L'Académie nouvelle

Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.
L'Académie nouvelle

Forum d'archivage politique et scientifique

-29%
Le deal à ne pas rater :
SSD interne MSI – MSI SPATIUM M371 NVMe M.2 -1To à 69,90€
69.91 € 99.01 €
Voir le deal

    Raymond Aron, Essai sur les libertés

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin


    Messages : 11472
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Essai - Raymond Aron, Essai sur les libertés Empty Raymond Aron, Essai sur les libertés

    Message par Johnathan R. Razorback Ven 12 Déc - 22:57

    « L’homme est tout de même très étrange et très fascinant ; c’est d’un côté un cerveau d’une rigueur extraordinaire et d’un autre côté c’est un amoureux romantique passionné. […] J’ai découvert la vie de cet homme qui a toujours eu le sentiment de ne pas accéder au niveau auquel son génie le destinait, et qui en même temps a eu une carrière exceptionnelle pour un petit officier obscur, qui a approché les grands. […] Il était mal vu par le roi de Prusse, qui le jugeait un dangereux révolutionnaire, alors que c’était un bon conservateur, mais un conservateur d’idées libérales. […] Cette personnalité m’a fasciné. »

    « Quelle est l’idée centrale, banale, évidente ? C’est que la guerre est en tant que tel un acte politique. C’est-à-dire qu’on ne fait pas la guerre pour remporter des victoires, on fait la guerre pour atteindre certains résultats politiques. Par ailleurs [Clausewitz] définit la guerre par son moyen spécifique, c’est-à-dire la violence. Or, le fait est qu’à ses yeux, à ses époques, les relations entre Etats comportaient le risque de guerre. Et ce fait subsiste encore aujourd’hui. Mais si l’on comprend que l’on ne doit employer la violence guerrière que dans la mesure nécessaire pour atteindre des fins définis et limitées, le risque de l’ascension aux extrêmes diminue. Et c’est en ce sens que l’enseignement de Clausewitz n’est pas un enseignement militariste : c’est tout le contraire, c’est un appel à l’intelligence des hommes d’Etats, pour savoir limiter la violence, probablement indéracinable, dans les relations entre les Etats. »

    « La politique est l’art ou la pratique de faire vivre les hommes en société. Ou encore, c’est la théorie et la pratique de faire accepter aux hommes les commandements inévitables. »
    -Raymond Aron, à propos de Carl von Clausewitz, Radioscopie, Entretien entre Jacques Chancel, 1er octobre 1976.

    "Aron rejoint clairement Tocqueville, mais il fait droit aussi à certains éléments de la critique socialiste des imperfections des « libertés réelles »." (p.9)

    "Le lecteur pour qui Raymond Aron est un penseur libéral, qui a consacré une grande partie de son œuvre à la critique du socialisme, sera peut-être surpris de voir qu'il reconnaît une certaine légitimité à la critique socialiste du libéralisme classique, et qu'il exprime de fortes réserves sur l'œuvre du grand théoricien libéral Friedrich Hayek : Aron admet qu'il est juste, jusqu'à un certain point, de faire appel à l'action de l'Etat pour donner un contenu « réel » aux droits et, inversement, il n'accepte pas totalement la «définition libérale de la liberté » selon Hayek, qui combine le rule of law, l'égalité devant la loi et la protection de la sphère privée. Dans un article très suggestif, Luc Ferry et Alain Renaut ont interprété cette critique des libéraux dans un sens quasi-kantien: Aron rechercherait la solution d'une « antinomie entre libertés et créances » et la trouverait dans la démocratie représentative, entendue comme « présentation sensible » de l'Idée républicaine au sens de Kant. Cette présentation élégante est sans doute fidèle à l'inspiration philosophique d'Aron, et elle rend bien compte de la hiérarchie que celui-ci continue d'établir entre les libertés et les droits sociaux." (p.10)
    -Philippe Reynaud, préface à Raymond Aron, Essai sur les libertés, Hachette Littérature, coll. Pluriel, 1998 (1965 pour la première édition), 251 pages.

    "Inséparables dans l'esprit des founding fathers de la République américaine, démocratie et libertés ont été maintes fois dissociées en France, depuis la tourmente révolutionnaire. Aussi la philosophie politique n'a-t-elle cessé de s'interroger sur le destin des régimes dont la souveraineté du peuple est le principe de légitimité et les libertés des personnes la fin ou, du moins, une des fins dernières." (p.17)

    "Bien que Tocqueville évoque la liberté, au singulier, et non les libertés, à la manière des contrerévolutionnaires, il énumère clairement, ici et là, les divers aspects de la liberté, « la faculté de la nation de se gouverner, les garanties du droit, la liberté de penser, de parler et d'écrire », en d'autres termes les libertés personnelles et intellectuelles, la protection que le droit offre contre l'arbitraire, et enfin la participation des citoyens, par l'intermédiaire de leurs représentants élus, à la chose publique. C'est l'ensemble de ces libertés qui constitue, à ses yeux, la liberté, seule capable d'élever à la grandeur les sociétés égalitaires, soucieuses avant tout de bien-être." (p.27)

    "Marx a certainement lu La Démocratie en Amérique, mais s'il a soupçonné et parfois suggéré que l'histoire suivrait aux Etats-Unis un autre cours qu'en Europe, l'exemple de la démocratie américaine n'a pas suffi à modifier la représentation qu'il s'était faite, une fois pour toutes, de l'avenir inévitable et catastrophique des sociétés capitalistes." (p.48)

    "Pourquoi Marx tire-t-il d'un modèle d'économie dynamique, à forte accumulation de capital, la conclusion d'un appauvrissement des masses en dépit d'une productivité croissante ? Une réponse complète exigerait une étude détaillée du système de Ricardo et de la manière dont Marx a utilisé celui-ci à ses fins propres. Mais quelques remarques élémentaires suffiront. Ayant pris le travail pour unité de mesure de la valeur, et pour mesure du salaire (ou valeur de la force du travail) les marchandises nécessaires à la vie de l'ouvrier et de sa famille, Marx pouvait aboutir à deux conclusions. Si, grâce à l'élévation de la productivité, les heures de travail nécessaires pour produire les marchandises représentant la valeur du salaire diminuent, de ce fait, ou bien le taux d'exploitation doit augmenter ou bien le salaire, sans représenter une valeur accrue, doit être incarné en une quantité accrue de marchandises. Marx n'a pas affirmé que le taux de l'exploitation augmentait, il a dit que ce taux demeurait stable. Il aurait dû reconnaître que la même part de la journée étant consacrée à produire une valeur équivalente à celle du salaire et la productivité ayant augmenté, le niveau de vie devait tendre à s'élever ou la pauvreté à s'atténuer. Pour éviter cette conclusion, Marx a fait intervenir, non pas, comme plusieurs économistes de son temps, l'effet sur le taux de natalité, donc sur l'offre de travail, d'une élévation des salaires, mais l'armée de réserve industrielle, autrement dit la pression qu'exerce en permanence sur le taux des salaires l'offre des travailleurs sans emploi du fait des transformations techniques.

    Si Marx avait abordé l'étude de l'économie en pur observateur sans savoir à l'avance ce qu'il voulait démontrer, il n'aurait pas affirmé avec autant de force la paupérisation absolue qui ne résulte pas avec évidence de son analyse du capitalisme, pas plus qu'il n'aurait tiré de l'augmentation du capital constant par rapport au capital variable, donc de la baisse du taux du profit, la conséquence d'une paralysie progressive d'une économie dont l' 'investissement privé constitue le moteur.

    En 1963, en un Occident prospère, Marx semble avoir eu tort, en matière économique, précisément là où il était un des hommes les plus savants et les plus
    érudits de son temps, et Tocqueville semble avoir deviné l'avenir, en dépit de son ignorance (toute relative, il va de soi), peut-être grâce à elle.
    " (p.51-52)

    "Les libertés personnelles ou les droits subjectifs (politiques) auxquels Tocqueville était passionnément attaché ne suffisent pas à donner un sentiment de liberté, moins encore une liberté effective de forger son destin à ceux qui vivent misérablement d'un salaire jamais assuré. Cette critique est juste." (p.55)

    "Les sociétés industrielles, même de type occidental, même si elles continuent d'invoquer Madison ou Jefferson et de rejeter Marx et le marxisme, même si elles demeurent effectivement des démocraties libérales, sont imprégnées d'un esprit foncièrement différent de celui qui animait les fondateurs de la constitution américaine ou les acteurs de la Révolution française. Tant que le seul despotisme que l'on redoute est celui d'un gouvernement sans limites ou d'un homme corrompu par l'excès de pouvoir, c'est contre la puissance de l'État ou l'arbitraire des gouvernants que l'on multiplie les précautions. Du jour où la pauvreté et le malheur ne sont pas moins imputables à la société elle-même que les abus de la police ou l'injustice des rois, le souci majeur doit-il être de limiter le Pouvoir ou, tout au contraire, de lui donner des moyens à la mesure des tâches qu'on lui assigne, c'est-à-dire presque illimités ?" (p.65)

    "Le Japon, dont l'occidentalisation délibérée, par prise de conscience du danger extérieur, fut un des plus extraordinaires événements de l'Histoire, décida d'introduire une constitution et un parlement en même temps que la science et la technique d'Europe et d'Amérique." (p.67)

    "Seul, dira-t-on, un individu peut être dit libre ou non libre parce que la liberté suppose la capacité de réflexion et de décision et que seul l'individu en est
    doué. Mais quand un groupe d'hommes revendique, au nom d'un peuple actuel ou futur, le droit de former une nation et un État, il prête à la collectivité entière une sorte d'unité, comparable à celle de la personne. Cette personne collective se pose par rapport à d'autres sur la scène internationale, elle se veut unique, irremplaçable, chargée d'une mission que nulle autre ne saurait remplir. Bien plus, l'indépendance de cette collectivité est, pour chacun de ses membres, condition de certaines libertés concrètes, authentiques
    ." (p.85)

    "La répartition des revenus, telle qu'elle s'opère spontanément dans une société de type occidental, en dépit de l'impôt progressif, dépossède-t-elle une minorité du minimum faute duquel la difficulté matérielle de vivre équivaut à une sorte d'asservissement ? Donne-t-elle à une minorité une telle part de la
    fortune ou de la puissance que le grand nombre n'a que l'illusion de déterminer son destin ?
    " (p.109)

    "Comme le suggère le titre du livre de M. Harrington, il s'agit d'une autre Amérique, d'une Amérique de l'envers du décor. Il est loisible, à coup sûr, de plaider que la ligne de pauvreté, 4 000 dollars par famille selon le Bureau of Labor statistics, 3 000 plus souvent, a été tracée arbitrairement et que le revenu moyen annuel (après taxe fédérale) du cinquième le plus pauvre des États-Unis, 1 413 dollars en 1958, serait tenu, dans tous les autres pays, pour compatible avec une existence décente. Mais l'argument ne me paraît pas entièrement convaincant, pour deux raisons.

    En chaque société, une opinion collective, un jugement spontané, vague mais fort, détermine le minimum. Peut-être, en aucune société, le minimum n'est-il assuré à tous (les enquêtes de psychologie sociale le suggèrent). Mais ce qui est significatif, c'est: Comment est composée cette minorité misérable ? Elle comprend une forte proportion de vieux au-dessus de 65 ans (8 millions) et de jeunes au-dessous de 20 ans (11 millions). Personnes seules et familles nombreuses y sont largement représentées, minorités raciales, nègres ou Porto-Ricains également. Il importerait de préciser les diverses causes de la pauvreté de telle manière que l'analyse pût déterminer jusqu'à quel point celle-ci est ou non inséparable de la société industrielle, telle qu'elle fonctionne en Occident
    ." (pp.109-110)

    "La persistance, aux États-Unis, d'un pourcentage de chômage de 4 à 5%, même dans la phase d'expansion, qu'elle soit due à la rapidité excessive des transformations techniques ou à l'insuffisante vigueur de la croissance, implique, de toute évidence, une «réserve de pauvreté» comparable à ce que Marx appelait « armée de réserve industrielle »." (p.111)

    "Le sort de certains pauvres américains peut être amélioré par la législation sociale (retraite-vieillesse, indemnité de chômage, assurance-maladie)." (p.112)

    "Faits révélés par l'analyse de la pauvreté américaine : le nombre des victimes du progrès, les périls du sous-développement intérieur, la répartition inégale des bénéfices de la croissance, l'importance des profits (ceux des propriétaires fonciers, par exemple) sans justification, enfin la concentration de la puissance économique." (p.116)

    "L'économie mixte, la démocratie libérale, le Welfare state, bien qu'ils paraissent et me paraissent à l'heure présente le compromis le meilleur entre les diverses libertés que la société moderne a l'ambition de donner aux hommes." (p.118)

    "Comme Tocqueville, [Hayek] est démocrate parce qu'il est libéral et non inversement." (p.119)

    "Le réquisitoire des Whigs ne convaincra qu'une minorité tant qu'il confond un aspect avec le tout de la liberté et méconnaît la force des revendications égalitaires. La liberté du consommateur a une signification pour tous, la liberté de l'entrepreneur seulement pour quelques-uns. La substitution, ici ou là, des directeurs publics aux directeurs privés n'a pas satisfait les aspirations à la liberté, elle n'a pas non plus entraîné la perte des libertés - celles du consommateur, du citoyen, du penseur." (pp.125-126)

    "Bien souvent, les syndicats, aux États-Unis, conquièrent des avantages supplémentaires pour des groupes relativement privilégiés, sans être aussi actifs et efficaces en faveur des véritables déshérités. Les « pauvres » dont nous avons parlé dans les pages précédentes témoignent de l'impuissance des isolés dans une société industrielle." (p.127)

    "J'aimerais aussi indiquer, sans prendre une position catégorique, la condamnation que porte F.A. Hayek sur le principe et, en tout cas, sur les excès de l'impôt progressif. Est-il juste que la contribution de chacun aux dépenses publiques ne soit pas simplement proportionnelle aux revenus du contribuable,
    qu'elle représente une proportion d'autant plus forte des revenus que ceux-ci sont plus élevés ? Personnellement, je ne donne pas à cette question la
    même réponse que le dogmatique du libéralisme, mais pas non plus la même que le dogmatique de la démocratie. Entre le principe de la proportionnalité
    et celui de la progressivité, ce sont les valeurs communément acceptées qui tranchent et non un principe. Les sociétés occidentales ayant souscrit, au
    moins partiellement, à un idéal égalitaire, la progressivité en résulte
    ." (pp.127-128)

    "L'État peut et doit assurer à tous, par les lois sociales, le minimum de ressources qui rend possible une vie décente, au niveau que tolère la richesse collective. Il devrait s'efforcer de réduire les bénéfices sans justification, fût-ce en supprimant certaines formes de propriété (terrains à bâtir dans les villes). Il est en droit de prélever sur les privilégiés une contribution aux dépenses publiques qui croît avec le niveau des revenus. Il peut et doit amortir les échecs ou les déclins relatifs des groupes, des individus, des régions, malheureux dans la course au progrès. Mais il ne parviendra jamais à triompher de l'inégalité qui résulte de la disparité des réussites ou des services rendus, des bonnes ou des mauvaises chances. Bien souvent, les efforts de redistribution donnent des résultats contraires à ceux qui sont visés, ils n'avantagent pas toujours les plus misérables, ni ne frappent toujours ceux dont les revenus semblent scandaleux." (p.129)

    "Il faudrait que les parents offrissent les mêmes conditions de vie aux enfants pour que l'égalité au point de départ fût assurée." (p.130)

    "Les organisations de sécurité sociale répondent à un besoin évident que d'ailleurs F.A. Hayek lui-même ne nie pas." (p.134)

    "J'appelle liberté politique celle des libertés formelles qui assure au citoyen une participation à la chose publique, qui lui donne le sentiment que, par l'intermédiaire de ses élus, éventuellement aussi de ses opinions, il exerce une influence sur le destin de la collectivité." (p.138)

    "La démocratie exige, pour être réelle, le respect des libertés personnelles, liberté d'expression et de discussion, liberté d'association et de groupement." (p.139)

    "Les mineurs ont fait une grève prolongée au lendemain d'un hiver rigoureux, à un moment où ils possédaient un bargaining power (capacité de marchandage) exceptionnellement grand." (p.142)

    "Sénateurs et membres de la Chambre des représentants disposent, aux frais de l'État, de conseillers techniques qui leur permettent de ne pas se trouver en état d'infériorité irrémédiable dans leurs discussions avec les fonctionnaires ou les ministres, entourés des meilleurs experts." (p.157)

    "Il n'y a jamais eu, dans les sociétés anciennes, autant d'hommes vaguement informés des affaires publiques. Que cette information transmise par la
    radio et la télévision ne soit pas équivalente d'instruction, à coup sûr. Que la complexité de la chose publique ait progressé plus vite que l'information, il
    se peut. Mais les citoyens capables de discuter avec compétence des grandes décisions n'ont jamais été qu'une étroite minorité. Cette minorité n'est pas plus étroite aujourd'hui qu'hier. Est-elle moins compétente ? Les décisions ne sont-elles accessibles qu'à un tout petit nombre de spécialistes ? Personnellement, je ne le pense pas
    ." (p.179)

    "Etre libre de faire quelque chose et être capable de faire quelque chose sont deux notions radicalement autres." (p.194)

    "Un régime despotique est celui où, à la limite, un homme veut être libre par rapport à tous et à tout. Un régime de liberté - si vague que soit l'expression - comporte une répartition moins inégale de la puissance grâce à un système complexe de dépendance des gouvernants par rapport aux gouvernés et non pas seulement des gouvernés par rapport aux gouvernants." (p.198)

    "Le dogmatisme du libéralisme s'oppose au dogmatisme de la démocratie. Celui-ci met l'accent sur le mode de désignation des gouvernements et le mode d'exercice du gouvernement, celui-là sur les objectifs que le Pouvoir doit se fixer et les limites qu'il doit respecter. Mais, en tous les domaines, égalité sociale, répartition des revenus, influence sur les affaires publiques, il est impossible de considérer une instance comme libératrice et l'autre comme oppressive. Selon les circonstances, c'est à tel groupement ou à tel autre, à ses droits propres ou au pouvoir de son syndicat ou de son parti que l'individu aura le sentiment de devoir telles libertés, exactement définies." (pp.209-210)

    "Au-delà, si nous passions de l'analyse sociologique à la réflexion philosophique, les libertés politico- sociales apparaîtraient avant tout comme un moyen nécessaire pour réaliser les valeurs les plus hautes." (p.215)

    "Autant qu'on en puisse juger, aucune société n'existe qui n'ajoute aux interdits de la loi ceux du bon goût, des convenances, de la moralité au sens noble du terme." (p.220)

    "Le nombre des « pauvres » au sens que D. Harrington et les statistiques donnent à cette notion n'a pas, semble-t-il, diminué depuis la première édition du livre The other America. La dégradation des villes, en particulier des quartiers du centre, désertés par la bourgeoisie au fur et à mesure que s'y installent les classes inférieures, projette pour ainsi dire dans l'espace la distinction des classes sociales, la recréation permanente « d'îlots de pauvreté » au milieu de la société la plus riche du monde sur le papier." (p.228)
    -Raymond Aron, Essai sur les libertés, Hachette Littérature, coll. Pluriel, 1998 (1965 pour la première édition), 251 pages.

    "D'après la notion moderne, la notion démocratique, et, j'ose le dire, la notion juste de la liberté, chaque homme étant présumé avoir reçu de la nature les lumières nécessaires pour se conduire, apporte en naissant un droit égal et imprescriptible à vivre indépendant de ses semblables, en tout ce qui n'a rapport qu'à lui-même, et à régler comme il l'entend sa propre destinée." -Alexis de Tocqueville, L'État social et politique de la France avant et depuis 1789, 1836.



    _________________
    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. » -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. » -Hegel, La Raison dans l'Histoire.

    « Mais parfois le plus clair regard aime aussi l’ombre. » -Friedrich Hölderlin, "Pain et Vin".


      La date/heure actuelle est Ven 7 Oct - 12:00