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    André Tosel, De Spinoza à Gramsci : entretien avec André Tosel + Du matérialisme de Spinoza + Spinoza ou le crépuscule de la servitude. Essai sur le Traité Théologico-Politique

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Essai - André Tosel, De Spinoza à Gramsci : entretien avec André Tosel + Du matérialisme de Spinoza + Spinoza ou le crépuscule de la servitude. Essai sur le Traité Théologico-Politique Empty André Tosel, De Spinoza à Gramsci : entretien avec André Tosel + Du matérialisme de Spinoza + Spinoza ou le crépuscule de la servitude. Essai sur le Traité Théologico-Politique

    Message par Johnathan R. Razorback Ven 7 Oct - 20:49

    "Pascal me donna un cadre d’interprétation théologique et philosophique qui s’effondra avec la conception de mon premier travail sérieux, consacré à la critique de la religion chez Spinoza (mémoire sous la direction d’Henri Gouhier, 1963). Le christianisme augustinien de Pascal rendait à la fois compte de ce qui me semblait une contradiction ontologique et anthropologique  radicale, celle qui oppose, d’une part, la misère humaine de la violence, les figures du mal causé ou subi, l’absurdité de l’existence en laquelle nous sommes jetés avec angoisse de manière incompréhensible, et, d’autre part, les puissances créatrices du génie humain et de sa plasticité. La doctrine des « ordres de grandeur », la thématique de la misère humaine sans Dieu et de la grandeur humaine avec Dieu, la fonction axiale du Christ fonctionnaient comme des opérateurs d’une foi possible, historique et méta-historique. Un moment je crus que le projet pascalien d’une apologétique du salut par le christianisme avait une actualité et qu’il me fallait le reprendre

    La lecture de Spinoza commença à déconstruire ce projet alors que je continuais à militer à la JEC et que j’y occupais des fonctions modestes de responsabilité. Les doutes sur la dogmatique chrétienne, sur la transcendance du Dieu créateur, sur la mythologie de la Résurrection, la prise de conscience de l’historicité des Écritures et de la relativité de la construction herméneutique se joignirent à la critique de la politique de l’institution église. Le soutien aux classes dominantes, à leur européocentrisme colonial en pleine guerre d’Algérie, le patriarcalisme et le familialisme étaient comme la vérité pratique de la métapolitique catholique, c’est-à-dire la négation de sa prétention. Doutes théoriques et contestation éthique et politique finirent par parvenir à  un point de rupture qui fut vécu sans trouble. Une impulsion s’était épuisée de par son mouvement propre. C‘est à l’ENS qu’il fut atteint et là la rencontre avec Althusser fut décisive
    ."

    "Hegel qui reste pour moi le philosophe indépassé."

    "Je découvris Bachelard, Canguilhem, Foucault qui était en tension avec le marxisme althussérien, Levi Strauss, Lacan que nous expliquaient Althusser lui-même et Jacques-Alain Miller. Je suivis à l’ENS les cours de Bourdieu, de Serres, et surtout de Derrida qui me fit découvrir Husserl et Heidegger, auteurs que j’eus cependant de la peine à assimiler. Je prenais, connaissance des cours extraordinaires de Deleuze sur Spinoza."

    "L’éthique de la joie exige de se lier à la politique d’une lutte de classe à plusieurs niveaux qui a pour but immanent la suppression de situations où la domination est devenue insupportable."

    "J’ai découvert Gramsci à partir de l’indication qui me fut donnée à Nice par Eric Weil qui achevait là sa carrière ; j’eus la chance de suivre le séminaire qu’il m’avait demandé de préparer… sur Engels et Marx. En grand intellectuel libéral-social qu’il était –il aurait pu être un Croce français par sa culture immense et par sa capacité philosophique à interroger, dans sa Logique de la philosophique (une œuvre originale trop méconnue), Kant et Hegel, Marx et Weber-, il me fit remarquer que mon orientation devait me faire rencontrer Gramsci. Cela me fut donné en rédigeant le long chapitre de l’Histoire de la philosophie de la Pléiade (Paris, Gallimard, 1974) consacré au « Développement de marxisme en Europe occidentale depuis 1917 ». Cette contribution fut d’ailleurs ma première publication."

    "Révolte de 1968 et [...] intermède prochinois."

    "Althusser a même fini par abandonner toute dialectique en jugeant sa propre idée de surdétermination des contradictions encore affectée de métaphysique finaliste et il a développé l’idée d’un matérialisme aléatoire des rencontres."

    "La révolution passive est la caractéristique de notre période historique, celle qui commence en 1871 avec l’écrasement de la Commune de Paris. Les classes dirigeantes débarrassées enfin de leur antagoniste historique (ancien régime théologico-politique, privilégiés de la rente foncière) affrontent désormais leur antagoniste fondamental qui est leur condition d’existence, la classe des travailleurs, producteurs de survaleur et de profit, et elles lui signifient qu’il ne sera jamais question de dépasser une politique de redistribution du surplus social, de justice distributive, et que ne sera jamais franchi par elle le seuil de gestion de la production, de l’innovation technologique et de la direction d’ensemble de la société et de ses institutions économiques, politiques et culturelles. Par le dosage savant et sans cesse reproduit de contrainte et de consensus, par la stricte rhétorique de la force et de la persuasion active ou extorquée, les classes dirigeantes devenues des castes doivent reproduire et élargir leur direction et leur domination au risque de la désassimilation croissante de masses vouées à la subalternité et d’autres conséquences aujourd’hui potentiellement catastrophiques."

    "Il importe simultanément de confronter et ses analyses, ses thèses et analyses aux formes inédites de notre monde, sans craindre d’en discuter les limites : productivisme, faible sensibilité à l’hyper appropriation des énergies bio-cosmologiques, timidité sur la question féministe, contradiction entre une problématique du pluriversum et de la société civile, de ses langages et le recours à l’Un de la volonté collective et de ses appareils disciplinaires comme le parti et l’usine."
    -"De Spinoza à Gramsci", entretien d'André Tosel avec Gianfranco Rebucini , 30 mai 2016: http://revueperiode.net/de-spinoza-a-gramsci-entretien-avec-andre-tosel/

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3327781w


    "Spinoza est le seul grand philosophe de la tradition, si l'on excepte Épicure, qui développe ouvertement un matérialisme original, certes, mais net." (p.6)

    "La relation d'utilité ou d'usage avec l' "autre" naturel et avec "autrui" ne se conclut pour Spinoza que si la logique de la force immédiate (les gros poissons mangent les petits ; les puissants asservissent les faibles) se traduit et se détermine, sans rupture de continuité, en rapports d'association avec les corps de même essence, tels que chaque corps puisse se développer dans le respect de la puissance infinie des choses. Spinoza espère une traduction des rapports de force en rapports d'échange et de communication." (p.27
    -André Tosel, Du matérialisme de Spinoza, Éditions Kimé, 1994, 215 pages.

    https://fr.1lib.fr/book/3718554/30811a

    https://fr.1lib.fr/book/3346566/ff17a9

    https://fr.1lib.fr/book/3363861/e7dd45



    _________________
    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


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