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    Karl R. Popper, Œuvre

    Johnathan R. Razorback
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    Karl R. Popper, Œuvre Empty Karl R. Popper, Œuvre

    Message par Johnathan R. Razorback Mer 15 Avr - 12:39



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Dim 29 Sep - 10:43, édité 1 fois


    _________________
    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback Dim 29 Sep - 10:42

    "Je tenterai de montrer que les divergences qui séparent ces deux écoles, empiriste et rationaliste, sont moins importantes que les similitudes qu'elles laissent apparaître, mais aussi qu'elles sont toutes deux dans l'erreur. Telle est en effet ma position, bien que je sois moi-même un empiriste et un rationaliste d'un style particulier. Je considère que si l'observation et la raison ont chacune un rôle important à remplir, leurs fonctions respectives diffèrent néanmoins de celles que leurs classiques champions leur ont assignées. Je chercherai à montrer, tout particulièrement, que ni l'observation ni la raison ne peuvent être définies comme la source de la connaissance, ainsi qu'on a prétendu le faire jusqu'ici." (p.16-17)

    "Ce problème relève de la théorie de la connaissance ou de l'épistémologie, domaines qui passent pour les plus abstraits, les plus abscons et les plus vains de la philosophie pure." (p.19)

    "Je pense que Russell a raison d'attribuer à l'épistémologie des conséquences pratiques effectives pour la science, la morale et même pour la politique. Il explique en effet que le relativisme épistémologique ou l'idée qu'il n'existe pas de vérité objective, tout comme le pragmatisme épistémologique, c'est-à-dire l'idée que la vérité est synonyme d'utilité, nourrissent d'étroits rapports avec l'autoritarisme et les conceptions totalitaires "(p.20)

    "Il est difficile de continuer à croire en la possibilité d'un ordre régi par le droit, en la justice et en la liberté, dès lors qu'on souscrit à une épistémologie qui enseigne qu'il n'y a pas de faits objectifs, non seulement dans telle affaire particulière mais dans n'importe quelle autre, et que le juge ne saurait avoir commis d'erreur quant aux faits puisque, à leur endroit, il ne peut pas plus se tromper qu'il ne peut avoir raison." (p.22)

    "Pour rechercher la vérité, la meilleure méthode consiste peut -être à commencer par soumettre à la critique nos croyances les plus chères." (p.31)

    "L'induction baconienne (mais celle d'Aristote également) me paraît être, pour l'essentiel, identique à la maïeutique de Socrate: il s'agit, en éliminant les préjugés, de préparer l'esprit afin qu'il puisse reconnaître la vérité manifeste ou lire dans le livre de la Nature. La démarche cartésienne du doute méthodique est, elle aussi, essentiellement du même type : c'est une méthode pour éliminer tous les préjugés erronés de l'esprit afin d'accéder au fondement inébranlable que constitue la vérité évidente par elle-même." (p.78)

    "Nous discernons mieux à présent que, pour une épistémologie optimiste de cet ordre, la connaissance est l'état naturel ou pur de l'homme, l'état du regard innocent capable de voir la vérité, tandis que l'état d'ignorance résulte de la blessure infligée à ce regard innocent lors de la chute de l'homme, blessure qu'un processus cathartique peut partiellement guérir. Nous comprenons mieux aussi pourquoi cette théorie de la connaissance, sous sa forme cartésienne mais également sous la forme que lui confère Bacon, demeure en son fond une doctrine de nature religieuse, pour laquelle la source de tout savoir est l'autorité divine." (pp.78-79)

    "Une lettre où il est écrit "j'ai changé d'avis sur ce point hier" peut constituer une preuve documentaire (évidence) d'une grande valeur historique, même si l'acte de changer d'avis n'est pas de l'ordre de l'observable (et même si d'autres documents nous incitent à supposer que l'auteur, en l'occurrence, mentait)." (p.123)

    "Il serait tout à fait erroné d'affirmer que l'observation a nécessairement été à l'origine, fût-ce partiellement, de l'article publié par la Physical Review. La source de celui-ci peut fort bien être la mise en lumière d'une incohérence figurant dans un autre article ou bien la découverte de ce qu'une hypothèse
    proposée dans une autre communication est susceptible d'être testée grâce à telle ou telle expérience; ces diverses découvertes, qui ne sont pas imputables à l'observation, constituent également des ,sources., au sens où elles nous permettent d'accroître notre savoir
    ." (p.128)

    "Elles sont comparables à la question que pose traditionnellement la théorie politique, "Qui doit gouverner ?", celle-ci appelant des réponses autoritaristes comme "les meilleurs ", "les plus sages..." , "le peuple" ou "la majorité…" (la question incite d'ailleurs à formuler des alternatives stupides comme "Qui doit avoir le pouvoir: les capitalistes ou les travailleurs ? ", alternative analogue à celle qui demande "Quelle est la source ultime de la connaissance: l'intellect ou les sens ?".). La question politique traditionnelle est mal posée, et les réponses qu'elle entraîne sont paradoxales (ainsi que j'ai tenté de le montrer au chapitre 7 de The Open Society). Il faudrait lui substituer une question tout à fait différente: « Comment organiser le fonctionnement des institutions politiques afin de limiter autant que faire se peut l'action nuisible de dirigeants mauvais ou incompétents - qu'il faudrait essayer d'éviter, bien que nous ayons toutes les chances d'avoir à les subir quand même ? » Je pense que c'est seulement en transformant ainsi le problème que nous pouvons espérer nous acheminer vers une théorie des institutions politiques qui soit raisonnable.

    On peut faire subir à la problématique des sources de la connaissance une transformation analogue. En effet, on s'est toujours interrogé dans la perspective suivante: « Quelles sont, pour la connaissance, les sources les meilleures - les plus sûres, celles qui ne nous induiront pas en erreur et auxquelles, en cas de doute, nous pouvons et devons nous en remettre en dernière instance ? » Je propose de considérer, au contraire, qu'il n'existe pas de sources idéales de cet ordre - comme il n'existe pas de gouvernement idéal - et que toutes sont susceptibles de nous entraîner parfois dans l'erreur. Et je suggère par conséquent de substituer à cette problématique des sources de la connaissance une autre problématique tout à fait différente: "De quelle manière pouvons-nous espérer déceler et éliminer l'erreur ?". La question des sources de la connaissance, comme bien des questions d'inspiration autoritariste, est en effet d'ordre généalogique. Elle demande l'origine de notre savoir, étayée par cette croyance que la connaissance peut tirer sa légitimité de son pedigree. La noblesse d'un savoir caractérisé par la pureté raciale, d'une connaissance sans tache, émanant de la plus haute autorité, de Dieu même, quand cela se peut: telles sont les représentations métaphysiques (souvent inconscientes) qui sous-tendent la question
    ." (p.131-134)

    "La cohérence est impuissante à prouver la vérité, mais l'incohérence ou l'incompatibilité servent bel et bien à démontrer la fausseté. Et nos propres erreurs sont, après que nous en avons pris conscience, comme des lanternes sourdes qui nous aident à nous affranchir à tâtons des ténèbres de la caverne." (p.148)

    "Si les diverses parcelles de savoir que nous possédons nous rendent assez dissemblables, dans notre infinie ignorance nous sommes tous égaux." (p.152)
    -Karl Popper, Des sources de la connaissance et de l'ignorance, Paris, Éditions Payot & Rivages, 1998 (1985 pour la première édition française, 1963 pour la première édition britannique), 157 pages.



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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


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