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    Marcel Mauss, La nation ou le sens du social

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Messages : 9572
    Date d'inscription : 12/08/2013
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    Marcel Mauss, La nation ou le sens du social Empty Marcel Mauss, La nation ou le sens du social

    Message par Johnathan R. Razorback Sam 12 Déc - 21:28

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Mauss

    "Du vivant de Mauss, cet ouvrage ne sera jamais publié, ni même véritablement achevé ; après sa mort [...] seuls des fragments seront mis à la disposition du public.
    L'élection de Mauss au Collège, qui marque une forme de consécration pour le durkheimisme et pour les sciences sociales en général, est difficile [...] Finalement, c'est sur la création d'une chaire de "Sociologie" que l'on s'accorde.
    " (p.2)

    "De retour à la vie civile, Mauss se met au travail pour concrétiser l'ouvrage prévu. L'effort majeur se concentre en 1920." (p.Cool

    "Lorsque le journal [Le Populaire] se transforme en quotidien du matin, Mauss accepte d'être membre de son conseil d'administration et de sa direction. Entre 1921 et 1925, il publie de nombreux articles [...] Mauss lit Keynes et Charles Rist, l'auteur de La Déflation, et discute avec son ami François Simiand, sociologue et économiste." (p.11)

    "L'idée de Mauss est que l'identité de toute entité sociale -un individu, un clan, une classe, une nation, une civilisation- est fonction de ses échanges avec les autres entités sociales." (p.15)

    "Mauss, contre les philosophies humanistes et cosmopolites, met l'accent sur ce qu'on pourrait appeler le "concret" de l'échange." (p.16)

    "Fidèle en ceci à Durkheim, Mauss se méfie des abstractions philosophiques, du cosmopolitisme, des philosophies de l'histoire montrant l'humanité culminer dans un Etat mondial. Il est ainsi hors de question que son internationalisme soit une simple position normative, un simple desideratum." (p.19)

    "La nation constitue [...] selon Mauss, un but vers lequel tendent les sociétés. Ceci trahit chez Mauss une approche au moins en partie téléologique de l'histoire, où nous préférons voir une trace laissée par Marx qu'un évolutionnisme de type comtien ou spencérien." (p.21)

    "Mauss propose une définition politique de la nation comme un ensemble d'individus accédant en commun à la conscience de leur interdépendance économique et sociale, et décidant de traduire cette interdépendance en un contrôle collectif sur l'Etat et sur le système économique. Pour une société, être "nationale" veut dire amener ses citoyens à exercer les prérogatives d'une souveraineté sur eux-mêmes: dans une nation, les individus ne délèguent plus aveuglément aux forces étrangères de la tradition, de la religion ou de la nature le "pouvoir qu'ils se savent" désormais posséder." (p.22)

    "[Une autre] définition exige étrangement, en plus d'une adhésion consciente (élément subjectif), une "race", une "langue", une "morale", un "caractère national" (éléments objectifs)." (pp.23-24)

    "Une nation ne peut exister que si l'allégeance politique est accordée exclusivement à l'Etat au détriment des sous-groupes sociaux. C'est ainsi que Mauss ne qualifie que de nations en devenir les sociétés où les groupes intermédiaires sont encore importants, comme le Japon, marqué par une persistance des clans. [...]
    Parmi les autres facteurs limitant l'accès au rang national, Mauss mentionne la croyance collective en l'origine extra-sociale des normes: c'est ainsi que les pays où les règles sociales sont considérées comme le fruit, non du travail de la société sur elle-même, mais de la tradition, de la nature ou de la religion, ne méritent pas le titre de nations complètes. Le Japon et même -conclusion frappante- l'Allemagne, où les empereurs respectifs conservent une légitimité religieuse, sont selon Mauss dans ce cas. En résumé, une société doit être intégrée socialement et posséder un "pouvoir intrinsèque" (ni traditionnel, ni charismatique, ni religieux) pour pouvoir accéder au titre de nation.
    Suivant la nature exacte de leur organisation (notamment la présence d'une direction politique stable), Mauss appelle les sociétés polysegmentaires, non intégrées, "sociétés à base de clans" ou "sociétés à forme tribale". Quant aux sociétés en voie d'intégration, mais encore insuffisamment compactes ou sécularisées, Mauss propose de les appeler "peuples" ou "empires". Mauss place encore, en 1920, de nombreuses sociétés [dont la Russie] au rang pré-national.
    " (pp.26-27)

    "La position de Mauss est que tous les peuples accéderont à terme au stade national." (p.28)

    "Premièrement, la nation se structure et s'intègre à la suite de l'accroissement des interactions entre les membres de la société: ainsi s'unifie par exemple la législation (disparition des droits coutumiers), la langue, les standards sociaux en usage (poids, mesures, taxes, monnaie, etc.). Ces processus sont conscients ; l'unification résulte de décisions politiques. Toutefois, il peut arriver à ce stade que les membres de la société -et c'est ce qui s'est passé en Europe au XIXe siècle- oublient en quelque sorte la construction historique de l'unité nationale et commencent à percevoir les spécificités culturelles acquises comme l'expression d'une identité immémoriale. Ainsi se produit une sorte de "naturalisation" du national et émerge un nationalisme spécifique comme culte de l'originalité et de la pureté d'une culture donnée. Dans ce contexte, une nation peut développer une forme de "fétichisme de sa littérature, de sa plastique, de sa science, de sa technique, de sa morale, de sa tradition, de son caractère en un mot." L'usage du terme marxiste de "fétichisme" montre bien l'erreur que recèle cette façon de voir: comme dans le capitalisme la marchandise, la nationalité est faussement perçue par ses membres non pas comme un processus social, mais comme un objet immuable. La nation occulte à ses propres yeux son émergence: elle croit que "la race crée la nation" [...] que la langue crée la nation, alors que ce sont les nationalités qui, dans bien des cas, "se créent [...] des langues". Mauss décrit ce fétichisme comme une "maladie des consciences nationales", où se loge une double erreur: 1) l'oubli du caractère constitué, historique, de la nation comme forme sociale, qui empêche d'envisager une transformation de la société, un progrès mental et moral ; 2) la conception de la nation comme une entité close, absolument séparée des autres nations et en rivalité avec elles, qui alimente les tensions politiques et économiques au niveau international. [...] L'un des objectifs de Mauss avec La nation est de sauver la nation contre le nationalisme." (pp.31-33)

    "Mauss, défenseur de l'auto-organisation et aussi du marché, qui en est l'une des formes, n'interdit pas à l'Etat tout rôle économique, notamment dans le domaine du crédit, et peut-être celui de l'industrie lourde. Dans ses riches réflexions sur le développement de l'économie depuis la fin du XIXe siècle, Mauss identifie trois tendances du capitalisme, qui témoignent toutes d'un progrès du contrôle collectif sur le devenir socio-économique: 1) la diffusion de l'intervention étatique en matière économique (ce que Mauss nomme le "socialisme par en haut") ; 2) l'effort d'auto-organisation de la classe ouvrière pour peser sur la direction politique (le "socialisme par en bas") ; 3) enfin, une tendance à l'anonymisation et à la dilution de la propriété (déclin de la propriété familiale, naissance des sociétés anonymes, etc.) -Mauss perçoit dans ce dernier phénomène un prélude à la socialisation du capital. [...] En définissant le socialisme comme une réalisation ultime du principe national, Mauss, membre de la SFIO, prend position dans les débats en cours au sein de la Deuxième Internationale ouvrière: contre Rosa Luxemburg notamment, il refuse de voir ces deux principes comme antithétiques et se rapproche ainsi [...] de la ligne des socialistes autrichiens, comme Otto Bauer." (p.34)

    "A bien considérer le texte, on verra qu'il n'y a que deux pays auxquels Mauss l'attribue sans qualification: la France et les Etats-Unis. Ceci confirme combien le concept de nation est porteur, dans ce texte, de claires connotations politiques et révolutionnaires: il évoque des images de réveil, d'engagement, de fondation, d'effort collectif. Pour Mauss, la nation est ainsi un phénomène du futur ; le "bon sens", pour ainsi dire, que sont en train de chercher les sociétés." (p.35)

    "Mauss est attentif à la démarche du leader du nouveau Parti socialiste de France [Marcel Déat], mais il ne le suit pas." (p.39)
    -Jean Terrier et Marcel Fournier, Présentation de Marcel Mauss, La nation ou le sens du social, PUF / Humensis, coll. Quadrige, 2018 (2013 pour la première édition), 404 pages.

    "Les fondateurs de la science sociale, de Machiavel à Rousseau jusqu'à Comte." (p.51)

    "[Les nations ne sont éternelles ni dans le présent ni dans l'avenir." (p.52)

    "
    (p.55)

    "
    (pp.56-57)

    "La démocratie parlementaire n'est pas la meilleure forme possible de gouvernement. On en convient ; et cherchons-en de meilleures. Mais elle est la meilleure actuellement connue. Partons donc d'elle et ne cherchons pas à la remplacer de toutes pièces." (p.59)

    "Les deux seules nations qu'ait créées le monde antique sont mortes d'épuisement de leur race, et de l'esprit de cette race. Si les nôtres ne veulent pas mourir, il leur faut un travail." (p.60)

    "Le mot "nation" est d'un emploi récent, relativement, dans le langage technique des juristes et philosophes, et encore plus dans celui des peuples eux-mêmes. Les concepts de cité, ou société, de souveraineté, de droit, de loi, de politique, sont depuis longtemps fixés ; celui d'Etat l'est depuis le mouvement d'idées qui va des grands juristes français du XVIe siècle aux grands juristes hollandais et allemands du XVIIe et XVIII [Grotius, Pufendorf, Christian Wolff). Celui de la nation a été infiniment plus lent à naître ; dans un bon nombre de langues, il n'est pas encore très usuel ; dans le langage technique, il n'est pas encore fixé, et la plupart du temps se confond avec celui d'Etat. Un peu d'histoire des idées et de philologie comparée est ici nécessaire." (p.65)

    "Ce sont les philosophes du XVIIIe siècle français qui l'ont élaboré [le concept de nation], sinon de façon claire et adéquate, du moins distinctement. Les Encyclopédistes et Rousseau, ce dernier surtout, l'adoptèrent définitivement. [...]
    Ce sont ensuite les théoriciens et les hommes politiques de la Révolution française. La révolution américaine, où se fonde une nation, sur une pleine crise nationale, opposant une jeune démocratie à un vieux royaume, et à une bureaucratie coloniale, fut, elle aussi, à demi-inconsciente de son caractère fondamental. Les peuples anglo-saxons ont en effet un génie pratique qui leur fait inventer des formes de droit capitales, mais ils ont en même temps une sorte de timidité, du langage surtout, qui fait perdre conscience du caractère révolutionnaire de leurs inventions politiques
    ." (p.68)

    "La nation, telle que la conçoivent les grands révolutionnaires d'Amérique et de France, fut le milieu idéal où fleurit définitivement le patriotisme. "Républicain" et "patriote" forment dès l'origine des termes joints. Les peuples qui avaient le[s] premier[s] posé des droits coururent aux frontières pour les défendre, et défirent les armées des tyrans conjurés." (p.69)

    "Les Français parlent assez clairement et font un usage assez constant du mot de nation. Mais ils sont encore les seuls.
    La plupart des autres langages leur ont emprunté ce mot. Signe déjà que l'idée n'a pas été élaborée partout en même temps et de façon naturelle. Les Anglais disent bien nation, mais ce ne sont pas tous les Anglais [mais seulement les radicaux et les socialistes].
    " (p.72)

    "
    (pp.77-80)

    "
    (pp.81-84)

    "Nous entendons par nation une société matériellement et moralement intégrée, à pouvoir central stable, permanent, à frontières déterminées, à relative unité morale, mentale et culturelle des habitants qui adhèrent consciemment à l'Etat et à ses lois. [...]
    Le titre de nation ainsi défini ne s'applique qu'à un petit nombre de sociétés connues historiquement et, pour un certain nombre d'entre elles, ne s'y applique que depuis des dates récentes. Les sociétés humaines actuellement vivantes sont loin d'être toutes de la même nature et du même rang dans l'évolution. Les considérer comme égales est une injustice à l'égard de celles d'entre elles où la civilisation et le sens du droit sont plus pleinement développés
    ." (pp.84-85)

    "Ont été des nations, ou ont disparu, ou subsistent comme telles en 1914: Rome, qui disparaît au VIe siècle, la France et l'Angleterre qui se constituent à peu près au XIe, la Suisse les Pays-Bas, les royaumes scandinaves au XIIIe et au XIVe, la Castille et l'Aragon au XIVe ; la Hongrie, la Bohême s'unissent vers cette époque pour disparaître, la première au début de la guerre de Trente Ans, la deuxième sous Marie-Thérèse ; la Pologne au XVe pour disparaitre au XVIIIe. La Russie, aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec Pierre le Grand, s'étend de la Moscovie jusqu'à englober la masse russe. Au XVIIIe siècle, les Etats-Unis ; au XIXe, la Belgique, la Grèce, l'Italie ; puis au Congrès de Berlin se forme le petit noyau des unités serbe, bulgare, roumaine, que seules les guerres balkaniques et la Grande Guerre constituent en nations." (p.88)

    "Il ne peut y avoir nation sans qu'il y ait une certaine intégration de la société, c'est-à-dire qu'elle doit avoir aboli toute segmentation par clans, cité, tribus, royaumes, domaines féodaux. [...] Remarquable histoire des rois de Prusse et celle de leur victoire, à leur profit et à celui du peuple prussien, contre les nobles réduits à la hiérarchie militaire et bureaucratique. Cette intégration est telle, dans les nations d'un type naturellement achevé, qu'il n'existe pour ainsi dire pas d'intermédiaire entre la nation et le citoyen, que toute espèce de sous-groupe a pour ainsi dire disparu, que la toute-puissance de l'individu dans la société et de la société sur l'individu s'exerçant sans frein et sans rouage, a quelque chose de déréglé, et que la question se pose de la reconstitution des sous-groupes, sous une autre forme que le clan ou gouvernement local souverain, mais enfin celle d'un sectionnement." (p.89-90)

    "Seules les classes représentantes des formes antérieures de l'Etat poussent à ce qu'on nomme [...] l'impérialisme. Les grands démocraties ou Etats ont toujours été pacifiques et même le traité de Versailles exprime leur volonté de rester dans leurs frontières. Les appétits de conquête, de domination violente sur d'autres peuples, sont au contraire actuellement l'apanage de toutes les jeunes sociétés mal assises et qui s'essaient à la vie nationale." (p.90)
    -Marcel Mauss, La nation ou le sens du social, PUF / Humensis, coll. Quadrige, 2018 (2013 pour la première édition), 404 pages.




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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


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