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    Julian Ferreyra, L'ontologie du capitalisme chez Gilles Deleuze

    Johnathan R. Razorback
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    Julian Ferreyra, L'ontologie du capitalisme chez Gilles Deleuze	 Empty Julian Ferreyra, L'ontologie du capitalisme chez Gilles Deleuze

    Message par Johnathan R. Razorback Ven 18 Nov - 16:20

    "Heidegger considère que dans les temps modernes c’est le « sujet » humain et la subjectivité de l’homme qui sont considérés comme fondement (sub-jectum). Pour la métaphysique moderne, l’homme est « le centre de tout étant et maître de tout ce qui existe ». Cette conviction de la centralité de l’homme dans la représentation contemporaine est bien réelle, mais elle n’est qu’un élément de la complexe structure de refoulement et de répression que caractérise nos temps modernes : l’élément idéologique. La métaphysique peut placer l’homme en rôle de fondement ceci n’empêche pas le fondement véritable de n’être pas humain. Le monde moderne ne se caractérise pas par la maîtrise de l’homme, mais par la servitude généralisée. Qui est le maître ? Qu’est-ce que le fondement ? Voilà la question qui reste cachée par la philosophie de Heidegger lorsqu’elle croit avoir déjà trouvé le subjectum. Quand le débat de la philosophie contemporaine autour de l’ « après-sujet » est compris à partir de l’homme ou du cogito comme ce qui occupe la place du sujet, on rate la réalité effective de notre monde. [...]

    Le problème du siècle est pour nous le fait de la misère humaine (ce n’est pas l’originalité, on le voit, notre objectif). Et si l’on critique Heidegger, c’est seulement dans la mesure où ses concepts ne peuvent pas répondre à notre problème : celui de la souffrance humaine. Lui avait d’autres problèmes : par exemple, l’oubli de l’être. Pour le problème de l’oubli de l’être, le concept de « temps modernes » est fondamental : le sujet moderne représente un blocage pour l’accès à l’être, pour la « remémoration ». La souffrance, de son côté, ne pose pas de problème ; bien au contraire, c’est dans l’angoisse que l’homme trouve la possibilité d’y accéder : « l’angoisse est la disposition fondamentale qui nous place face au néant. Or, l’être de l’étant n’est compréhensible –et en cela réside la finitude même de la transcendance,- que si le Dasein, par sa nature même, se tient dans le néant ». Même si l’angoisse est une souffrance ontologique et non pas ontique (comme il serait le cas de la faim, de la maladie ou de la misère), la souffrance n’est pas un problème heideggérien. [...]

    On dira qu’une pensée est « idéologique » quand ses concepts ne sont pas en rapport avec les problèmes auxquels elle prétend répondre, ou avec les problèmes que nous posons, et pour lesquels on pourrait penser qu’ils offrent une solution. Une pensée est idéologique quand elle reste dans l’abstraction : et, pour Deleuze l’abstraction c’est la catastrophe philosophique, c’est la mort de la philosophie. Et la philosophie devient abstraite justement quand les concepts qu’elle crée sont coupés des problèmes auxquels ils prétendent répondre. [...]

    Deleuze crée un concept qui est effectivement en rapport avec les problèmes qui sont les nôtres, avec notre histoire présente : il s’agit de celui de « capitalisme ». Du point de vue qui se met en place autour de ce concept, ce n’est pas l’homme qui est sujet, ce n’est pas la certitude humaine qui doit être assurée dans la représentation, mais la certitude du Capital qui est assurée dans la représentation capitaliste. Le sujet est le Capital. Ce sujet, évidement, n’est pas fondement, mais se pose ou se propose comme fondement de ce qui est sans fondement. La prétention selon laquelle l’homme occuperait le rôle de fondement des « temps modernes » n’est qu’une idéologie au sein de laquelle le Capital s’assure l’asservissement des sujets humains, réussit à occuper sa place de quasi-fondement. « Comme il est beau d’être subjectum ! » se dit l’homme, pendant qu’il continue à être la bête de reproduction du Capital."
    -Julian Ferreyra, L'ontologie du capitalisme chez Gilles Deleuze, L'Harmattan, 2020.




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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. » -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

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