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    Sébastien Charléty, Histoire du saint-simonisme + Frédéric Rouvillois, Liquidation. Emmanuel Macron et le saint-simonisme

    Johnathan R. Razorback
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    Sébastien Charléty, Histoire du saint-simonisme + Frédéric Rouvillois, Liquidation. Emmanuel Macron et le saint-simonisme Empty Sébastien Charléty, Histoire du saint-simonisme + Frédéric Rouvillois, Liquidation. Emmanuel Macron et le saint-simonisme

    Message par Johnathan R. Razorback Jeu 28 Avr - 16:40

    https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9bastien_Charl%C3%A9ty

    https://fr.book4you.org/book/12576769/d80289

    "Le passé est criblé d’avenir, il bourdonne d’inaccompli."
    -Jean Lebrun, préface à Histoire du saint-simonisme, Perrin, 2018 (1931 pour la première édition française).

    "Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, naquit en 1760 et mourut en 1825. Presque inconnu de son vivant, après avoir beaucoup pensé et beaucoup écrit, il devint célèbre dans le monde, peu de temps après sa mort. Un groupe d’hommes se fit honneur de le saluer pour maître unique et révélateur de vérités ignorées. Il fut considéré par eux comme un Messie. En son nom, ils formulèrent des doctrines politiques et sociales, et les répandirent ; ils donnèrent son nom à une religion nouvelle. Sa vie ne fut pas pour eux seulement un exemple, ni ses écrits un enseignement. Sa pensée leur parut avoir la vertu d’une révélation divine, et ses actes, une valeur de symbole dont l’interprétation importait gravement à l’humanité. Il n’y eut dans l’existence d’homme et de penseur d’Henri Saint-Simon aucune trace de miracle capable de justifier le culte dont il fut l’objet et ce rôle messianique qu’on lui fit jouer. Les saint-simoniens ne virent et ne cherchèrent dans sa vie aucune grossière apparence de surnaturel ; elle leur sembla, pourtant, comme sa pensée, marquée d’un signe. S’il leur arriva de s’écarter de ses vues au point de les rendre quelquefois méconnaissables, ils eurent toujours soin de montrer que leurs propres idées n’étaient qu’un développement de celles du maître. Ils lui firent hommage de toute leur raison et de toute leur folie.

    Qu’y a-t-il donc en Saint-Simon qui explique une pareille destinée ?"

    "L’idée fondamentale de toutes les démarches intellectuelles et matérielles des saint-simoniens est celle qu’ils prirent à leur maître Saint-Simon ; la société ne peut subsister, si elle n’a pas une doctrine générale qui assigne à tous ses membres un objet commun d’activité. L’individu ne vit que de la conscience obscure ou claire d’un idéal social. Il n’est fait que pour servir cet idéal et le réaliser. […] Découvrir ce but idéal, l’imposer ensuite à l’humanité, organiser celle-ci pour l’atteindre, tel est le problème."

    "La science sociale voit dans l’individu non ce qui l’isole de l’ensemble, mais ce qui l’y réunit. Or, de même qu’une cellule n’est vivante que parce qu’une force la relie à d’autres, il y a dans l’homme un principe de cohésion, l’amour. C’est l’amour qui est le lien de la vie sociale, c’est sur l’amour que toute vie sociale est fondée. L’amour est l’expression la plus générale de toute la vie de l’humanité.

    Au nom de l’humanité, il faut donc organiser l’individu. C’est le rôle de l’Etat, dont Hegel dit qu’il est « la substance même des individus ». L’Etat est aussi leur conscience générale, le résumé de toutes leurs tendances obscures ou claires, l’aboutissement de leurs efforts les plus humbles ou les plus beaux. Ce lien universel, formé par l’amour au nom de la doctrine générale, les saint-simoniens l’appelèrent « Religion ».[…] La religion est la condition première de la vie collective ; elle renferme tout l’homme et toute la société, toute science, toute pratique, tout sentiment ; en elle, se résume et se résout toute tendance individuelle. C’est, disait Saint-Simon « l’institution la plus générale qui tende à organiser l’humanité ». Aussi son expression matérielle est-elle un pouvoir absolu, aimé, légitime, une théocratie."

    "Le positivisme n’est [...] qu’une hérésie du saint-simonisme ; il aboutit comme lui, par sa haine instinctive de ce qui entretient la dignité et fait l’homme, au despotisme, à la tyrannie."

    "Le saint-simonisme est donc également le père de toutes les écoles de réformateurs qui, au nom « de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre », ont proposé et proposent encore la restauration d’une autorité sociale chargée de répartir plus également la richesse entre les hommes. [...]

    La raison pour laquelle le saint-simonisme, qui contenait en germe la doctrine, a fourni peu de théoriciens et de militants socialistes ; au contraire, c’est de lui qu’est né le mouvement « capitaliste » le plus considérable du siècle. D’anciens saint-simoniens comptent parmi les seigneurs de la « féodalité industrielle ». La doctrine avait, sinon révélé, au moins célébré la puissance de l’association et du crédit ; quelques disciples purent, après avoir mis en lumière que ce n’est plus aujourd’hui la guerre mais le travail industriel qui est le but des sociétés démocratiques, tirer de ce fait toutes ses conséquences ; et, après avoir erré longtemps, ils ont fini par tirer parti de leur découverte."

    "C’est aux saint-simoniens que les écrivains romantiques empruntèrent cette idée qui leur fut si chère, que l’artiste est dans la société un homme à part ; que l’art est un sacerdoce, et l’artiste un prêtre."

    "Autour de leur critique passionnée de l’état social, de leurs invectives à l’adresse des oisifs, ils avaient pu grouper quelque temps un auditoire frémissant. Leurs appels à l’amélioration de la classe pauvre, à la pitié, à la justice, furent d’abord entendus. Pourquoi ne surent-ils pas retenir le public ? […] Pourquoi ces hommes, qui avaient prononcé une « parole » qui pouvait bouleverser le monde, furent-ils si vite des étrangers à ce monde, bien avant de n’être plus que des objets de plaisanterie ? […] Très étrangers à toute pratique révolutionnaire, ils ne se sentaient à l’aise et vraiment à leur place que dans la théorie."

    "Ils avaient beau répéter « Dieu est tout ce qui est », cette formule n’avait pas la force d’entraîner les hommes."

    "Les saint-simoniens s’acharnèrent à se séparer du monde et à l’étonner, pour rentrer dans ce monde en vainqueurs. Mauvaise tactique ! Il fallait vivre avec lui pour agir sur lui."
    -Sébastien Charléty, Histoire du saint-simonisme, Perrin, 2018 (1931 pour la première édition française).

    https://fr.book4you.org/book/5990284/72e930



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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. » -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. » -Hegel, La Raison dans l'Histoire.

    « Mais parfois le plus clair regard aime aussi l’ombre. » -Friedrich Hölderlin, "Pain et Vin".


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