L'Académie nouvelle

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    Georges Valois

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 23 Mai - 20:39



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Lun 7 Jan - 13:32

    https://archive.org/details/dunsiclelaut00valo/page/n7

    "C'est lui [Sorel] qui nous a arrachés définitivement à la démocratie, dont les préjugés habitaient la pensée des anarchistes, bien qu'ils s'en défendissent. Kropotkine, le père de l'anarchie, était au fond un homme de 1789, et il l'a bien prouvé. Sorel nous décrassa totalement par des raisons tirées de la philosophie prolétarienne qu'il construisait. Les raisons aristocratiques que nous fournissait à cette époque Nietzsche, qui devenait un grand homme de l'anarchie, nous séduisaient mais, nous repoussaient aussi. Les raisons prolétariennes et intellectuelles de Sorel eurent au contraire prise sur notre esprit et sur nos sentiments. Si l'on considère que, plus tard, par son livre sur les Illusions du Progrès, Sorel nous a fait sortir du délire de l'Encyclopédisme, on comprendra la reconnaissance que nous lui gardons, nous qui avons été instruits par lui, qui avons profité de ses travaux et qui ne l'avons pas suivi. Je dois à Sorel ma direction définitive: j'ai longtemps hésité entre la psychologie et l'économie politique ; c'est lui qui a dirigé ma passion de connaissance vers l'étude des phénomènes économiques. Mais, bien que j'aie largement profité des travaux de Sorel, je n'ai presque jamais été de ses disciples à proprement parler. Sorel, profondément pénétré par la philosophie allemande, et que l'on classerait parmi les hégéliens s'il était possible de le classer, a toujours été marxiste, bien qu'il ait fait une forte critique de certaines thèses de Marx ; il a eu un grand penchant pour Proudhon, plus sentiment, plus moral qu'intellectuel, et chez lui, dans ces dernières années, Marx a vaincu Proudhon. Pour moi, même au temps où j'étais sans réaction devant Sorel, j'étais en opposition à l'égard de tout ce qui venait d'Allemagne, je n'ai jamais ouvert un livre de philosophie allemande sans me tenir instinctivement sur la défense: je n'ai eu de goût passager que pour Nietzsche, et c'est à vingt ans que j'ai commencé à faire pour moi-même la critique du marxisme." (p.134-135)

    "Je rentrai à Paris, à l'automne de 1901, avec le dégoût de la politique et disposé à l'individualisme le plus franc. Puisque rien n'était, puisque toutes les idées ne servaient qu'à tromper le peuple, un homme qui a quelque énergie doit suivre sa propre loi. Nietzsche a raison: cherchons le surhumain ; heureux ceux qui s'élèvent au-dessus de la foule qui baille devant les jongleurs. Je retrouvai mes amis et mes camarades dans des dispositions intellectuelles et morales voisines des miennes. Je crois que c'est le moment de ma vie où j'ai risqué le plus de perdre tout bon sens. J'ai été sauvé par ma grand'mère. Autour des tables de café, j'entendais trop de jeunes hommes faire de singulières combinaisons pour organiser leur carrière. Etait-ce là le chemin du surhumain ? Un soir où beaucoup de paradoxes cachaient mal la brutalité des appétits, je vis au-dessus des buveurs le visage de ma grand'mère. Je rentrai chez moi, décidé à chercher la vérité dans le silence et le travail. Il n'y avait qu'une solution: quitter Paris, quitter même la France, pour rompre avec toutes les habitudes de l'esprit, me chercher moi-même et me trouver. Quelques jours après, j'étais à Genève, où je retrouvais encore le visage de la Révolution.
    Le hasard d'une rencontre fit que je pris conscience de l'agonie des idées révolutionnaires dans mon esprit: dans la nuit du 31 décembre 1901, je soupais avec trois horlogers de la Chaux-de-Fonds et un inspecteur agricole d'Orient-de-l'Orbe, qui étaient venus passer à Genève les fêtes du nouvel an ; c'étaient de très braves gens, bien équilibrés, avec qui je pris plaisir à parler, pendant une partie de la nuit, de l'industrie, de l'agriculture et de la politique. Ils me questionnèrent sur l'affaire Dreyfus, se déclarèrent partisans de la thèse de l'innocence, mais dirent le regret où ils étaient que l'affaire eût fait si grand tort à la France. L'inspecteur agricole donna la conclusion: "Un grand pays comme la France ne devrait pas être en République ; la République nous convient à nous, Suisses, qui n'avons pas de politique étrangère: mais la France, en République, est trop exposée aux intrigues de l'Allemagne et de l'Angleterre ; vous venez de le voir pendant l'affaire Dreyfus ; il n'y a qu'un régime qui convient à la France, c'est la monarchie". Ce fut dit avec tant de force que je n'opposai qu'une protestation timide.
    Je lisais à cette époque Nietzsche et Spinoza: j'eus l'idée de chercher une retraite obscure, où, en polissant des verres d'optique ou des pièces d'horlogerie, je poursuivrais ma recherche. Les Suisses ont beaucoup de bons sens: M. Bernard Bouvier, professeur à l'Université, à qui je commençais d'exposer mes projets, me conseilla de prendre un préceptorat, et il m'en offrit un, en Russie
    ." (p.151-154)

    "La France était vraiment, en 1906, un pays où l'on connaissait la douceur de vivre. La grande crise dreyfusienne était terminée et elle devait être close officiellement par le coup d'Etat judiciaire du 16 juillet de cette année-là. Les Français se reposaient, considérant qu'aucun danger ne pouvait les menacer, puisqu'ils étaient pacifiques. L'alerte de 1905 n'avait inquiété que ceux qui étaient déjà inquiets ; mais le plus grand nombre des citoyens n'avaient guère vu, dans cette aventure, que des gestes ridicules de l'empereur Guillaume, et le fait que la guerre avait été évitée les confirmait dans cette pensée, qui devenait officielle, que "la guerre est impossible au siècle où nous sommes"." (p.229)

    "Voulez-vous vous imaginer la situation d'un homme de vingt-six ans qui est un fils authentique de la tradition républicaine, qui a été anarchiste, qui, presque dans une cellule, est devenu catholique et royaliste, et, ne connaissant à peu près personne à Paris, se demande, en l'an 1906, comment et avec qui il va passer à l'action ? [...]
    Qui voir ? Barrès ? Je l'admire, c'est un grand intellectuel, mais il est républicain. Les antisémites ? Il n'y a pas de doctrine chez eux. Chez les royalistes ? Arthur Meyer ? J'aurais préféré redevenir anarchiste
    ." (p.234)

    "Il faut publier votre livre, me dit-il [Bourget]. Mais ne le portez pas chez un éditeur ; remettez-le d'abord à l'Action française." (p.238)

    "Je courus rue du Bac acheter quelques numéros de la Revue d'Action française, que je lus avidement. J'appris avec allégresse que le groupe de l'Action française était formé d'hommes qui, appartenant autrefois à la République, avaient conclu à la Monarchie au nom du salut public. Mon aventure n'était donc pas unique ? Je n'allais donc pas contre mon siècle ? [...]
    Peu après, un billet de Maurras m'appelait rue de Verneuil. Je vis l'auteur de l'Enquête dans cet étonnant cabinet où, déjà, l'arrangement des choses révélait que Maurras s'est donné tout entier à l'oeuvre qu'il a entreprise [...] Dès que la conversation fut ouverte, j'eus le sentiment que, cette fois, j'étais bien au port, et prêt à partir pour la plus belle aventure du siècle
    ." (p.238-239)

    "Ayant publié mon ouvrage L'Homme qui vient, fin 1906, à la Nouvelle Librairie Nationale que venait de fonder Jean Rivain, j'entrepris, l'année suivante, une enquête sur "la Monarchie et la Classe ouvrière" dont je publiai les résultats dans la Revue critique des Idées et des Livres, que dirigeait René de Marans, lequel, formé à l'école du colonel de la Tour du Pin, avait beaucoup de goût pour l’œuvre de Georges Sorel." (p.249)

    "Le siècle passé ne voulait plus chercher que la jouissance. Mais un même ordre parvient aujourd'hui à chacun de nous, venant des Hauts-de-Meuse, des bois de l'Argonne, des rives de la Marne et des champs de la Somme: Travaille ! C'est l'ordre divin, c'est l'ordre humain." (p.293)
    -Georges Valois, D'un siècle à l'autre : chronique d'une génération (1885-1920), Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1921, 295 pages.



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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Mer 23 Jan - 18:48

    « Des tréteaux où ils [les grands destructeurs] se proclament les annonciateurs d’un monde nouveau, ils clignent de l’œil vers les femmes. J’ai eu la joie profonde de rappeler à quelques-uns de ces faux prophètes leur condition animale, d’appeler sur eux le mépris même qui était leur arme, et de remplacer leur joie par l’inquiétude. J’ai interrompu un chant de triomphe. » (p.VII)

    « Je n’ai pas écrit pour leurs agonisants qui revoient en songe les belles heures de leur vie, j’ai écrit pour des hommes jeunes, énergiques, mais dont l’intelligence était engourdie et les muscles lassés par la volupté et qui se paraient de fleurs rêvant qu’ils voguaient vers des îles tahitiennes : Dormeurs, éveillez-vous, nous abordons aux contrées froides. » (p.VIII-IX)

    « L’Homme qui vient a été pensé, écrit pendant les années qui suivirent immédiatement la dernière crise du XIXème siècle, au lendemain de la révolution dreyfusienne, devant le spectacle de la horde juive triomphante. » (p.IX)

    « La houle des mers me soulevait vers les cieux où je déchiffrais les signes de l’ordre éternel. » (p.X)

    « Je n’ai fait que me conformer ici aux enseignement de l’un de nos maîtres, M. Paul Bourget. » (p.XIV)

    « Un amant de la vie qui se déclare rationaliste (depuis Nietzsche l’espèce en est nombreuse) ne pourra refuser de souscrire à ces conclusions sans se nier lui-même ; car s’il refuse, il devra avouer que son rationalisme ou son amour de la vie sont des impostures. » (p.XV)

    « Ceux qui aiment vraiment la vie acceptent leur destinée. » (p.XVI)

    « Comment a-t-on pu dire que c’était là une transformation selon l’esprit nietzschéen ? L’Homme qui vient est, dès ses premières pages, une réaction contre cet esprit. Si je m’éloigne avec Nietzsche de la petitesse, accepté-je la grandeur au prix qu’il la met ? Dans ce tumulte où grandit le surhumain, les plus utiles contraintes sont détruites. Pas à pas, je relève toutes celles que je trouve abattues. Regardé-je la vie comme un jeu ? C’est mon souci d’y voir un service. Ai-je vu deux races d’hommes, les maîtres et les esclaves ? Mon premier soin a été de montrer les esclaves semblables à leurs maîtres. Où Nietzsche (et surtout les nietzschéens) voit des différences essentielles, je découvre une identité profonde. Méprisé-je les serviteurs ? Je me place parmi eux. Et le « monstre Etat » ? Je le regarde comme un génie tutélaire. Il reste peut-être, et c’est le plus fâcheux, ds habitudes de langage et quelques manières qui rappellent une longue fréquentation. Je vous dis que j’ai lu Nietzsche et que j’y ai pris un plaisir extrême. Mais m’avez-vous vu suivre mon chemin de Damas en dansant sur la corde raide et en avalant des serpents ? » (P.XVI-XVIII)

    « La confusion n’a-t-elle pas été un peu volontaire ? Juifs, modernistes et démocrates dits chrétiens en sont seuls coupables. Un Juif commence : « Jésus et l’auteur de Zarathoustra collaborant à l’établissement de la monarchie nécessaire… » (Maurice Kahn, Pages libres). Un collaborateur d’une revue pré-chétienne, Coenobium, écrivait : « Mélange de nietzschéisme et de christianisme » (Maze, Mercure de France). Un abbé démocrate, M. Calippe, dans la Revue du Clergé Français : « L’auteur essaie de trouver dans les théories de Netzsche un point d’appui pour ses opinions politiques ». Un collaborateur de M. Sangnier : « Livre directement inspiré de Nietzsche ». Un certain Vuillaud, qui imprime du mauvais français dans les Entretiens Idéalistes, me définit : « L’écrivain amené au christianisme par Nietzschee (sic) ». Ce dernier est une simple brute. Mais tout ces gens-là ignorent autant que lui l’exercice de la raison et les principes de l’honnêteté intellectuelle. M. Lugan, enfin, m’a accusé d’avoir « glorifié Nietzsche » dont « tout le monde sait » que la philosophie repose « sur l’immoralisme le plus outrancier » (l’Action Française et l’Idée Chrétienne, pp.104-105). Je n’ai pas écrit l’Homme qui vient pour the happy few ; mais je ne saurais me plaindre des marques d’inintelligence que donne le premier venu. Je ne relève cette sottise que pour avoir l’occasion de marquer qu’elle s’alliait à beaucoup de mauvaise foi. Ce Lugan n’a-t-il pas imaginé de mettre à la charge de l’Action Française, dans le livre par lequel il l’attaque, vingt pages de l’Homme qui vient, c’est-à-dire d’un ouvrage qui a été présenté comme une œuvre rigoureusement personnelle et qui a été conçu, écrit plusieurs années après la formation des doctrines de l’Action Française, par un homme qui ne possédait alors aucune information sur ces doctrines. » (note 1 p.XVII)

    « Le salut public exige la restauration d’un pouvoir d’Etat dictatorial et la renaissance d’institutions proprement aristocratiques. » (p.XX)

    « « Ce langage est dur ». Et parce qu’il est tel, et parce qu’il fait ainsi penser à la « dureté » que recommandait Nietzsche, plusieurs personnes, à qui j’ai communiqué le manuscrit de cet ouvrage, ont eu l’impression, et m’en ont fait part, qu’il s’en dégageait, au moins dans les premiers chapitres, une odeur nietzschéenne : de la durté, une admiration de l’énergie qui peut paraître excessive, un mépris parfait pour celui qui est inapte à vivre, une sorte d’immoralisme césarien, ce sont là, en effet, quelques caractères nietzschéens. L’esprit de ce livre est pourtant bien éloigné de l’esprit nietzschéen ; mais cela ne veut pas dire que Nietzsche n’est pour rien dans l’effort qui m’a conduit aux pieds du Christ. Il faut rendre à Nietzsche ce qui lui appartient. Je tient à bien marquer ce qui est à lui dans cet ouvrage, parce que c’est un devoir de reconnaissance, et parce que cela permet d’apporter quelque éclaircissement dans un problème intellectuel de ce temps.
    Je dois à Nietzsche ma libération. A l’époque où nous pataugions dans le marécage démocratique et humanitaire, où nous avaient plongés nos bons maîtres de la petite science et où nous gaspillions notre énergie à résoudre d’ineptes problèmes, tels que celui-ci, dont Carlyle donna la formule : « Étant donné un monde de fripons, tirer une honnêteté de leur action unie » -unie librement, selon l’esprit du temps,- ou bien encore : « Remplacer la Foi par quelque chose qui sera tout ce qu’on voudra sauf une foi »,- à cette époque nous avons reçu de Nietzsche un coup de fouet qui nous ramena à considérer avec sincérité les vraies réalités. Nietzsche, avec une certaine brutalité, interrompit nos bêlements, nous dépouilla de notre misérable défroque humanitaire, et nous contraignit à nous regarder nous-mêmes sans itié : c’est par lui que nous vîmes pour la première ce qu’est cet amour de l’humanité que l’on nous avait enseigné : un faux amour, en vérité, -une ruse inventée par les impuissants pour désarmer les concurrents, leur enlever tout désir d’élévation, et affaiblir leur concurrence. Nous étions précisément parmi ceux qui avaient été désarmés, et dont la vraie force, l’énergie, était enchaînée par l’œuvre des pédagogues de tout ordre de la Troisième République. –C’est pourquoi nous reconnûmes Nietzsche comme un libérateur ; lorsque nos maîtres de la petite science nous répétèrent : « C’est par la raison et la liberté que l’humanité s’élève », nous leur répondîmes : « Non point : c’est par la force et la contrainte ». Et nous connûmes enfin un nouvel amour pour l’humanité, un amour que l’on peut dire impitoyable, -cet amour que j’ai retrouvé plus tard dans l’Évangile, et dont la parabole des talents donne, me semble-t-il, l’essence. Voilà ce que nous devons à Nietzsche : à la fin du XIXe siècle, il a été le libérateur de notre énergie ; de quoi nous lui gardons beaucoup de reconnaissance.
    Il peut paraître étrange que nous, Français, nous ayons eu besoin des enseignements de cet étranger brutal pour revenir à la vraie vie : des esprits qui n’ont pas connu le désordre intellectuel s’en étonnent, et citent les noms des nôtres, dont l’esprit fut certes mieux équilibré que celui de Nietzsche, et dont la fréquentation nous eût été aussi profitable. Il y a Bonald, et Maistre, et Comte, et Taine, et, tout près de nous, quelques autres. C’est vrai. Mais il faut savoir ceci : que pour nous, par l’œuvre de nos éducateurs rusés, ces vrais maîtres étaient tarés. – Réactionnaires, nous avait-on dit. […]
    Au contraire, on ne nous avait pas appris à nous défier des étrangers, et l’on n’eut point le temps de nous voiler Nietzsche ; il entra chez nous avant tant de brusquerie et de brutalité que l’on n’eut pas le temps de le reconnaître et que l’on n’osa pas ensuite le masquer : c’est pourquoi son action put s’exercer sur nous, si prompte et décisive. » (p.XXIII-XXVII)

    « Après Nietzsche, nous vîmes, au terme de l’Évolution, le Surhumain. Et nous conservions toujours quelque dédain pour les fervents du passé, les empêcheurs de progrès, les conservateurs. » (p.XXIX-XXX)

    « Le meilleur devenir n’est plus qu’un mot ; le mieux est réalisé depuis les origines, et c’est à le maintenir, contre des forces qui tendent à le détruire, que nous devons travailler. Ce n’est pas la recherche de notre bonheur qui importe ; il n’y a point pour noous, sur cette terre, d’autre but que celui-ci : travailler à augmenter les protections de la vie. » (p.XXXIII)

    « La voie du Surhumain nous est indiquée : c’est le travail. » (p.XXXVI)

    « Le maître, l’aristocrate, le prince, la colonne de l’autorité, c’est l’organe par lequel l’espèce contraint les individus à suivre la loi du travail qui est son salut. » (pXXXVIII)

    « La démocratie […] c’est un fait de décomposition. » (p.XL)

    « [La Révolution (française)] Ce n’est pas une rupture de la tradition, c’est le retour aux origines de la tradition. Il faut à la tête du monde non pas des désabusés, des hommes trop rassassiés, des dédaigneux, des sceptiques, mais des enthousiastes, des hommes pleins d’appétits, avides des jouissances du commandement, et des croyants. […]
    Ils ne sont pas la négation de la noblesse, ils sont la nouvelle noblesse. » (p.20-21)

    « La paresse de l’homme est bien plus puissante que sa loyauté. » (p.29)

    « Le socialisme, qui veut abolir toute contrainte, est le Retour à la Bête. » (p.31)

    « Tandis que le vrai chef entraîne les hommes à l’effort, excite leurs énergies, leur fait donner plus que ce qu’ils donneraient s’ils étaient abandonnés à eux-mêmes, le démagogue les entraîne à la diminution de l’effort. » (p.37)

    « L’homme ne vaut que par la capacité qu’il a de faire de l’argent, c’est-à-dire de tirer du sol les choses nécessaires à la vie. » (p.77)

    « Bénie soit la pauvreté […] Elle exige de l’homme son plus grand effort. […] Elle est le crible de l’espèce. […] [Elle] débarasse […] le monde d’être inutiles et encombrants. » (p.88)

    « Le socialiste est l’homme paresseux, jaloux, envieux, ingrat, orgueilleux. » (p.102-103)

    « Toute force créative vient de l’instinct, unique source de mouvement, seule puissance d’élévation. C’est pourquoi le maître de la vie, l’Aristocrate, ne sera jamais l’Intellectuel, mais l’Énergique, celui dont l’instinct de vie possède la plus grande puissance. » (p.155)

    « Tout ce que nous appelons les bienfaits pacifiques de la civilisation sont les créations de la guerre […] La guerre demeure la noblesse des nations, car c’est par leur puissance de guerre qu’elles empêchent l’homme de retourner à la Bête. » (p.169)

    « Puisque nous raison nous amène à reconnaître la nécessité de la foi et la nécessité du prêtre pour conserver la foi, notre raison même nous indique que, si nous voulons vivre et réaliser notre plus grande vie, nous devons nous soumettre à l’autorité de l’Église, hors de laquelle il n’est que dangers pour notre foi et par conséquent pour notre énergie. » (p.243)
    -Georges Valois, L’Homme qui vient. Philosophie de l’Autorité, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 2ème édition, 1909 (1906 pour la première édition), 269 pages.


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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. » -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.

    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.

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    Message par Johnathan R. Razorback le Mar 28 Mai - 10:28


    "
    -Georges Valois, L'Homme contre l'argent. Souvenirs de dix ans (1918-1928), 1928, édition présentée par Olivier Dard, Presses Universitaires du Septentrion, 2012, 373 pages.

    Pas d'entrée Nietzsche dans l'index nominum.



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    "La vraie volupté est remportée comme une victoire sur la tristesse [...] Il n’y a pas de grands voluptueux sans une certaine mélancolie, pas de mélancoliques qui ne soient des voluptueux trahis." -Albert Thibaudet, La vie de Maurice Barrès, in Trente ans de vie française, volume 2, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1919, 312 pages, p.40.


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