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    Georg Lukács : Nietzsche, précurseur de l'esthétique fasciste (1934) + La destruction de la raison. Schelling, Schopenhauer, Kierkegaard + Nietzsche

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Georg Lukács : Nietzsche, précurseur de l'esthétique fasciste (1934) + La destruction de la raison. Schelling, Schopenhauer, Kierkegaard + Nietzsche Empty Georg Lukács : Nietzsche, précurseur de l'esthétique fasciste (1934) + La destruction de la raison. Schelling, Schopenhauer, Kierkegaard + Nietzsche

    Message par Johnathan R. Razorback Jeu 12 Mar - 16:20

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Georg_Luk%C3%A1cs#Autres_textes_disponibles_en_fran%C3%A7ais

    "Il n’y a pas un seul thème de l’esthétique fasciste qui ne soit pas, directement ou indirectement, issu de Nietzsche ; il n’est pas nécessaire d’énumérer ces thèmes, à commencer par la théorie des mythes et l’antiréalisme. En analysant l’esthétique de Nietzsche, le lecteur, de lui-même ressentira tellement la parenté avec le fascisme que l’exposé doit plutôt se concentrer sur la mise en évidence des différences. Bien que la parenté soit l’aspect significatif prédominant, il y a en effet des différences sur presque chaque élément. Cela ne repose pas seulement sur le fait que, malgré tous ses problèmes, Nietzsche est un penseur important et intéressant, tandis que ses thuriféraires et disciples fascistes sont des
    apologètes éclectiques et des démagogues sycophantes, des phraseurs creux au service du capitalisme agonisant. Cela repose essentiellement sur la différence entre les deux périodes d’évolution de l’idéologie bourgeoise.

    Le fascisme élimine obligatoirement tout ce qu’il y a de progressiste dans la tradition bourgeoise. Aussi doit-il dans le cas de Nietzsche falsifier ou renier ces passages où l’on voit une critique romantique subjectivement honnête de la civilisation capitaliste. Certes, le profond désespoir de Nietzsche devant le déclin de la civilisation capitaliste ne peut pas être complètement éliminé, et il n’en reste pas moins que la critique nietzschéenne de la civilisation capitaliste a été à la base, pendant la période impérialiste, de tendances libérales critiques en matière culturelle que le fascisme a fortement combattues
    ." (pp.3-4)

    "Dans l’art des masses, le beau est [selon Nietzsche] replacé par ce qui remue les masses, par le grand, le sublime, le suggestif, le stupéfiant." (p.12)

    "Son attaque principale, Nietzsche la dirige contre les conséquences culturellement destructrices de la division capitaliste du travail. Là aussi tout ce qui se rapporte à la production elle-même, à la lutte de classes lui échappe. Il n’y a que deux éléments qui l’intéressent. Premièrement le fait que la division capitaliste du travail a enlevé à toute occupation ce sens immédiat qu’elle avait dans les sociétés antérieures, que toute occupation, aussi bien celle du capitaliste que celle de l’ouvrier dans la société actuelle a perdu tout sens. Deuxièmement et essentiellement, c’est le problème du temps libre qui l’intéresse. Nietzsche considère à juste titre le temps libre comme la condition préalable subjective d’une activité culturelle, active ou réceptive, et comme connaisseur de l’évolution dans l’antiquité, il voit très clairement ce qu’a signifié le temps libre du citoyen de la cité pour la civilisation antique. C’est pourquoi il analyse, de ce point de vue, avec colère et ironie, l’insuffisance quantitative et qualitative du temps libre dans la société capitaliste, mais il est très significatif en ce qui le concerne qu’il ne pose ce problème que pour la classe dirigeante exclusivement ; les travailleurs n’entrent pratiquement pas en ligne de compte pour la culture selon la conception de Nietzsche, leur temps libre n’est pas pour Nietzsche un problème intéressant." (pp.13-14)

    "Ferguson déjà attaquait la société capitaliste en critiquant que sa division du travail ait transformé tous les hommes en ilotes, et qu’il n’y avait plus d’hommes libres dans cette société." (pp.16-17)

    "Nietzsche rétrécit cette critique, d’une part en la réduisant à la classe dirigeante, tandis que Ferguson critique au premier chef la dégradation des travailleurs par le capitalisme, d’autre part en limitant presque exclusivement sa critique à la culture, au sens étroit et bourgeois du terme. Il en résulte que sa critique le conduit à n’exiger du capitalisme une « vie pleine de sens » que pour les producteurs de culture, et pour un public éduqué, mais parasite au plan socioéconomique." (p.16)

    "Comme tous les critiques romantiques de la dégradation de l’homme par le capitalisme, il combat la civilisation moderne fétichisée pour lui opposer la culture des étapes économiquement et socialement moins évoluées. Il parle expressément d’un « crépuscule de l’art » et remarque en commentant mélancoliquement ce fait : « Ce qu’il y a de
    meilleur en nous, nous l’avons peut-être hérité de sentiments qui appartiennent à ces siècles passés et auxquels nous ne pouvons plus guère accéder maintenant par une voie directe ; le soleil s’est déjà couché, mais le ciel de notre vie en est toujours embrasé et illuminé, bien que nous ayons cessé de le voir » [Humain, trop humain]." (pp.20-21)

    "Mais [contrairement à tous les réactionnaires] il hait en même temps la civilisation de son époque pour des raisons diamétralement opposées : à savoir parce que ce capitalisme lui parait encore insuffisamment développé." (p.22)

    "Son idéal est bien davantage une domination de capitalistes évolués, cultivés, devenus des soldats romains, sur l’armée disciplinée de travailleurs d’une frugalité militaire. (Avec cette utopie capitaliste, il est un précurseur de la conception de Spengler d’un césarisme capitaliste)." (p.23)

    "Il critique à la fois la civilisation capitaliste du point de vue d’un précapitalisme idéalisé et du point de vue d’une utopie impérialiste, c'est-à-dire à la fois du point de vue du passé et du futur de la même civilisation capitaliste. La contradiction fondamentale de tous les critiques romantiques du capitalisme, à savoir que malgré tous leurs efforts d’être « libres » et « indépendants » des catégories capitalistes, ils critiquent toujours le capitalisme d’un point de vue capitaliste, apparaît chez Nietzsche à une échelle encore plus grande." (p.27)

    "Le fait donc que Nietzsche se soit exprimé de manière complètement opposée sur presque chaque question de culture en général, et de l’esthétique en particulier, n’est de ce fait, ni un hasard, ni une inconséquence de sa pensée au sens banal du terme." (p.27)

    "Nietzsche en arrive alors nécessairement à ce que cette caractéristique précise de l’art dont on nous avait appris qu’elle était le signe distinctif de la barbarie plébéienne de l’époque démocratique, des romantiques français et de Richard Wagner, la barbarie consistant à subjuguer le récepteur, devienne maintenant une marque essentielle, positive de tout art. Nietzsche explique en polémiquant contre le « manque d’intérêt » de l’esthétique kantienne : « un arrangement des choses intéressé au plus haut degré, intéressé sans aucun scrupule… la jouissance de domination par projection d’un sens… le spectateur esthétique accepte une domination et adopte l’attitude inverse de son attitude habituelle envers ce qui vient de l’extérieur… » [Fragments posthumes, 1886]." (p.30)

    "Nietzsche n’est jamais devenu sain, même au sens de ses propres définitions." (p.36)

    "Le fondement philosophique de la nature de l’art reste donc pessimiste chez Nietzsche, dans le style de Schopenhauer, même après que Nietzsche s’est imaginé avoir totalement surmonté la philosophie schopenhauerienne et son pessimisme décadent : la condition préalable de l’art en matière de conception du monde reste précisément celle d’un monde en chaos, en un imbroglio insensé de forces irrationnelles et hostiles, qui en soi sont insupportables et réprouvables, et dont le spectacle ne peut être rendu supportable que par la stylisation de l’art, qui masque et qui déforme. Avec cette conception fondamentale, Nietzsche, tout comme Schopenhauer, se place en opposition radicale à toutes les traditions révolutionnaires de la bourgeoisie, à l’esthétique allemande de Kant à Hegel, qui, malgré toute leur diversité de fondements que leurs conceptions du monde donnent à l’esthétique, partent pourtant toujours de l’idée qu’il est du devoir de l’art de figurer la nature du monde, raisonnable en soi, que la stylisation artistique consiste à libérer cette nature des accessoires trompeurs du simple empirisme." (pp.38-39)

    "Polémique de Byron contre Shakespeare comme modèle." (p.40)

    "La ligne esthétique fondamentale de cette orientation de Nietzsche est donc le sauvetage de la logique et de la raison contre le débordement irrationaliste des sentiments du 19e siècle, le sauvetage du caractère traditionnel aristocratique de l’art par rapport à sa contamination démocratique plébéienne. Mais cette orientation entre chez Nietzsche en une contradiction insoluble avec ses orientations générales irrationalistes pessimistes ; nous venons de voir que pour Nietzsche, l’optimisme de Rousseau était l’expression de son révolutionarisme plébéien. L’orientation aristocratique, l’orientation traditionnelle, l’orientation « logique » est liée chez Nietzsche à un pessimisme profond, à un scepticisme démoralisant, tout particulièrement en ce qui concerne la possibilité et la valeur de la connaissance du monde extérieur." (p.43)

    "Il dit en contestant l’esthétique classique allemande : « L’objet dans la contemplation artistique est totalement falsifié » Et cette conception qui contredit radicalement le « classicisme logique » de Nietzsche est à son tour une conséquence nécessaire de l’orientation pessimiste de fond de sa pensée. Par rapport au monde tel que Nietzsche le voit, la tâche de l’art ne peut être que « l’invention et l’arrangement d’un monde où nous nous approuvons nous-mêmes dans nos exigences les plus intimes. »." (p.45)

    "S’il abhorre la concurrence capitaliste, il transforme pourtant en mythe le combat pour l’existence, il fait de l’agōn [compétition] grec la mythologie de toute société saine, oubliant ainsi que, selon le vieil usage romantique, il oppose justement à la « mauvaise concurrence » une « bonne concurrence ». Il en va de même avec le surhomme et les autres personnages de ses mythes. L’effet de dissimulation va même encore plus loin, car le mythe, qui reste capitaliste, n’apparaît pas seulement comme quelque chose de différent par rapport au capitalisme, mais aussi comme quelque chose d’historiquement nouveau : la défense des principes du capitalisme devient la geste d’un assaut radical de la société contemporaine, elle prend l’apparence d’une attitude révolutionnaire." (p.53)
    -Georg Lukács, Nietzsche, précurseur de l'esthétique fasciste (1934), in Georg Lukács, Beiträge zur Geschichte der Ästhetik, Aufbau Verlag, Berlin, 1956, Traduction de Jean-Pierre Morbois:
    http://amisgeorglukacs.over-blog.com/georg-luk%C3%A1cs-nietzsche-pr%C3%A9curseur-de-l-esth%C3%A9tique-fasciste.html

    https://fr.1lib.fr/book/5284366/b99a34?dsource=recommend

    "
    -György Lukács, La destruction de la raison. Schelling, Schopenhauer, Kierkegaard, Éditions Delga, 2010 (1962 pour la première édition allemande).

    "Mesure-t-on que pas une fois Marx n’a figuré au programme de l’agrégation de philosophie en France, quand ce fut le cas de Nietzsche à plusieurs reprises ?"

    "Adorno qui y voit également un « sacrifizio dell’intelletto » sur l’autel de la raison d’État soviétique."

    "Lukács fut même un temps arrêté par le NKVD en 1941 pour« trotskisme » puis relâché."

    "Plus tard, Lukács a payé de la déportation en Roumanie ses prises de positions en faveur d’une démocratisation en Hongrie en 1956, démocratisation qui pour lui n’a jamais oblitéré l’essentiel, la fidélité au camp socialiste, puisqu’il a démissionné du gouvernement Nagy lorsque ce dernier annonça qu’il comptait quitter le pacte de Varsovie."

    "Merleau-Ponty ne se contente pas comme Lucien Goldmann, Kostas Axelos, Cornélius Castoriadis, Guy Debord ou même Michaël Löwy d’opposer un jeune Lukács fringant au Lukács des concessions au pouvoir."

    "Henri Lefebvre quant à lui, est parti à la rescousse de Lukács. Le 8 juin 1955, il prononce une conférence en hommage à Lukács à l’Institut Hongrois de Paris. Cela lui vaudra un avertissement du Comité Central du Parti communiste, puis une attaque de Roger Garaudy. L’exclusion d’Henri Lefebvre interviendra trois ans plus tard."
    -Aymeric Monville, préface à György Lukács, La Destruction de la raison : Nietzsche, Paris, Delga, 2006 (extrait de Die Zerstörung der Vernunft, 1954 pour la première édition allemande), 217 pages.

    "Les conséquences idéologiques de ces événements [la formation de la Première Internationale et la Commune de Paris] sont énormes. De plus en plus la science et la philosophie bourgeoise dirigent leur polémique contre le nouvel adversaire, le socialisme. Alors que l’idéologie bourgeoise, dans sa période d’ascension, combattait le système féodal absolutiste, et que les différentes tendances se classaient alors d’après la façon d’envisager ce conflit, l’ennemi majeur désormais, c’est la vision du monde du prolétariat. Toutes les philosophies réactionnaires ont donc dû changer de thèmes et de formes d’expression."

    "Durant la période d’ascension de la bourgeoisie, la philosophie réactionnaire défendait l’absolutisme féodal, puis plus tard les ruines de la féodalité, la Restauration. La position originale de Schopenhauer réside, nous l’avons vu, dans le fait qu’il fut le premier à proclamer une vision du monde réactionnaire bourgeoise."

    p.49.
    -György Lukács, La Destruction de la raison : Nietzsche, Paris, Delga, 2006 (extrait de Die Zerstörung der Vernunft, 1954 pour la première édition allemande), 217 pages.




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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. » -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. » -Hegel, La Raison dans l'Histoire.

    « Mais parfois le plus clair regard aime aussi l’ombre. » -Friedrich Hölderlin, "Pain et Vin".


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