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    Émile Verhaeren, Les usines + Les forces tumultueuses

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Émile Verhaeren, Les usines + Les forces tumultueuses Empty Émile Verhaeren, Les usines + Les forces tumultueuses

    Message par Johnathan R. Razorback Dim 25 Mar - 12:17

    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Verhaeren

    https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/Poemes/%C3%A9mile_verhaeren/les_usines

    "Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages.

    Le soir se fait, un soir ami du paysage,
    Où les bateaux, sur le sable du port,
    En attendant le flux prochain, dorment encor.

    Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées,
    Au fouet soudain des montantes marées !
    Oh ce regonflement de vie immense et lourd
    Et ces grands flots, oiseaux d’écume,
    Qui s’abattent du large, en un effroi de plumes,
    Et reviennent sans cesse et repartent toujours !

    La mer est belle et claire et pleine de voyages.
    A quoi bon s’attarder près des phares du soir
    Et regarder le jeu tournant de leurs miroirs
    Réverbérer au loin des lumières trop sages ?
    La mer est belle et claire et pleine de voyages
    Et les flammes des horizons, comme des dents,
    Mordent le désir fou, dans chaque coeur ardent :
    L’inconnu est seul roi des volontés sauvages.

    Partez, partez, sans regarder qui vous regarde,
    Sans nuls adieux tristes et doux,
    Partez, avec le seul amour en vous
    De l’étendue éclatante et hagarde.
    Oh voir ce que personne, avec ses yeux humains,
    Avant vos yeux à vous, dardés et volontaires,
    N’a vu ! voir et surprendre et dompter un mystère
    Et le résoudre et tout à coup s’en revenir,
    Du bout des mers de la terre,
    Vers l’avenir,
    Avec les dépouilles de ce mystère
    Triomphales, entre les mains !

    Ou bien là-bas, se frayer des chemins,
    A travers des forêts que la peur accapare
    Dieu sait vers quels tourbillonnants essaims
    De peuples nains, défiants et bizarres.
    Et pénétrer leurs moeurs, leur race et leur esprit
    Et surprendre leur culte et ses tortures,
    Pour éclairer, dans ses recoins et dans sa nuit,
    Toute la sournoise étrangeté de la nature !

    Oh ! les torridités du Sud – ou bien encor
    La pâle et lucide splendeur des pôles
    Que le monde retient, sur ses épaules,
    Depuis combien de milliers d’ans, au Nord ?
    Dites, l’errance au loin en des ténèbres claires,
    Et les minuits monumentaux des gels polaires,
    Et l’hivernage, au fond d’un large bateau blanc,
    Et les étaux du froid qui font craquer ses flancs,
    Et la neige qui choit, comme une somnolence,
    Des jours, des jours, des jours, dans le total silence.

    Dites, agoniser là-bas, mais néanmoins,
    Avec son seul orgueil têtu, comme témoin,
    Vivre pour s’en aller – dès que le printemps rouge
    Aura cassé l’hiver compact qui déjà bouge –
    Trouer toujours plus loin ces blocs de gel uni
    Et rencontrer, malgré les volontés adverses,
    Quand même, un jour, ce chemin qui traverse,
    De part en part, le cœur glacé de l’infini.

    Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages.
    Le soir se fait, un soir ami du paysage
    Où les bateaux, sur le sable du port,
    En attendant le flux prochain dorment encor…

    Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées
    Aux coups de fouet soudains des montantes marées !"
    -Emile Verhaeren, "Le voyage", in Les forces tumultueuses, 1902.



    _________________
    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


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