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    Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes + Retour au meilleur des mondes

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes + Retour au meilleur des mondes Empty Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes + Retour au meilleur des mondes

    Message par Johnathan R. Razorback Ven 16 Mai - 16:31

    https://fr.1lib.fr/book/2025045/9d33a3?dsource=recommend

    "L’art, lui aussi, a sa morale, et un grand nombre des règles de cette morale sont identiques, ou au moins analogues, aux règles de l’éthique ordinaire. Le remords, par exemple, est aussi indésirable en ce qui concerne notre mauvaise conduite qu’en ce qui concerne notre mauvais art. Ce qu’il y a de mauvais doit être traqué, reconnu, et, si possible, évité à l’avenir. Méditer longuement sur les faiblesses littéraires d’il y a vingt ans, tenter de rapetasser une œuvre défectueuse pour lui donner une perfection qu’elle a manquée lors de son exécution primitive, passer son âge mûr à essayer de réparer les péchés artistiques commis et légués par cette personne différente qui était soi-même dans sa jeunesse – tout cela, assurément, est vain et futile. Et voilà pourquoi ce nouveau Meilleur des mondes est le même que l’ancien. Ses défauts, en tant qu’œuvre d’art, sont considérables ; mais pour les redresser, il m’eût fallu récrire le livre – et, au cours de ce travail de rédaction nouvelle auquel je me serais livré en qualité de personne plus âgée, et différente, je me déferais probablement non seulement de quelques-uns des défauts du récit, mais aussi des quelques mérites qu’il a pu posséder à l’origine."

    "Si je devais récrire maintenant ce livre, j’offrirais au Sauvage une troisième possibilité. Entre les solutions utopienne et primitive de son dilemme, il y aurait la possibilité d’une existence saine d’esprit – possibilité déjà actualisée, dans une certaine mesure, chez une communauté d’exilés et de réfugiés qui auraient quitté Le Meilleur des mondes et vivraient à l’intérieur des limites d’une Réserve. Dans cette communauté, l’économie serait décentraliste, à la Henry George, la politique serait kropotkinesque et coopérative. La science et la technologie seraient utilisées comme si, tel le Repos Dominical, elles avaient été faites pour l’homme, et non (comme il en est à présent, et comme il en sera encore davantage dans le meilleur des mondes) comme si l’homme devait être adapté et asservi à elles."

    "Un livre sur l’avenir ne peut nous intéresser que si ses prophéties ont l’apparence de choses dont la réalisation peut se concevoir."

    "En admettant, donc, que nous soyons capables de tirer de Hiroshima une leçon équivalente de celle que nos ancêtres ont tirée de Magdebourg, nous pouvons envisager une période, non pas, certes, de paix, mais de guerre limitée, qui ne soit que partiellement ruineuse. Au cours de cette période, on peut admettre que l’énergie nucléaire sera attelée à des usages industriels. Le résultat, la chose est assez évidente, sera une série de changements économiques et sociaux plus rapides et plus complets que tout ce qui s’est vu à ce jour. Toutes les formes générales existantes de la vie humaine seront brisées, et il faudra improviser des formes nouvelles pour se conformer à ce fait non humain qu’est l’énergie atomique. Procuste en tenue moderne, le savant en recherches nucléaires préparera le lit sur lequel devra coucher l’humanité ; et, si l’humanité n’y est pas adaptée, ma foi, ce sera tant pis pour l’humanité. Il faudra procéder à quelques extensions et à quelques amputations – le même genre d’extensions et d’amputations qui ont lieu depuis le jour où la science appliquée s’est réellement mise à marcher à sa cadence propre ; mais cette fois, elles seront considérablement plus rigoureuses que par le passé.

    Ces opérations, qui seront loin de se faire sans douleur, seront dirigées par les gouvernements totalitaires éminemment centralisés. C’est là une chose inévitable : car l’avenir immédiat a des chances de ressembler au passé immédiat, et dans le passé immédiat les changements technologiques rapides, s’effectuant dans une économie de production en masse et chez une population où la grande majorité des gens ne possède rien, ont toujours eu tendance à créer une confusion économique et sociale. Afin de réduire cette confusion, le pouvoir a été centralisé et la mainmise gouvernementale accrue. Il est probable que tous les gouvernements du monde seront plus ou moins totalitaires, même avant l’utilisation pratique de l’énergie atomique ; qu’ils seront totalitaires pendant et après cette utilisation pratique, voilà qui paraît à peu près certain. Seul un mouvement populaire à grande échelle en vue de la décentralisation et de l’aide individuelle peut arrêter la tendance actuelle à l’étatisme. Il n’y a présentement aucun indice permettant de penser qu’un semblable mouvement aura lieu."

    "À mesure que diminue la liberté économique et politique, la liberté sexuelle a tendance à s’accroître en compensation. Et le dictateur (à moins qu’il n’ait besoin de chair à canon et de familles pour coloniser les territoires vides ou conquis) fera bien d’encourager cette liberté-là. Conjointement avec la liberté de se livrer aux songes en plein jour sous l’influence des drogues, du cinéma et de la radio, elle contribuera à réconcilier ses sujets avec la servitude qui sera leur sort."
    -Aldous Huxley, préface de 1946 à Le Meilleur des mondes, Plon, 1932.


    -Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, Plon, 1932.


    http://sami.is.free.fr/Oeuvres/huxley_retour_au_meilleur_des_mondes.html



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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


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