L'Académie nouvelle

Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.
L'Académie nouvelle

Forum d'archivage politique et scientifique

Le deal à ne pas rater :
Amazon Music Unlimited – 3 mois gratuits
Voir le deal

    Pascal Bouvier, Nature et formes de la démagogie

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 9641
    Date d'inscription : 12/08/2013
    Localisation : France

    Pascal Bouvier, Nature et formes de la démagogie Empty Pascal Bouvier, Nature et formes de la démagogie

    Message par Johnathan R. Razorback Mar 15 Juin - 21:19

    https://www.cairn.info/revue-l-enseignement-philosophique-2011-5-page-4.htm

    "La démagogie n’existe que dans un monde démocratique. Dans les monarchies absolues ou traditionnelles, elle n’existe que sous la forme de la flatterie que l’on doit à son prince ou à son roi. Le démagogue n’est pas une figure de l’âge classique, il est un personnage du monde grec et du monde moderne. Il apparaît lorsque le citoyen est reconnu comme entité autonome et politique, il existe lorsqu’une parcelle de pouvoir se répand dans le corps social."

    "Georges Batault, dans les années trente, publiera un pamphlet intitulé Le pontife de la démagogie, Victor Hugo, cherchant dans l’œuvre du poète les grands thèmes de la démagogie qu’il faut combattre avec la démocratie."

    "Le démagogue est l’homme à la parole agréable et à l’esprit insensé."

    "Faire de la politique au sens de Périclès, c’est ne pas toujours dire au peuple ce qu’il a envie d’entendre ; c’est savoir lui dire la vérité."

    "La démagogie est toujours présentée de façon négative par l’aristocratie dominante, qui accepte mal l’arrivée sur la scène politique de personnages d’un milieu plus populaire que le leur."

    "Le sophiste est ce maître de sagesse qui va instruire les enfants de la bonne société pour les aider à devenir ce qu’ils doivent être : des dirigeants et des meneurs d’hommes. Dans un monde qui ne connaît pas encore une institution scolaire stable, les connaissances sont transmises par la tradition. Les sophistes incarnent une nouvelle forme d’éducation, un préceptorat avant la lettre, qui sans contester totalement les habitudes, prépare les jeunes gens à affronter toutes les situations de la vie sociale ; ils fascinent par leur capacité à argumenter sur tous les sujets. Ils relativisent la question de la vérité par leur sens de la pratique oratoire."

    "Le relativisme consiste à affirmer que tout se vaut, que ce qui a une valeur un jour n’en a plus le lendemain, que tout ce qui existe est instable et mouvant."

    "L’amour-propre peut être considéré comme le ressort même de toute stratégie politique. Il donne toute sa mesure dans la louange religieuse : le grand lettré, le noble et le paysan sont tous égaux devant l’orgueil de la Foi. Chacun se félicitera d’être un bon chrétien ou un bon musulman. Le démagogue doit donc apprendre à utiliser cette puissance de la foi (savoir si ce que ce que les masses croient est juste ou non s’avère bien entendu secondaire)."

    "La démagogie des uns (plus ou moins consciente) et la démagogie des autres (menteurs de bonne foi) poussent le peuple dans les bras d’une espérance déçue qui, à terme, engendre de la violence. Si Perrette ou Madame Bovary ne se supportent plus, elles tentent de résoudre leur difficulté à être en se faisant violence ; les masses, quant à elles, tendent à rejeter leur déception sur des responsables plus ou moins imaginaires."

    "Les analyses de Hannah Arendt montrent que les formes politiques totalitaires ne sont possibles qu’à partir du moment où l’individu isolé ne trouve plus de signification à son existence dans le monde : c’est de ce sentiment de déréliction que surgit la réalité de cette masse informe manipulable à merci."
    -Pascal Bouvier, « Nature et formes de la démagogie », L’enseignement philosophique, 2011/5 (61e Année), p. 4-33. DOI : 10.3917/eph.615.0004. URL : https://www.cairn.info/revue-l-enseignement-philosophique-2011-5-page-4.htm

    "Travestir l’opinion de l’adversaire, le citer habilement, en divisant ce qu’il a uni, en confondant ce qu’il a distingué ; déplacer la question, se jeter sur les personnes quand les choses sont gênantes et réciproquement ; faire doucement violence à l’histoire en dissimulant tour à tour les différences et les analogies selon qu’on veut s’autoriser d’un exemple ou contester la valeur d’une expérience ; mêler à propos le raisonnement et l’émotion ; conclure du particulier au général ; glisser dans le débat des principes abstraits qui ont l’air inoffensif et dont on tirera tout à coup des conséquences écrasantes ; douter de tout et ne douter de rien ; enfin persuader aux lecteurs que c’est leur cause qu’on plaide, leur intérêt qu’on soutient ; tout cela est à la fois l’enfance et le comble de l’art."
    -Raoul Frary, Le manuel du démagogue, Paris, Léopold Cerf, 1884, p.263.




    _________________
    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


      La date/heure actuelle est Lun 25 Oct - 10:37