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    Jean Lacroix, L'évolution du sentiment de la montagne dans la littérature, des Lumières au Romantisme

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Jean Lacroix, L'évolution du sentiment de la montagne dans la littérature, des Lumières au Romantisme Empty Jean Lacroix, L'évolution du sentiment de la montagne dans la littérature, des Lumières au Romantisme

    Message par Johnathan R. Razorback Mer 25 Nov - 21:22

    https://www.persee.fr/doc/mar_0758-4431_1988_num_16_1_1373

    "[Une formule] empruntée à Rousseau et tirée d'une lettre de janvier 1763 sur la manière de voir (il y décrit un pays de montagnes), nous paraît peut-être donner le mieux l'idée de cette approche très approximative, redevable du subjectif: "Nous décrivons bien plus ce que nous sentons que ce qui est"." (p.206)

    "Pour conclure avec ce premier aspect -antérieur il est vrai à 1750-, les montagnes (indifférenciation numérique symptomatique) sont le plus souvent synonymes de barrière, c'est-à-dire d'obstacle à un franchissement rapide et aisé, de stérilité [...] voire d'hostilité: sous ce rapport, le couplage "rude et escarpé" fait cliché." (p.207)

    "Les Confessions (1765) comme les Rêveries (1776) incluent désormais systématiquement la montagne dans l'univers mental et sentimental du philosophe genevois ; pareillement, son disciple Bernardin de Saint-Pierre."(p.208)

    "Ces deux formes diversifiées d'un pan-naturalisme aux dimensions explicitement égotistes pour le premier, ou plus généralement hédonistes et humanitaires chez le second dépendent encore d'une poétique de l'imaginaire où le sentir domine et où l'imagination l'emporte sur le voir. Qu'il suffise de rappeler encore brièvement l'adage rousseauiste des Confessions (livre III): "Je sens tout et ne vois rien" [...] ; de rappeler également la défiance de Bernardin de Saint-Pierre à l'égard de la raison niveleuse au profit du sentiment intime "qui ne nous trompe jamais " (Etude I) ; il y a là tout un filon idéologique que le Romantisme fera sien, enrichira et modifiera: "l'homme est né pour sentir", souligne Lamartine au livre II de son Nouveau voyage en Orient [...]
    Empêchent encore d'apprendre à considérer la montagne dans sa réalité objective, au point d'en interdire une désignation précise et détaillée." (p.209)

    "Chez Rousseau comme chez Bernardin de Saint-Pierre, même préoccupation première de son propre Moi, même conception d'une montagne prétexte à élévation morale, à enrichissement psychologique, à médiation philosophique: en d'autres termes, une montagne qui n'est que la forme extérieure, ou l'invitation au dépassement de soi." (p.212)

    "Avec le romantisme des années trente, la montagne acquiert sa vraie physionomie: elle s'étage et se nuance en matière de coloris ; elle se mesure désormais, et dévoile un langage plus fréquemment chiffré en altitude, en approche horaire ; elle fournit des récits infiniment plus circonstanciés et sous ses multiples aspects, au regard de la promenade, de l'excursion, de la "pérégrination" (Nerval)." (p.219)

    "Le lexique gagne aussi en précision, avant-dernière étape linguistique précédant la découverte de l'alpinisme en 1860 ; et avec l'alpinisme, c'est la découverte de toute une terminologie technique de la morphologie alpestre et de l'équipement, du matériel requis pour sa pratique assidue." (p.219)

    "Vieilles comme l'écorce terrestre, les montagnes sont nées à l'écriture au siècle dernier." (p.224)
    -Jean Lacroix, "L'évolution du sentiment de la montagne dans la littérature, des Lumières au Romantisme", Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, Année 1988, 16-1-2, pp. 205-224.




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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

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