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    Tristan Guerra, Définir le populisme

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
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    Messages : 8919
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    Tristan Guerra, Définir le populisme Empty Tristan Guerra, Définir le populisme

    Message par Johnathan R. Razorback Lun 22 Juin - 10:59

    https://laviedesidees.fr/Definir-le-populisme.html

    "Le populisme est défini comme une idéologie mince (thin ideology) qui considère que la société est séparée entre deux camps à la fois homogènes et parfaitement antagonistes, « le peuple pur » et « l’élite corrompue », et qui prétend que la politique ne peut être que l’expression de la volonté générale du peuple. [...]

    Au centre, le peuple, communauté symbolique idéalisée, un corps politique « pur » et homogène, construit au travers d’une série de signifiants culturels, ethniques ou socio-économiques. Cela fait du populisme un monisme idéologique en ce que son imaginaire fonctionne selon une logique de « simplification ». Le populisme articule ainsi une pluralité de demandes socio-politiques auxquelles elle façonne une identité commune dans la figure du peuple.

    Le peuple est opposé systématiquement à l’élite corrompue. Symétriquement à la conception du peuple, l’élite est un groupe parfaitement homogène, indifférencié, dissemblable en tous points du peuple qu’elle domine et gouverne avec oppression. L’élite est organisée en oligarchie ou en caste tyrannique qui s’est arrogé le monopole du pouvoir politique, mais aussi économique, culturel et médiatique au détriment du peuple.

    Troisième élément, la volonté générale, qui fait du peuple souverain la source exclusive du pouvoir politique. Dans le populisme, la souveraineté populaire doit s’exercer sans entraves ni contre-pouvoirs, débarrassée du caractère représentatif de la démocratie. La prétention des populistes est de faire triompher la volonté générale de cette « majorité silencieuse » à partir du « bon sens » du peuple en privilégiant un lien direct et sans médiation, plus « authentique ». [...]

    L’opposition du peuple et de l’élite s’exprime dans le populisme en termes profondément manichéens  : le bien contre le mal. Alors que dans le socialisme l’opposition entre le peuple et les élites est basée sur le concept de classe, et dans le nationalisme sur celui de nation, l’antagonisme s’origine, dans le cas du populisme, dans son caractère moral. Pour les populistes, l’essence du peuple réside ainsi dans sa pureté, dans le sens où celui-ci est authentique tandis que les élites, elles, sont fondamentalement impures. La pureté et l’authenticité du peuple font appel au registre de la moralité, l’antagonisme originel du populisme n’est donc pas compris par essence dans des termes ethniques, raciaux ou d’appartenance à des groupes socio-économiques.

    Théorisation du populisme comme une « idéologie mince » (thin-centered ideology) qui ne propose pas de programme politique global et le même niveau de raffinement que les idéologies plus « épaisses » (thick ou full centered ideology), telles que le libéralisme, le socialisme ou le conservatisme. Le populisme est donc contraint de s’hybrider avec ces dernières pour donner un contenu substantiel au peuple. Par conséquent, il devient possible de faire la part entre ce qui relève du populisme proprement dit (l’antagonisme moral entre le peuple et les élites) et ce qui vient s’y ajouter, en lien avec les idéologies sur lesquelles il est enclin à s’appuyer (aussi appelées host ideology). D’une manière générale, le populisme se manifeste chez les populistes de gauche comme un mélange entre le populisme et une certaine forme de socialisme, chez les populistes de droite il se combine par exemple avec des formes plus ou moins édulcorées de nationalisme et de libéralisme économique.

    Si le fascisme et le communisme ont flirté avec le populisme, ils incarnent en fait des idéologies profondément élitistes. Dans le premier cas, on exalte plutôt la figure du chef, de la race ou de l’État que le peuple. Dans le second cas, le marxisme-léninisme fait de l’appareil du Parti communiste l’avant-garde éclairée du peuple qui le conduit plutôt qu’il ne suit sa volonté. Ce n’est qu’à partir des années 1980/1990 que le populisme renaît en Europe avec la percée des partis de droite radicale.

    Les auteurs montrent ainsi que le populisme est un phénomène global. Dans chaque cas, c’est toujours la combinaison du populisme avec une idéologie dense qui permet l’identification du « peuple » et de « l’élite » en fonction du contexte spécifique.

    Parce que c’est un agencement lâche d’idées, il n’existe en fait pas de prototype du leader populiste. En revanche, les auteurs remarquent que les leaders populistes prétendent tous incarner la véritable voix authentique du peuple (la vox populi) et se présentent comme extérieurs à la classe politique – alors même qu’ils en font très souvent partie. Cette image est presque toujours soigneusement construite par le dirigeant populiste pour permettre de réfléchir la culture politique dans lequel il opère. Par exemple, la figure de l’homme fort sera plus efficace dans une société plus machiste et traditionnelle, tandis que la figure du populiste entrepreneur — comme Silvio Berlusconi — concernera des sociétés capitalistes et matérialistes. Dans tous les cas, la personnalité du leader populiste se doit d’entrer en résonance avec l’idéologie hôte sur lequel le populisme s’est greffé.

    [...] Le populisme vient heurter de plein fouet les principes de fonctionnement d’une démocratie libérale qui borne les pouvoirs du peuple pour éviter l’apparition d’une tyrannie de la majorité. A contrario, le populisme suggère de faire triompher la volonté du peuple en toutes circonstances, ce qui conduit à rejeter les notions de pluralisme et, ce faisant, les droits des minorités. C’est pourquoi les populistes se focalisent si souvent sur les institutions qui les protègent, au premier rang desquelles la justice et les médias. Ces derniers rendent visibles les grands conflits qui traversent le peuple, cassant ainsi l’imaginaire populiste d’un peuple un et indivisible. Les populistes essayent ainsi régulièrement d’exploiter la tension inhérente aux démocraties libérales qui cherchent à garantir un équilibre harmonieux entre la règle de la majorité et les droits des minorités. Les populistes s’en prennent à toute remise en cause de la règle de la majorité – en particulier par une instance non-élue – comme une atteinte à la démocratie elle-même. En cela, le populisme peut développer une forme de démocratie radicale, ou de démocratie illibérale.

    Dans l’approche idéationnelle, le populisme n’est donc en soi ni un bien ni un mal pour le système démocratique. Pour résumer la pensée des auteurs, le populisme peut jouer un rôle tantôt positif tantôt négatif sur la démocratie
    ."
    -Tristan Guerra, « Définir le populisme », La Vie des idées, 13 mars 2019. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/Definir-le-populisme.html



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    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).


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