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    Jocelyne Streiff-Fénart

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Jocelyne Streiff-Fénart Empty Jocelyne Streiff-Fénart

    Message par Johnathan R. Razorback le Sam 29 Aoû - 19:16

    https://cv.archives-ouvertes.fr/jocelyne-streiff-fenart

    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00961819/document

    "La  sociologie de l’immigration est  une  science des métaphores, métaphore marine des vagues, des flux, des courants, métaphore agricole de la transplantation, de la greffe, de l’enracinement, métaphore biologique de l’assimilation et de l’absorption. Parmi toutes ces images et analogies qui figurent le rapport entre le migrant et la société réceptrice, celle  de l’assimilation qui représente la société comme un corps vivant humain et l’immigré comme un  corps étranger à digérer, est sans nul doute la mieux partagée.

    Enracinée dans la tradition sociologique de l’organicisme, la métaphore de l’assimilation doit aussi beaucoup à une vision « progressiste »  du changement  et de la diversité humaine:  le  même  chemin  parcouru  par  l’humanité  sur  une  échelle  temporelle  du
    progrès  peut  être  parcouru  en  accéléré  par  la  rencontre  entre  des  groupes  humains
    situés  à  des  stades  différents  d’évolution.    Cette  conception  évolutionniste qui  vise  à
    intégrer  les  autres  en  les  faisant  accéder  à  l’universel  est  présente  dans  l’espace
    intellectuel français depuis la révolution française où elle a constitué l’arrière plan de la
    notion de régénération des peuples soumis. Une autre métaphore, de source américaine,
    a  accentué  à  travers  l’image  du  creuset  le  sens  du  mélange  et  de  la  fusion  plutôt  que
    celui  de  l’absorption,  ces  deux  faces  de  l’assimilation  se  trouvant  représentées  dans
    l’histoire des Etats‐Unis  par les idéologies fusionnelles ou exclusivistes  du  melting‐pot et de l’anglo‐conformity." (p.1)

    "Alors même que l’assimilation est indissociable d’une conception individuelle et contractuelle de la citoyenneté, l’acte  juridique qui fait de l’étranger un  national (la  naturalisation) consacre la subordination des catégories juridiques (national/étranger) aux catégories culturelles. Le droit français fait en effet de l’assimilation culturelle de l’immigré (attestée par son adhésion aux valeurs et sa connaissance de l’histoire et de la culture françaises) une condition de la naturalisation (loi de 1927 sur la nationalité, ordonnance de 1945 portant Code de la Nationalité)." (p.2)

    "La distinction entre assimilables et non assimilables est mise en œuvre dans l’entre deux guerre pour trier les populations relevant d’une immigration de  peuplement (Italiens,  Belges, Suisses) et celles (Africains, Levantins et Asiatiques) relevant d’une immigration de travail ayant vocation à repartir (Schor, 1996). L’idée de prédispositions plus ou moins grandes à l’assimilation selon les « cultures d’origine » des groupes a été relayée et confortée par les instances scientifiques. Elle constitue l’arrière plan des grandes enquêtes sur l’assimilation des immigrés menées depuis les années cinquante jusqu’à nos  jours. Commentant les résultats de l’enquête menée en Belgique par l’équipe de René Clémens, Alain Girard (1954) souligne que « la capacité d’assimilation des Polonais apparaît moins vive que celles des  Italiens parce que la « distance culturelle » qui les sépare des Belges est beaucoup plus grande » (p. 148). L’enquête MGIS (Mobilité Géographique  et  Insertion  Sociale) menée par l’INED et l’INSEE dans les années 1990 s’attache  à  mesurer  le  maintien  ou  la  déperdition  de  comportements  culturels
    spécifiques  (notamment  matrimoniaux  et  religieux)  attribués  à  des  populations
    construites  comme  des  catégories  ethniques  (« arabes  algériens »,  « berbères »  ou
    « kabyles »,  « turcs »,  « kurdes »,  « mandés  d'Afrique  noire »,  etc.).  Cette  enquête  sur
    laquelle on reviendra illustre de façon exemplaire la façon dont la contradiction propre à
    l’assimilation peut être exposée sans être aperçue puisque on peut lire sous la plume du
    Président  du  HCI  qui  préface  l’ouvrage  qui  en  est  tiré  (Tribalat  1995)  que  « ces
    recherches   (fondées  donc  sur  la  comparaison  de  groupes  ethniques)  renforcent  notre
    attachement à l’exemple français quelquefois mis en doute et notre conviction en sa valeur
    de  modèle »  (sous  entendu  assimilationniste  contre  l’exemple  anglo‐saxon  multi‐
    culturaliste)." (p.3)

    "Dans la France de l’entre deux-guerres, tout un corps de hauts fonctionnaires et de spécialistes (juristes, géographes, médecins) va s’atteler à faire le tri entre les populations indésirables et celles prédisposées à s’assimiler (Paon 1926, Mauco 1932)."

    "Quel contenu donner à la catégorie de Français, quels sont les critères qui permettent de reconnaître ceux qui font partie du Nous national, quelles étiquettes sont acceptables ou non pour désigner les majoritaires et les minoritaires ? Lorsque les minoritaires s‘emparent de ces questions, ils explicitent le changement de leur condition qui n’est plus celle d’étranger/immigré mais celle d’une composante de la société française existant de fait et revendiquant d’y exister de plein droit." (p.11)

    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02085453/document

    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01312992/document

    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01110456/document




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    « La racine de toute doctrine erronée se trouve dans une erreur philosophique. [...] Le rôle des penseurs vrais, mais aussi une tâche de tout homme libre, est de comprendre les possibles conséquences de chaque principe ou idée, de chaque décision avant qu'elle se change en action, afin d'exclure aussi bien ses conséquences nuisibles que la possibilité de tromperie. »
    -Jacob Sher, Avertissement contre le socialisme, Introduction à « Tableaux de l'avenir social-démocrate » d'Eugen Richter, avril 1998.


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