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    Jeanne Hersch

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Jeanne Hersch Empty Jeanne Hersch

    Message par Johnathan R. Razorback Mer 20 Jan - 18:56

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_Hersch

    https://fr.1lib.fr/book/3922949/28377e

    "Nous nous garderons donc de toute condescendance face aux penseurs du passé, fût-ce les plus anciens. En vérité leur étonnement philosophique radical, qui en leur temps était tout neuf, témoigne de la force créatrice et de la capacité d’invention de l’homme. C’est ce qui leur a permis de poser leurs étranges questions. Ils étaient de très grands esprits. Ne l’oublions pas. Dès le début, nous avons affaire à des philosophes capables d’étonnement, capables de dépasser ce qui, dans la vie quotidienne, va sans dire pour poser des questions fondamentales."

    "L’école philosophique la plus ancienne, la célèbre École de Milet, en Asie Mineure, a été fondée par Thalès, l’inventeur du théorème faisant du cercle le lieu géométrique des angles droits construits sur un segment de droite.

    Il s’agit donc de puissants esprits, qui étaient, par rapport au savoir de leur temps, des esprits universels. Ce qui suscita avant tout leur étonnement, ce fut le spectacle du changement. Nous vivons dans un monde où tout ne cesse de changer. Voici une bûche, peu après nous voyons une flamme, et un peu plus tard, il n’y a plus de flamme – rien qu’un petit tas de cendre. Un souffle de vent disperse la cendre. Elle disparaît. Et tout ce que nous contemplons, tout ce dont nous nous servons, et tous les êtres vivants, et les hommes, et nous-mêmes : tout ne cesse de changer, tout passe.

    La première question se posa à peu près ainsi : « Qu’y a-t-il donc qui persiste à travers tout le changement ? » La première réponse philosophique donnée à cette question fut la suivante : c’est la substance qui persiste dans tout ce qui change et ne cesse de passer. Il doit bien y avoir quelque chose qui se maintient dans l’être ; sinon, il n’y aurait depuis longtemps plus rien.

    Il y a donc le changement, tout ce qui ne cesse de passer, mais il y a quelque chose qui, dans l’éphémère, persiste. Le changement est porté par un être subsistant, qui change, et qui pourtant reste l’être. La première question posée par l’École de Milet fut donc : « Quelle est la substance qui persiste à travers le changement ? »

    Le lecteur peut-il imaginer la saisissante radicalité d’une telle question, lorsqu’elle est posée pour la première fois ? Nous pouvons parfaitement vivre au milieu des choses qui changent tant qu’elles possèdent, pour notre vie pratique, une stabilité relative, suffisante pour nous : si nous posons un pain sur la table, nous l’y retrouvons un peu plus tard, et cela nous suffit. [...]
    Les philosophes de Milet ont donné à cette question des réponses différentes. Thalès, par exemple, enseignait : la substance qui est au fond de tout et qui se transforme en toutes choses, c’est l’eau. [...]
    Certains modernes présomptueux diront : l’eau, c’est simplement H²0. Tout cela n’a pas de sens.

    Mais le sens est ailleurs. Ce qui importe, c’est le problème posé, bien plus que sa solution. Et dans les solutions proposées elles-mêmes, ce qui importe, c’est la direction qu’elles suggèrent, vers quelque chose de liquide, de fluide, qui peut se transformer en toutes choses sans s’abolir
    ."
    -Jeanne Hersch, L'étonnement philosophique. Une histoire de la philosophie, Gallimard, 1999 [1981 pour la première édition suisse],



    _________________
    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


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