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    Christophe Poupault, Travail et loisirs en Italie fasciste. Le système corporatif et l’encadrement des masses laborieuses vus par les voyageurs français

    Johnathan R. Razorback
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    Christophe Poupault, Travail et loisirs en Italie fasciste. Le système corporatif et l’encadrement des masses laborieuses vus par les voyageurs français Empty Christophe Poupault, Travail et loisirs en Italie fasciste. Le système corporatif et l’encadrement des masses laborieuses vus par les voyageurs français

    Message par Johnathan R. Razorback Ven 9 Aoû - 22:17

    https://journals.openedition.org/chrhc/3227

    "En accord avec la célèbre formule de Mussolini « Tout dans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État », prononcée devant la Chambre des députés le 26 mai 1927, le travail et les loisirs devaient faire l’objet d’un contrôle total et incarner la modernité d’un régime novateur dans le paysage politique de l’Europe de l’entre-deux-guerres. [...]
    Nouveau modèle d’encadrement des masses laborieuses pour atténuer les dysfonctionnements et les déficiences de l’État libéral et démocratique."

    "Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement fasciste adopte de nombreuses mesures qui réorganisent en profondeur le système italien du travail. Il supprime les syndicats concurrents, attribue le monopole de la représentation à la Confédération nationale des corporations syndicales fondée en 1922 à Bologne par l’ancien syndicaliste révolutionnaire, Edmondo Rossoni, reconnue comme seul interlocuteur par la Confindustria (Confédération des industriels) à partir de l’automne 1925, et élabore une nouvelle organisation des relations sociales en 1925-1926. Celle-ci transforme complètement le système syndical en reconnaissant les syndicats fascistes et les contrats collectifs, en instituant des juges du travail dans les cours d’appel pour trancher les litiges et en interdisant les grèves et les licenciements abusifs. Un ministère des Corporations est créé le 2 juillet 1926, dont le titulaire est Mussolini en personne, portefeuille qu’il cède à Giuseppe Bottai en septembre 1929, mais que le dictateur reprend en main en juillet 1932 pour s’assurer personnellement que l’État corporatif prend forme en même temps que se développent les corporations. Un Conseil national des corporations voit aussi le jour le 20 mars 1930 qui devient l’organe consultatif du ministère. Surtout, le 21 avril 1927 est promulguée la Carta del Lavoro (Charte du travail) qui présente les corporations comme les « organisations unitaires des forces productives » et qui rappelle que l’État demeure l’arbitre suprême entre les syndicats fascistes et les organisations patronales. Très influencée par les principes de Giuseppe Bottai et d’Alfredo Rocco, garde des Sceaux et inspirateur des lois fascistissimes, elle fournit les grandes lignes de la politique sociale du régime et définit une conception nouvelle de la solidarité nationale en proclamant la suprématie de la nation sur les individus. L’État fasciste réaffirme ainsi sa souveraineté en dominant toutes les forces qui existent dans le pays, les disciplinant et les encadrant, tout en assurant l’unité économique par l’association des patrons et des ouvriers au sein des corporations. Enfin, pour accentuer un peu plus son emprise sur le monde du travail, le parti national fasciste crée le 1er mai 1925 l’Opera nazionale dopolavoro (Œuvre nationale de l’après-travail). Son but est d’assurer un encadrement des masses laborieuses pendant leur temps libre pour améliorer leur vie quotidienne en facilitant leur accès aux loisirs et pour les faire participer au consensus voulu par Mussolini."

    "Organisé à l’initiative du gouvernement italien, de l’Institut national de culture fasciste et avec le concours d’Hubert Lagardelle, chargé de mission auprès de l’ambassade de France, le congrès d’études corporatives se tient du 20 au 23 mai 1935 dans les locaux de l’Institut national de droit privé. Les participants français invités par le gouvernement italien proviennent de différents mouvements soucieux de comprendre les réalisations et les finalités italiennes dans ce domaine et caractérisent un courant curieux d’explorer de nouvelles pistes pour répondre à leurs attentes. La délégation est principalement composée de Thierry Maulnier pour La Vie intellectuelle, proche de l’Action française et ardent défenseur de thèses sociales et nationalistes, de Robert Aron, Claude Chevalley et René Dupuis pour Ordre nouveau, mouvement créé en 1930 pour promouvoir une révolution spirituelle et lutter contre la décadence nationale, de Georges Roditi et Paul Marion pour L’Homme nouveau, une revue qui a pour but de fonder un nouveau modèle social et sociétal, de Jean de Fabrègues pour La Revue du XXe siècle, un ancien sympathisant de l’Action française, de Pierre Ganivet pour L’Homme réel, d’Emmanuel Mounier, d’André Ulmann et de Louis-Émile Galey pour la revue Esprit qui cherche à répondre au « désordre établi » et à la « crise de l’Homme », de Pierre Gimon pour la ligue nationaliste des Jeunesses patriotes, de Georges Viance pour le corporatisme catholique et d’Achille Bouxin pour le Front paysan."

    "Un patron ne peut pas réduire son personnel à son propre gré et quand il embauche, il est contraint de suivre les avis du bureau de placement syndical qui lui impose un personnel recruté d’abord par ordre préférentiel."

    "Pour connaître l’opinion des travailleurs italiens sur le système corporatif et la politique récréative du régime, les Français s’attachent à interroger ceux qu’ils rencontrent. Mais au sein d’un régime qui a abrogé la liberté d’expression, où la crainte de la répression et d’être accusé de sédition est omniprésente, les confidences qu’ils reçoivent doivent être analysées avec une extrême prudence. Dans l’ensemble, les témoignages recueillis assurent que le monde ouvrier est loin d’être unanime quant aux réalisations du fascisme et si les salariés disent rarement qu’ils sont malheureux, ils ne manifestent pas non plus spontanément leur joie. De nombreux accusés déférés devant le tribunal spécial sont issus des classes laborieuses, les conséquences de la crise économique de 1929 font qu’elles sont moins promptes à adhérer au discours officiel et les grèves dans les usines ne disparaissent jamais, sans pour autant que l’on puisse parler d’une opposition frontale. Au cœur des années du consensus mises en évidence par Renzo De Felice, le régime compte des partisans sincères dans toutes les classes de la société, y compris dans le monde ouvrier. Au printemps 1932, le communiste Victor Barthélemy s’en aperçoit lorsqu’il effectue, à la demande de son parti, une mission discrète pour le Secours rouge international français dans les grandes villes industrielles de Milan, Turin, Gênes et Bologne. Son but est d’apporter une aide morale et matérielle aux victimes de la bourgeoisie et pour ce faire, il entre en contact avec plusieurs militants clandestins qui figurent sur une liste qui lui a été fournie, mais affirme sa déception tant ils se révèlent peu nombreux, peu actifs et que le fascisme lui apparaît comme parfaitement implanté dans la classe ouvrière. Le corporatisme séduit incontestablement jusqu’à la guerre, notamment les jeunes intellectuels, à travers une propagande qui en fait le symbole de la « révolution fasciste » et de la lutte antibourgeoise."
    -Christophe Poupault, « Travail et loisirs en Italie fasciste. Le système corporatif et l’encadrement des masses laborieuses vus par les voyageurs français », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 121 | 2013, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 04 août 2021. URL : http://journals.openedition.org/chrhc/3227 ; DOI : https://doi.org/10.4000/chrhc.3227



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