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    Gilles Deleuze & Félix Guattari, L'Anti-Œdipe + Mille plateaux & autres oeuvres

    Johnathan R. Razorback
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    Gilles Deleuze & Félix Guattari, L'Anti-Œdipe + Mille plateaux & autres oeuvres Empty Gilles Deleuze & Félix Guattari, L'Anti-Œdipe + Mille plateaux & autres oeuvres

    Message par Johnathan R. Razorback Sam 10 Oct - 20:44

    http://www.cequisecret.net/sites/secret/public/pdf/Deleuze_Gilles_Guattari_Felix_LAnti-Oedipe.pdf

    http://www.cequisecret.net/sites/secret/public/pdf/Mille-Plateaux-Gilles_Deleuze.pdf

    http://material-forces.blogspot.fr/2014/03/deleuze-guattari-textes-bibliographie.html

    http://1libertaire.free.fr/DeleuzeStructuralisme.html

    "La philosophie est l'art de former, d'inventer, de fabriquer des concepts."

    "Si le philosophe est l'ami ou l'amant de la sagesse, n'est-ce pas parce qu'il y prétend, s'y efforçant en puissance plutôt que la possédant en acte ?"

    "[La philosophie] n'est pas la réflexion, parce que personne n'a besoin de philosophie pour réfléchir sur quoi que ce soit: on croit beaucoup donner à la philosophie en en faisant l'art de la réflexion, mais on lui retire tout."

    "Si la philosophie a une origine grecque autant qu'on veut bien le dire, c'est parce que la cité, à la différence des empires ou des États, invente l'agôn comme règle d'une société des "amis", la communauté des hommes libres en tant que rivaux (citoyens)."

    "Il n'y a pas de concept simple. Tout concept a des composantes, et se définit par elles. [...] Tout concept renvoie à un problème [...] Tout concept à une histoire. [...] Chaque concept renvoie à d'autres concepts."

    "Un philosophe ne cesse pas de remanier ses concepts, et même d'en changer."

    "Un concept a toujours des composantes qui peuvent empêcher l'apparition d'un autre concept, ou au contraire qui ne peuvent elles-mêmes apparaître qu'au prix de l'évanouissement d'autres concepts."

    "Celui qui savait pleinement que l'immanence n'était qu'à soi-même, et ainsi qu'elle était un plan parcouru par les mouvements de l'infini, rempli par les ordonnées intensives, c'est Spinoza. Aussi est-il le prince des philosophes. Peut-être le seul à n'avoir passé aucun compromis avec la transcendance, à l'avoir pourchassé partout. [...] Il atteint des vitesses inouïes, des raccourcis si fulgurants qu'on ne peut plus parler que de musique, de tornade, de vent et de cordes."

    "On ne peut pas réduire la philosophie à sa propre histoire, parce que la philosophie ne cesse de s'arracher à cette histoire pour créer de nouveaux concepts qui retombent dans l'histoire, mais n'en viennent pas. Comment quelque chose viendrait-il de l'histoire ?"

    "On ne peut pas dire que le capitalisme à travers le Moyen Age soit la suite de la cité grecque. [...] Sous des raisons toujours contingentes, le capitalisme entraîne l'Europe dans une fantastique déterritorialisation relative."

    "C'est avec l'utopie que la philosophie devient politique, et mène au plus au point la critique de son époque."

    "Distinction dans l'action même entre les facteurs historiques et "la nué non-historique", entre l'état de choses et l'événement."

    "La philosophie moderne se reterritorialise sur la Grèce comme un rapport personnel. Ce sont les philosophes allemands surtout qui ont vécu le rapport avec la Grèce dans un rapport personnel. Mais justement ils se vivaient comme l'envers ou le contraire des Grecs, le symétrique inverse: les Grecs tenaient bien le plan d'immanence qu'ils construisaient dans l'enthousiasme de l'ivresse, mais ils devaient chercher avec quels concepts le remplir, pour ne pas retomber dans les figures d'Orient ; tandis que nous, nous avons des concepts, nous croyons les avoir, après tant de siècles de pensée occidentale, mais nous ne savons guère où les mettre, parce que nous manquons d'un véritable plan, distrait que nous sommes par la transcendance chrétienne."

    "Quel social-démocratie n'a pas donné l'ordre de tirer quand la misère sort de son territoire ou ghetto ?"

    "Les droits de l'homme ne disent rien sur les modes d'existence immanents de l'homme pourvu de droits. Et la honte [...] nous ne l'éprouvons pas seulement dans les situations extrêmes décrites par Primo Levi, mais dans des conditions insignifiantes, devant la bassesse et la vulgarité d'existence qui hante les démocraties, devant la propagation de ces modes d'existence et de pensée-pour-le-marché, devant les valeurs, les idéaux et les opinions de notre époque. [...] Nous ne sentons pas hors de notre époque, au contraire nous ne cessons de passer avec elle des compromis honteux."

    "Nous demandons seulement un peu d'ordre pour nous protéger du chaos."
    -Gilles Deleuze & Félix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?, Les éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1991, 206 pages.

    "Une phrase en nie d'autres, en empêche d'autres, contredit ou refoule d'autres phrases ; si bien que chaque phrase est encore engrossée de tout ce qu'elle ne dit pas, d'un contenu virtuel ou latent qui en multiplie le sens, et qui s'offre à l'interprétation, formant un "discours caché", véritable richesse en droit." (p.12)

    "Il se peut que Foucault, dans cette archéologie, fasse moins un discours de sa méthode que le poème de son œuvre précédente, et atteigne au point où la philosophie est nécessairement poésie." (p.27)

    "Science et poésie sont également savoir." (p.29)

    "Foucault n'a jamais pris l'écriture comme un but, comme une fin. C'est même cela qui en fait un grand écrivain, et qui met une joie de plus en plus grande dans ce qu'il écrit, un rire de plus en plus évident. [...] Il suffit que la haine soit assez vivante, pour qu'on puisse en tirer quelque chose, une grande joie, non pas d'ambivalence, non pas la joie de haïr, mais la joie de vouloir détruire ce qui mutile la vie." (p.31)

    "Qu'est-ce que le Pouvoir ? La définition de Foucault semble très simple, le pouvoir est un rapport de forces, ou plutôt tout rapport de forces est un "rapport de pouvoir". Comprenons d'abord que le pouvoir n'est pas une forme, par exemple la forme-Etat ; et que le rapport de pouvoir n'est pas entre deux formes, comme le savoir. En second lieu, la force n'est jamais au singulier, il lui appartient essentiellement d'être en rapport avec d'autres forces, si bien que toute force est déjà rapport, c'est-à-dire pouvoir: la force n'a pas d'autre objet ni sujet que la force. On n'y verra pas un retour au droit naturel, parce que le droit pour son compte est une forme d'expression, la Nature est forme de visibilité, et la violence un concomitant ou un conséquent de la force, mais non un constituant. Foucault est plus proche de Nietzsche (et de Marx aussi), pour qui le rapport de forces excède singulièrement la violence, et ne peut se définir par elle. C'est que la violence porte sur des corps, des objets ou des êtres déterminés dont elle détruit ou change la forme, tandis que la force n'a pas d'autre objet que d'autres forces, pas d'autre être que le rapport: c'est "une action sur l'action, sur des actions éventuelles, ou actuelles, futures ou présentes", c'est "un ensemble d'actions sur des actions possibles". On peut donc concevoir une liste, nécessairement ouverte, de variables exprimant un rapport de forces ou de pouvoir, constituant des actions sur actions: inciter, induire, détourner, rendre facile ou difficile, élargir ou limiter, rendre plus ou moins probable... . Telles sont les catégories de pouvoir. [...] Les grandes thèses de Foucault sur le pouvoir, telles que nous les avons vues précédemment, se développent en trois rubriques: le pouvoir n'est pas essentiellement répressif (puisqu'il "incite, suscite, produit") ; il s'exerce avant de se posséder (puisqu'il ne se possède que sous une forme déterminable, classe, et déterminée, Etat) ; il passe par les dominés non moins que par les dominants (puisqu'il passe par toutes les forces en rapport). Un profond nietzschéisme.
    On ne demande pas "qu'est-ce que le pouvoir ? et d'où vient-il ?", mais: comment s'exerce-t-il ? Un exercice de pouvoir apparaît comme un affect, puisque la force se définit elle-même par son pouvoir d'affecter d'autres forces (avec lesquelles elle est en rapport), et d'être affectée par d'autres forces. Inciter, susciter, produire (ou bien tous les termes de listes analogues) constituent des affects actifs, et être incité, être suscité, être déterminé à produire, avoir un effet "utile", des affects réactifs. Ceux-ci ne sont pas simplement le "contrecoup" ou l' "envers passif" de ceux-là, mais plutôt l' "irréductible vis-à-vis", surtout si l'on considère que la force affectée n'est pas sans une capacité de résistance. A la fois, c'est chaque force qui a un pouvoir d'affecter (d'autres) et d'être affecté (par d'autres encore), si bien que chaque force implique des rapports de pouvoir ; et c'est tout champ de forces qui répartit les forces en fonction de ces rapports et de leurs variations. [...]
    Le pouvoir d'être affecté est comme une matière de la force, et le pour d'affecter est comme une fonction de la force. Seulement, il s'agit d'une pure fonction, c'est-à-dire d'une fonction non-formalisée, saisie indépendamment des formes concrètes où elle s'incarne, des buts qu'elle sert et des moyens qu'elle emploie: physique de l'action, c'est une physique de l'action abstraite. Et il s'agit d'une pure matière, non-formée, prise indépendamment des substances formées, des êtres ou des objets qualifiés dans lesquels elle entrera: c'est une physique de la matière première ou nue. Les catégories de pouvoir sont donc les déterminations propres à des actions considérées comme "quelconques", et à des supports quelconques. Ainsi Surveiller et punir définit le Panoptique par la pure fonction d'imposer une tâche ou une conduite quelconques, sous la seule condition que la multiplicité soit peu nombreuse, et l'espace limité, peu étendu. On ne considère ni les formes qui donnent des buts et des moyens à la fonction (éduquer, soigner, châtier, faire produire), ni les substances formées sur lesquelles portent la fonction ("prisonniers, malades, écoliers, fous, ouvriers, soldats"...). Et en effet le Panoptique, à la fin du XVIIIème siècle, traverse toutes ces formes et s'applique à toutes ces substances: c'est en ce sens qu'il est une catégorie de pouvoir, pure fonction disciplinaire. Foucault le nommera donc diagramme, fonction qu'on "doit détacher de tout usage spécifique", comme de toute substance spécifiée. Et La Volonté de savoir considérera une autre fonction qui émerge en même temps: gérer et contrôler la vie dans une multiplicité quelconque, à condition que la multiplicité soit nombreuse (population), et l'espace étendu ou ouvert. C'est là que "rendre probable" prend son sens, parmi les catégories de pouvoir, et que s'introduisent les méthodes probabilitaires. Bref, les deux fonctions pures dans les sociétés modernes seront l' "anatomo-politique" et la "bio-politique", et les deux matières nues, un corps quelconque, une population quelconque. On pourra donc définir le diagramme de plusieurs façons qui s'enchaînent: c'est la présentation des rapports de forces propres à une formation ; c'est la répartition des pouvoirs d'affecter et des pouvoirs d'être affecté ; c'est le brassage des pures fonctions non-formalisées et des pures matières non-formées.
    Entre les rapports de forces qui constituent le Pouvoir et les relations de formes qui constituent le Savoir, ne faut-il pas dire ce que nous disions pour les deux formes, les deux éléments formels du savoir ? Entre le pouvoir et le savoir, il y a différence de nature, hétérogénéité ; mais il y a aussi présupposition réciproque, et captures mutuelles ; et il y a enfin primat de l'un sur l'autre. D'abord différence le pouvoir ne passe pas par des formes, mais seulement par des forces. Le savoir concerne des matières formées (substances) et des fonctions formalisées, réparties segment par segment sous les deux grandes conditions formelles, voir et parler, lumière et langage: il est donc stratifié, archivé, doué d'une segmentarité relativement dure. Le pouvoir, au contraire, est diagrammatique: il mobilise des matières et des fonctions non-stratifiées, et procède avec une segmentarité très souple. En effet, il ne passe pas par des formes, mais par des points, points singuliers qui marquent chaque fois l'application d'une force, l'action ou la réaction d'une force par rapport à d'autres, c'est-à-dire un affect comme "état de pouvoir toujours local et instable". D'où une quatrième définition du diagramme: c'est une émission, une distribution d'une singularités. A la fois locaux, instables et diffus, les rapports de pouvoir n'émanent pas d'un point central ou d'un foyer unique de souveraineté, mais vont à chaque instant "d'un point à un autre" dans un champ de forces, marquant des inflexions, des rebroussements, des retournements, des tournoiements, des changements de direction, des résistances. C'est pourquoi ils ne sont pas "localisables" dans telle ou telle instance. Ils constituent une stratégie, comme exercice du non-stratifié, et "les stratégies anonymes" sont presque muettes et aveugles, puisqu'elles échappent aux formes stables du visible et de l'énonçable." (p.77-80)

    "Les sciences de l'homme ne sont pas séparables des rapports de pouvoir qui les rendent possibles." (p.81)

    "Il faudrait confronter la pensée de Foucault et la sociologie des "stratégies" de Pierre Bourdieu: en quel sens celle-ci constitue une micro-sociologie. Peut-être faudrait-il rapporter les deux à la micro-sociologie de Tarde." (p.81)

    "La lutte pour une subjectivité moderne passe par une résistance aux deux formes actuelles d'assujettissement, l'une qui consiste à nous individuer d'après les exigences du pouvoir, l'autre qui consiste à attacher chaque individu à une identité sue et connue, bien déterminée une fois pour toutes. La lutte pour la subjectivité se présente alors comme droit à la différence, et droit à la variation, à la métamorphose." (p.113)

    "Que toute forme soit précaire est évident, puisqu'elle dépend des rapports de forces et de leurs mutations." (p.138)
    -Gilles Deleuze, Foucault, Les éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1986.


    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Mar 18 Juil - 7:57, édité 1 fois


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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.

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    Message par Johnathan R. Razorback Sam 1 Juil - 21:03

    http://palimpsestes.fr/textes_philo/deleuze/DeleuzeNietzsche.pdf

    « Même l’existentialisme a gardé de nos jours un goût effarant […] proprement dialectique qui le sépare de Nietzsche. »
    (Gilles Deleuze, Nietzsche : sa vie, son œuvre, avec un exposé de sa philosophie, Paris, Presses Universitaires de France , 1965, 101 pages, p.22).

    "Nietzsche se dresse à la fois contre la haute idée de fondement qui laisse les valeurs indifférentes à leur propre origine, et contre l'idée d'une simple dérivation causale ou d'un plat commencement, qui pose une origine indifférente aux valeurs." (p.2)

    "La critique n'est pas une ré-action du re-sentiment, mais l'expression active d'un mode d'existence actif: l'attaque et non la vengeance, l'agressivité naturelle d'une manière d'être, la méchanceté divine sans laquelle on ne saurait imaginer la perfection." (p.3)

    "Nous ne trouverons jamais le sens de quelque chose (phénomène humain, biologique ou même physique), si nous ne savons pas quelle est la force qui s'approprie la chose, qui l'exploite, qui s'en empare ou s'exprime en elle. Un phénomène n'est pas une apparence ni même une apparition, mais un signe, un symptôme qui trouve son sens dans une force actuelle." (p.3)

    "
    (pp.3-4)

    "Dans l'idée pluraliste qu'une chose a plusieurs sens, dans l'idée qu'il y a plusieurs choses, et "ceci et puis cela" pour une même chose, nous voyons la plus haute conquête de la philosophie, la conquête du vrai concept, sa maturité, et non pas son renoncement ni son enfance. Car l'évaluation de ceci et de cela, la délicate pesée des choses et de sens de chacune, l'estimation des forces qui définissent à chaque instant les aspects d'une chose et de ses rapports avec les autres, -tout cela (ou tout ceci) relève de l'art le plus haut de la philosophie, celui de l'interprétation. Interpréter et même évaluer, c'est peser. La notion d'essence ne s'y perd pas, mais prend une nouvelle signification ; car tous les sens ne se valent pas. Une chose a autant de sens qu'il y a de forces capables de s'en emparer. Mais la chose elle-même n'est pas neutre, et se trouve plus ou moins en affinité avec la force qui s'en empare actuellement. Il y a des forces qui ne peuvent s'emparer de quelque chose qu'en lui donnant un sens restrictif et une valeur négative. On appellera essence au contraire, parmi tous les sens d'une chose, celui que lui donne la force qui présente avec elle le plus d'affinité." (pp.4-5)

    [Chapitre II: Actif et réactif]

    "Il n'y a pas seulement chez Nietzsche une descendance kantienne, mais une rivalité mi-avouée mi-cachée." (p.59)

    "
    (pp.60-61)

    "
    (p.62)

    "De trois manières l'œuvre de Nietzsche est dirigée contre la dialectique: celle-ci méconnaît le sens, parce qu'elle ignore la nature des forces qui s'approprient concrètement les phénomènes ; elle méconnaît l'essence, parce qu'elle ignore l'élément réel dont dérivent les forces, leurs qualités et leurs rapports ; elle méconnaît le changement et la transformation, parce qu'elle se contente d'opérer des permutations entre termes abstraits et irréels." (p.182)

    "Nous avons toutes raisons de supposer chez Nietzsche une connaissance profonde du mouvement hégélien, de Hegel à Stirner lui-même." (p.187)
    -Gilles Deleuze, Nietzsche et la Philosophie, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Bibliothèque de philosophie contemporaine », 1962, 232 pages.



    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Lun 13 Sep - 14:22, édité 7 fois


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    Message par Johnathan R. Razorback Lun 31 Juil - 19:22

    « La théorie de la répétition historique de Marx, telle qu'elle apparaît notamment dans le Dix-huit Brumaire, tourne autour du principe suivant qui ne semble pas avoir été suffisamment compris par les historiens : que la répétition en histoire n'est pas une analogie ou un concept de la réflexion de l'historien, mais d'abord une condition de l'action historique elle-même. Dans de très belles pages, Harold Rosenberg a mis ce point en lumière : les acteurs, les agents de l'histoire ne peuvent créer qu'à condition de s'identifier à des figures du passé ; c'est en ce sens que l'histoire est un théâtre. » (p.125)
    -Gilles Deleuze, Différence et répétition, PUF, coll. Épiméthée, 1993 (1968 pour la première édition), 409 pages.



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    Message par Johnathan R. Razorback Dim 20 Oct - 16:48

    "Chez Sade apparaît un étrange spinozisme -un naturalisme et un mécanisme pénétrés d'esprit mathématique." (p.19)

    "Chez Masoch de même, les mots d'ordre et les descriptions se dépassent vers un plus haut langage. Mais cette fois, tout est persuasion, et éducation. […] Nous sommes devant une victime qui cherche un bourreau, et qui a besoin de le former, de le persuader, et de faire alliance avec lui pour l'entreprise la plus étrange. […] C'est pourquoi aussi le masochiste élabore des contrats, tandis que le sadique abomine et déchire tout contrat. Le sadique a besoin d'institutions, mais le masochiste, de relations contractuelles." (p.20)

    "Du corps à l'œuvre d'art, de l'œuvre d'art aux Idées, il y a toute une ascension qui doit se faire à coups de fouet. […] s'il y a du spinozisme chez Sade, et une raison démonstrative, il y a du platonisme chez Masoch, et une imagination dialectique." (p.21)

    "De Masoch, contrairement à Sade, il faut dire qu'on n'a jamais été aussi loin, avec autant de décence. Tel est l'autre aspect de la création romanesque de Masoch: un roman d'atmosphère, un art de suggestion. Les décors de Masoch, les châteaux sadiques sont sous les lois brutales de l'ombre et de lumière, qui accélèrent les gestes de leurs habitants cruels. Mais les décors de Masoch, leurs lourdes tentures, leur encombrement intime, boudoirs et penderies, font régner un clair-obscur d'où se détachent seulement des gestes et des souffrances en suspens." (p.32)

    "Le sadisme de Séverin est une terminaison: on dirait que, à forcer d'expier, et de satisfaire un besoin d'expier, le héros masochiste se permet enfin ce que les punitions étaient censées lui interdire. […]
    Le "masochisme" du héros sadique, à son tour, apparaît à l'issue des exercices sadiques, comme leur limite extrême et la sanction d'infamie glorieuse qui les couronne. Le libertin ne redoute pas qu'on lui fasse ce qu'il fait aux autres. Les douleurs qu'on lui inflige sont de derniers plaisirs, et non pas parce qu'elles viendraient satisfaire un besoin d'expier ou un sentiment de culpabilité, mais au contraire parce qu'elles le confirment dans une puissance inaliénable et lui donnent une certitude suprême
    ." (pp.34-35)

    "Jamais un vrai sadique ne supportera une victime masochiste (une des victimes des moines précise dans Justine: "Ils veulent être certains que leurs crimes coûtent des pleurs, ils renverraient une fille qui se rendrait à eux volontairement"). Mais pas davantage un masochiste ne supportera un bourreau vraiment sadique. Sans doute a-t-il besoin d'une certaine nature pour la femme-bourreau ; mais il doit former cette "nature", l'éduquer, la persuader suivant son projet le plus secret, qui échouerait pleinement avec une sadique." (p.36)

    "L'idéal masochiste a pour fonction de faire triompher la sentimentalité dans la glace et par le froid. […] La sensualité est déniée, elle n'existe plus comme sensualité." (p.46)

    "Masoch […] a toutes les raisons de croire à l'art, et aux immobilités et aux réflexions de la culture. Les arts plastiques, comme il les voit, éternisent leur sujet, suspendant un geste ou une attitude. Cette cravache ou cette épée qui ne s'abaissent pas, cette fourrure qui ne s'ouvre pas, ce talon qui n'en finit pas de s'abattre, comme si le peintre n'avait renoncé au mouvement que pour exprimer une attente plus profonde, plus proche des sources de la vie et de la mort. Le goût des scènes figées, comme photographiées, stéréotypées ou peines, se manifeste dans les romans de Masoch au plus haut degré d'intensité. […]
    Appartient essentiellement au masochisme une expérience de l'attente et du suspens. Les scènes masochistes comportent de véritables rites de suspension physique, ligotage, accrochage, crucifixion. Le masochiste est morose, mais le mot "morose" qualifie d'abord le retard ou le délai. On a souvent remarqué que le complexe plaisir-douleur était insuffisant à définir le masochisme ; mais même l'humiliation, l'expiation, le châtiment, la culpabilité ne suffisent pas. On nie à juste titre que le masochiste soit un être étrange qui trouve son plaisir dans la douleur. On remarque que le masochiste est comme tout le monde, qu'il trouve son plaisir là où les autres le trouvent, mais simplement qu'une douleur préalable, ou une punition, une humiliation servent chez lui de conditions indispensables à l'obtention du plaisir. Un tel mécanisme toutefois reste incompréhensible si on ne le rapporte pas à la forme, et notamment à la forme de temps qui le rend possible. C'est pourquoi il est fâcheux de partir du complexe plaisir-douleur comme d'une matière qui se prêterait en tant que telle à toutes les transformations, à commencer par la prétendue transformation sado-masochiste. En fait, la forme du masochisme est l'attente. Le masochiste est celui qui vit l'attente à l'état pur. Il appartient à la pure attente de se dédoubler en deux flux simultanés, l'un qui représente ce qu'on attend, et qui tarde essentiellement, toujours en retard et toujours remis, l'autre qui représente quelque chose à quoi l'on s'attend, et qui seul pourrait précipiter la venue de l'attendu. Qu'une telle forme, un tel rythme de temps avec ses deux flux, soit précisément rempli par une certaine combinaison plaisir-douleur, c'est une conséquence nécessaire. La douleur vient effectuer ce qu'on attend. Le masochiste attend le plaisir comme quelque chose qui est essentiellement en retard, et s'attend à la douleur comme à une condition qui rend possible enfin (physiquement et moralement) la venue du plaisir. Il recule donc le plaisir tout le plaisir tout le temps nécessaire pour qu'une douleur elle-même attendue le rende permis. L'angoisse masochiste prend ici la double détermination d'attendre infiniment le plaisir, mais en s'attendant intensément à la douleur.
    La dénégation, le suspens, l'attente, le fétichisme et le phantasme, forment la constellation proprement masochiste
    ." (p.62-63)

    "Si l'on demande sous quelles influences l'image classique de la loi fut renversée et détruite, il est certain que ce ne fut pas sous la découverte d'une relativité, d'une variabilité des lois. Car cette relativité était pleinement connue et comprise dans l'image classique ; elle en faisait nécessairement partie. La vraie raison est ailleurs. On en trouverait l'énoncé le plus rigoureux dans la Critique de la raison pratique de Kant. Kant dit lui-même que la nouveauté de sa méthode est que la loi n'y dépend plus du Bien, mais au contraire le Bien de la loi. Cela signifie que la loi n'a plus à se fonder, ne peut plus se fonder sur un principe supérieur d'où elle tirerait son droit. Cela signifie que la loi doit valoir par elle-même et se fonder sur elle-même, qu'elle n'a donc pas d'autre ressource que sa propre forme. C'est la première fois, dès lors, qu'on peut, qu'on doit parler de LA LOI, sans autre spécification, sans indiquer un objet. L'image classique ne connaissait que les lois, spécifiées comme telles ou telles d'après les domaines du Bien et les circonstances du Mieux. Lorsque Kant parle au contraire de "la" loi morale, le mot morale désigne seulement la détermination de ce qui reste absolument indéterminé: la loi morale est la représentation d'une pure forme, indépendante d'un contenu et d'un objet, d'un domaine et de circonstances. La loi morale signifie LA LOI, la forme de la loi, comme excluant tout principe supérieur capable de la fonder. En ce sens, Kant est un des premiers qui rompent avec l'image classique de la loi, et qui nous ouvrent une image proprement moderne. La révolution copernicienne de Kant dans la Critique de la raison pure consistait à faire tourner les objets de la connaissance autour du sujet ; mais celle de la Raison pratique, qui consiste à faire tourner le Bien autour de la Loi, est sans doute beaucoup plus importante. Sans doute exprimait-elle des changements importants dans le monde. Sans doute aussi exprimait-elle les dernières conséquences d'un retour à la foi judaïque par-delà le monde chrétien ; peut-être même annonçait-elle le retour à une conception pré-socratique (oedipienne) de la loi, par-delà le monde platonicien. Reste que, en faisant de LA loi un fondement ultime, Kant dotait la pensée moderne d'une de ses dimensions principales: l'objet de la loi se dérobe essentiellement." (pp.72-73)

    "Tous les romans de Masoch le développent, dans des figures variées: la femme idéale chasse l'ours ou le loup ; elle organise ou préside une communauté agricole ; elle fait subir à l'homme une nouvelle naissance." (p.82)

    "Hermann Hesse écrivit un curieux roman, Démian, où se mêlent les thèmes nietzschéens et masochistes." (p.84)

    "Le moi masochiste n'est écrasé qu'en apparence. Quelle dérision, quel humour, quelle révolte invincible, quel triomphe se cachent sous un moi qui se déclare si faible ? La faiblesse du moi est le piège tendu par le masochiste, qui doit amener la femme au point idéal de la fonction qui lui est assignée. Si le masochiste manque de quelque chose, c'est plutôt de surmoi, non pas du tout de moi." (p.105)
    -Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch. Le froid et le cruel, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Arguments », 2007 (1967 pour la première édition), 118 pages.



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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.

    Johnathan R. Razorback
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    Message par Johnathan R. Razorback Jeu 4 Mar - 10:58

    "Un livre n'a pas d'objet ni de sujet, il est fait de matières diversement formées, de dates et de vitesses très différentes." (p.9)

    "On ne sait pas encore ce que le multiple implique quand il cesse d'être attribué, c'est-à-dire quand il est élevé à l'état de substantif." (p.10)

    "Il ne suffit pas de dire Vive le multiple, bien que ce cri soit difficile à pousser. Aucune habileté typographique, lexicale ou même syntaxique ne suffira à le faire entendre. Le multiple, il faut le faire) non pas en ajoutant toujours une dimension supérieure, mais au contraire le plus simplement, à force de sobriété, au niveau des dimensions dont on dispose, toujours n-l (c'est seulement ainsi que l'un fait partie du multiple, en étant toujours soustrait). Soustraire l'unique de la multiplicité à constituer ; écrire à n - 1. Un tel système pourrait être nommé rhizome. Un rhizome comme tige souterraine se distingue absolument des racines et radicelles. Les bulbes, les tubercules sont des rhizomes. Des plantes à racine ou radicelle peuvent être rhizomorphes à de tout autres égards : c'est une question de savoir si la botanique, dans sa spécificité, n'est pas tout entière rhizomorphique. Des animaux même le sont, sous leur forme de meute, les rats sont des rhizomes. Les terriers le sont, sous toutes leurs fonctions d'habitat, de provision, de déplacement, d'esquive et de rupture. Le rhizome en lui-même a des formes très diverses, depuis son extension superficielle ramifiée en tous sens jusqu'à ses concrétions en bulbes et tubercules. Quand les rats se glissent les uns sous les autres . Il y a le meilleur et le pire dans le rhizome : la pomme de terre et le chiendent, la mauvaise herbe. Animal et plante, le chiendent, c'est le crab-grass. Nous sentons bien que nous ne convaincrons personne si nous n'énumérons pas certains caractères approximatifs du rhizome.

    1° et 2° Principes de connexion et d'hétérogénéité : n'importe quel point d'un rhizome peut être connecté avec n'importe quel autre, et doit l'être. C'est très différent de l'arbre ou de la racine qui fixent un point, un ordre
    ." (p.13)

    "Il n'y a pas de langue en soi, ni d'universalité du langage, mais un concours de dialectes, de patois, d'argots, de langues spéciales. Il n'y a pas de locuteur-auditeur idéal, pas plus que de communauté linguistique homogène. La langue est, selon une formule de Weinreich, « une réalité essentiellement hétérogène ». Il n'y a pas de langue-mère, mais prise de pouvoir par une langue dominante dans une multiplicité politique. La langue se stabilise autour d'une paroisse, d'un évêché, d'une capitale. Elle fait bulbe. Elle évolue par tiges et flux souterrains, le long des vallées fluviales, ou des lignes de chemins de fer, elle se déplace par taches d'huile. On peut toujours opérer sur la langue des décompositions structurales internes : ce n'est pas fondamentalement différent d'une recherche de racines. Il y a toujours quelque chose de généalogique dans l'arbre, ce n'est pas une méthode populaire. Au contraire, une méthode de type rhizome ne peut analyser le langage qu'en le décentrant sur d'autres dimensions et d'autres registres. Une langue ne se referme jamais sur elle-même que dans une fonction d'impuissance.

    3 Principe de multiplicité : c'est seulement quand le multiple est effectivement traité comme substantif, multiplicité, qu'il n'a plus aucun rapport avec l'Un comme sujet ou comme objet, comme réalité naturelle ou spirituelle, comme image et monde. Les multiplicités sont rhizomatiques, et dénoncent les pseudo-multiplicités arborescentes. Pas d'unité qui serve de pivot dans l'objet, ni qui se divise dans le sujet. Pas d'unité ne serait-ce que pour avorter dans l'objet, et pour « revenir » dans le sujet. Une multiplicité n'a ni sujet ni objet, mais seulement des déterminations, des grandeurs, des dimensions
    ." (p.14)

    "Il n'y a pas de points ou de positions dans un rhizome, comme on en trouve dans une structure, un arbre, une racine. Il n'y a que des lignes." (p.15)

    "Un rhizome peut être rompu, brisé en un endroit quelconque, il reprend suivant telle ou telle de ses lignes et suivant d'autres lignes. On n'en finit pas avec les fourmis, parce qu'elles forment un rhizome animal dont la plus grande partie peut être détruite sans qu'il cesse de se reconstituer. Tout rhizome comprend des lignes de segmentarité d'après lesquelles il est stratifié, territorialisé, organisé, signifié, attribué, etc. ; mais aussi des lignes de déterritorialisation par lesquelles il fuit sans cesse. Il y a rupture dans le rhizome chaque fois que des lignes segmentaires explosent dans une ligne de fuite, mais la ligne de fuite fait partie du rhizome. Ces lignes ne cessent de se renvoyer les unes aux autres. C'est pourquoi on ne peut jamais se donner un dualisme ou une dichotomie, même sous la forme rudimentaire du bon et du mauvais. On fait une rupture, on trace une ligne de fuite, mais on risque toujours de retrouver sur elle des organisations qui restratifient l'ensemble, des formations qui redonnent le pouvoir à un signifiant, des attributions qui reconstituent un sujet - tout ce qu'on veut, depuis les résurgences œdipiennes jusqu'aux concrétions fascistes. Les groupes et les individus contiennent des micro-fascismes qui ne demandent qu'à cristalliser." (p.16)

    "Comment les mouvements de déterritorialisation et les procès de reterritorialisation ne seraient-ils pas relatifs, perpétuellement en branchement, pris les uns dans les autres ?L'orchidée se déterritorialise en formant une image, un calque de guêpe ; mais la guêpe se reterritorialise sur cette image. La guêpe se déterritorialise pourtant, devenant elle-même une pièce dans l'appareil de reproduction de l'orchidée ; mais elle reterritorialise l'orchidée, en en transportant le pollen. La guêpe et l'orchidée font rhizome, en tant qu'hétérogènes. On pourrait dire que l'orchidée imite la guêpe dont elle reproduit l'image de manière signifiante (mimesis, mimétisme, leurre, etc.). Mais ce n'est vrai qu'au niveau des strates - parallélisme entre deux strates telles qu'une organisation végétale sur l'une imite une organisation animale sur l'autre. En même temps il s'agit de tout autre chose : plus du tout imitation, mais capture de code, plus-value de code, augmentation de valence, véritable devenir, devenir-guêpe de l'orchidée, devenir orchidée de la guêpe, chacun de ces devenirs assurant la dé territorialisation d'un des termes et la reterritorialisation de l'autre, les deux devenirs s'enchaînant et se relayant suivant une circulation d'intensités qui pousse la déterritorialisation toujours plus loin. Il n'y a pas imitation ni ressemblance, mais explosion de deux séries hétérogènes dans la ligne de fuite composée d'un rhizome commun qui ne peut plus être attribué, ni soumis à quoi que ce soit de signifiant." (p.17)

    "Nous sommes fatigués de l'arbre. Nous ne devons plus croire aux arbres, aux racines ni aux radicelles, nous en avons trop souffert. Toute la culture arborescente est fondée sur eux, de la biologie à la linguistique. Au contraire, rien n'est beau, rien n'est amoureux, rien n'est politique, sauf les tiges souterraines et les racines aériennes, l'adventice et le rhizome. Amsterdam, ville pas du tout enracinée, ville-rhizome avec ses canaux-tiges, où l'utilité se connecte à la plus grande folie, dans son rapport avec une machine de guerre commerciale." (p.22)

    "Systèmes acentrés, réseaux d'automates finis, où la communication se fait d'un voisin à un voisin quelconque, où les tiges ou canaux ne préexistent pas, où les individus sont tous interchangeables, se définissent seulement par un état à tel moment, de telle façon que les opérations locales se coordonnent et que le résultat final global se synchronise indépendamment d'une instance centrale." (p.26)

    "N'y a-t-il pas en Orient, notamment en Océanie, comme un modèle rhizomatique qui s'oppose à tous égards au modèle occidental de l'arbre ? Haudricourt y voit même une raison de l'opposition entre les morales ou les philosophies de la transcendance, chères à l'Occident, celles de l'immanence en Orient : le Dieu qui sème et qui fauche, par opposition au Dieu qui pique et déterre (la piqûre contre la semaille). Transcendance, maladie proprement européenne . Et ce n'est pas la même musique, la terre n'y a pas la même musique . Et ce n'est pas du tout la même sexualité : les plantes à graines, même réunissant les deux sexes, soumettent la sexualité au modèle de la reproduction ; le rhizome au contraire est une libération de la sexualité non seulement par rapport à la reproduction, mais par rapport à la génitalité. Chez nous, l'arbre s'est planté dans les corps, il a durci et stratifié même les sexes. Nous avons perdu le rhizome ou l'herbe." (p.28)

    "II faudrait faire une place à part à l'Amérique. Bien sûr, elle n'est pas exempte de la domination des arbres et d'une recherche des racines. On le voit jusque dans la littérature, dans la quête d'une identité nationale, et même d'une ascendance ou généalogie européennes (Kérouac repart à la recherche de ses ancêtres). Reste que tout ce qui s'est passé d'important, tout ce qui se passe d'important procède par rhizome américain : beatnik, underground, souterrains, bandes et gangs, poussées latérales successives en connexion immédiate avec un dehors. Différence du livre américain avec le livre européen, même quand l'américain se met à la poursuite des arbres. Différence dans la conception du livre. « Feuilles d'herbe ». Et ce ne sont pas en Amérique les mêmes directions : c'est à l'Est que se font la recherche arborescente et le retour au vieux monde. Mais l'Ouest rhizomatique, avec ses Indiens sans ascendance, sa limite toujours fuyante, ses frontières mouvantes et déplacées. Toute une « carte » américaine à l'Ouest, où même les arbres font rhizome." (p.29)

    "Un plateau est toujours au milieu, ni début ni fin. Un rhizome est fait de plateaux." (p.32)

    "Pas facile de percevoir les choses par le milieu, et non de haut en bas ou inversement, de gauche à droite ou inversement : essayez et vous verrez que tout change . Ce n'est pas facile de voir l'herbe dans les choses et les mots." (p.34)

    "On écrit l'histoire, mais on l'a toujours écrite du point de vue des sédentaires, et au nom d'un appareil unitaire d'Etat, au moins possible même quand on parlait de nomades. Ce qui manque, c'est une Nomadologie, le contraire d'une histoire." (p.34)

    « Toute politique est à la fois macropolitique et micropolitique. Soit des ensembles du type perception, ou sentiment : leur organisation molaire, leur segmentarité dure, n'empêche pas tout un monde de micropercepts inconscients, d'affects inconscients, segmentations fines, qui ne saisissent ou n'éprouvent pas les mêmes choses, qui se distribuent autrement, qui opèrent autrement. Une micro-politique de la perception, de l'affection, de la conversation, etc. Si l'on considère les grands ensembles binaires, comme les sexes, ou les classes, on voit bien qu'ils passent aussi dans des agencements moléculaires d'une autre nature, et qu'il y a double dépendance réciproque. Car les deux sexes renvoient à de multiples combinaisons moléculaires, qui mettent en jeu non seulement l'homme dans la femme et la femme dans l'homme, mais le rapport de chacun dans l'autre avec l'animal, la plante, etc, mille petits-sexes. Et les classes sociales renvoient elles-mêmes à des « masses » qui n'ont pas le même mouvement, pas la même répartition, pas les mêmes objectifs ni les mêmes manières de lutter. Les tentatives pour distinguer masse et classe tendent effectivement vers cette limite : que la notion de masse est une notion moléculaire, procédant par un type de segmentation irréductible à la segmentarité molaire de classe. Pourtant les classes sont bien taillées dans les masses, elles les cristallisent. Et les masses ne cessent pas de couler, de s'écouler des classes. » (p.260)

    « Les masses ne subissent pas passivement le pouvoir ; elle ne « veulent » pas non plus être réprimées dans une sorte d'hystérie masochiste ; elles ne sont pas davantage trompées, par un leurre idéologique. Mais le désir n'est j amais séparable d'agencements complexes qui passent nécessairement par des niveaux moléculaires, micro-formations qui façonnent déjà les postures, les attitudes, les perceptions, les anticipations, les sémiotiques, etc. Le désir n'est jamais une énergie pulsionnelle indifférenciée, mais résulte lui-même d'un montage élaboré, d'un engineering à hautes interactions : toute une segmentarité souple qui traite d'énergies moléculaires, et détermine éventuellement le désir à être déjà fasciste. Les organisations de gauche ne sont pas les dernières à secréter leurs micro-fascismes. C'est trop facile d'être anti-fasciste au niveau molaire, sans voir le fasciste qu'on est soi-même, qu'on entretient et nourrit, qu'on chérit soi-même, avec des molécules, personnelles et collectives. » (p.262)

    « On dit à tort (notamment dans le marxisme) qu'une société se définit par ses contradictions. Mais ce n'est vrai qu'à grande échelle. Du point de vue de la micro-politique, une société se définit par ses lignes de fuite, qui sont moléculaires. » (p.263)

    « Mai 68 en France était moléculaire, et ses conditions d'autant plus imperceptibles du point de vue de la macro-politique. » (p.264)

    « Ce qui définit le totalitarisme, ce n’est pas l'importance d'un secteur public, puisque l'économie dans beaucoup de cas reste libérale. » (p.273)

    « Tant que la classe ouvrière se définit par un statut acquis, ou même par un État théoriquement conquis, elle apparaît seulement comme “capital”, partie du capital (capital variable), et ne sort pas du plan du capital. Tout au plus le plan devient-il bureaucratique. En revanche, c’est en sortant du plan du capital, en ne cessant pas d’en sortir, qu’une masse devient sans cesse révolutionnaire... »

    « Si les minorités ne constituent pas des États viables, culturellement, politiquement, économiquement, c’est parce que la forme-État ne convient pas, ni l’axiomatique du capital, ni la culture correspondante. » (p.590)
    -Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Critique », 1980, 645 pages.




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    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

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