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    Anne Lambert, Les métamorphoses « du » périurbain. Des « petits blancs » aux « immigrés »

    Johnathan R. Razorback
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    Anne Lambert, Les métamorphoses « du » périurbain. Des « petits blancs » aux « immigrés » Empty Anne Lambert, Les métamorphoses « du » périurbain. Des « petits blancs » aux « immigrés »

    Message par Johnathan R. Razorback Mer 13 Oct - 20:16

    https://www.cairn.info/revue-savoir-agir-2013-2-page-53.htm

    "La spécialisation des espaces périurbains dans l’accueil des classes populaires, qui s’amorce dès le milieu des années 1980, s’accompagne d’une diversification « ethnique » du peuplement invisible dans les discours et les analyses. Cette évolution, qui s’explique par une série de facteurs structurels et institutionnels, est aussi renforcée par la récente crise économique, qui tend à lever les barrières à l’entrée sur le marché des ménages d’origine étrangère. Les nouveaux programmes immobiliers d’accession à la propriété du Nord de l’Isère offrent ainsi des situations de forte mixité sociale et ethnique. Au sens de coprésence dans le même espace résidentiel., dont les contours et l’ampleur dépassent largement les projets urbains et politiques des élus de ces petites communes. Pour autant, l’« assimilation spatiale » des immigrés et descendants d’immigrés dans les lotissements périurbains est loin de toujours signifier « intégration sociale » dans l’espace local."

    " [En 2006] seul un tiers des ouvriers est propriétaire de son logement contre 41 % des cadres, alors que la proportion de propriétaires parmi les ouvriers et les cadres était quasiment la même en 1984."

    "Quand ils deviennent propriétaires, les cadres se tournent en effet majoritairement vers l’habitat ancien situé dans les communes centres, alors que les ouvriers sont proportionnellement deux fois plus nombreux à « choisir » de « faire construire ». Pour ces derniers, l’achat d’une petite maison sur catalogue en périphérie apparaît, de plus en plus, comme la seule filière accessible. Au contraire, même s’ils vont un peu plus souvent qu’avant dans l’espace périurbain et ses franges rurales, les professions intermédiaires et les cadres consolident leur avantage relatif dans les espaces centraux. En comparaison, ils étaient au début des années 1980 près de deux fois plus nombreux à « faire construire ». La spécialisation des modes d’accès à la propriété reflète donc, en même temps qu’elle la renforce, la division sociale de l’espace sur fond de compétition accrue pour l’emploi et les diplômes. Elle se nourrit également des processus de périurbanisation de l’emploi industriel et tertiaire peu qualifié, alors que les fonctions de décision restent largement situées dans les grands centres urbains."

    "C’est pour les ouvriers et les employés que le coût d’accès à la propriété a le plus fortement augmenté entre 1984 et 2006 comme le montrent les enquêtes Logement, qui permettent d’analyser finement les conditions de financement des logements. Les ouvriers connaissent également la plus forte progression des durées d’emprunt : un tiers d’entre eux s’endettent désormais sur des durées supérieures à 20 ans."

    "Certes les immigrés restent surreprésentés dans les grandes agglomérations et le parc d’habitat social. Mais en moyenne, les immigrés, et plus encore les descendants d’immigrés, habitent majoritairement dans le parc privé de logement, dans des espaces où ils sont minoritaires. Localement, la diversification ethnique du peuplement des lotissements périurbains peut être très marquée selon l’histoire communale et la nature des bassins d’emplois. Une enquête menée dans la banlieue nord de Paris a ainsi montré l’arrivée récente de « familles de cité » dans les proches quartiers pavillonnaires en voie de déclassement. Les nouvelles zones pavillonnaires construites plus loin, dans le pourtour des grandes agglomérations, attirent également une clientèle d’origine étrangère désireuse d’améliorer ses conditions sociales et matérielles d’existence et qui tente, paradoxalement, d’échapper par l’accession à la propriété aux politiques de peuplement en vigueur dans le parc d’habitat social."
    -Anne Lambert, « Les métamorphoses « du » périurbain. Des « petits blancs » aux « immigrés » », Savoir/Agir, 2013/2 (n° 24), p. 53-60. DOI : 10.3917/sava.024.0053. URL : https://www.cairn.info/revue-savoir-agir-2013-2-page-53.htm



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