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    Alain Strowel, Regards de Wittgenstein sur l’éthique

    Johnathan R. Razorback
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    Alain Strowel, Regards de Wittgenstein sur l’éthique Empty Alain Strowel, Regards de Wittgenstein sur l’éthique

    Message par Johnathan R. Razorback Ven 27 Jan - 23:04

    https://books.openedition.org/pusl/17769

    "L’éthique n’est pas une science [...] du Bien par exemple, et elle ne peut ajouter quoi que ce soit à notre savoir. Mais l’éthique, en tant que problème, peut faire parler et agir ; c’est à travers des gestes de parole et des pensées agissantes que l’on peut l’entrevoir [...] L’idée de la coappartenance du langage et de la vie se trouve au centre de la réflexion éthique de Wittgenstein."

    "Pour Wittgenstein, « le caractère qu’on imprime à sa vie » peut manifester l’éthique, sans jamais l’énoncer."

    "Entre les lignes de ses écrits, se profile un idéal de vie : vivre au plus profond du concret, sans crainte ni espérance, s’enfoncer dans le présent [...] Et pourtant, « n’avons-nous pas le sentiment que celui qui ne voit pas [...] de problème [dans la vie] est aveugle à quelque chose d’important ? Voire à ce qu’il y a de plus important ? Ne suis-je pas tenté de dire qu’il vit sans but — et justement aveuglément, un peu comme une taupe, et que si seulement il pouvait voir, alors il verrait le problème ? » [...] Wittgenstein apparaît partagé entre un idéal de vie simple, raisonnable, heureuse dans son présent et une passion pour la raison, pour l’élucidation des choses. Or, la raison réveille tout ce que l’idéal cherchait à dissoudre : le cortège des doutes... D’où l’écartèlement tragique de Wittgenstein avec lui-même.

    Tragique au point que le suicide l’ait tenté, tout comme il a hanté Tolstoï. Et c’est ce même Tolstoï qui, par son Court exposé des Evangiles, « m’a, écrit Wittgenstein dans une lettre à Russell, rendu à la vie ». En revanche, la mort n’épargnera pas son entourage : trois de ses frères se suicidèrent dans des conditions dramatiques."

    "La pensée n’est pas un exercice de l’intellect, un jeu habile d’une faculté supérieure, mais un acte qui implique un engagement complet de tout l’être, c’est un acte de courage par lequel on exige quelque chose de soi."

    "Wittgenstein est en tout cas convaincu d’être sans génie. Dans sa réflexion éthico-esthétique, le génie du créateur s’oppose au talent de l’artiste simplement reproductif. Le génie, c’est « ce qui nous fait oublier le talent » [...] ; dans l’œuvre de génie, le talent s’efface au profit de la manifestation de l’« homme complet » [...] Ce qui donne à penser que le créateur est l’homme dans sa plénitude."

    "Après la condamnation au silence forcé, seule la création artistique peut parler, non pour dire, mais seulement pour montrer ; c’est cette voix de la création qu’emprunte Wittgenstein, lorsqu’il se lance, à corps perdu, dans le projet de construire la maison de sa sœur Margarete.

    « Dr. Ludwig Wittgenstein, profession : architecte ». Cette indication est demeurée pendant plusieurs années dans l’annuaire de Vienne, sous le nom du philosophe. Architecte, Wittgenstein ne l’avait été que le temps de construire pour sa sœur la maison de la « Kundmanngasse ». Cette maison, que l’on peut toujours contempler aujourd’hui, rappelle, par ses formes cubiques, l’architecture d’Adolf Loos. Wittgenstein reconnaît lui-même sa dette à l’égard de Loos [...] Le plan et la décoration de la maison respectent les principes mis en avant par Loos : l’utilité est primordiale en architecture et ce qui n’est pas fonctionnel doit être éliminé. Mais, en même temps, la simplicité et la netteté des lignes de l’immeuble semblent faire écho à l’architecture épurée du Tractatus, à sa sobriété et à son dépouillement."
    -Alain Strowel, "Regards de Wittgenstein sur l’éthique", in Hélène Ackermans (dir.), Variations sur l'éthique. Hommage à Jacques Dabin, Bruxelles, Presses de l’Université Saint-Louis, 1994, pp.193-202.




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