https://fr.internationalism.org/rint127/ethique_morale.html
https://www.leftcommunism.org/spip.php?article95
"Le texte Marxisme et éthique du CCI défini la morale comme étant une somme de « sentiments »
émanant « de la société dans son ensemble », et tirant
son origine des « instincts sociaux (que Darwin appelle "altruistes") », instincts « qui existaient déjà
dans le monde animal et qui prennent de plus en plus
un caractère conscient » (n°111). C’est cette morale
qui constitue le véritable ciment de la société : « la
morale remplit la fonction de favoriser les pulsions
sociales en opposition aux pulsions antisociales de
l’humanité, dans l’intérêt de la cohésion de la communauté. Elle canalise l’énergie psychique dans
l’intérêt de tous ».
Cette thèse défend l’idée que « la morale exprime les
besoins de la société dans son ensemble », qu’elle
possède « un caractère collectif », et permet
« d’identifier les principes et les règles de vie commune des membres de la société ». Ces règles sont
résumées dans deux listes de pulsions qui sont à la
base des comportements humains : l’une est constituée de « pulsions sociales » comme « la solidarité, la
sensibilité, la générosité, le soutien aux nécessiteux,
l’honnêteté, l’attitude amicale et la bienveillance, la
modestie, la solidarité entre générations », et l’autre
de « pulsions antisociales » comme « l’indifférence
envers les autres, la brutalité, l’avidité, l’envie,
l’arrogance et la vanité, la malhonnêteté et le mensonge ».
Cette opposition entre deux univers pulsionnels est
codifiée en invariants atemporels dans la morale
collective de l’humanité : « les êtres humains ont
toujours reconnu la valeur » des « pulsions sociales »,
alors que les « pulsions antisociales […] ont toujours
provoqué la désapprobation et l’indignation ». Ce
sont les « émotions et instincts sociaux » engendrés
par la sélection naturelle qui ont permis à la morale
de « remplir la fonction de favoriser les pulsions sociales en opposition aux pulsions antisociales de
l’humanité ». Cependant, après la phase du communisme primitif au cours de laquelle les hommes ont
vécus « de véritables rapports de solidarités » découlant de leurs « instincts sociaux », les sociétés de
classes ont développé les « pulsions asociales ». C’est
pourquoi « les lois économiques du capitalisme, basées sur la concurrence, interdisent à l'espèce humaine de développer pleinement ses instincts sociaux » (16). Dès lors, l’« un des principaux buts de la
révolution communiste, c’est la victoire des instincts
sociaux sur les pulsions antisociales ». Ainsi libérée,
« l'humanité pourra construire une société où ces
instincts sociaux prendront leur totale mesure et conduiront à leur tour la civilisation humaine à son
accomplissement » (17)
.
A cela, le CCI rajoute qu’il existe une appréhension
psychologique et morale de la réalité permettant
« d’approprier le monde social à travers des jugements sur le bien et le mal, sur ce qui est acceptable et
ce qui ne l’est pas » et ayant un « caractère impératif ». Pour le CCI, « cette approche morale de la réalité utilise des mécanismes psychiques spécifiques,
comme la bonne conscience et le sens des responsabilités ». Il en découle que c’est cette approche morale
et impérative de la réalité qui est déterminante dans
« la prise de décision et le comportement général »,
puisque ce « moyen d’appropriation et de transformation de la réalité a un caractère collectif »
qui « influence la prise de décision et le comportement
général et, souvent, les déterminent ». C’est pourquoi
le texte du CCI introduit la défense d’« idéaux les
plus élevés de l’humanité » que sont « la paix intérieure et l’harmonie avec le monde social ».
Certes, ce texte reconnaît aussi que, « en général, la
morale dominante est celle de la classe dominante »,
mais il atténue immédiatement ce constat en affirmant que l’approche morale du monde n’exprime pas
que les intérêts particuliers d’un groupe social donné : « le caractère de classe d’une morale donnée ne
doit pas nous faire perdre de vue le fait que tout système moral contient des éléments humains généraux
qui contribuent à la préservation de la société… ». Ce
caractère de classe est encore plus amoindri par le
fait que le CCI considère qu’il s’agirait de la confiscation de la morale « de la société dans son ensemble »
par les classes dominantes : « les sentiments moraux
de la société dans son ensemble ont toujours été utilisés par les exploiteurs ». En conséquence, la tâche du
prolétariat sera de libérer la morale commune appartenant à l’ensemble de la société du « fléau de la
mauvaise conscience » que les classes dominantes y
ont introduit : « …le prolétariat est la seule classe de
l’histoire qui puisse … libérer la morale, et donc
l’humanité, du fléau de la ‘mauvaise conscience’… ».
Dans cette « vision grandiose du marxisme », le
communisme de demain sera le « grand saut dans le
(16) Extrait de l’article sur « Le darwinisme social, une
idéologie réactionnaire » (CCI en ligne 2009).
(17) Idem.
royaume de la liberté qui nous attend dans le futur »
(n°135)." (pp.13-14)
"Le matérialisme historique et dialectique s'appuie
sur ce constat évident que, depuis l'aube de l'humanité, les hommes ont noué des rapports sociaux entre
eux afin d'assurer la production et la reproduction
des moyens de leur existence : se nourrir, se loger, se
reproduire et, plus généralement, assurer toutes les
prestations sociales nécessaires à la vie en communauté : rites, mariages, justice, règles morales, éducation des enfants… Ces rapports sociaux entre les
hommes sont contradictoires et forment la base des
structures et de la dynamique d’évolution des sociétés. [...] L’appréhension marxiste du monde consiste donc à mettre en évidence
tous les rapports sociaux que les hommes ont noués
entre eux. Tel est le fondement matérialiste, historique et dialectique de la conception marxiste du
monde (19). C’est pourquoi, dans leur ouvrage AntiDühring, Marx et Engels définissent la morale et le
droit comme des « rapports sociaux » spécifiques à
chaque société, alors que le CCI caractérise la morale comme un ensemble de « sentiments moraux de
la société dans son ensemble ». C’est la première divergence de ce dernier avec le marxisme." (p.14)
"[La] célèbre formule du Manifeste doit également être prise dans son esprit, et non à la lettre, car les classes sociales sont apparues bien tardivement au cours de l’histoire humaine. En effet, les antagonismes et contradictions sociales y ont revêtu bien d’autres formes dans le passé : ordres, castes, clientèles, dépendants, etc." (note 22 p.15)
"Si le communisme de demain ne sera plus l’expression de la domination d’une partie de la société sur une autre (antagonisme), il sera néanmoins toujours fondé sur des rapports sociaux contradictoires que les hommes noueront entre eux dans leur vie sociale. Ce sont ces rapports qui continueront à faire évoluer l’homme et la civilisation." (p.15)
"les fondateurs
du socialisme scientifique analyseront la morale
comme une expression de la nécessité d’arbitrer les
rapports sociaux contradictoires qui la traversent.
En effet, pour que ces contradictions n’entravent pas
le bon déroulement de la vie sociale, le besoin s'est
imposé d'un corpus idéologique qui, placée en apparence au-dessus de la société, doit les gérer et les
maintenir dans certaines limites sociales. Ce pouvoir
idéologique, né de la société, mais qui se place audessus d'elle et qui s’impose à tous, c'est la morale.
En effet, comme l’expliquait Trotski, une société sous
l’emprise de ses contradictions ne résisterait pas une
seule semaine s’il n’existait pas des institutions et
idéologies pour maintenir la cohésion sociale : « Un
semblable régime, fondé sur la seule contrainte, ne
durerait pas une semaine. Le ciment de l’éthique lui
est indispensable » (Leur morale et la nôtre). Alors
que le marxisme analyse la morale comme étant une
expression de la nécessité d’arbitrer les rapports
sociaux contradictoires entre les hommes, le CCI
défend l’idée que « la morale exprime les besoins de la
société dans son ensemble ». C’est la seconde divergence qu’il développe avec le marxisme." (p.15)
"La morale est donc née du besoin de gérer et contenir les contradictions sociales, mais étant née au
milieu de celles-ci, elle est, en règle générale, la morale d’un ou de plusieurs groupes sociaux particuliers et en exprime leurs conceptions idéologiques :
« …consciemment ou inconsciemment, les hommes
puisent en dernière analyse leurs conceptions morales
dans les rapports pratiques sur lesquels se fonde leur
situation de classe, - dans les rapports économiques
dans lesquels ils produisent et échangent » (AntiDühring). En conséquence, le matérialisme historique exclut de concevoir la morale comme un corpus
de « sentiments moraux de la société dans son ensemble ». Cette idée du CCI l’amène malheureusement à reprendre à son compte la justification idéologique typique de tous les dominants, à savoir que
la morale transcenderait les divisions sociales :
« l’existence de valeurs communes qui donnent une
cohésion à la société, et de progrès éthiques. La continuité du sentiment de communauté n’est pas cependant une fiction métaphysique » (n°128). [...]
Quand à Marx et Engels, ils
sont encore plus catégoriques puisque, théoriquement, ils affirment qu’il faut repousser « toute prétention de nous imposer quelque dogmatisme moral
que ce soit comme loi éthique éternelle, définitive,
désormais immuable, sous le prétexte que le monde
moral a lui aussi ses principes permanents qui sont
au-dessus de l’histoire… » (Anti-Dühring), et, empiriquement, ils l’attestent en démontrant que « de
peuple à peuple, de période à période, les idées de
bien et de mal ont tant changé que souvent elles se
sont carrément contredites » (Anti-Dühring). Telle est
la troisième divergence que le CCI développe avec le
marxisme.
En effet, Marx et Engels ont toujours dénoncé l’idée
que la morale exprimait « l’intérêt de tous », car elle
ne se situe pas au-dessus des contradictions sociales,
elle en est une de ses expressions idéologiques et,
comme toutes les expressions idéologiques issues des
contradictions sociales, celle-ci est inévitablement
investie par les intérêts spécifiques de l’un ou l’autre
groupe social. La morale n’est donc pas déterminée
par « des mécanismes psychiques comme la bonne
conscience et le sens des responsabilités » et qui « canalise l’énergie psychique dans l’intérêt de tous »,
comme le développe le CCI, mais elle légitime avant
tout des intérêts particuliers qui sont présentés
comme généraux et indispensables au bon fonctionnement de la société dans son ensemble. En conséquence, les règles morales n’ont de caractère impératif que parce qu’elles sont imposées par l’un ou
l’autre groupe social particulier au nom de l’intérêt
général. En dernière instance, la morale est une
expression sur le plan idéologique des contradictions
d’une société donnée et des intérêts de groupes sociaux particuliers." (pp.15-16)
"Une morale atemporelle faite « de pulsions sociales » que « les êtres humains ont toujours reconnus », et de « pulsions antisociales » que les hommes auraient « toujours réprouvés », est justement ce que Marx et Engels ont toujours combattu." (p.16)
"La vendetta est massive dans les sociétés sans État. En voici quelques exemples significatifs glanés dans une abondante littérature scientifique :
a) Le meurtre était une chose tellement banale chez les Eskimos que l’explorateur danois Rasmussen, visitant un camp Inuit au début des années 1920, rapporte que chacun des quinze adultes mâles présents se flattait d’avoir commis au moins un meurtre au cours de son existence, meurtres dont la raison était invariablement un conflit galant." (p.17)
"De récentes fouilles à Atapuerta en Espagne
ont démontré que les premiers européens se livraient
à un cannibalisme non motivé par des besoins alimentaires ou de rituels. En effet, la région où ils
vivaient et les restes alimentaires attestent d’une
abondance d’eau et de nourriture, restes qui étaient
indifféremment mélangés aux autres déchets. De
plus, cette anthropophagie était continue dans le
temps et non ponctuelle puisqu’elle se retrouve dans
plusieurs niveaux géologiques. Enfin, ce cannibalisme ne se limitait pas à sa forme ‘classique’ à
l’égard des rivaux, mais se pratiquait principalement
à l’encontre des enfants et adolescents." (p.18)
"L’approche morale du texte Marxisme et éthique du CCI reconstruit cette réalité de façon à la faire correspondre à des schémas idéels et préétablis." (p.18)
"Avoir le droit de fonder une famille passe par l’acquittement d’un lourd fardeau de la part des jeunes envers la génération des parents dans la plupart des sociétés traditionnelles. Un fardeau tellement lourd que, s’ils sont incapables de s’en acquitter, ils sont bien souvent réduits en esclavage ! Ainsi, le gendre doit toute sa vie rapporter le produit de sa chasse à sa belle famille chez les aborigènes australiens : c’est une véritable ‘rente viagère’ en contrepartie de futures épouses. Ces dernières sont accessibles après un ‘service pour la fiancée’ chez les Bushmen et nombre de tribus primitives d’Amérique du sud. Enfin, le système le plus généralisé et encore très actuel de par le monde, c’est le ‘prix de la fiancée’. Dans ce cas, lorsque ce montant est particulièrement lourd et qu’il ne peut s’en acquitter, le gendre est bien souvent réduit en esclavage pour dette. Telle est la véritable origine de l’esclavage dans l’histoire de l’humanité, bien avant celui de l’Antiquité." (p.19)
"Les faits en eux-mêmes n’ont aucune signification,
c’est toujours leur interprétation qui leur donne
sens. C’est pourquoi le marxisme a toujours rejeté
l’empirisme, c’est-à-dire la démarche consistant à
partir de la réalité empirique et à penser la vérité
comme y étant entièrement contenue. C’est pourquoi
aussi, tout comme pour la démarche scientifique, le
marxisme accorde une importance toute particulière
à la spéculation théorique. Non seulement elle est à
l’origine de la démarche scientifique dans la formulation de ses hypothèses explicatives, mais également
à la base du critère de vérité dans le choix opéré
entre théories concurrentes ou alternatives. Cependant, les énoncés et raisonnements théoriques ne
sont que pures spéculations et idéalisme s’ils ne sont
pas validés dans ou par la réalité : leur faire passer
l’épreuve des faits constitue une étape tout aussi
fondamentale dans la démarche scientifique. C’est
dans la capacité heuristique à restituer la réalité
concrète en un tout cohérent que réside le critère
fondamental permettant de choisir entre des théories
concurrentes ou alternatives."
-Revue Controverses, N°2, septembre 2009.
https://www.leftcommunism.org/spip.php?article95
"Le texte Marxisme et éthique du CCI défini la morale comme étant une somme de « sentiments »
émanant « de la société dans son ensemble », et tirant
son origine des « instincts sociaux (que Darwin appelle "altruistes") », instincts « qui existaient déjà
dans le monde animal et qui prennent de plus en plus
un caractère conscient » (n°111). C’est cette morale
qui constitue le véritable ciment de la société : « la
morale remplit la fonction de favoriser les pulsions
sociales en opposition aux pulsions antisociales de
l’humanité, dans l’intérêt de la cohésion de la communauté. Elle canalise l’énergie psychique dans
l’intérêt de tous ».
Cette thèse défend l’idée que « la morale exprime les
besoins de la société dans son ensemble », qu’elle
possède « un caractère collectif », et permet
« d’identifier les principes et les règles de vie commune des membres de la société ». Ces règles sont
résumées dans deux listes de pulsions qui sont à la
base des comportements humains : l’une est constituée de « pulsions sociales » comme « la solidarité, la
sensibilité, la générosité, le soutien aux nécessiteux,
l’honnêteté, l’attitude amicale et la bienveillance, la
modestie, la solidarité entre générations », et l’autre
de « pulsions antisociales » comme « l’indifférence
envers les autres, la brutalité, l’avidité, l’envie,
l’arrogance et la vanité, la malhonnêteté et le mensonge ».
Cette opposition entre deux univers pulsionnels est
codifiée en invariants atemporels dans la morale
collective de l’humanité : « les êtres humains ont
toujours reconnu la valeur » des « pulsions sociales »,
alors que les « pulsions antisociales […] ont toujours
provoqué la désapprobation et l’indignation ». Ce
sont les « émotions et instincts sociaux » engendrés
par la sélection naturelle qui ont permis à la morale
de « remplir la fonction de favoriser les pulsions sociales en opposition aux pulsions antisociales de
l’humanité ». Cependant, après la phase du communisme primitif au cours de laquelle les hommes ont
vécus « de véritables rapports de solidarités » découlant de leurs « instincts sociaux », les sociétés de
classes ont développé les « pulsions asociales ». C’est
pourquoi « les lois économiques du capitalisme, basées sur la concurrence, interdisent à l'espèce humaine de développer pleinement ses instincts sociaux » (16). Dès lors, l’« un des principaux buts de la
révolution communiste, c’est la victoire des instincts
sociaux sur les pulsions antisociales ». Ainsi libérée,
« l'humanité pourra construire une société où ces
instincts sociaux prendront leur totale mesure et conduiront à leur tour la civilisation humaine à son
accomplissement » (17)
.
A cela, le CCI rajoute qu’il existe une appréhension
psychologique et morale de la réalité permettant
« d’approprier le monde social à travers des jugements sur le bien et le mal, sur ce qui est acceptable et
ce qui ne l’est pas » et ayant un « caractère impératif ». Pour le CCI, « cette approche morale de la réalité utilise des mécanismes psychiques spécifiques,
comme la bonne conscience et le sens des responsabilités ». Il en découle que c’est cette approche morale
et impérative de la réalité qui est déterminante dans
« la prise de décision et le comportement général »,
puisque ce « moyen d’appropriation et de transformation de la réalité a un caractère collectif »
qui « influence la prise de décision et le comportement
général et, souvent, les déterminent ». C’est pourquoi
le texte du CCI introduit la défense d’« idéaux les
plus élevés de l’humanité » que sont « la paix intérieure et l’harmonie avec le monde social ».
Certes, ce texte reconnaît aussi que, « en général, la
morale dominante est celle de la classe dominante »,
mais il atténue immédiatement ce constat en affirmant que l’approche morale du monde n’exprime pas
que les intérêts particuliers d’un groupe social donné : « le caractère de classe d’une morale donnée ne
doit pas nous faire perdre de vue le fait que tout système moral contient des éléments humains généraux
qui contribuent à la préservation de la société… ». Ce
caractère de classe est encore plus amoindri par le
fait que le CCI considère qu’il s’agirait de la confiscation de la morale « de la société dans son ensemble »
par les classes dominantes : « les sentiments moraux
de la société dans son ensemble ont toujours été utilisés par les exploiteurs ». En conséquence, la tâche du
prolétariat sera de libérer la morale commune appartenant à l’ensemble de la société du « fléau de la
mauvaise conscience » que les classes dominantes y
ont introduit : « …le prolétariat est la seule classe de
l’histoire qui puisse … libérer la morale, et donc
l’humanité, du fléau de la ‘mauvaise conscience’… ».
Dans cette « vision grandiose du marxisme », le
communisme de demain sera le « grand saut dans le
(16) Extrait de l’article sur « Le darwinisme social, une
idéologie réactionnaire » (CCI en ligne 2009).
(17) Idem.
royaume de la liberté qui nous attend dans le futur »
(n°135)." (pp.13-14)
"Le matérialisme historique et dialectique s'appuie
sur ce constat évident que, depuis l'aube de l'humanité, les hommes ont noué des rapports sociaux entre
eux afin d'assurer la production et la reproduction
des moyens de leur existence : se nourrir, se loger, se
reproduire et, plus généralement, assurer toutes les
prestations sociales nécessaires à la vie en communauté : rites, mariages, justice, règles morales, éducation des enfants… Ces rapports sociaux entre les
hommes sont contradictoires et forment la base des
structures et de la dynamique d’évolution des sociétés. [...] L’appréhension marxiste du monde consiste donc à mettre en évidence
tous les rapports sociaux que les hommes ont noués
entre eux. Tel est le fondement matérialiste, historique et dialectique de la conception marxiste du
monde (19). C’est pourquoi, dans leur ouvrage AntiDühring, Marx et Engels définissent la morale et le
droit comme des « rapports sociaux » spécifiques à
chaque société, alors que le CCI caractérise la morale comme un ensemble de « sentiments moraux de
la société dans son ensemble ». C’est la première divergence de ce dernier avec le marxisme." (p.14)
"[La] célèbre formule du Manifeste doit également être prise dans son esprit, et non à la lettre, car les classes sociales sont apparues bien tardivement au cours de l’histoire humaine. En effet, les antagonismes et contradictions sociales y ont revêtu bien d’autres formes dans le passé : ordres, castes, clientèles, dépendants, etc." (note 22 p.15)
"Si le communisme de demain ne sera plus l’expression de la domination d’une partie de la société sur une autre (antagonisme), il sera néanmoins toujours fondé sur des rapports sociaux contradictoires que les hommes noueront entre eux dans leur vie sociale. Ce sont ces rapports qui continueront à faire évoluer l’homme et la civilisation." (p.15)
"les fondateurs
du socialisme scientifique analyseront la morale
comme une expression de la nécessité d’arbitrer les
rapports sociaux contradictoires qui la traversent.
En effet, pour que ces contradictions n’entravent pas
le bon déroulement de la vie sociale, le besoin s'est
imposé d'un corpus idéologique qui, placée en apparence au-dessus de la société, doit les gérer et les
maintenir dans certaines limites sociales. Ce pouvoir
idéologique, né de la société, mais qui se place audessus d'elle et qui s’impose à tous, c'est la morale.
En effet, comme l’expliquait Trotski, une société sous
l’emprise de ses contradictions ne résisterait pas une
seule semaine s’il n’existait pas des institutions et
idéologies pour maintenir la cohésion sociale : « Un
semblable régime, fondé sur la seule contrainte, ne
durerait pas une semaine. Le ciment de l’éthique lui
est indispensable » (Leur morale et la nôtre). Alors
que le marxisme analyse la morale comme étant une
expression de la nécessité d’arbitrer les rapports
sociaux contradictoires entre les hommes, le CCI
défend l’idée que « la morale exprime les besoins de la
société dans son ensemble ». C’est la seconde divergence qu’il développe avec le marxisme." (p.15)
"La morale est donc née du besoin de gérer et contenir les contradictions sociales, mais étant née au
milieu de celles-ci, elle est, en règle générale, la morale d’un ou de plusieurs groupes sociaux particuliers et en exprime leurs conceptions idéologiques :
« …consciemment ou inconsciemment, les hommes
puisent en dernière analyse leurs conceptions morales
dans les rapports pratiques sur lesquels se fonde leur
situation de classe, - dans les rapports économiques
dans lesquels ils produisent et échangent » (AntiDühring). En conséquence, le matérialisme historique exclut de concevoir la morale comme un corpus
de « sentiments moraux de la société dans son ensemble ». Cette idée du CCI l’amène malheureusement à reprendre à son compte la justification idéologique typique de tous les dominants, à savoir que
la morale transcenderait les divisions sociales :
« l’existence de valeurs communes qui donnent une
cohésion à la société, et de progrès éthiques. La continuité du sentiment de communauté n’est pas cependant une fiction métaphysique » (n°128). [...]
Quand à Marx et Engels, ils
sont encore plus catégoriques puisque, théoriquement, ils affirment qu’il faut repousser « toute prétention de nous imposer quelque dogmatisme moral
que ce soit comme loi éthique éternelle, définitive,
désormais immuable, sous le prétexte que le monde
moral a lui aussi ses principes permanents qui sont
au-dessus de l’histoire… » (Anti-Dühring), et, empiriquement, ils l’attestent en démontrant que « de
peuple à peuple, de période à période, les idées de
bien et de mal ont tant changé que souvent elles se
sont carrément contredites » (Anti-Dühring). Telle est
la troisième divergence que le CCI développe avec le
marxisme.
En effet, Marx et Engels ont toujours dénoncé l’idée
que la morale exprimait « l’intérêt de tous », car elle
ne se situe pas au-dessus des contradictions sociales,
elle en est une de ses expressions idéologiques et,
comme toutes les expressions idéologiques issues des
contradictions sociales, celle-ci est inévitablement
investie par les intérêts spécifiques de l’un ou l’autre
groupe social. La morale n’est donc pas déterminée
par « des mécanismes psychiques comme la bonne
conscience et le sens des responsabilités » et qui « canalise l’énergie psychique dans l’intérêt de tous »,
comme le développe le CCI, mais elle légitime avant
tout des intérêts particuliers qui sont présentés
comme généraux et indispensables au bon fonctionnement de la société dans son ensemble. En conséquence, les règles morales n’ont de caractère impératif que parce qu’elles sont imposées par l’un ou
l’autre groupe social particulier au nom de l’intérêt
général. En dernière instance, la morale est une
expression sur le plan idéologique des contradictions
d’une société donnée et des intérêts de groupes sociaux particuliers." (pp.15-16)
"Une morale atemporelle faite « de pulsions sociales » que « les êtres humains ont toujours reconnus », et de « pulsions antisociales » que les hommes auraient « toujours réprouvés », est justement ce que Marx et Engels ont toujours combattu." (p.16)
"La vendetta est massive dans les sociétés sans État. En voici quelques exemples significatifs glanés dans une abondante littérature scientifique :
a) Le meurtre était une chose tellement banale chez les Eskimos que l’explorateur danois Rasmussen, visitant un camp Inuit au début des années 1920, rapporte que chacun des quinze adultes mâles présents se flattait d’avoir commis au moins un meurtre au cours de son existence, meurtres dont la raison était invariablement un conflit galant." (p.17)
"De récentes fouilles à Atapuerta en Espagne
ont démontré que les premiers européens se livraient
à un cannibalisme non motivé par des besoins alimentaires ou de rituels. En effet, la région où ils
vivaient et les restes alimentaires attestent d’une
abondance d’eau et de nourriture, restes qui étaient
indifféremment mélangés aux autres déchets. De
plus, cette anthropophagie était continue dans le
temps et non ponctuelle puisqu’elle se retrouve dans
plusieurs niveaux géologiques. Enfin, ce cannibalisme ne se limitait pas à sa forme ‘classique’ à
l’égard des rivaux, mais se pratiquait principalement
à l’encontre des enfants et adolescents." (p.18)
"L’approche morale du texte Marxisme et éthique du CCI reconstruit cette réalité de façon à la faire correspondre à des schémas idéels et préétablis." (p.18)
"Avoir le droit de fonder une famille passe par l’acquittement d’un lourd fardeau de la part des jeunes envers la génération des parents dans la plupart des sociétés traditionnelles. Un fardeau tellement lourd que, s’ils sont incapables de s’en acquitter, ils sont bien souvent réduits en esclavage ! Ainsi, le gendre doit toute sa vie rapporter le produit de sa chasse à sa belle famille chez les aborigènes australiens : c’est une véritable ‘rente viagère’ en contrepartie de futures épouses. Ces dernières sont accessibles après un ‘service pour la fiancée’ chez les Bushmen et nombre de tribus primitives d’Amérique du sud. Enfin, le système le plus généralisé et encore très actuel de par le monde, c’est le ‘prix de la fiancée’. Dans ce cas, lorsque ce montant est particulièrement lourd et qu’il ne peut s’en acquitter, le gendre est bien souvent réduit en esclavage pour dette. Telle est la véritable origine de l’esclavage dans l’histoire de l’humanité, bien avant celui de l’Antiquité." (p.19)
"Les faits en eux-mêmes n’ont aucune signification,
c’est toujours leur interprétation qui leur donne
sens. C’est pourquoi le marxisme a toujours rejeté
l’empirisme, c’est-à-dire la démarche consistant à
partir de la réalité empirique et à penser la vérité
comme y étant entièrement contenue. C’est pourquoi
aussi, tout comme pour la démarche scientifique, le
marxisme accorde une importance toute particulière
à la spéculation théorique. Non seulement elle est à
l’origine de la démarche scientifique dans la formulation de ses hypothèses explicatives, mais également
à la base du critère de vérité dans le choix opéré
entre théories concurrentes ou alternatives. Cependant, les énoncés et raisonnements théoriques ne
sont que pures spéculations et idéalisme s’ils ne sont
pas validés dans ou par la réalité : leur faire passer
l’épreuve des faits constitue une étape tout aussi
fondamentale dans la démarche scientifique. C’est
dans la capacité heuristique à restituer la réalité
concrète en un tout cohérent que réside le critère
fondamental permettant de choisir entre des théories
concurrentes ou alternatives."
-Revue Controverses, N°2, septembre 2009.