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    Henri Lefebvre, Sociologie de Marx & autres oeuvres

    Johnathan R. Razorback
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    Henri - Henri Lefebvre, Sociologie de Marx & autres oeuvres Empty Henri Lefebvre, Sociologie de Marx & autres oeuvres

    Message par Johnathan R. Razorback Mar 8 Déc - 8:03

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Lefebvre

    "La désaliénation, Hegel la concevait unilatéralement et spéculativement. Il l'attachait à la seule activité de la conscience philosophique. Pour Marx, les hommes se reprennent sur les aliénations au cours de luttes réelles, c'est-à-dire pratiques, la théorie étant un moyen (un élément, une étape, un intermédiaire) nécessaire et insuffisant dans ces luttes multiples et multiformes. Une aliénation ne se définit clairement pour Marx que par rapport à sa désaliénation possible : par la possibilité pratique, effective, de la désaliénation." (p.10)

    "La philosophie libère les hommes de la non-philosophie, c'est-à-dire des représentations fantastiques, acceptées sans critique fondamentale. La philosophie est donc la quintessence spirituelle de son époque. Prométhéenne par essence, elle cherche la vérité de l'histoire et du développement des sociétés prométhéennes." (pp.11-12)

    "Les tendances philosophiques qui représentent les intérêts, les buts, les perspectives des opprimés ont toujours été faibles et vaincues." (p.13)

    "La pensée marxiste maintient l'unité du réel et de la connaissance, de la nature et de l'homme, des sciences de la matière et des sciences sociales. Elle explore une totalité dans le devenir et dans l'actuel, totalité comprenant des niveaux et aspects tantôt complémentaires, tantôt distincts, tantôt contradictoires. Elle n'est donc en elle-même, ni histoire, ni sociologie, ni psychologie, etc., mais elle comprend ces points de vue, ces aspects, ces niveaux. C'est là son originalité, sa nouveauté et son intérêt durable.
    Depuis la fin du XIXe siècle, on tend à penser l'œuvre de Marx et notamment le
    Capital en fonction de sciences parcellaires qui se sont spécialisées depuis lors et dont Marx aurait refusé le cloisonnement. On réduit cet ensemble théorique, le Capital, à un traité d'histoire ou d'économie politique ou de sociologie ou encore de philosophie. La pensée marxiste ne peut entrer dans ces catégories étroites : philosophie, économie politique, histoire, sociologie. Elle ne relève pas davantage de la conception « interdisciplinaire » qui essaie de corriger, non sans risque de confusion, les inconvénients de la division parcellaire du travail dans les sciences sociales. L'investigation marxiste porte sur une totalité différenciée, en centrant la recherche et les concepts théoriques autour d'un thème : le rapport dialectique entre l'homme social actif et ses œuvres (multiples, diverses, contradictoires)." (p.22)

    "Connaître l'humain, c'est dégager ce qui naît de lui et en lui dans le devenir." (p.26)

    "Les Manuscrits de 1844 critiquent et rejettent les catégories et notions fondamentales de la philosophie, y compris les concepts de matérialisme et d'idéalisme. Qu'est la « substance » au sens philosophique ? C'est la nature métaphysiquement travestie dans sa séparation d'avec l'homme. Inversement, qu'est-ce que la conscience ? C'est l'esprit humain métaphysiquement travesti dans sa séparation d'avec la nature.

    Les deux interprétations du monde, le matérialisme et l'idéalisme, tombent avec la praxis révolutionnaire. Elles perdent leur opposition et par suite leur existence. La spécificité du marxisme, son caractère révolutionnaire (donc son caractère de classe) ne proviennent donc pas d'une prise de position matérialiste, mais de son caractère pratique, dépassant la spéculation, donc la philosophie, donc le matérialisme comme l'idéalisme. Les interprétations du monde se retrouvent dans la pensée antérieure, notamment dans la pensée (bourgeoise) du XVIII E siècle. S'il est vrai que le matérialisme a été dans l'ensemble la philosophie des classes opprimées et révolutionnaires, y compris la bourgeoisie, la fonction de la classe ouvrière est radicalement nouvelle. En explicitant la praxis (la pratique de la société basée sur l'industrie, laquelle permet de prendre conscience de la pratique humaine en général), elle dépasse définitivement et renvoie dos à dos les interprétations antérieures, correspondant à des stades dépassés de la lutte des classes.

    Le marxisme (qui théoriquement éclaircit la situation de la classe ouvrière et lui apporte une conscience de classe élevée au niveau de la théorie) n'est pas une philosophie matérialiste, parce que ce n'est pas une philosophie. Il n'est plus ni idéaliste, ni matérialiste, parce qu'il est profondément historique. Il explicite l'historicité de la connaissance ; il déploie l'historicité de l'être humain, la formation économique-sociale. Non seulement la philosophie n'explique rien, mais elle est elle-même expliquée par le matérialisme historique. La philosophie, attitude contemplative, accepte l'existant. Elle ne transforme pas le monde, mais les interprétations du monde. L'attitude contemplative, conséquence lointaine de la division du travail, est une activité mutilée, partielle. Or le vrai, c'est le tout. La philosophie ne peut prétendre au titre d'activité suprême et totale. Les résultats obtenus par cette activité contemplative vont contre les faits empiriquement observés. Il n'y a pas d'absolus immobiles, pas d'au-delà spirituel. Tout absolu se révèle comme un masque justifiant l'exploitation de l'homme par l'homme. Les abstractions philosophiques telles qu'elles n'ont aucune valeur, aucune signification précise. Le vrai c'est aussi le concret. Les propositions de la
    philosophia perennis ? Ou bien ce ne sont que des tautologies sans contenu, ou bien elles reçoivent un sens concret par un contenu historique, empiriquement vérifiable. S'élever au-dessus du monde par la réflexion pure, c'est en réalité rester enfermé dans la pure réflexion. Cela ne veut pas dire qu'on aboutit au nominalisme ; les universaux sont fondés dans la praxis, elle-même objective.

    Y aurait-il plusieurs sortes, qualitativement diverses et distinctes, de connaissance, par exemple la connaissance philosophique et la connaissance scientifique ? Non. La pensée philosophique abstraite n'est justifiée que comme abstraction des connaissances scientifiques particulières, ou plus exactement comme résumé des résultats les plus généraux de l'étude du développement historique.
    " (pp.28-29)
    -Henri Lefebvre, Sociologie de Marx, PUF, coll. SUP, 1974 (1966 pour la première édition), 176 pages.





    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Dim 25 Juil - 11:33, édité 7 fois


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    Henri - Henri Lefebvre, Sociologie de Marx & autres oeuvres Empty Re: Henri Lefebvre, Sociologie de Marx & autres oeuvres

    Message par Johnathan R. Razorback Dim 21 Mar - 14:18

     https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Lefebvre

    "La Critique de la vie quotidienne se construisait entièrement [chez Marx] autour d'un concept laissé de côté ou négligé par Lénine, celui de l'aliénation.

    Il n'en restait pas moins que ce livre développait un aspect généralement négligé du marxisme, l'aspect spécifiquement sociologique.

    Ce livre, à sa parution, ne fut pas suffisamment étayé, sur le double plan philosophique et sociologique. Il aurait fallu d'abord formuler et essayer de résoudre les problèmes posés par le concept d'aliénation. Il aurait fallu aussi exposer ce que peut être (méthode et objet) une sociologie marxiste, considérée comme science spécifique, dans sa relation avec les autres sciences (économie politique, histoire, etc.) ainsi qu'avec le matérialisme historique et dialectique. En fait, ces divers problèmes, il y a dix ans, n'étaient pas mûrs. Il était à peu près impossible de les poser correctement, encore plus de les résoudre.

    Aujourd'hui, on commence à peine à entrevoir la complexité des questions posées par la théorie de l'aliénation. Ces questions sont de plusieurs ordres. Historiquement, il faut chercher quel fut le rôle de ce concept dans la formation du marxisme, comment Marx (dans ses œuvres de jeunesse) le reçut de Hegel et de Feuerbach et le transformer, et dans quel sens, et à quelle date. Il convient donc de suivre dans les textes cette transformation ; ce qui exige une étude rigoureuse des œuvres de jeunesse, et notamment des célèbres Manuscrits de 1844. Théoriquement, il faut déterminer ce que le concept philosophique d'aliénation devient dans les œuvres scientifiques et politiques de Marx, notamment dans Le Capital, et savoir si [comme je le pense] la théorie économique du fétichisme prolonge sur un plan objectif (scientifique) la théorie philosophique de l'aliénation.

    Philosophiquement enfin, le problème est de savoir quel sens, quelle importance (critique ou constructive) accorder en ce moment au concept d'aliénation." (p.10)

    "Il a fallu notamment que l'on puisse se demander :« Est-ce que l'aliénation disparaît dans la société socialiste ? Est-ce qu'il n'y a pas, en U.R.S.S. ou dans les pays qui construisent le socialisme, des contradictions signifiant des formes nouvelles — ou renouvelées — de l'aliénation économique, idéologique, politique ? »" (p.11)

    "Côté universitaire et officiel ? Ce fut le silence. A ce moment, en 1946, la philosophie française se remettait lentement des chocs qu'elle avait subis. La guerre et l'occupation avaient mis fin à plusieurs courants de pensée importants, notamment à l'anti-intellectualisme bergsonien (compromis par une obscure parenté avec l'irrationalisme allemand) et à l'intellectualisme de Léon Brunschvicg, peu capable de résoudre les nouveaux problèmes. La génération des hégeliens et des existentialistes [Merleau-Ponty, Sartre, J. Hippolyte] commençait à monter. Cependant, des hommes fort disposés à admettre respectueusement sur le plan spéculatif la notion d'aliénation étaient peut-être moins disposés à la voir profanée dans une confrontation avec la réalité humaine, avec la vie quotidienne.

    Les philosophes professionnels ont donc généralement ignoré ce livre ; car il comportait — dès son titre — un renoncement à l'image traditionnelle du philosophe, maître et souverain de l'existence, témoin et juge extérieur à la vie, trônant au-dessus des masses et des instants perdus dans la banalité, « distingué » par une attitude et une distance. (Ces métaphores exagèrent à peine ; la distance se nomme « vie spirituelle » et l'attitude du philosophe : contemplation, détachement, « époché », mise entre parenthèses, etc.).

    Côté marxiste ? A la réserve des philosophes traditionnels, encore imprégnés de spéculation pure ou tentés par elle, s'ajouta la réserve des marxistes.

    Dans l'enthousiasme de la Libération, on espérait alors changer bientôt la vie, transformer le monde. Plus : la vie était déjà changée ; les peuples s'ébranlaient, les masses fermentaient. De leur mouvement « affleuraient » des valeurs nouvelles. A quoi bon analyser et critiquer la quotidienneté bourgeoise, le style (ou l'absence de style) imposé par la classe dominante ? A quoi bon une critique philosophique ou sociologique ? Des armes de la critique on allait bientôt passer, on était déjà passé à la critique des armes. Le prolétariat, en France, dans le monde, n'était plus classe opprimée. Il s'érigeait en classe dirigeante des nations. On ne pouvait plus, on ne devait plus parler d'aliénation. Le concept était périmé, autant en France qu'en U.R.S.S. et dans les pays en marche vers le socialisme, et dans les pays où grondait la révolution.

    Le drame politique hantait les intelligences. A juste titre. Mais l'on oubliait que, se déroulant ou se décidant au niveau des hautes sphères — l'Etat, le Parlement, les personnalités et les programmes — le drame politique gardait pourtant une « base » dans les questions de ravitaillement, de tickets, de salaires, d'organisation ou de réorganisation du travail. Une « base » humble et quotidienne." (pp.11-12)

    "Ce livre fut lu avec intérêt — avec passion — par une partie des jeunes intellectuels de ces années." (p.13)

    "La même période qui a vu le stupéfiant développement des techniques appliquées à la vie quotidienne a vu aussi une non moins stupéfiante dégradation de la vie quotidienne pour de grandes masses humaines. Autour de nous, en France, à Paris même, des dizaines et des centaines de milliers d'enfants, de jeunes gens, d'étudiants, de jeunes couples, de célibataires, de familles, vivent dans des conditions insoupçonnées pour qui ne s'y intéresse pas en sociologue : hôtels garnis (de plus en plus chers et mal-propres), taudis, logements surpeuplés, chambres de bonnes, etc...

    La détérioration des conditions d'existence s'étend à une grande partie des campagnes françaises (notamment dans la moitié sud du pays), à une partie importante de l'artisanat, du petit commerce, de la classe ouvrière.

    Certes, il n'est pas rare de trouver dans une maison paysanne une cuisinière électrique, et cependant la maison est délabrée ; on peut acheter un appareil, on ne peut réparer les bâtiments, encore moins moderniser l'exploitation. Ou alors on sacrifie ceci à cela. De même un assez grand nombre de ménages ouvriers ont une machine à laver, un poste de télévision, une voiture. Mais les intéressés ont généralement sacrifié autre chose à cet équipement (par exemple la venue d'un enfant). Ainsi se posent à l'intérieur des familles ouvrières des problèmes d'option — ou encore de crédit, etc... — qui modifient la vie quotidienne. Que des paysans assez pauvres, ou des ouvriers, achètent un poste de télévision, cela prouve l'existence d'un besoin social nouveau. Fait remarquable. Cela ne donne la mesure ni de l'étendue de ce besoin, ni de sa satisfaction. Et cela ne prouve pas qu'il ne soit pas satisfait au détriment d'un autre besoin.

    Loin de supprimer la critique de la vie quotidienne, le progrès technique moderne la réalise. A la critique de la vie par le rêve, ou les idées, la poésie, ou les activités qui émergent au-dessus du quotidien, cette technicité substitue la critique interne de la vie quotidienne : sa critique par elle-même, celle du réel par le possible et d'un aspect de la vie par un autre aspect. Par rapport aux niveaux inférieurs et dégradés, la vie quotidienne supérieurement équipée prend la distance et l'éloignement et l'étrangeté familière du rêve. Comme il se voit dans de nombreux films, généralement médiocres, où le déploiement du luxe prend un caractère presque fascinant, le spectateur est arraché à sa quotidienneté par une quotidienneté autre. L'évasion dans cette quotidienneté illusoire et cependant présente, la fascination d'objets habituels dans lesquels éclatent la richesse, la séduction qu'exerce la vie apparemment profonde et intense des femmes et des hommes qui se meuvent parmi ces objets, expliquent le succès momentané de ces films." (pp.15-16)

    "Le rire monte par une suite de tensions résolues, de détentes et de tensions plus hautes." (p.17)

    "Il est certain que pour fonder un nouvel optimisme et renouveler l'humanisme, il faudrait pouvoir montrer au moins une victoire sans mensonge et violence, une victoire qui ne soit pas couverte de boue et de sang." (p.19)

    "ce qui est familier n'est pas pour cela connu.
    « Was ist bekannt ist nicht erkannt » a dit Hegel, dans une formule
    condensée qui pourrait servir d'épigraphe à la Critique de la vie quotidienne. Le familier, la familiarité voilent les êtres humains et les
    dérobent à la connaissance en posant sur eux un masque de connaissance. Masque qui n'est qu'un manque. Cependant, la familiarité (la mienne avec les autres, et celle des autres avec moi) n'a rien
    d'une illusion. Elle est réelle, et fait partie de la réalité. Les masques
    collent au visage, à la peau ; la peau, la chair sont devenues masques.
    Nos familiers (et nous-mêmes) sont cela que nous reconnaissons. Ils
    jouent le rôle que je leur attribue et qu'ils s'attribuent. Je joue aussi
    pour et en eux (et pas seulement devant leurs regards) ce rôle d'ami,
    de mari, d'amant, de père, qu'ils m'attribuent et que je m'attribue.
    Sans rôle, donc sans familiarité, comment introduire dans la vie
    l'élément de culture ou l'élément éthique qui doit modifier et humaniser l'émotionnel ou le passionnel ? L'un ne va pas sans l'autre. Le
    rôle n'est pas un rôle. Il est la vie sociale, il lui est inhérent. Le factice en un sens est en un autre sens l'essentiel, le plus précieux, l'humain. Et le plus dérisoire, le plus nécessaire. Souvent le factice se
    distingue mal du naturel, voire de la naïveté (il convient de distinguer la nature naïve du naturel, produit d'une haute culture).

    Le garçon de café ne joue pas au garçon de café. Il l'est. Et il ne
    l'est pas. Il ne vend pas son temps (de travail et de vie) contre un
    rôle de garçon de café. Quand il joue devant les clients au garçon
    de café (au virtuose capable de porter un plateau surchargé, etc...)
    il n'est justement plus garçon de café ; il se dépasse en se jouant. A
    coup sûr, par ailleurs, l'ouvrier ne joue pas à l'ouvrier et ne peut se
    dépasser en se jouant. Il est entièrement « cela », et en même
    temps, il est entièrement autre et autre chose : chef de famille, ou
    homme individuel désireux de jouir de la vie, ou militant révolutionnaire. Contradictions et aliénations vont en lui et pour lui au
    maximum : au pire et au mieux. Pour nous, dans notre société, avec
    les formes d'échange et la division du travail qui y régnent, il n'y a
    pas de rapport social — rajjgort avec l'autre — sans une certaine
    aliénation. Et chaque individu n'existe socialement que par et dans

    son aliénation, comme il n'est pour lui-même que dans et par sa
    privation (sa conscience privée) (1).
    Déchirer les masques, briser les rôles, ce serait trop simple ; crier
    « tout visage se réduit à un masque » c'est la solution de l'ironie
    cynique, ou du dessinateur humoristique. Solution sans conséquence, puisqu'/V/ sont cela — et qu'//j ne le sont pas — et
    qu'ainsi donc ils échappent doublement à l'ironie. Cependant la possibilité de l'ironie montre aussitôt l'impossibilité d'une identification vraie avec des « êtres » qui ne sont pas identiques à euxmêmes. Or, la familiarité repose sur l'identification apparente, sur
    la croyance en l'identification : sur une crédulité pratique. L'ironie
    dissout déjà cette croyance ; sans nous mettre nécessairement à bonne
    distance des gens avec qui nous vivons elle nous permet déjà d'apprécier la distance entre eux et eux-mêmes, entre eux et nous. L'ironie nécessaire, arme puissante éthiquement ou esthétiquement, ne suffit pas. C'est un moment dont le rôle dans la critique que chacun
    fait — plus ou moins — de sa propre vie quotidienne ne peut se
    négliger. II y a chez Brecht — poésie ou théâtre — une ironie constante, constamment sous-jacente, mais toujours dépassée veçs un
    sérieux profond.
    Une impression intense, rare ou fréquente dans la vie suivant les
    gens, fréquente dans les récits romanesques, se traduit à peu près en
    ces termes : « Il s'aperçut que cette femme avec qui il partageait
    son lit depuis dix ans n'était pour lui qu'une étrangère... Germaine
    regarda Roger avec stupéfaction ; il lui semblait qu'elle le voyait pour
    la première fois... »

    Au théâtre, il faut rendre durable, pour le spectateur, cette surprise. Et déterminer la distance des personnages entre eux et par rapport à eux-mêmes par celle du spectateur à la scène et aux acteurs." (pp.22-23)

    "« Rien n'est dans la conscience qui ne soit conscience d'être... Rien ne me vient qui ne soit choisi ». Cette manière de poser la question élude fondamentalement l'aliénation concrète. Cf. pp. 608-609 [de L'être et le néant] les difficultés que rencontre Sartre lorsqu'il veut montrer que l'aliénation est (quand même...) voulue comme telle." (note 1 p.23)
    -Henri Lefebvre, avant-propos de 1957 à la 2e édition de la Critique de la vie quotidienne. 1. Introduction, Paris, L'Arche, 1958 (1947, Grasset, pour la première édition) 265 pages.


    Critique de la vie quotidienne : 2. Fondements d’une sociologie de la quotidienneté



    Critique de la vie quotidienne : 3. De la modernité au modernisme




    Dernière édition par Johnathan R. Razorback le Dim 19 Nov - 19:23, édité 9 fois


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    Henri - Henri Lefebvre, Sociologie de Marx & autres oeuvres Empty Re: Henri Lefebvre, Sociologie de Marx & autres oeuvres

    Message par Johnathan R. Razorback Mer 14 Juil - 20:03

    "L'espace, relatif, instrument de connaissance, classement des phénomènes, ne s'en détache pas moins (avec le temps), de l'empirique ; il se rattache selon Kant a l'a priori de la conscience ( du << sujet >>), à sa structure interne et idéale, donc transcendantale, donc insaisissable en soi." (p.8 )

    "Cl. Levi-Strauss [...] dans toute son œuvre identifie le mental et le social par la nomenclature (des rapports d'échange) dès les débuts de la société." (note 2 p.12)

    "La réflexion épistemologico-philosophique n'a pas donné un axe a une science qui se cherche depuis longtemps à travers un nombre immense de publications et de travaux : la science de l'espace. Les recherches aboutissent soit à des descriptions (sans atteindre le moment analytique, encore moins le théorique), soit à des fragmentations et découpages de l'espace. Or-beaucoup de raisons induisent à penser que descriptions et découpages n'apportent que des inventaires de ce qu'il y a dans l'espace, au mieux un discours sur l'espace, jamais une connaissance de l'espace." (pp.14-15)

    "Le lien entre savoir et pouvoir devient manifeste, ce qui n'interdit en rien [contrairement à ce que dissimule Foucault] la connaissance critique et subversive et définit au contraire la différence conflictuelle entre le savoir au service du pouvoir et le connaître qui ne reconnaît pas le pouvoir." (pp.17-18)

    "De quels champs s'agit-il ? D'abord du physique, la nature, le cosmos, - ensuite du mental (y compris la logique et l'abstraction formelle), - enfin du social. Autrement dit, la recherche concerne l'espace logico-épistémologique, -l'espace de la pratique sociale, - celui qu'occupent les phénomènes sensibles, sans exclure l'imaginaire, les projets et les projections, les symboles, les utopies." (p.19)

    "Qu'est-ce que << produire >> en ce qui concerne l'espace ? Il faudra passer de concepts élaborés, donc formalisés, à ce contenu sans tomber dans l'illustration et l'exemple, ces occasions de sophismes. C'est donc un exposé complet de ces concepts, et de leurs rapports, d'une part avec l'extrême abstraction formelle (l'espace logico-mathématique) et, de l'autre, avec le pratico-sensible et l'espace social, qu'il faudra donner ; autrement traité, l'universel concret se dissociera et retombera dans ses moments selon Hegel: le particulier (ici les espaces sociaux décrits ou découpés), le général (le logique et le mathématique), le singulier (les << lieux >> considérés comme naturels, dotés seulement d'une réalité physique et sensible)." (p.23)

    "Evènement capital bien qu'inaperçu, de sorte que son rappel s'impose a chaque moment : vers 1910, l'espace commun au bon sens, au savoir, à la pratique sociale, au pouvoir politique, contenu du discours quotidien comme de la pensée abstraite, milieu et canal des messages, celui de la perspective classique et de la géométrie, élaboré depuis la Renaissance, à partir de l'héritage grec (Euclide et la logique), à travers l'art et la philosophie de l'Occident, incorporé dans la ville, cet espace s'ébranle. Il reçoit tant de chocs et subit tant d'agressions qu'il ne garde une réalité pédagogique dans un enseignement conservateur qu'avec beaucoup de difficultés. L'espace euclidien et perspectif disparait comme référentiel, avec les autres lieux communs (la ville, l'histoire, la paternité, le système tonal en musique, la morale traditionnelle, etc.). Moment crucial." (p.34)

    "L'espace ainsi produit sert aussi d'instrument à la pensée comme à l'action, qu'il est, en même temps qu'un moyen de production, un moyen de contrôle donc de domination et de puissance -mais qu'il échappe partiellement, en tant que tel, à ceux qui s'en servent. Les forces sociales et politiques (étatiques) qui l'engendrèrent tentent de le maitriser et n'y parviennent pas; ceux-là mêmes qui poussent la réalité spatiale vers une sorte d'autonomie impossible à diminer s'efforcent de l'épuiser, de -Ia fixer
    pour 1'aSSCrvir.· Cet espace · serait-il abs~ait? Oui, mais ii
    est ·aussi << l"Cel

    », com11Je la marchandise et l'argent, ~
    . . abstractions _concretes. Serait-il ~ncret? Oui, . mais · pas de la meme facon qu'un objet, un produit quelconque. Est-ii instrumental ? Certes, mais, comme la connaissance, ii deborde
    l'instrumentalite. Se. reduirait-il a une projection - a une
    << objectivation >> d'un savoir~ Oui et non : le savoir objective
    dans un produit ne coincide plus avec la connaissance
    theorique. L'espace con~ient des rapports sociaux. Comm·ent? Pourquoi? Lesquels ?" (pp.35-36)
    -Henri Lefebvre, La production de l'espace, Paris, Anthropos, 1974, 485 pages.




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