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    Thierry Rodange, Hugues Rebell. Le dialbe entre au confessionnal

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Thierry Rodange, Hugues Rebell. Le dialbe entre au confessionnal Empty Thierry Rodange, Hugues Rebell. Le dialbe entre au confessionnal

    Message par Johnathan R. Razorback Mer 16 Jan - 11:39

    "L'idée de passer une année sous les drapeaux lui étant insupportable et il va tout faire pour essayer d'être réformé. Devant le médecin il évoque tour à tour une voussure au dos ainsi qu'une très mauvaise vue. Mais il se montre peu convaincant dans l'exposé de ses maux et les médecins confirment son incorporation pour une année. Georges fait alors jouer les relations de ses frères et de ses amis afin d'être versé au régiment d'artillerie de Nantes, ce qui est un moindre mal." (p.62-63)

    "L'envoi à Juliette Adam (1836-1936) n'est pas étonnant. Car, en dépit des idées de gauche qui règnent dans son salon, Rebell admire l'anticléricalisme dont elle fait preuve. En revanche, celui à Zola est beaucoup plus étonnant dans la mesure où, dans sa correspondance, Rebell l'a déjà violemment critiqué. Il cherche donc simplement à s'attirer ses faveurs uniquement parce que l'écrivain naturaliste peut lui être utile dans les milieux littéraires." (p.124)

    "Le soir, toujours flanqué de Boylesve dont il est décidément inséparable, il traîne dans les rues à la recherche d'une fille à ramener. En la circonstance, Rebell en oublie totalement sa timidité maladive et regagne très rarement seul son domicile." (p.125)

    "A vingt-cinq ans, Rebell s'est déjà condamné volontairement au célibat afin de pouvoir consacrer toute sa vie à la seule chose qui l'intéresse véritablement: servir l'art et lui seul." (p.134)

    "A l'image de quelques-uns de ses contemporains, il est en effet persuadé que la femme est quantité négligeable, qu'elle n'est pas douée d'esprit, et que sa présence aux côtés de l'homme n'a donc pour finalité que de lui nuire. Dans ces conséquences, il n'est nullement question pour lui de s'embarrasser d'une épouse." (p.134-135)

    "Le pauvre Rebell ignore encore que viennent de se manifester les premiers symptômes du tabès qui finira par l'emporter quelques années plus tard. Réduit à l'impuissance à l'âge de 25 ans, il va se consacrer aux seules pulsions qu'il maîtrise encore parfaitement, celles de l'écriture en l’occurrence." (p.141)

    "En cette année 93, Rebell est possédé par le démon du voyage. L'été n'est pas encore achevé qu'il s'en retourne vers l'Allemagne. Au début du mois de septembre il s'installe chez Monsieur Benedikter, 2a Gabelsberger StaBe, à Munich. Il s'agit une nouvelle fois d'un voyage d'étude puisqu'il fréquente chaque jour la grande bibliothèque dont il regrette seulement qu'elle ferme trop tôt, à 15 heures. Trois fois par semaine, il assiste à des représentations wagnériennes et se désole que le soir toute la vie s'arrête vers 21 heures.
    Consacrant des heures à la lecture, il s'intéresse essentiellement aux ouvrages de Nietzsche qu'il découvre dans le texte en raison de sa parfaite connaissance de la langue allemande. Il apaise ainsi une soif de connaissances que Desranges avait attisée et à laquelle il avait rendu hommage en participant au
    Gai Savoir. Très vite il est totalement imprégné par la philosophie qui s'en dégage, une philosophie très élitiste qui est en parfaite harmonie avec ses propres conceptions. [...] Il tire profit de la circonstance pour rédiger une préface très marquée par ses récentes lectures et qui s'inscrit totalement dans l'esprit général du livre [Chants de la Pluie et du Soleil, Paris, 1894]." (p.143)

    "Achevée le 10 septembre, cette courte préface de trois page est assurément une aubade nietzschéenne qui met en exergue le culte de l'homme fort, de l'homme supérieur." (p.145)

    "Rebell tire profit de sa présence à Munich pour rendre visite à un passionné de Nietzsche, que l'on dit même grand spécialiste du philosophe, Henri Albert." (p.146)

    "Si l'esprit plane en filigrane sur toutes les pages, il est cependant impossible de parler d'une œuvre de discipline tant Rebell se démarque de son maître, ne serait-ce que par un style qui lui est propre et qui tranche totalement avec ses précédents ouvrages poétiques. Car ces Chants ont pour la plupart une forme poétique réduite au minimum et il serait plus convenable, à leur propos de parler d'une suite d'aphorismes dans lesquels Rebell évoque avec une force inouïe ses trois dieux tentateurs. A commencer par la politique. Véritable plaidoyer antidémocratique, ces Chants de la Pluie et du Soleil sont l'occasion de violemment critiquer cette politique de nivellement." (p.154)

    "Rebell ne croit qu'en un être providentiel, mû par un appétit de domination extrême et qui serait seul capable de se poser en sauveur de la nation ; aussi s'exclame-t-il:
    "J'attends le Tyran, le Tyran beau et fort qui va venir"." (p.155)

    "Surtout, avec ces Chants de la Pluie et du Soleil, Rebell entend se poser en laudateur de la libération de tous les instincts, en chantre de la luxure et de l'abandon charnel." (p.157)

    "Léon Deschamps, le directeur de la Plume, vient d'adjoindre à sa revue une maison d'édition ; il a été très heureux, en raison du succès qu'ont rencontré les Chants de la Pluie et du Soleil, de pouvoir accueillir leur auteur dans sa collection." (p.166)

    "Loin de Paris durant l'été, Rebell n'a pas assisté à l'effondrement de la Cocarde, quotidien nationaliste fondé aux plus belles heures du boulangisme. Jules Heymann, son directeur, croulant sous les ennuis pécuniaires, a décidé de réagir afin de récupérer un grand nombre de lecteurs. Il a donc fait appel à Maurice Barrès, pour tenter de donner un second souffle au journal ; ce dernier, en acceptant la proposition, a posé une seule condition, avoir les mains totalement libres, d'abord quand à la publication des articles, ensuite à propos des collaborateurs qu'il entend s'adjoindre. Heymann, aux abois, lui a accordé tout ce qu'il voulait et c'est ainsi qu'à compter du 1er septembre, il a pris la direction du journal avec, à ses côtés, Charles Maurras, Paul Bourget, Léon Daudet, Jean de Mitty et bien évidemment Hugues Rebell. Car Barrès, comme presque tous, a été passionné à la lecture des Chants de la Pluie et du Soleil." (p.167)

    "Le 5 octobre, l'Union des trois aristocraties est en librairie et, fait rarissime, Moréas a autorité un écrivain proche de son mouvement d'en revendiquer l'appartenance. Sur la couverture en effet, figure le sceau de l'École Romane, la minerve casquée." (p.168)

    "A sa parution, la Nichina [...] fait l'unanimité de la critique. Tous se montre très flatteurs dans leur propos [...] Léon Blum [...] Charles Maurras." (p.220)

    "L'ouvrage est dédié à Maurice Barrès [...] Seulement ce dernier se voit contraint de manifester sa réserve dans un article intitulé "Sur la mort de Venise". Non pas qu'il n'ait pas apprécié la lecture ; mais il ne peut l'avouer, du moins publiquement. Rebell en effet mène tout au long de son roman un combat contre la morale bien pensante." (p.221)

    "La Nichina va connaître un réel succès. A tel point qu'avant la fin de l'été, la première édition est totalement épuisée et Vallette décide aussitôt de réimprimer l'ouvrage. Plus de 40 000 exemplaires seront vendus ce qui, pour l'époque, constitue un tirage considérable. Rebell accède alors à la notoriété." (p.223)

    "Ce que Rebell combat violemment dans la religion, c'est surtout le christianisme qui prône l'entraide, le partage, le nivellement. En revanche il éprouve pour le catholicisme, religion de luxe et d'apparat, beaucoup de sympathie." (p.230)

    "Au début de l'année, un peu avant la Camorra, a paru l'Appel au Soldat de son ami Maurice Barrès qui est parti peu de temps après pour la Grèce. A son retour, en juillet, les membres de l'Action Française organisent un banquet pour fêter l'événement et le succès qui s'en est suivi. Au restaurant du Trocadéro, au sein d'une assemblée toute acquise à la cause de Barrès, le 11 juillet, Paul Bourget, nommé pour la circonstance président de séance prononce un discours élogieux devant des commensaux recrutés parmi les plus fidèles sympathisants. Rebell se trouve bien évidemment à ses côtés par amitié pour Barrès [...] On le voit longuement parler avec Charles Maurras qui évoque la possibilité d'une future collaboration." (p.278-279)

    "En raison de son extrême état de faiblesse, Rebell donne une seule chronique [dans la revue d'Action française], en date du premier décembre [1900] [...] intitulée "Préjugées modernes" [contre l'éducation obligatoire]." (p.287)

    "Rebell, qui se sent curieusement bien en ce début d'année 1901, ne peut résister à la tentation et décide de rejoindre les rangs des collaborateurs du Soleil [petite publication ultramonarchiste]. Il y retrouve Henri Vaugeois, Léon Daudet [...] Charles Maurras." (p.300)

    "Pour la presque totalité de la quarantaine de chroniques qu'il va y donner, il bénéficie de la une." (p.300)
    -Thierry Rodange, Hugues Rebell. Le diable entre au confessionnal, Alteredit, 2006, 422 pages.

    fréquente fin 1885 de cercle de poète nantais dirigé par Étienne Destranges, lequel publie un recueil poétique reprenant un titre de Nietzsche, le Gai Savoir, "élément incontournable de la vie intellectuelle nantaise en 1885" (p.38)

    "En 1892, un soir, nous étions une dizaine à la Closerie des Lilas (c'était bien avant le cénacle de Paul Fort) dont Rebell et Le Carbonnel, qui n'était pas encore prêtre. Rebell toute la soirée accable Le Carbonnel d'épigrammes parce que celui-ci, fort pratiquant déjà, nous parlait d'une retraite qu'il venait de faire et en décrivait les bons effets sur son âme. Cela semblait exaspérer Rebell et je me rappelle nettement la méchanceté vraiment diabolique de ses regards tandis qu'il débitait des blasphèmes genre Nietzsche". -Lettre d'Adolphe Retté à Marius Boisson, 14 juin 1930, cité p.106.

    "[Nous] n'avons qu'un désir, c'est celui d'effacer de nos moeurs et de nos institutions le souvenirs de Quatre-vingt-neuf. [...]
    L'ère des médiocres est finie, qu'une ère de noblesse commence !
    " (Union, p.48, cité p.170)

    A l'occasion de l'Enquête sur la Monarchie (1900), Rebell envoie une lettre de félicitation à Maurras, dans laquelle il manifeste son attachement à la monarchie. Reproduite dans la réédition de l'Enquête en 1924, Maurras évoque le souvenir de Rebell: "Esprit audacieux et libre, antidémocrate de goût et de pensée, mais trop supérieur à la positique courante, M. Hugues Rebell était royaliste depuis longtemps. Que de fois nous avons gémi ensemble sur les faiblesses ou les paresses d'un "parti" ignorant de ses magnifiques ressources. Quelles démarches nous avons faites tous deux !" (Enquête sur la Monarchie, Nouvelle librairie Nationale, Paris, 1924, p.146)



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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


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