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    Géraldi Leroy, L'utopie socialiste selon Péguy. Etude lexicologique de cité et citoyen + De la cité socialiste

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Péguy - Géraldi Leroy, L'utopie socialiste selon Péguy. Etude lexicologique de cité et citoyen + De la cité socialiste Empty Géraldi Leroy, L'utopie socialiste selon Péguy. Etude lexicologique de cité et citoyen + De la cité socialiste

    Message par Johnathan R. Razorback Dim 17 Jan - 20:22

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    (p.23)

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    (p.27)

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    (p.29)

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    (p.31)

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    (pp.31-32)
    -Géraldi Leroy, "L'utopie socialiste selon Péguy. Etude lexicologique de cité et citoyen", Mots. Les langages du politique, Année 1981, 3, pp. 23-33.

    https://www.persee.fr/doc/mots_0243-6450_1981_num_3_1_1035

    http://www.jaures.eu/ressources/de_peguy_sur-peguy/peguy-et-la-cite-socialiste/

    Dans la cité socialiste les biens sociaux seront bien administrés.

    Les socialistes veulent remplacer autant que possible le gouvernement des hommes en société par l’administration sociale des choses, des biens : en effet, les hommes étant variés indéfiniment, ce qui est bon d’ailleurs, on ne peut pas organiser le gouvernement des hommes selon une exacte méthode scientifique ; tandis que, les biens n’étant pas indéfiniment variés, on peut organiser selon une exacte méthode scientifique l’administration des biens. Or la plupart des difficultés, des souffrances qui paraissent tenir au mauvais gouvernement des hommes tiennent à la mauvaise administration des biens.
    Pour bien organiser l’administration des biens, les socialistes veulent socialiser le travail social, c’est-à-dire l’ensemble du travail qui est nécessaire pour que la cité continue à vivre.

    A cette fin, ils veulent socialiser la matière qui est nécessaire au travail social, c’est-à-dire les moyens sociaux de production : la terre en ce qu’elle peut servir à la culture sociale ; le sous-sol, mines et carrières ; l’outillage industriel, machines, ateliers, magasins, l’outillage commercial, magasins, voies et moyens de communication. Les moyens de production seront socialisés, c’est-à-dire qu’ils seront rendus à la cité, à l’ensemble des citoyens.
    Le travail social sera socialisé, c’est-à-dire qu’il sera fait par l’ensemble des citoyens. Les parts individuelles du travail social, c’est-à-dire les parts du travail social qui seront données à la cité par chacun des citoyens, seront, non pas sans doute identiques entre elles, car cela ne se pourrait pas, mais, autant que possible, égales entre elles, en ce sens que les différences qu’elles auront encore ne seront commandées que par les différents besoins de la cité et par les différentes aptitudes individuelles des citoyens comme travailleurs, et en ce sens que ces inévitables différences de qualité, d’intensité, de durée, seront, autant que possible, compensées par d’autres différences de qualité, d’intensité, de durée, de manière que les parts individuelles du travail social soient, autant que possible, égales en quantité.
    En échange la cité assurera aux citoyens une éducation vraiment humaine, et l’assistance exacte en cas de maladie ou d’infirmité, enfin l’assistance entière pendant la vieillesse.
    L’éducation sera égale pour tous les enfants, non pas, bien entendu, en ce sens que les éducations individuelles seraient identiques entre elles, mais en ce sens que les différences des éducations individuelles ne seront commandées que par les différentes ressources de la cité et par les différentes aptitudes individuelles des citoyens comme élèves
    Les moyens de consommation seront laissés à la libre disposition des citoyens en quantités autant que possible égales entre elles.



    Péguy en 1894
    Péguy en 1894

    Les avantages de ce régime sont à considérer à l’égard de la cité et à l’égard des citoyens.
    A l’égard de la cité, ce régime épargnera le travail humain, dont le gaspillage est immoral. Cette épargne sera réalisée par plusieurs causes, dont les trois suivantes :
    La concurrence sera supprimée. Or elle est mauvaise. Il semble à première vue qu’elle a de bons effets dans la société présente, mais ces bons effets ne sont que des commencements de réparation aux maux qu’elle a commencé par causer elle-même. Nous ne reconnaissons pas toujours comme elle est mauvaise parce que notre éducation, mauvaise aussi, nous a dressés à travailler par un sentiment de vaine émulation, mauvais, étranger au travail même et à la fin propre du travail. La concurrence est mauvaise en son principe : il est mauvais que les hommes travaillent les uns contre les autres ; les hommes doivent travailler les uns avec les autres ; ils doivent travailler à faire de leur mieux leur travail, et non pas à se servir de leur travail pour vaincre d’autres travailleurs. La concurrence est cause que les travailleurs ne sont point payés selon ce qu’ils ont fait, ce qui serait juste au sens étroit de ce mot, ni payés d’un paiement normal, ce qui serait juste au sens large, ou harmonieux, mais surtout selon ce que leurs concurrents n’ont pas fait. La concurrence a souvent cet excès que, lorsque l’un des concurrents a reconnu qu’il ne peut pas travailler mieux que ses concurrents, il tâche que ceux-ci travaillent plus mal, pour être sûr de les vaincre quand même, d’où les manœuvres frauduleuses. La concurrence est souvent faussée par la réclame, qui tend à donner l’avantage au travail plus connu sur le travail mieux fait, et par la falsification, qui tend à donner l’avantage au travail mieux paraissant sur le travail mieux fait. Enfin la concurrence internationale est cause de la guerre, de la paix armée, des maux qui suivent, comme la concurrence interindividuelle est cause des procès, de véritables guerres privées, de la plupart des haines publiques et privées, des maux qui suivent.
    L’oisiveté sera supprimée. Pour calculer l’épargne de travail social ainsi réalisée, il ne faut pas comparer seulement dans la société présente le nombre des oisifs au nombre total des citoyens ; il faut aujouter au nombre des oisifs le nombre de tous les citoyens qui travaillent dans la société présente à pourvoir au luxe individuel des oisifs.
    La production sera centralisée autant qu’il est possible ; or, si la centralisation est mauvaise pour la vie intérieure des hommes et pour le travail supérieur de l’humanité, surtout pour l’art et pour la philosophie, elle est bonne pour la production sociale, parce qu’elle permet aux citoyens de faire mieux et plus vite le travail social de production, et, justement ainsi, d’être mieux et plus tôt libres pour leur vie intérieure et pour le travail supérieur de l’humanité. La cité socialiste organisera la culture intensive, l’industrie intensive, centralisera le commerce, de manière à tirer de la matière qui est proposée à l’activité humaine le plus des meilleurs moyens de consommation .

    A l’égard des citoyens, le régime socialiste aura sur la société présente au moins deux avantages :

    Il établira entre et pour tous les citoyens une fraternité, une solidarité réelle et vivante ; une justice, une égalité réelle et vivante ; une liberté réelle, — au lieu d’une fraternité fictive ; d’une justice fictive ; d’une liberté fictive.

    Il amortira autant que possible les à-coups individuels. Dans la société présente on laisse les malheurs individuels tomber de tout leur poids sur ceux des citoyens qui se trouvent au droit, et qui souvent en sont écrasés. Et comme il y a, malgré tout, en fait, des solidarités individuelles indéfinies, ces malheurs ont des répercussions indéfinies, incalculables. Si bien que le progrès même est, en fin de compte, onéreux. Par exemple quand on invente une machine qui supprime la moitié du travail dans un métier, les consommateurs, en général, en tirent un certain bénéfice parce que les prix baissent, mais la moitié des producteurs sont mis à pied, et ces malheurs individuels ont le plus souvent de telles et si lointaines répercussions que l’ensemble du mal ainsi causé aux citoyens est pire que n’est avantageux le bénéfice donné aux consommateurs. Dans la cité socialiste, au contraire, il suffira, quand on fera pour un métier de telles inventions, de réduire sans à-coup le nombre des travailleurs intéressés, soit en faisant moins d’apprentis de ce métier-là, soit en donnant à certains de ces travailleurs le temps d’apprendre un nouveau métier ; en attendant d’ailleurs, que les mesures prises aient leur plein effet, on en sera quitte pour diminuer le nombre des heures où travailleront les ouvriers de ce métier, ce qui ne sera pour personne un malheur dans la cité.

    Ainsi constituée, la cité socialiste sera parfaite en ce qu’elle sera socialiste. En ce qu’elle sera une cité humaine il se pourra qu’elle soit imparfaite encore. Mais elle sera la moins imparfaite possible des cités humaines possibles, en ce sens que toutes les difficultés, toutes les souffrances y seront au pis-aller égales à ce qu’il faut qu’elles soient dans toute société individualiste.

    Soient les difficultés, par exemple, qui tiennent au choix du métier et à la paresse :

    Comment pourrez-vous, nous dira-t-on, assurer dans la cité socialiste le service des métiers les plus pénibles, ou les plus ennuyeux, en un mot des métiers sacrifiés ?
    Remarquons d’abord qu’à mesure que le machinisme ira croissant les métiers se rassembleront de plus en plus et qu’il y aura de moins en moins des métiers sacrifiés. Remarquons ensuite que dans la cité socialiste on pourra toujours compenser par des avantages de durée ce que les métiers sacrifiés auraient encore de pénible ou d’ennuyeux. Et enfin, si, malgré cette compensation, les travailleurs volontaires désertaient certains métiers, il suffira, pour assurer le service de ces métiers, d’en faire un service commandé, obligatoire, universel et personnel.

    - Mais, dira-t-on, c’est là de la contrainte !
    - Sans doute, c’est là de la contrainte, mais c’est une contrainte juste et officielle. Tandis que dans la société présente sévit une contrainte universelle, d’autant plus redoutable qu’elle est à la fois injuste et sournoise : injuste en ce qu’elle ne s’exerce pas également sur tous les citoyens ; sournoise, car on ne veut pas avouer que l’on contraint certains citoyens à faire certains métiers, mais on est bien content que la misère générale soit telle qu’il y ait des citoyens qui tombent si bas que de remonter jusqu’à ces métiers-là justement leur paraisse un bonheur. Et c’est sur cela que repose toute la société présente. Pour ne pas vouloir faire de certains métiers, de certaines fonctions sociales, de certains services, des services commandés, on gaspille de la souffrance humaine : au lieu de faire descendre les travailleurs, s’il y a lieu, des métiers moyens aux métiers sacrifiés, on les laisse tomber, sans vouloir avoir l’air de s’en apercevoir, beaucoup plus bas, assez bas pour qu’ils aient encore bien de la chance, comme on dit, de remonter jusqu’à ces métiers-là.

    Et que ferez-vous, nous dira-t-on, des paresseux ?

    Remarquons d’abord qu’il y aura beaucoup moins de paresseux quand tous les citoyens auront reçu l’éducation normale. Remarquons ensuite qu’il y aura beaucoup moins de paresseux dans une cité où la plupart des métiers seront sans cesse ouverts à tous, parce qu’il y aura beaucoup moins de fausses vocations, parce qu’il n’y aura point de vocations forcées, parce que les vies mal engagées ne le seront point sans retour possible. Enfin si, dans une cité où trois ou quatre heures au plus d’un travail facile suffiront pour assurer la vie quotidienne, si, dans une telle cité, il se trouve encore des paresseux qui refusent toute espèce de travail, ces malades ne mourront pas de faim dans une cité qui sera aussi riche en moyens de consommation, mais on les réduira au strict nécessaire.

    - Ils seront donc, dira- t-on, entretenus aux frais de la cité ?
    - Sans doute, mais que fait la société présente, sinon de les entretenir aussi, et très cher, dans ses asiles, ses hôpitaux, ses prisons, ses colonies de relégation, ou dans ses plus somptueux hôtels, parasites mendiants ou parasites luxueux, ou bien ouvriers des mauvais métiers.

    Selon cette méthode d’analyse exacte et de comparaison, toujours on verra que ce sont justement les pis-allers de la cité socialiste, supposés, qui sont la règle habituelle, réelle, de la société présente.



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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. » -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. » -Hegel, La Raison dans l'Histoire.

    « Mais parfois le plus clair regard aime aussi l’ombre. » -Friedrich Hölderlin, "Pain et Vin".


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