place aussi importante dans le credo fasciste que l'antilibéralisme, le racisme et le militarisme." (p.197)

    "Le fascisme s'efforça d'encourager les grossesses en interdisant l'avortement, la vente de contraceptifs et l'éducation sexuelle." (p.202-203)

    "Au début du siècle, les divisions entre classes, entre régions, entre les diverses familles culturelles et civiques étaient au moins aussi importantes qu'un demi-siècle auparavant. Elles avaient été accentuées par le retard de développement du Sud, mais aussi par l'iniquité criante de la fiscalité, par la médiocrité du système d'éducation publique et par l'ajournement jusqu'en 1912 de toute réforme électorale importante." (p.203)

    "Il n'y eut [...] aucune législation du travail féminin jusqu'à la loi Carcano de 1902, limitant le travail quotidien des femmes et des mineurs à douze heures et interdisant la reprise du travail moins d'un mois après un accouchement. [...] Les exceptions furent nombreuses et elles firent de cette loi un casse-tête difficile à mettre en œuvre." (p.204)

    "Le comportement des femmes émancipées attirait les regards dans cette société mi-industrielle mi-rurale, où existaient des centres industriels et commerciaux modernes comme Milan ou Turin, mais où simultanément plus de 50% de la population vivait de l'agriculture." (p.206)

    "En 1919, le jeune mouvement avait [...] embrassé les positions des intellectuels futuristes, portés à ridiculiser la morale conventionnelle en défendant le divorce et en prônant la suppression de la famille bourgeoise. Cette même année, la fraction populiste du mouvement s'était prononcée en faveur du vote des femmes." (p.208)

    "Les "féministes latines", comme la brillante Teresa Labriola (qui se livrait à un grand écart idéologique pour concilier fascisme et féminisme), se situaient aux antipodes des officiels suffisants dont les bons mots antiféministes circulaient dans les salons romains." (p.209)

    "Dans le domaine politique, le fascisme passa d'un mouvement "subversif" à un gouvernement de parti unique au milieu des années vingt, et d'un régime autoritaire peu enraciné dans la société civile à un Etat s'appuyant sur un mouvement de masse dans les années trente. En matière de politique économique, la dictature passa du laissez-faire au protectionnisme dans la seconde moitié des années vingt. Dans le sillage de la Dépression et de la guerre en Éthiopie, en 1936, elle s'attacha à réaliser l'autarcie totale. Cette évolution supposait -ce qui se vérifia- la consolidation des alliances sociales de la dictature avec l'Italie conservatrice: les milieux d'affaires et les grands propriétaires fonciers, la monarchie, l'armée et l'Église catholique. A son tour, le régime soumit le parti fasciste à la bureaucratie d'Etat." (p.210)

    "D'un côté, une agriculture inefficace et de larges couches de petites entreprises [...] De l'autre, un secteur industriel fortement concentré, soutenu par des aides gouvernementales et stimulé par le réarmement après 1933. Au milieu des années trente, un peu plus de 10% du revenu national et jusqu'à un tiers du revenu de l'Etat était dévolu à l'armée. Simultanément, la part des forces du travail dans le revenu national continuait à diminuer. Un bon indicateur de l'économie fasciste de "bas salaires" est qu'en 1938 le revenu réel des travailleurs de l'industrie était toujours inférieur de 3% à ce qu'il était en 1929, et de 26% par rapport à la pointe de l'après-guerre, en 1921. Jusqu'en 1938, plus de la moitié du revenu familial moyen était consacrée à la nourriture (contre 25% aux Etats-Unis). Bref, l'Italie fut le seul pays industrialisé où les salaires restèrent à la baisse entre le début des années vingt et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Le niveau de vie, en termes de dépenses d'alimentation, d'achat de biens de consommation durables et d'offre de services publics, mettait le pays au dernier rang des nations industrialisées." (pp.210-211)

    "Le 26 mai 1927, dans son célèbre discours de l'Ascension, Mussolini plaça la politique de "défense de la race" au cœur des objectifs du fascisme concernant la vie privée ; le Duce voulait faire passer la population italienne de 40 millions d'individus à 60 millions au milieu du siècle. Il s'appuyait sur deux types d'arguments, auxquels nous pouvons en ajouter un troisième au moins aussi important: rétablir ou "normaliser" les différences entre hommes et femmes, qui avaient été bouleversées du fait de la Grande Guerre. Le premier argument de Mussolini, d'ordre mercantiliste, insistait sur le besoin d'une abondante main-d'œuvre à bon marché. Le second était typique d'une nation lancée dans une expansion impérialiste ; la baisse de croissance de la population italienne au cours des années vingt (baisse d'autant mieux perçue que le gouvernement avait amélioré les techniques de recensement) bridait les ambitions expansionnistes des dirigeants. Si l'Italie ne devenait pas un empire, martelait le Duce, elle deviendrait à coup sûr une colonie.
    Dans sa quête pour "des naissances, plus de naissances", la dictature oscilla entre les réformes et la répression, entre l'exhortation à l'initiative individuelle et les aides publiques.
    "(p.212)

    "Exemptions d'impôt pour les pères de famille nombreuse, congés de maternité et les assurances maternité payés par l'Etat, les prêts au mariage et à la naissance et les allocations familiales versées aux salariées et aux soutiens de famille. [...] Impôt spécial pour les célibataires." (p.213)

    "L'autoconsommation, c'est-à-dire la quantité totale de biens et de services générée par les entreprises familiales et non mise sur le marché, était estimée à 30%." (p.216)

    "La ruralisation joua un rôle particulièrement important dans l'effort que fit le régime pour diminuer la dépendance de l'Italie vis-à-vis des importations de denrées étrangères, surtout de blé, et pour décourager les paysans de migrer vers les villes, où ils grossissaient le nombre des chômeurs et des bénéficiaires de l'aide sociale, et aggravaient l'agitation. [...] Des mesures furent prises dès 1928 pour déporter les chômeurs vers leur lieu de résidence originel et pour restreindre les migrations internes ; s'y ajouta une aide du gouvernement aux contrats de métayage et aux projets qui favorisaient le maintien sur place en accordant des prêts à long terme dans les zones d'assèchement des terres. La conséquence immédiate de ces mesures fut de rassembler les familles dans les zones à faible consommation, où elles n'étaient pas couvertes par la législation sociale, et souvent privées des secours municipaux et paroissiaux. [...]
    Dans les fermes toscanes, au début des années trente, selon les enquêteurs de l'Institut national d'économie agricole, Giuseppe, Egisto et Faustino travaillaient dur pendant 2926, 2884 et 2487 heures annuelles, tandis que leurs épouses Lucia, Virginia et Maria travaillaient, elles, 3290, 3001 et 3655 [de +300 à +1000]
    ." (pp.216-217)

    "En dépit de l'idéologie fasciste, la proportion de femmes mariées actives s'accrut, passant de 12% en 1931 à 20.7% en 1936." (p.218)

    "[En 1936] environ 25% des femmes en âge de travailler avaient un emploi." (p.221)

    "Dans l'Italie de l'entre-deux-guerres, [le nombre des employés de maison] passa de 445 631 en 1921 à 660 725 en 1936." (p.224)

    "A la fin des années trente, un nombre croissant d'étudiantes qui, tout comme les jeunes gens de la "génération du Littorio", voyaient dans le régime vieillissant un obstacle à la réalisation de leurs légitimes ambitions professionnelles, adhérèrent au marxisme ou au catholicisme social." (p.230)

    "Les Italiennes furent remarquablement actives dans la Résistance. Le mouvement naquit à Naples et s'étendit vers le nord à la fin de l'été 1943, lorsque le Grand Conseil, avec l'appui de Victor-Emmanuel III, déposa Mussolini par le coup d'Etat du 25 juillet. Il s'étendit ensuite dans les régions du Centre-Nord, quand le gouvernement du maréchal Badoglio, après signé un armistice avec les Alliés, s'enfuit lâchement le 9 septembre, abandonnant le pays à l'occupation allemande. Au début de 1945, la Résistance était forte de 250 000 membres. Les Groupes de défense des femmes comptaient 70 000 membres, dont 35 000 sur le terrain. En outre, des dizaines de milliers d'autres femmes aidèrent et soignèrent les résistants, vinrent en aide aux déserteurs italiens et étrangers et aux Juifs qui fuyaient la police nazie fasciste, cachèrent les Italiens réfractaires au service du travail obligatoire en Allemagne. 4600 femmes furent arrêtées, torturées, jugées ; 2750 furent déportées dans les camps allemands et 623 furent exécutées ou tuées au combat. La plupart étaient des ouvrières ou des paysannes proches de la résistance communiste, qui apportèrent aux réseaux de résistance le renfort de leurs communautés très soudées et de leurs allégeances politiques nées d'une tradition familiale. Mais il y eut aussi des catholiques des classes moyennes, et au moins une vingtaine d'aristocrate de grande lignée." (p.230-231)

    "Quand vint l'heure de célébrer les victoires de la Résistance, la contribution des femmes fut passée sous silence. Tout en admettant l'égalité formelle des sexes sur le marché du travail et en accordant le droit de vote aux femmes, la jeune république conserva le Code pénal et les lois sur la famille, sans parler de la multiplicité de moeurs sociales et culturelles héritées de l'époque fasciste." (p.232)
    -Victoria de Grazia, "Le patriarcat fasciste. Mussolini et les Italiennes (1922-1940)", in Françoise Thébaud (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome 5 "Le XXe siècle", Perrin, 2002 (1992 pour la première édition), 765 pages, pp.197-232.

    "Le mouvement et le régime nationaux-socialistes étaient et se considéraient explicitement comme virils." (p.234)

    "En juin 1933, le ministre de l'Intérieur exposa son programme de "politique des races et de la population". [...] Le ministre estimait que 20% de la population allemande (soit 12 millions d'habitants) ne devaient plus procréer et que le taux de natalité des "Allemands sains" devait augmenter de 30%. [...] Deux semaines plus tard, ces déclarations antinalistes étaient suivies de la première loi démographique nazie, qui prescrivait une stérilisation eugénique forcée, au besoin sous contrainte policière. Le gouvernement soulignait que "le matériel biologiquement inférieur pour des raisons héréditaires" devait être "éradiqué", en particulier les 'innombrables populations inférieures" qui "procréaient sans inhibition", que la stérilisation "permettrait de purifier progressivement la race", et qu'il fallait pour atteindre ces objectifs stériliser environ 1 500 000 personnes [...] C'est effectivement le nombre des stérilisations qui furent pratiquées au cours de la décennie suivante." (pp.236)

    "La politique de stérilisation n'était pas neutre sexuellement. Alors que les femmes ne représentent que la moitié des victimes, elles comptent pour 90% dans les milliers de personnes qui en moururent, souvent parce qu'elles essayaient de résister jusqu'au dernier moment [...] On décréta officiellement que la loi sur la stérilisation témoignait de la "primauté de l'Etat sur la vie, le mariage et la famille"." (p.238)

    "[En 1935] la loi sur la stérilisation fut étendue à l'avortement, qui put dès lors être pratiqué pour des motifs eugéniques pendant les six premiers mois de la grossesse."(p.239)

    "Ce n'était pas l'enfantement, mais la "régénération" qui était devenue "l'objectif de l'Etat"." (p.239)

    "En 1939: près de 200 000 personnes âgées, malades ou handicapées, pour la plupart pensionnaires d'asiles psychiatriques, femmes et hommes confondus, furent mises à mort après avoir été sélectionnées comme "incurables". En outre, tous les pensionnaires juifs furent tués sans sélection préalable. Le programme d' "euthanasie" constitue la première phase du massacre systématique des Juifs. C'est au cours de l'action T4 que les chambres à gaz furent utilisées pour la première fois. [...]
    C'est une "élimination sans massacre", une solution politique se substituant à la nature qui, "par des voies naturelles" (c'est-à-dire sans la médecine moderne et la charité); aurait empêché la survie des personnes "non viables".
    " (p.240)

    "Le régime nazi n'a pas exclu les femmes de l'emploi. [...] En réalité, le nombre de femmes actives officiellement enregistré passe de 11.5 millions en 1933, soit 36% de tous les actifs et 48% des femmes entre quinze et soixante ans, à 12.8 millions en 1939 (dans l'Allemagne de 1937 ; si l'on ajoute les territoires annexés, on atteint 14.6 millions) avec des taux respectifs de 37% et 50%. En 1944, 14.9 millions de femmes allemandes travaillaient (en comptant l'Autriche). Elles représentaient 53% de la population active civile et plus de la moitié des femmes entre quinze et soixante ans. Le passage d'une situation de chômage à une situation de plein emploi et le manque de main-d'œuvre, dus essentiellement à l'expansion de l'industrie de guerre, firent augmenter le nombre d'ouvrières employées dans l'industrie de 28.5% entre 1933 (1.2 million) et 1936 (1.55 million). Ce chiffre s'éleva encore de 19.2% les deux années suivantes." (pp.244-245)

    "Dans le cadre des méthodes répressives mises en œuvre pour réhabiliter la famille, une violente campagne se déclencha contre les prostituées, déjà attaquées dans le livre de Hitler comme symbole de la "judéisation" et de la "mammonification de notre vie émotionnelle". En application de la loi sur "la protection du peuple et de l'Etat" du 28 février 1933 [...] la police arrêta des dizaines de milliers de prostituées." (p.252)

    "Allocations familiales, créées en 1936 à partir du cinquième enfant et, deux années plus tard, à partir du troisième enfant." (p.253)
    -Gisela Bock, "Le Nazisme. Politiques sexuées et vies des femmes en Allemagne", in Françoise Thébaud (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome 5 "Le XXe siècle", Perrin, 2002 (1992 pour la première édition), 765 pages, pp.233-266.




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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).


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