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    Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne

    Johnathan R. Razorback
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    Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne Empty Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne

    Message par Johnathan R. Razorback le Dim 16 Oct - 13:57

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Hazard

    http://classiques.uqac.ca/classiques/hazard_paul/crise_conscience_europe/crise_conscience.html

    "L'esprit du dix-huitième siècle. Nous avons voulu montrer, précisément, que ses caractères essentiels se sont manifestés beaucoup plus tôt qu’on ne croit d’ordinaire ; qu’on le trouve tout formé à l’époque où Louis XIV était encore dans sa force brillante et rayonnante ; qu’à peu près toutes les idées qui ont paru révolutionnaires vers 1760, ou même vers 1789, s’étaient exprimées déjà vers 1680. Alors une crise s’est opérée dans la conscience européenne entre la Renaissance, dont elle procède directement et la Révolution française, qu’elle prépare, il n’y en a pas de plus importante dans l’histoire des idées. A une civilisation fondée sur l’idée de devoir, les devoirs envers Dieu, les devoirs envers le prince, les « nouveaux philosophes » ont essayé de substituer une civilisation fondée sur l’idée de droit: les droits de la conscience individuelle, les droits de la critique, les droits de la raison, les droits de l’homme et du citoyen." (p.5)

    "Nous continuons pour une part ces grandes querelles inapaisées." (p.6)

    "Quand Boileau prenait les eaux de Bourbon, il pensait être au bout du monde ; Auteuil lui suffisait. Paris suffisait à Racine ; et tous deux, Racine et Boileau, furent bien gênés, lorsqu’ils durent suivre le Roi dans ses expéditions. Bossuet n’alla jamais à Rome ; ni Fénelon. Molière n’alla jamais revoir la bou
    tique du barbier de Pézenas. Les grands classiques sont stables. Les errants, ce seront Voltaire, Montesquieu, Rousseau ; mais on n’a pas passé des uns aux autres sans un obscur travail
    ." (p.10)

    "Au Siam, Louis XIV voulait installer le commerce français, et répandre la vraie foi. On amorça des échanges: en 1684, les Parisiens virent arriver des mandarins siamois, grande merveille ; en 1685, une mission française se rendit au Siam ; en 1686, une nouvelle mission siamoise vint en France ; en 1687, une seconde mission française renouvela la tentative. Alors parurent des relations écrites par les savants ecclésiastiques et par les diplomates mêlés à l’affaire. D’où la curiosité du public. D’où, par un mécanisme psychologique qui ne change pas, l’image embellie des Siamois, pieux, sages, éclairés. Par exemple, on raconte que lorsqu’on a proposé au Roi de Siam de se convertir, il a répondu que si la Providence divine avait voulu qu'une seule religion régnât sur le monde, rien ne lui aurait été plus facile que d’exécuter ce dessein ; mais puisque Dieu avait toléré une foule de religions dissemblables, on devait conclure qu’il préférait être glorifié par une prodigieuse quantité de créatures le louant chacune à sa manière. En rapportant ces propos, on s’émerveille: eh quoi ! ce prince de Siam, qui pourtant ignore les sciences de l’Europe, a exposé avec une force et une netteté remarquables la raison la plus plausible de la philosophie païenne contre la seule vraie religion ! ... Les conclusions qu’on tire de tout cela tournent à l’hétérodoxie. Les Siamois souffrent toute sorte de religions, et leur Roi permet à des missionnaires chrétiens de prêcher librement dans leurs villes: les Européens sont-ils aussi larges, aussi tolérants ? Et que diraient-ils, si les Talapoins, c’est le nom des prêtres de là-bas, s’avisaient de venir en France pour y prêcher leur foi ? — Les Siamois ont une religion parfaitement ridicule ; ils adorent un Dieu extravagant qui s’appelle Sommonokhodom ; et cependant, leurs mœurs sont pures et même austères ; un chrétien n’a rien à redire à la conduite de leur vie. Morale et religion ne sont donc pas nécessairement liées ?" (p.19-20)
    -Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne (1680-1715), "Les classiques des sciences sociales", 2005, 359 pages, à partir de Le livre de Poche, collection références, Paris, 1994 (1935 pour la première édition).



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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