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    Rachilde, La Marquise de Sade + Monsieur Vénus

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Rachilde, La Marquise de Sade + Monsieur Vénus Empty Rachilde, La Marquise de Sade + Monsieur Vénus

    Message par Johnathan R. Razorback Ven 1 Fév - 15:32

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Rachilde

    http://www.gutenberg.org/files/49783/49783-h/49783-h.htm

    http://www.gutenberg.org/files/36528/36528-h/36528-h.htm

    "La chambre de Raoule était capitonnée de damas rouge et lambrissée, aux pourtours, de bois des îles sertis de cordelières de soie. Une panoplie d'armes de tous genres et de tous pays, mises à la portée d'un poignet féminin par leurs exquises dimensions, occupait le panneau central. Le plafond, gondolé aux corniches, était peint de vieux motifs rococos sur fond azur-vert.

    Du milieu descendait un lustre en cristal de Carlsruhe, une girandole de liserons avec leurs feuilles lancéolées et irisées de couleurs naturelles. Une couche moelleuse était placée en travers du grand tapis de Vison qui s'étendait sous le lustre, et le bateau de ce lit, en ébène sculpté, supportait des coussins dont l'intérieur et les plumes avaient été imprégnés d'un parfum oriental embaumant toute la pièce.

    Quelques tableaux entre glaces, d'assez libres allures, s'accrochaient aux capitons des murailles. Il y avait, faisant face à la table de travail tout encombrée de papiers et de lettres ouvertes, une académie masculine n'ayant aucune espèce d'ombre le long des hanches. Un chevalet, dans un coin, et un piano, près de la table, complétaient cet ameublement profane.
    "

    "—Il existe, mon ami, et ce n'est pas même un hermaphrodite, pas même un impuissant, c'est un beau mâle de vingt et un ans, dont l'âme aux instincts féminins s'est trompée d'enveloppe.

    —Je vous crois, Raoule, je vous crois! et vous ne serez pas sa maîtresse? demanda encore le viveur, persuadé que l'aventure ne devait pas avoir d'autre issue.

    —Je serai son amant, répondit Mlle de Vénérande, qui buvait toujours de l'eau pure et émiettait des macarons
    ."

    "Avant de regagner sa chambre à coucher, Raoule se rendit chez sa tante. Celle-ci, courbée sur un prie-dieu monumental, récitait l'oraison de la Vierge:

    —Souvenez-vous, ô très douce Vierge Marie qu'on n'a jamais entendu qu'aucun de ceux qui ont eu recours à vous aient été délaissés...

    —Lui a-t-on jamais demandé la grâce de changer de sexe? songea la jeune femme, embrassant la vieille dévote en soupirant."

    "Dans l'inertie qu'on lui imposait, sa beauté féminine ressortait davantage, et de sa faiblesse, devenue peut-être volontaire, émanait une puissance mystérieusement attirante.

    —Cruelle!... fit-il très bas.

    Raoule saisit un coussin, au hasard, et le mit sous la tête rousse du jeune homme.

    —Tu me rends folle! balbutia-t-elle.

    Je voudrais t'avoir à moi seule, et tu parles, tu ris, tu écoutes, tu réponds devant les autres avec l'aplomb d'un être ordinaire! Ne devines-tu pas que ta beauté, presque surhumaine, déprave l'esprit de tous ceux qui t'approchent?

    Hier, je voulais t'aimer à ma guise sans t'expliquer mes souffrances; aujourd'hui, je suis toute hors de moi-même parce qu'un de mes amis s'est assis à côté de toi!...

    Elle fut interrompue par de rauques sanglots et porta son mouchoir à son visage, espérant le lui cacher.

    Ployée sur les genoux auprès de ce corps étendu, elle avait une fureur d'amant qui brûlait Jacques malgré lui; alors, il se souleva pour mettre un bras autour de ses épaules.

    —Tu m'aimes donc bien?... demanda-t-il à la fois cynique et doucement câlin.

    —A en mourir!...

    —Me promets-tu de me donner le délire encore toute la journée?...

    —Tu préfères ce délire à mes baisers, Jacques!

    —Non!... et ton remède ne me grisera plus, va, car je le cracherai, si tu me le fais avaler de force!... Ce sera un autre délire meilleur...

    Il s'arrêta un peu haletant, étonné d'en dire aussi long, puis il reprit la parole d'un accent où on sentait frémir des voluptés ardentes:

    —Pourquoi es-tu venue accompagnée de ce monsieur?... Ne puis-je pas être jaloux à mon tour? Tu me fais des hontes affreuses! Tu m'as acheté et tu me bats... C'est comme pour les petits chiens! Si tu crois que je n'y vois pas clair. J'aurais dû m'en aller, mais voilà... ta confiture verte m'a rendu plus lâche que ma sœur! J'ai peur de tout..... cependant je suis heureux, très heureux...; il me semble que je redeviens un bébé de six semaines et que j'ai envie de dormir dans la poitrine de ma nourrice...

    Raoule l'embrassait sur ses cheveux d'or, fins comme des effilures de gaze, voulant lui insuffler sa passion monstre à travers le crâne. Ses lèvres impérieuses lui firent courber la tête en avant, et derrière la nuque elle le mordit à pleine bouche.

    Jacques se tordit avec un cri d'amoureuse douleur.

    —Oh! que c'est bon! soupira-t-il, se raidissant entre les bras de sa farouche dominatrice; je ne veux pas savoir autre chose! Raoule, tu m'aimeras comme il te plaira de m'aimer, pourvu que tu me caresses toujours ainsi !"

    "Ils riaient tous les deux, mais ils s'unissaient de plus en plus dans une pensée commune: la destruction de leur sexe.

    Jaja, pourtant, avait des caprices, des caprices possibles. Il navrait sa sœur, dont les espérances allaient bien au delà de l'atelier rempli de chiffons. Il avait demandé une jolie robe de chambre en velours bleu et doublée de bleu..., et c'était les talons embarrassés dans la longueur de ce vêtement qu'il arrivait sur le seuil, au-devant de Raoule. Celle-ci vint une fois, vers minuit, vêtue d'un complet d'homme, le gardénia à la boutonnière, ses cheveux dissimulés dans une coiffure pleine de frisons, le chapeau haute forme, son chapeau de cheval, très avancé sur son front. Jacques dormait, il avait beaucoup lu en l'attendant, puis avait fini par laisser glisser le livre. La veilleuse éclairait mystérieusement le lit aux brocatelles soyeuses garnies de guipures de Venise. Sa tête ébouriffée reposait dans la batiste fine du drap avec une mollesse charmante. Sa chemise, fermée au cou, ne laissait rien deviner de l'homme, et son bras rond, sans aucun duvet, ressortait comme un beau marbre le long de la courtine de satin.

    Raoule le contempla pendant une minute, se demandant avec une sorte de terreur superstitieuse si elle n'avait pas créé, après Dieu, un être à son image. Elle le toucha du bout de son gant. Jacques s'éveilla, bégayant un nom; mais, en apercevant ce jeune homme debout à son chevet, il tressauta en criant, épouvanté:


    —Qui êtes-vous? Que voulez-vous?...

    Raoule ôta son chapeau d'un geste respectueux.

    —Madame a devant elle le plus humble de ses adorateurs, dit-elle en fléchissant le genou.

    Il fut un instant indécis, les yeux hagards, allant de ses bottes vernies à ses courtes boucles brunes.

    —Raoule! Raoule!... Est-il possible? Tu te feras arrêter!...

    —Allons donc! petite folle! Parce que j'entre chez toi sans sonner?

    Il lui tendit les bras et elle le couvrit de baisers passionnés, pour ne cesser que lorsqu'elle le vit se pâmer, n'en pouvant plus, implorant les dernières réalisations d'une volupté factice qu'il subissait autant par besoin d'apaisement que par amour vis-à-vis de la sinistre courtisane."

    "Si tu savais comme je t'aime, tu ne m'insulterais pas, tu aurais une grande pitié, au contraire, pour moi. Je suis très malheureux.

    Elle le serrait en le berçant entre ses bras, le calmant comme on calme les enfants au maillot. Ce triomphe, remporté malgré sa propre conscience, l'enivrait de nouveau. Les propos grossiers de la fille ne tintaient plus à son oreille. De nouveau, les souvenirs grecs entouraient l'idole d'un nuage d'encens. A présent on l'aimait pour l'amour du vice; Jacques devenait dieu.

    Elle essuya ses joues et l'interrogea au sujet de sa sœur.
    "

    "L'étrange créature, lorsqu'elle abandonnait le domaine de la passion et cessait de courir trop en avant de son siècle, revenait alors, tout à fait en arrière, à l'époque où les châtelaines refusaient de baisser la herse pour les troubadours mal mis."

    CHAPITRE XIII:



    _________________
    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


      La date/heure actuelle est Lun 6 Déc - 15:07