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    Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique

    Johnathan R. Razorback
    Johnathan R. Razorback
    Admin

    Messages : 9666
    Date d'inscription : 12/08/2013
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    Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique Empty Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique

    Message par Johnathan R. Razorback Jeu 7 Jan - 18:22

    https://b-ok.cc/book/2612079/dcef0f

    "Marx n'est pas, comme l'écrit M. Axelos, le philosophe de la technique. Il n'est pas, comme le pensent d'autres, le philosophe de l'aliénation. [...] Marx avait une théorie de ce régime, du sort qu'il infligeait aux hommes et du devenir qu'il connaîtrait. Sociologue-économiste de ce qu'il appelait le capitalisme, il n'avait pas de représentation précise de ce que serait le régime socialiste et il n'a cessé de dire que l'homme ne pouvait pas connaître à l'avance l'avenir. Il est donc peu intéressant de se demander si Marx serait stalinien, trotzkyste, khrouchtchevien ou partisan de Mao Tsé-toung. Marx avait la chance, ou la malchance, de vivre il y a un siècle." (p.143)

    "Marx esquisse une certaine théorie des classes; mais lorsqu'il étudie historiquement la lutte des classes en France, entre 1848 et 1850, ou le coup d'État de Louis-Napoléon, ou l'histoire de la Commune, les classes qu'il reconnaît et qu'il fait agir comme les personnages du drame, ne sont pas nécessairement celles qui sont indiquées par sa théorie." (p.145)

    "A partir de 1848, et jusqu'à la fin de ses jours, Marx a cessé apparemment d'être un philosophe, il est devenu un sociologue et surtout un économiste. La plupart de ceux qui se déclarent aujourd'hui plus ou moins marxistes ont cette particularité d'ignorer l'économie politique de notre temps. Marx ne partageait pas cette faiblesse. Il avait une admirable éducation économique, il connaissait la pensée économique de son temps comme peu d'hommes. Il était et se voulait un économiste au sens rigoureux et scientifique du terme." (p.145)

    "Marx était incontestablement un sociologue, mais un sociologue d'un type déterminé, sociologue-économiste, convaincu que l'on ne peut comprendre la société moderne sans se référer au fonctionnement du système économique." (p.147)

    "Le centre de la pensée de Marx est l'affirmation du caractère antagoniste du régime capitaliste." (p.148)

    "Première idée décisive de Marx [dans le Manifeste]: l'histoire humaine est caractérisée par la lutte de groupes humains, que nous appellerons des classes sociales, dont la définition reste pour l'instant équivoque, mais qui ont la double caractéristique d'une part de comporter l'antagonisme des oppresseurs et des opprimés, et d'autre part de tendre à une polarisation en deux blocs, et deux seulement.

    Toutes les sociétés ayant été divisées en classes ennemies, la société actuelle, capitaliste, ne diffère pas en un sens de celles qui l'ont précédée. Elle présente cependant certaines caractéristiques sans précédent.

    Tout d'abord, la bourgeoisie, la classe dominante, est incapable de maintenir son règne sans révolutionner en permanence les instruments de production. [...] D'autre part, les forces de production qui susciteront le régime socialiste sont en train de mûrir dans le sein de la société présente. [...]

    Deuxième forme de contradiction, celle existant entre la progression des richesses et la misère croissante du plus grand nombre. De cette contradiction, il résultera un jour ou l'autre une crise révolutionnaire. Le prolétariat, qui constitue et constituera de plus en plus l'immense majorité de la population, se constituera en classe, c'est-à-dire en une unité sociale aspirant à la prise du pouvoir et à la transformation des rapports sociaux." (p.149)

    "Marx ne nie pas qu'entre les capitalistes et les prolétaires, il y ait aujourd'hui de multiples groupes intermédiaires, artisans, petits bourgeois, marchands, paysans propriétaires. Mais il affirme deux propositions. D'une part, au fur et à mesure de l'évolution du régime capitaliste, il y aura tendance à la cristallisation des rapports sociaux en deux groupes, et deux seulement, d'un côté les capitalistes, et de l'autre côté les prolétaires. D'autre part, deux classes, et deux seulement, représentent une possibilité de régime politique et une idée de régime social. Les classes intermédiaires n'ont ni initiative ni dynamisme historique. Il n'y a que deux classes qui peuvent mettre leur marque sur la société. L'une est la classe capitaliste et l'autre la classe prolétarienne. Le jour du conflit décisif, chacun sera obligé de rallier, soit les capitalistes, soit les prolétaires.

    Le jour où la classe prolétarienne aura pris le pouvoir, une rupture décisive sera intervenue avec le cours de l'histoire précédente. En effet, le caractère antagoniste de toutes les sociétés jusqu'à nos jours connues aura disparu." (p.150)

    "Dans cette ligne de pensée, la suppression des contradictions de classes doit logiquement entraîner la disparition de la politique et de l'État, puisque politique et État sont en apparence le sous-produit ou l'expression des conflits sociaux." (p.151)

    "Première idée, et idée essentielle [de la Contribution à la critique de l'économie politique] : les hommes entrent dans
    des rapports déterminés, nécessaires, qui sont indépendants de
    leur volonté. En d'autres termes, il convient de suivre le mou·
    vement de l'histoire en analysant la structure des sociétés, les
    forces de production et les rapports de production, et non pas en
    prenant pour origine de l'interprétation la façon de penser des idus, abstraction faite de leurs préférence», et la eompréhension
    du procès historique a pour eondition l'intelligence de ces rap•
    porta aociaux aupra-individuels.
    2. Dans toute société on peut distinguer la base économique
    ou l'infrastructure, et la superstructure. L'infrastructure est cons ti·
    tuée essentiellement par letl forees et les rapports de production,
    cependant que dans la superstructure figurent les institutions
    juridiques et politiques en même temps que les façons de penser,
    les idéologies, les philosophies.
    3. Le ressort du mouvement historique est la contradiction, à
    certains moments du devenir, entre lee forees et les rapports de
    production. Les forces de production sont, semble·t·il, essentielle·
    ment la capacité d'une société donnée de produire, capacité qui
    est fonction des connaissances scientifiques, de l'appareil technique,
    de l'organiaation même du travail collectif. [...] En d'autres terme&, la dialectique de rhistoire est constituée
    par le mouvement des forees productives, eelles·ci entrant en
    contradiction à eertainee époques révolutionnaires avec les rap·
    ports de produetioa, e'est·à·dire tout à la fois les rapports de
    propriété et la distribution des revenu• entre les individus ou
    groupe& de la collectivité.
    4. Dans eette eontradictioa entre forees et rapports de pro•
    duetioB, il est facile d'introduire la lutte de elasses, bien que ee
    te:tte a'y fasse pas allusioa. Il suffit de considérer que dans les
    périodes révolutionaaires, e'eet-à·dire let périodes de contradiction
    entre forees et rapporta tle production., une ~lasse est attachée
    aux rapports de produetioa anciens qui deviennent une entrave
    pour le développement des forces productives, et en revanche
    qu'une autre elasee est ttrogreeeive, représente de Bouveaux rap·
    ports de productioa qu~t au lieu d'&tre un obstacle sur la voie
    âu développement des forees productives, favoriseront au maxi·
    mum la eroissanee de ees forces." (p.153-154)

    "Le fait de considérer la notion d'aliénation comme une des clés de la pensée de Marx est commun autant à des interprètes chrétiens telle R. P. Yves Calvez in La Pensée de Karl Marz [...]qu'à des commentateurs marxistes tels L. Goldmann ou H. Lefebvre." (note 1 p.209)
    -Raymond Aron, "Karl Marx", chapitre in Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard, 2014 (1967 pour la première édition), 663 pages, pp.143-221.





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    « La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement, mais toujours d’une manière qui leur échappe. »
    -Guy Debord, Critique de la séparation (1961).

    « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion. »
    -Hegel, La Raison dans l'Histoire.


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