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    Jean-Michel Wittmann, Pour une approche littéraire du fascisme. Barrès et la hantise du corps fragmenté

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Jean-Michel Wittmann, Pour une approche littéraire du fascisme. Barrès et la hantise du corps fragmenté Empty Jean-Michel Wittmann, Pour une approche littéraire du fascisme. Barrès et la hantise du corps fragmenté

    Message par Johnathan R. Razorback Lun 27 Aoû - 14:29

    https://journals.openedition.org/rief/1433

    "Le fantasme du corps éclaté, dissocié, traverse toute la littérature de la seconde moitié du XIXe siècle, de Baudelaire à Mallarmé ou Huysmans, également fascinés, comme nombre de leurs contemporains, par les figures de Judith et d’Hérodiade. Elle traduit d’abord une interrogation existentielle et donne lieu à une interrogation menée au double plan de l’éthique et de l’esthétique. La portée idéologique voire politique d’une telle représentation du corps fragmenté, ou plutôt de l’opposition entre celui-ci et son envers fantasmé, le corps pur, celui dont l’intégrité a été préservée ou restaurée, se distingue néanmoins aisément chez un Barrès, écrivain qui illustre de façon emblématique le passage d’une littérature dominée par la recherche de l’originalité, celle du symbolisme, à une autre, définie par l’exigence de responsabilité morale et sociale. Cette représentation rencontre en effet la vision organiciste de la société et de la nation qui sous-tend le discours nationaliste et d’extrême-droite au fil du XXe siècle, en illustrant ou en résumant certaines idées récurrentes. Dans cette perspective, il n’est que de considérer la fameuse page de Bourget, l’un des maîtres en littérature de Barrès, intitulée « Théorie de la décadence », pour percevoir la force d’une image, celle du corps (ou plutôt la double représentation corps dissocié / corps intègre), qui prend son sens aussi bien sur le plan individuel et esthétique que sur le plan social et politique. La force du texte de Bourget est précisément de saisir conjointement les deux aspects et de définir en une image frappante la décadence comme un phénomène à la fois politique et esthétique. La société, comme l’œuvre d’art, est pour lui un organisme composé d’organismes subalternes. La décadence résulte de la dissociation de l’ensemble : lorsque la partie cesse d’être au service du tout, le tout – qu’il s’agisse d’une œuvre d’art ou d’une société – se corrompt, en perdant sa cohésion, ou si l’on préfère, son intégrité. Le texte de Bourget met l’accent sur une des causes de la maladie organique qu’est pour lui la décadence, en l’occurrence, au plan social, l’individualisme qui conduit l’individu à se désolidariser littéralement de l’ensemble auquel il appartient. Mais l’image du corps évoque aussi l’autre risque : la désintégration du corps social par l’invasion des corps étrangers. Et cette vision porte finalement en elle le culte fasciste du chef : la fragilité du corps est elle-même liée à l’absence d’un organe dominant, capable de coordonner l’ensemble et d’en assurer la cohésion, autrement dit de le protéger contre le risque de la fragmentation. Le titre « La France dissociée et décérébrée », dans Les Déracinés, renvoie précisément à cette image, dont le contenu du chapitre décrit les implications au plan politique. Mais cette hantise du corps fragmenté, dissocié, cette obsession de recomposer l’unité et de tracer une nette frontière pour séparer le moi et ce qui lui est étranger, étaient déjà déclinées, inlassablement, tout au long du Culte du Moi, sans que ces romans contiennent aucune leçon politique. ."

    "Le propre du Culte du Moi, c’est justement d’en rester à la question du moi pour définir une règle de vie, dans une perspective éthique, sans souci d’élaborer ni d’exposer une doctrine politique. Barrès y construit donc un système de représentations qui est comme un en-deçà de la politique et qui concerne un rapport à soi et aux autres défini par un usage singulier de la langue et par l’expression littéraire, mais un système qui a malgré tout une résonance politique, ce qui peut au moins balayer l’idée d’une dichotomie entre un écrivain égotiste et un doctrinaire nationaliste, tout en expliquant pourquoi un romancier comme Drieu la Rochelle – dont les « idées fascistes » portent la trace de l’héritage barrésien selon Michel Winock – a pu se dire marqué à vie par Un Homme libre, bien plus que par Le Roman de l’énergie nationale."
    -Jean-Michel Wittmann, « Pour une approche littéraire du fascisme. Barrès et la hantise du corps fragmenté », Revue italienne d’études françaises [En ligne], 7 | 2017, mis en ligne le 15 novembre 2017, consulté le 27 août 2018.



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